‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 46 sur 90 · LIVBB I. CHAP1TB1B II · texte numérisé non relu

LIVBB I. CHAP1TB1B II

des imprndeiits dédains de François P% il quitta son service pour celai de Gharies-Quint, et replaça Gênes , sa patrie, sons la protection de l'emperenr.

L'Europe redoutait à cette époque une nouvelle invasion musulmane. Rhodes, considérée comme le boulevard de la chrétienté, avait soutenu , en 1523, un siège mémorable célèbre contre deux cent mille Turcs , commandés par Soliman le ^^^' Magnifique : la valeur héroïque des chevaliers de Rhodes et de leur grand maître de TIle-Âdam avait été impuissante contre le nombre : après six mois de siège , Rhodes succomba , et les Turcs s*avancèrent en Europe. Charles- Quint , pressé par eux , et menacé par les réformés , qu'on commençait à nommer protestants , à cause de leur protestation contre Rome, modifia ses prétentions à l'égard de la France. La misère des peuples était affreuse, et les ressources des deux souverains rivaux semblaient épuisées. De nouvelles négociations s'ouvrirent à Cambray, par des conférences entre Louise de Savoie , au nom de son fils, et Marguerite d'Autriche, gouvernante des Pay-Bas, au nom de l'empereur son neveu : un traité fut conclu, moins onéreux, mais plus honteux à quelques égards que celui de Madrid, dont les clauses à l'égard de l'Artois et de la Flandre furent maintenues; le roi abandonnait la suzeraineté de ces contrées; il s'engageait, en outre , à payer deux millions d'écus d'or, et abandonnait tous ses alliés au ressentiment de Tempereur ; à ce prix, ses deux fils étaient libres, et le duché de Bourgogne demeurait au royaume. Cette paix, qui discrédita la France dans toute l'Europe, fut signée en 1529 , et surnommée la paix des paix des Dames, ii»9. '

Louise de Savoie et le chancelier Duprat continuaient à diriger l'administration intérieure de l'État et à piller ses

3S4 TROISlàMB ÉPOQUS.

flnanoes. Duprat, entré dans les ordres, était devenu archevêque de Sens et cardinal; il s'emparait impudemment des plus riches bénéfices, et soulevait l'indignation générale : le parlement osa élever la voix contre lui. Le roi convoqua immédiatement ce corps en lit de justice^ et lui défendit avec menaces d'intervenir dans les actes du chan* celier et dans la distribution des bénéfices. A la requête de Duprat, il fit impitoyablement poursuivre les financiers^ et traduisit devant une commission Ponchery trésorier gé« névBÏjeiSemblançay^ ancien surintendant des finances. Le fils de Poncher, évêque de Paris , s'était attiré dans son ministère la haine de Duprat; Semblançay avait excité cçUe de Louise de Savoie , en révélant la soustraction faite par elle de quatre cent mille écus destinés aux frais de la guerre d'Italie. Choisis parmi les ennemis des accusés , les juges rendirent un arrêt de mort. Les deux vieillards fu- Supplice rent pendus, en 1527, au gibet de Montfaucon, et leurs.

chiretde blcnS COUfiSQUéS.

Seinblan- ? « , . . . - . ,

^ Duprat , dont ladmmistration fut si honteuse, provoqua

cependant une mesure d'une haute utilité. François P**

jusque alors ne gouvernait la Bretagne qu'en qualité de

u rëu- duc de cette province; Duprat lui conseilla d'unir ce du-

Breta^e ché d'uue manière indissoluble à la couronne, et il enga-

*décîSîée 8^^ '^* ^^^ ^® Bretagne à demander eux-mêmes cette

^MtiiT réunion , seule capable de prévenir, à la mort du roi , l'ex-

it»a. piosion des guerres civiles. Elle fut irrévocablement votée

par les états assemblés à Vannes en 1532. Le roi jura de

respecter les droits de la Bretagne , et de n'y lever aucun

subside sans l'aveu des états provinciaux.

Louise de Savoie était morte l'année précédente ; on trouva dans ses coffres la somme prodigieuse de 1 ,500,000 écus d'or, fruit de ses exactions et de ses sordides épar-

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giie6. Fraoçdls P' fit an noble usage d'ane partie de ce trésor. Son expédition dltaiie , son goût pour la galanterie et la magnificence , et une certaine élévation de caractère, avaient éveillé en lui l'amour des arts. II attira un grand Encoun-

gements

nombre d'hommes de lettres et d artistes célèbres en , ,f »* ,

lettres et

France : les uns, comme le savant Lascaris, étaient fugi- »"* ^^• tifs de Gonstantinople ; d'autres , comme le poëte Alamanni et l'historien Michel Bruto^ étaient d'illustres proscrits des républiques d'Italie. Au premier rang des Italiens célèbres appelés en France par le roi, on distinguait Léonard de Vinci , qui mourut dans ses bras , et le Primatice , peintre de Bologne. Jaloux d'encourager les sciences et les arts dans son royaume, François P** fonda le Collège de France, Fonda dont cependant il ne fit que nommer les professeurs , à couégede la tête desquels il voulut en vain mettre le fameux Hollandais Érasme, le plus bel esprit et l'homme le plus savant de son siècle. Le roi ne put le séduire par ses offres; mais il sut attacher à sa personne William Gop , restaurateur de la médecine, et le savant Budé, ami d'Érasme, et premier fondateur des études philologiques en France. Ces études , qui acquirent bientôt une activité incroyable , favorisèrent, à l'insu du roi , les progrès de la réforme.

Les nouvelles opinions , répandues dans toute l'Europe, État étaient admises par la plupart des princes Qt des États de ''^^Se "^ l'Allemagne.. Plusieurs de ces princes croyaient, en les '^'^^^* adoptant , être autorisés à saisir à leur profit les biens de l'Église , et furent soupçonnés de les avoir embrassées plus à cause de l'embarras de leurs finances qu'à cause de leur haine pour les abus de la cour de Home. Déjà Frédéric P*" accordait la liberté de conscience au Danemark, tandis que Gustave Wasa adhérait, avec l'Église de Suède, à la 4C»nfession de foi rédigée à la diète d'Augsbourg parMé-

luidttofi j disciple de Luther et le fin» doux des réforme tevtTB; les princes allemands , partisans de ta réfbrtte , venaient de s'imir, en 1 53 1 , contre Tetnpereur, par la eélèbm t\gae de ligue de Smalcaide ; enfln Henri VIU, à qui la cour remalBe ^dV. n'avait osé permettre de divorcer avec Catherine d'An^ gon, tiinte de Tempereur^ répudiait ei^te princesse pour épouser Anne de Boulen, oomhattant à la fois Borne et Luther par des supplices , et se foisant prociamer par son •ervile pariement chef de l'Église anglicane. La populace d'un grand nomlnre de onitrées s'agitait, renouvelant la guerre de la Jacquerie et les prétentions des Ni^leurs; une foule de visionnaires prirent les arides ; le mot de rai-* liement était la nécessité d'un second imptéme, le but tine guerre terrible contre la propriété, qui, disaient«ils, constituait une spoliation perpétuelle à T^ard des pauvres, et contre la science , qu'ils accusaient de détruire Végemé naturelle entre les hommes : suivant eux^ les livres, les tableaux, les statues, étaient des inventions ùa diable; ils couraient d'église en église, brisant les images et ren* versant \e& autels. Les paysans de Souabe, ceux de Thurtoge s'insurgèrent : ces derniers , sous le nom à*anabap^ tistes, suivirent le fanatique Muntzer, puis Jean de Leyde t , ils tentèrent de se joindre à levnrs frères de Franeonie,

d'Alsace, de Lorraine et du Tyr^ ; partout ils déposaient les magistrats, et saisissaient les biens des nobles et des Hches , quHs soumirent à d'affreux traitements. Ils firent par leurs exoès un tort immense aux disciples de Luther, qui s'unirent aux catholiques pour les combattre et les exterminer.

Td était l'état religieux de l'Europe au moment où commencèrent les violentes persécutions de François I* contre les luilràriens ou protestants. Depuis longtemps sa

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cour et sa familfe étaient (^rtagées d^opinioii. Sa sceor, Marguerite de Valois, et Anne de Pisselen , duchesse d'Étampes, sa maltresse, protégeaient la nouvelle croyaaM»; Louise de Sayme Pavait condamnée en provoquant de grandes rignenrs eontre ses disciples. François V^ fut, dit> on, d'abord iadécis lui-même; mais ses yeux se reportaient toujours sur l'Italie, dont le pape pouvait lui faciliter la conquête : ce motif, autant peut-être que le motif religieux , joint à son antipathie pour tout esprit d'indépendance, décida sa conduite. Il unit étrottement sa cause à celle de Rome, en faisant épouser à Henri II , son second fils, Catherine de Médicis, nièce du pape Clément VII. Il n'obtint pas cependant les avantages qu'il espérait de cette union : ce pontife survécut peu à ce mariage, et eut pour successeur Alexandre Farnèse, qui fut pape sous le nom de Paul III '. François I*' persévéra néanmoins dans les voies de rigueur qu'il s'était tracées , et se montra en France persécuteur cruel des protestants. Jean Morii, Se^gSîîî Ifeuftenant criminel , en saisit un grand nombre dans Fan* t^^rd née 1535; et le roi, qui avait trouvé affichée à sa porte tSaStî." une violente diatribe contre la messe , résolut d'apaiser le del en tiramt vengeance de ce crime. Une procession sortit un matin de l'église Saint -Germain, précédée des saintes rettques conservées à Paris ; venaient ensuite un grand nombre de cardinaux , d'évéques et d'abbés, et der-

* Ce pape promulgua , pendant h règne de François P', la bulle qui ÎBstitiiatt IVHdre des jésuites, dont fgaâce de Loy<^ fut le fondateur. Le but de cet ordre était de combattre les progrès de rhérésie, de convertir le monde à la foi romaine , et de le soumettre au pape , dont les jésuites reconnaissent rinfaillibililé en ce qui concerne la fol. Le souverain pontife nomme le général de Tordre , et tous les membres font envers celui-d vœu d'd^issaaoe.

38S TBOISIÈMB ÉPOQUE.

rière eux Jean de Beliay, évéque de Paris, portant le saiDt-sacrement, puis le roi , la tête nue et une torche à la main; après lui marchaient la reine, les princes, deux cents gentilshommes, le parlement et toute la justice : les ambassadeurs étaient présents. Le cortège parcourut tous les quartiers de la ville. Bans les six places principales on avait dressé un reposoir pour le saint-sacrement, et tout auprès un échafaud et un bûcher. Là périrent , brûlés vife, six malheureux y au milieu des malédictions du peuple; et le roi déclara que si ses propres enfants devenaient hérétiques, il les immolerait. Cette horrible procession eut lieu le 21 janvier : elle fut suivie d'un édit qui proscrivait les réformés, confisquait leurs biens au profit des dénonciateurs , et leur défendait d'imprimer aucun livre sous peine de mort.

Malgré ce zèle ardent pour la foi catholique, François l*^** entretenait d'activés relations avec les luthériens d'Allemagne et les princes protestants de la ligue de Smaicalde. Ceux-ci, indigués de ses rigueurs, voulurent rompre avec lui ; il les calma en leur donnant à entendre que ceux qu'il exterminât étaient semblables aux fanatiques sectateurs de Muntzer et de Jean de Leyde. Calvin, l'apôtre de la* réforme en France, commençait à paraître; il vengea ses frères outragés, en établissant, par son ouvrage de V Institution chrétienne ^ dédié au roi , que si les réformés français passaient les bornes posées par Luther, du moins ils partaient des mêmes principes , et que leurs doctrines étaient conciliables avec l'ordre public et la mdrale la plus pure. Le roi reconnut la nécessité d'adoucir ces persécutions, et rendit la même année un édit de tolérance, attribué en partie à l'influence d'Antoine du Bourg, successeur de Duprat dans la charge de chancelier.

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Charles-Quint persévérait toujours daus l'intention d'étouffer le protestantisme ; et il i*eùt peut-être anéanti dans ses États, si d'autres ennemis n'eussent suspendu ses attaques et appelé sur eux l'effort de ses armes. L'invasion musulmane avait fait de rapides progrès. Une innombrable armée turque , conduite à travers la Hongrie sous les murs de Vienne, s'en était vue repoussée en 1529 ; mais la traite des blancs par les Barbaresques , fléau Jusque alors inconnu , désolait les rivages de la Méditerranée. Deux frères , nommés Barberousse , corsaires fameux, s'étaient emparés d'Alger et de Tunis , et couvraient la mer de leurs vaisseaux, pillant les côtes d'Espagne, de France et d'Italie, emmenant chaque année une multitude de chrétiens en esclavage : l'un des deux frères, premier amiral de Soliman, alarmait toute l'Europe. Charles -Quint arma contre lui une flotte formidable , commandée par André Doria ; il vainquit Barberousse, prit Tunis, et délivra vingt mille chrétiens. A son retour, il désira la paix avec la France. Des négociations furent entamées , au milieu desquelles François P*^ déclara la guerre, sans moti£s plausibles , à Charles III, duc de Savoie % beau-frère de Charles- Quint , et donna l'ordre à l'amiral Chabot d'envahir le Pié- Çj«gg? mont. Les Français entrèrent à Turin Pannée suivante. "î*ftSn! L'empereur, furieux , marche à leur rencontre à la tète ^'iS^® d'une puissante armée. Chabot en Piémont fut soupçonné, "^^ quoique sans preuve, de trahir la France; un grand •»«• nombre de places tombèrent au pouvoir des Impériaux, et Charles-Quint entra en Provence, où commandait Anne de Montmorency. Ce général fit dévaster ce pays par ses soldats, arrachant les vignes et brûlant toutes les récoltes :

' La Savoie avait été érigée en duché sous le règne de Charles Y.

S90 xmoisÙMX ipOQ^E.

Cbarl0S-<2ttiAt n'y trouva qa'un déserl, et $• retira faute de vivree : Toria et une grande partie da Piémont restèrent à la Fraooe.

Le dauphin Françofê venait de mourir; et (^oiqifê sa mort parût naturelle^ MonteeucuUi, son échanson, fut accusé d'empoisonnement ; il avoua le crime au milieu d'atroœs tortures, désigna Tempereur comme son compilée, et Dut éeartelé. François P** fit alors aUianœ avec les Turcs, et appela Soliman en ItaUe. BarberoiMse avait débarqué à Touloa Tavant-garde des musulmans ; et Fram« çeis s'avançait à son secours avec cinquante mille hommras, i^^^de lorsque le pape Paul III obtint qu'une trêve de dis: ans ^* fut signée entre les monarques rivaux. Chacun devait conserver ses conquêtes. Ils consentirent à se voir à Âîgui»* Mertes; et ces denx souverains , qui avalent inondé TEarope de sai^ pour leur querelle , et dont Tuo accusait l'autre d'avoir empoisonné son ûls , donnèrent l'étrange :ispeetacle d'une œnférence tout amicale, s'abordant à bras ouverts, et se prodiguant tous les ténaoignages de l'e^ime ^ de l'affeeticm.

Une révolte des Gantois appela bientôt Charles-Quint en Ilandre ; il se trouvût alors en Espagne, et son plus court chemin était pour la France : il demanda liberté de passage à travers ce royaume, et l'obtint, après avoir promis au connétable de Montmorency qu'il donnerait l'in- ^^Bwde vestiture du Milanes au second fils du roi. Son s^our en §[uto^en France fut un temps de fêtes dispendieuses, et coûta quatre '^- millions au trésor ; cependant, au milieu des plaisirs, Tempereur n'était pas sans ioquîâode. Les rois, mitorisés par les usages de ces temps encore barbares, sacrifiaient rarement leurs intérêts à leur parole : la duchesse d'Étampes et toute la cour blâmaient les scrupules du roi : son fou

LITM l. C»4^ITBB 11. Ml

Tribottlet ' tiv ayant dit un Joar qa'en apprenant i'arrivée de Charles en Provenee il l'arait ingcrit dans ses tat>lette8 sur la Uste des fous : « Si je le laisse passer, répondit le « roi, que feras-tu ? — J'ef&cerai son nom, répliqua Tri- « booiet, et je mettrai le ¥6tre à la piaee. » François respecta cependant les droits de Tbospitalité; mais Charles ne donna point à son fils l'investiture du Miianez. Le roi, in^tigné, exila le connétable, pour le punir de s'être fié à la parole de l'empereur sans exiger sa signature, et se vengea en resserrant son alliance avec les Turcs. Deux de ses envoyés à Gonstantinople furent taés par Tordre de du iiast , lieutenant de l'empereur en Piémont, et ce prince refusa au roi toute satisfaction pour cet attentat. Il armait alors une vaste expédition, qu'il destinait à la conquête d'Alger; mais une afflreuse tempête engloutit une partie de ses vaisseaux , et fit échouer son entreprise*

La haine des deux monarques était portée au oomble parles dernières relations qu'ils avalât eues ensemble; ils s'outragèrent mutuellement par d'injurieux libelles , et soumirent leurs dlffêrends au pape. Paul III refusant de prononcer entre eux , ils reprirent les armes. Le roi enva- Reprise bit le Luxembourg, et, de concert avec les musulmans, utôsentré une de ses armées assiégea par terre Nice, dernier asile ^^^fRdes ducs de Savoie, tandis que Barberousse l'attaquait *^^'par mer : la ville fut prise, le château résista sail , et le siège en fut levé. Barberousse se consola de cet échec en

' Oa appelait fou du roi un bouffon , le plus souvent gracié par la nature, et qui était chargé d'amuser le monarque par ses saillies. 11 portait sur la tête et dans la main les attributs de la Folie, et, à la faveur de son titre et de son costume , il lui était permis de dire aux rois des vérités que les hommes les phn respectés et les plus sages n'auraient osé leur faire eatendre.

S93 TBOTSlftlIB ÉPOQUB.

ravageant les c6te8 d'Italie» où il fit dix/nille captifs. L'horreur qu'il inspirait retomba sur François V^ son allié, dont le nom devint odienx à l'Italie et à l' Allemagne. Il fut déclaré ennemi de l'Empire, et la diète leva contre loi une armée de vingt-quatre mille hommes , à la tête de laquelle Charles-Quint pénétra en Champagne, tandis que Henri VIII, réconcilié avec l'empereur, faisait attaquer la Bataille Picardie par dix mille Anglais. La bataille de Cérisoles, Mies." 'complètement gagnée, la même année, en Piémont, par François de Bourbon , duc d'Ënghien, contre du Gas^ gé^ néral des Impériaux , n'arrêta pas cette double et formi* dable Invasion. Charles-Quint s'avança jusqu'à Meaux ; mais la discorde régnait dans son armée; il manquait de vivres, et pouvait être aisément enveloppé : il promit alors de nouveau le Milanez au duc d'Orléans, second fils du roi. Cette promesse irritait le dauphin HcDri, qui craignait de voir son frère devenir la tige d'une maison aussi dangereuse pour la France que l'avait été celle de Bourgogne : il voulut faire rejeter l'offre de l'empereur, et lui fermer la retraite. On prétend qu'une rivalité de femmes sauva Charles-Quint. La duchesse d'Étampes était l'ennemie mortelle de Diane de Poitiers, maîtresse du dauphin , et désirait, dans le cas où le roi viendrait à mourir, trouver une protection puissante auprès de son second fils : on assure qu'elle combattit l'avis du prince , et Charles pot se retirer en sûreté comme il était venu. Traité de La gucrrc se termina presque aussitôt par le traité de vlifois^ Crespy en Valois. L'empereur donnait au duc d'Orléans sa fille, avec les Pays-Bas et la Franche-Comté, ou Tune de ses nièces avec le Milanez; François restituait au duc de Savoie la plupart des places qu'il retenait en Piémont; il renonçait à toute prétention ultérieure sur le royaume de

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Naples et le duché de Miian, ainsi que sur la suzeraineté de là Flandre et de l'Artois; Charles renonçait de son côté au duché de Bourgogne. Ce traité mit fin aux rivalités des deux souverains, qui ensanglantaient l'Europe depuis vingtcinq ans. La mort du duc d'Orléans dispensa l'empereur de se dessaisir du Milanez ou des Pays-Bas ; il refusa tout dédommagement au roi , et la paix ne fut pas rompue.

François l^^ en profita pour redoubler de rigueur à l'égard des protestants. Une population de plusieurs milliers de Yaudois habitait sur les confins de la Provence et du comtat Venaissin, et depuis peu ils étaient entrés en communion avec les calvinistes. Le roi permit à Jean Mesnier, Massacre baron d'Oppède , premier président du parlement d'Aix , P^^iJjJ^ d'exécuter une sentence depuis cinq ans rendue contre eux **"*• par ce parlement. Jean d'Oppède lui-même dirigea cette exécution effroyable. Vingt-deux bourgs ou villages furent brâlés et saccagés; les habitants , surpris pendant la nuit^ étaient poursuivis dans les rochers à la lueur des feux qui dévoraient leurs maisons; les hommes périssaient dans les supplices, les femmes étaient livrées à d'affreuses violences. A Cabrières, principale ville du canton, on égorgea sept cents hommes de sang-froid , et on brftla toutes les femmes ; enfin, selon la teneur de la sentence , les maisons furent rasées , les bois coupés, les arbres des fardins arrachés, et en peu de temps ce pays si fertile et si peuplé devint désert et inculte. Cet épouvantable massacre fut l'une des causes principales des guerres de religion qui désolèrent si longtemps la France.

Charles-Quint accablait alors les luthériens 'en Allemagne , et maintenait en Espagne la foi catholique par l'inquisition, tandis que Henri VIII firappait également les sectateurs de Rome et ceux de Luther. La guerre conti-

3$4 TAOI&iÈlCB BPOQUB.

iMMift eiktre lui et Fraoçttls F^ Les Aogl«U a^^akal pris fioutogne^ et ttae flotte fcuiçaise ravageait les o6te6 d'Angleterre y «près s'être emparée de File de Wight Les hos- ']^^de tilités f oreat tenaioées par te traité de Guines, qœ les deux »«'• rois signèrent sur le t)ord de leur tonheau. Boulog^ devait être restituée pour uae sookme de deux millions d'éoas ^'or. François P' souffrait d^uÂs longtiNiips des suites nd'un flial bonteux apporté d'Amârique en Europe par les Espagnols, et qui le conduisit au cereueU. Lorsqu'il sentit venir la mort, il adressa, selon l'usage des rois, de sages conseils à son successeur. Il fit venir auprès de son lit le seul fils qui lui eût survécu, Henri, qui entrait dans sa vingtwoeuvième année. Il lui recommanda de décharger son peuple des tributs dont il avait été forcé de Taccabler, et de pr(^ter du bon état où il laissait ses fiuanees. Il devait, disait-il, cette bonne administration à la sagesse ^e ses mioistres, surtout de Tamiral d'Annebaut et du cardinal de Toumon, di^til invitait Henri à suivre toiyours les conseils, tandis qu'il le [prémunissait contre la pernideuse politique du connétable de Montmoreney et contre l'ambition des Guises , et lui conseillait de les eichire du pouvoir. Henri pleurait auprès dujit de son père, mais 11 Mort de évita de lui donner aucune promesse. Henri YIII et François ler. çois i^^ moururent la même année : ce dernier avait régné trente-trois ans.

La bravoure chevaleresque de François P% sa magnlfleence, et la protection qu'il accorda aux talents, donnèrent de la popularité à son nom ; il fut surnommé le Père et le restaurateur des lettres, quoiqu'il eut rendu plulitt^- ^urs ordonnances sévères contre l'imprimerie, inventée «JJ^» dans le dernier siècle. Au nombre des Français dont il encéièbres. oou^ggea les travaux, il faut citer Térudit Guillaume Budé,

LI¥M h CmWlTM il. BH

ks frères du Bdlay, négodaloiurs et àiitorifmfi , le poêle Ciéiaeat Marot» et le eélèbre imi^imeiir Semi ËitieQoe. Marguerite 4e Navarre, seeur cki roi, cultivait elle miiae la littérature; et de son temps aussi le célèbre Re^ela^, curé de Meudoo, écrivit ses ouvrages satiriques. Sous ce règne fleurire&t encore Dumoulin let Cujas, grands Juris^ consultes, le peintre Jean Cousin, et enfin Philibert de Lorme et Jean Goujon , illustres «rehitectes. François l^'' bâtit en partie les châteaux de Fontainebleau, de Saint- Germain, de Chambordy et commença le Louvre.

Les qualités brillantes de ce prince furent ternies par considé' de grandes fautes et par d'odieux abus de pouvoir. Sa surîl cruauté à l'égard ées protestaïAs doit être attr&uée en ^ 1^* l^tieaux mceors et aux préjugés de son siècle; il est per^ fnis de douter cependant qu'une foi sioeère ait inspiré ees affreuses persécutions, en songeant qu'il soutint en Ailefnagne avec énergie ceux qu'il ^|^t dans son résume. Il sacrifia le sa^g des peuples à Tiatérét de son ambition, et teur or à ses plaisirs. Pour svbvenir à ses dépenses , il multiplia et avilit ks charges de judicature , aliéna les domaines royaux et institua la loterie. Il ftt poursuivre par des voies illégales, et devant des eommisskms arbitrairement dioisies , plusieurs hommes d'un rang éminent, entre autres le chancelier Poyet et l'amiral Chabot, et dans l'arrêt rendu contre celui-ci le roi substitua sa propre volonté à la décision des juges. Il adoucit sans doute la rudessedu caractère national en encourageant les progrès des art» ; mais en abaissant la magistrature , en mettant ses caprides au-dessus des lois , et en affichant i'aduHère , fl oorr<>mplt les moeurs de sa cour et de «es sujets , et cette corruption s'accrut jusqu'à la fin du règne des Valds. La longue lutte de François P"" avec Charles-

396 TBOISIÀME BPOQUB.

Qahit n'apporta aacan avantage an royaume. Ses rignears contre les réformés pr^arèrent de sanglantes gnerrei civiles, et son règne enfin fat moins utile que fatal à la France. '

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