‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 47 sur 90 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Règnfi de Henri IL

Avéne- Henri II , fils de François P% était âgé de vingt-neuf H^nri il ans lorsqu'il monta sur le trône. Il méprisa les avis de son père, changea les conseillers de la couronne, et rappela près de lui le connétable de Montmorency, qu'il nommait son compère, et qui le domina pendant tout son règne. La duchesse d'Étampes fut exilée , et renvoyée à son mari : ses partisans ne se rachetèrent de la mort, de la prison ou de l'exil, qu'en cédant leurs châteaux, leurs terres ^ leurs charges à de nouveaux favoris. Le duc de Guise et le cardinal de Lorraine son frère, Montmorency, Diane de Poitiers, qualifiée du titre de maîtresse du roi; enfin la reine Catherine de Médicis, douée d'un esprit souple et profondément dtosimulé , étaient à la tête de chacune des quatre factions qui partageaient la cour. Éditsdes- Un des premiers édits du nouveau roi condamnait les ^ ^^^' blasphémateurs à avoir la langue percée d'un fer chaud «t les hérétiques à être brûlés vifs. Un autre édit attribuait, sans appel, aux prévôts des maréchaux, assistés d'une commission déjuges choisis dans les tribunaux, le Jugement des assassins y contrebandiers, brac(»iniers, et gens

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sftD8 aveu : cet édit dépouillait le pariement de ses attributions spéciales, et livrait la vie des citoyens à Tarbitraire. Les magistrats firent d'inutiles remontrances, et, contraints de céder, ils enregistrèrent, mais avec cette clause : Vu la malice du temps. Une révolte sérkuse éclata dans les provinces d'outre-Loire, où l'impôt sur le sel avait été récemment établi par François P^ Le Poitou et la Guyenne Réroue» se soulevèrent: à Bordeaux surtout la populace commit de ^ et%"

, , , * Guyenne.

grands excès ; elle repoussa la garnison du château Trom- *»«•• pette, et massacra son cammandant, dont elle déchira le corps en lambeaux. Le roi promit justice et satisfaction; le peuple s'apaisa, et le parlement punit les séditieux. Montmorency fut chargé par le roi de rendre la justice qu'il avait promise, ou plutôt d'exercer sa vengeance. Voilà mes clefs, dit-il aux Bordelais en leur montrant ses canons; et 11 entra dans Bordeaux comme dans une place conquise. Tous les bourgeois jugés par commission périrent dans les supplices : deux coloneb des communes furent roués vifs, avec une couronne de fer ardent sur la tête. La ville entière, atteinte et convaincue du crime de félonie, perdit ses privilèges; (m dépendit ses cloches, on abattit des pans de ses murailles; cent vingt notables furent condamnés à déterrer avec leurs ongles le corps de Toffider massacré, et les habitants payèrent 200,000 livres pour les frais de l'armement. Montmorency pacourut en bourreau plutôt qu'en juge les proviœes où la révolte avait éclaté, et il laissa partout des fourches patibulaires pour marquer son passage. Bordeaux ne recouvra ses privilèges que l'année suivante. ^^^ ^^ La France respirait à peine depuis une année, lorsque ^emfaa la guerre éclata de nouveau. Henri II soutint Octave Far- "îfS^-* nèse, duc de Parme , contre le pape Jules III et Tempe- ^mû

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reur : celni^dy sans inqutode du oMédQ lAFrwoe, avait gagné, « «547, la famettse batiMe de MuUtNN^ Mir les conlédéféi de Smalcalde. Le TOBérable Frédéric;, éleetear de Saxe , et le landgrave de Hease , étftîettt iMttbés en »0B pouvoir. Gharlea-QQint eoatraigDit le premier à «éder son électoral, qu'il doima à Maurice de Saju, gendre du landgrave. L'Allemagne âédilsaait, et la U^ie protestante n'espérait plus qu'en la France; elle imploia le secowrs de Henri II , qui raec(»rda sous la eottditîoQ Il saisit qotl pourraM; occuper la vâle de Cmnbny et les trois évé-

J^^ cbés de Metz, Toul et Verdun, et les garder comne vide Mcti, ' ^ ^

\i^j^. ^^^^ ^^ l'Empire. Il s'en saisit aussitôt; puis, mettant sur '^^ ses drapeaux, comme symbole de liberté, un konaet fMge entre deux poignards, il se déclara défenseur de iindépendance germanique et protecteur «des princes cap* tffe; mais, suivant aussi Texemplede son père» et condamnant <^z lui ce qu41 encourageait chez l'étranger, il At puWier l'édH de Ghâteaubriant , qui aggravait toutes les peines portée» centre les hérétiques , autorisai des penqui- «itions secrètes touehimt les opinions individuelles, et éla- Uistalt un inqulsitenr de la foi.

IJn succès inespéré rendit le accours de ttenri II inutHe aux luthériens d'Allemagne. Le jeune Maurice de Saxe, déeilédaos sa patrie comme traître et usurpateur, pi^éva Je rèk de chef des protestants À celui d'une xsréature de €harles« Quint. Une diisimulatioa profonde couvrait ses proJ€ls. Lorsqu'il serrent assez fort , il lève le masque, et marctie à grandes journées sur In^ruck, où Vemperenr, malade et presque «eul , ûiiUit être «urprls. Gontndat de Psix de céder, Charles s^gne avec les proteatanis la convention de ^i!m!^' Passau, changée trois ans plus tard, à la diète d'Àuf^bourg, en paix déinftive : c'est d'elle que date Tère de la

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liberté rel^ute«a Allemagne. La FrMee o'eut vqcwm pttrt à cette vieteiro; ams elle couserta te prix de son aWame en gardasties Trcâs-Évéehés, inaigréies efforts de Tempereur pow tes lui acraeher. Les hostilHés eotre ce opéraprince fA HcBri II se prolongèrent encodre trois ansées St&\rS'. arec des meeès TariéB en Piémont , en Italie , en Corse, sur les frontièreB du nord et de l'est , et sur mer. Les prîa- «Dp«nx év^ieffients de cette guerre sont : rimmortelk; défense de Metz par le due de Guise en 1552, eontre Cttaries-Quint, qui assiégeait cette place avec eeat raille soldats et une artiUede formidable ; la levée de œ siège , où l'emperenr perdit quarante mille hommes ; te ravage de la Pieardte par Tarmée impériale , et celui du Haiaaut par l'armée française ; la conquête d*Hesdsn par Henri II , Ja perte de Thércmenne , que Gharks-Quint détruisit de fond en comble^ le combat de Eenti m Flandre, eàtre ces d&ÊK souverains , combat gterieux quoique peu avantageux pour les Français, et oùise distinguèrent le duc de Owse , Goligni et Tavannes ; enfin la défense de Sienne par Montioc, le ravAge des côtes d'Italte par Drdgnt, amiral ottoman , allié des Français, et la belte campagne faite en PiémoDt contre le duc d'A(be par le maréchal de Brissac, le plus humain des généraux de ce siècle. - Après ees guerres, dont les avantages furent balancés , et à la suite des grands troubles causés en Allemagne par la mort d§ Maurice de Saxe et la rivalité de Chartes Quint et de 8on frère Ferdinand , roi des Romains et souverabi héréditaire de Bohème, s'ouvrit à Augsbourg une oélèbre diète qui aurMt dû sinvre iounédiatement la convention piéte de Pasa». Chartes-Quint , aecabte par les affaires et les bourg.' maladtes, laissa k présidence de la diète à son frère Ferdinand, ^ui tint un langage bien différent de celai

ISttô.

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qu*il avait coutume de tenir : on ne devait pins attendre, dit-il, d*un coneile oecuménique une paix de religion que n'avait pu établir le concile de Trente ; et il serait plas difficile encore d'amener les ecclésiastiques allemands à une transaction équitable dans un coneile national : c'était donc à la diète elle-même qu'il fallait demander cette œuvre de prudence et de charité. La diète prit alors en considération l'état de la religion. Il fut convenu que les États catholiques et protestants eierceraient librement leur culte; que le clergé catholique renoncerait à toute juridiction spirituelle sur les États professant la confession d'Augsbourg; que les biens ecclésiastiques saisis avant le traité de Passau seraient laissés à leurs possesseurs actuels ; que le pouvoir civil de chaque État y réglerait la doctrine et le culte, mais qu'il donnerait ^ liberté entière à tout Allemand qui ne se conformerait point aux règlements de se retirer en paix où il voudrait avec sa fortune. Tel fut en grande partie le décret de la diète d'Augsbourg du 25 septembre 1555, et sur lui reposa longtemps la paix religieuse en Allemagne. Ce décret portait un coup funeste à la politique de Charles-Quint, dont l'objet fut toujours de maintenir sous sa seule dépendance l'unité de l'Église. Tourmenté par ses disgrâces autant que par ses douleur», incapable de travail, et convaincu que tout dépérissait quand il ne dirigeait pas tout lui-même , il convoqua à Bruxelles les chefs des Pays-Bas ; et là, le 25 octphre 1 555, ^^' il abdiqua solennellement sa couronne héréditaire, et la ^^^* remit aux mains de Philippe II, son fils. Il conserva six mois encore la couronne impériale; puis il se retira au couvent des hiéronymites de Saint- Just, où il mourut, après avoir fait chanter de son vivant l'ofQce des morts autour de son cercueil. Son frère Ferdinand, roi des Romains,

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fut son SQoeesseur à Teoij^ire. Philippe; II avait épousé , Tannée précédente, Marie, rdne d'Angleterre ^ filie de Henri VIII et de Catherioe d'Aragon : les deux époux soutinrent à Tenvi dans leurs États le catholicisme par l'inquisition et parles bâchers.

Aussitôt que Philippe fut monté sur le trône, Henri II signa avec lui le traité de Yaucelles , dont la clause pria- Traué» cîpale était une trêve de cinq années. Les peuples en reçu- ^^^ rent la nouvelle avec transport; mais leur joie dura peu : £f^ml ce fut de Rome que surgirent les nouveaux germes de "^' discorde. Un traité contradictoire avait été conclu, entre Henri et le pape, quelques mois avant celui de Yaucelles. Paul IV, que ses neveux les Caraffes poussaient à des rigueurs outrées, pour provoquer à leur profit des confiscations, et exciter la guerre entre l'Empire et la France, soupçonna Charies-Quiot, avant son abdication ,' d'avoir voulu le faire périr; il le dédara empoisonneur en plein consistoire , et invita Henri II à le venger, lui promettant, par un traité signé à Rome , l'investiture du royaume de Naples.

Deux partis divisaient alors la cour de France : l'un , stimulé par le cardinal Garaffe, neveu du pape, demandait l'observation du traité de Rome ; l'autre, le maintien de celui de Vaucelles. Toute la jeune noblesse voulait la guerre ; Montmorency inclinait à la paix, et, partageant à cet égard les vœux du peuple , il engageait sagement le roi à la maintenir. Les hostilités éclatèrent subitement entre le Reprise pape et les Espagnols, et la guerre fut résolue. Sûtes.'

Une armée française sous les ordres du connétable et de son neveu Gollgny entre en Artois, et une autre en Italiesous le duc de Guise. La première livra bataille près de Saint- de^ffî- Quentin , à Philibert, duc de Savoie, chef des forces espa- ^V^^

4#S TAOriStio» ÉPOQUE.

gnoles et anglaises; elle fut coniplétinMDt rtànoae ^t It faute du <MmQétiMe de Moirtinore&ey : 4me clttrge lerie , que eommanâtOeiit les comtes i'EgmoDt et de Ho», ééeiàn ta -vletoire. TrrrFrnnrninprnHiTntrtiTmilIfihnMimfn, leurs bagages et leurs coq vois : le efaemin de Bâtis était ou- "vert : llndécision des vainqueurs épti^a de plus grands

Jte G^ Msastres à la France. Gulte fat ansslt^ rappdé d'Italie, et

^cSS^^ signala smi retour par un eiqploit mémorat^e : û suiprit "^' Calais, et s*en empara. Cette ville, qui avait ai souvent introduit les étrangers dans le royaume, était restée deux cent dix ans au pouvoir des Anglais. trA France perdit la

d?GÎlvî- ^^^^ année la bataille de Gravelines, où le vieux maré- ^1; cbal de Thermes ait vaineu par k comte d'Egmont. Ces

Paix de deux événements furent suivis de la paix de Cateau-Cam-

Cateau- *^

^?bf*" l>résîs, signée en 1559. Elle ftet surnommée la paix mal- ^e^ll ketireuae. Henri II rendit ses conquêtes, à Texoef^ioa ésR T^^' Trds-Évédiés; il renonci^t à tous ses droits sur Géoes, sur la Corse, sur le royaume de Naples , et ne gardât m Piémont que Pignerol et quelques forteresses. Ce traité, peu glorieux, mais nécessaire, termina les guerres d'Italie ; elles avaient duré soixante- cinq ans '.

Heureuse la France si elle eût su mettre à prc^ fom «on bonheur Intérieur sa paix avec l'étranger I Ses finances étaient épuisées , et Henri , pour subvenir aux dépenses de la guerre et à celles d'une cour prodigue et dissolue , avait eu recours à des expédients déplorables : il mit à l'enchère les charges des présidiaux ou tribunaux inférieurs, qu'il créa et multiplia dans les provinces; il établit daas le xnémé but et'par les mêmes moyens un parlement en Bretagne, fit acheter un édit d'inquisttimi au dergé, vencUt

' Yoy. ma Géôg. fiiH. de ia France, carte ni° 14.

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«UN mikttiide de nouyeawE offices, ordoDoa qw les titces ou provisioos d'une fonte d'olfioiers publies fusseï^ reYisas, et teseontraigoità en acheter de nouveaux; il autorisa les ▼IHes, extraordinlremeat imposées, à créer des rentes sur elles «mêmes ; enfin il osa donner le nom d'états géné^ rmuK à une assemblée de notables choisis par lui et dévoués à ses volontés, et il déguisa sous le nom d'emprunts les taxes qu'il exigea d'eux.

L'édit dinquisitkm qu'il avait vendu au clergé ne fut pomt exécuté. Déjà cependant l'inquisiteur Matthieu Cri était nommé par le pape ; mais le parlement fit une énergique résistance. Ce n'hait pas qu'il ressentit aueune pitié pour les sectaires : ses rigueurs contre eux étaient excessives ; mais il était jaloux de ses droits , et ne voulait point qu'un autre tribunal eût le privilège de poursuivre l'hérésie et de la punir. Henri ne soutint pas son édit, et l'in- 4|4]Mtion ne prit point racine en France.

La guerre étrangère avait apporté vers ia fin de ee règne Progrès quelque relâchement aux persécutions catholiques. Les ^j^^protestants s'enhardirent, te zète religteux servit de ma»- ^•*»c«que à l'ambition de quelques-uns; plusieurs princes du sang, et avec eux des guerriers illustres et des magistrats, embrassèrent la nouvelle croyance. Prenant confiance en leurs forces, ils se rassemblèrent ouvertement à Paris même. La promenade du Pré aux Clercs servait de but à teurs réunions; on les y rencontrait chantant à haute voix les psaumes traduits en français par Clément liarot

La cour et le clergé redoutaient par-dessus tout que le Exhortaparlement, chargé de puoir l'hérésie, ne s'y laissât entraîner. <»rdiiu!i Le puissant cardinal de Lorraine persuada donc au roi qu'il H^Sf il fallait qu*il se rendît au parlement pour y tenir son Ut de

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justice ef y proposer une mercuriale % à l'effet de censurer plnsienrs magistrats qui adhéraient à la doctrine de Luther et laissaient échapper les accusés convaincus d'hérésie , sans en condamner un seul à mort ; ce qui ^tait contraire à l'ordonnance du feu roi , qui prescrivait de les brûler et de les réduire en cendres. « Quand cela ne ser- « virait, dit le cardinal, qu'à montrer au roi d'Espagne que « vous êtes ferme dans la foi, encore le devriez- vous faire « de grand courage, afin aussi de donner curée à tous ces « princes et seigneurs d'Espagne qui ont accompagné le duc « d'Albe, pour solenniser et honorer le mariage de leur roi « avec madame votre fille, parla mort d'une demi-douzaioe « de conseillers pour le moins, qu'il faut brûler en place n publique comme hérétiques luthériens qu'ils sont, et qui « gâtent cet excellent corps du parlement. Que si vous n'y « pourvoyez par ce moyen, bientôt toute la cour en sera « infectée, jusqu'aux huissiers, procureurs et clercs du «c palais. » Le roi goûta cet avis, et se disposa à se rendre le lendemain au parlement; mais ayant, le soir, communiqué son projet à son conseiller de Yieilleville, celuici fut d'avis qu'il laissât ce soin au cardinal de Lorraine et à l'évéque de Paris : « C'est aux prêtres, dit-il, « à faire ce qui est de la charge des prêtres : si vous allez, « sire, faire Toffice d'un théologien ou d'un inquisiteur de « la foi, il faudra que le cardinal de Lorraine vous vienne « apprendre à courir en lice et à manier les armes. D^autre

' Les mercuriales étaient une espèce de tribunal domestique composé des présidents de chambre et des hommes de la compagnie les plus estimés, autorisés, par le choix de leurs confrères, à exercer sur eux une sorte de censure. Les conférences tenues pour le maintien des mœurs et de la discipline se nommaient VMrcuriales , parce qu'elles avaient lieu le mercredi.

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«t part, sire, vous mêlerez la tristesse a?ec la Joie; car de « faire des exécutions de justice si sanguinaires et cruelles « parmi des noces , cela est de mauvais présage. » Le roi se rendit à ces raisons , et protesta qu'il n'irait point; mais le cardinal de Lorraine, apprenant cette résolution entra en fureur. Yieilleyille rapporte ainsi, dans ses Mémoires , la suite de ce tragique événement. « Au lever du roi, dit-il, entrèrent les cardinaux de Bourbon, de Lorraine, de Guise et de Pelvé, les archevesques de Sens et de Bourges, les évesques de Paris et de Senlis, trois ou quatre docteurs de Sorbonne et Tinquisiteur de la foi, qui le menacèrent si fort de la colère de Dieu , qu'il pensoit déjà estre damné s'il n'y alloit. Et ainsi marcha avec tous ses gardes, le tambour battant, sans oublier les Suisses et les cents gentilshommes de sa maison , avec grande magnificence. Descendu aux Augustins, où le parlement estoit assemblé, il monte en la grand'chambre, s'assied en son lit de justice , sous le dais, et commande à son procureur gênerai Bourdin d'y proposer la mercuriale. Celui-ci attaque aussitôt cinq ou six conseillers mal sentants de la foi , entre lesquels estoit un nommé Anne du Bourg, qui soutient si audacieusement devant le roi sa religion en déprimant la nostre, que Sa Majesté jura en grande colère qu'elle le veri;oit brusler tout vif de ses propres yeux avant six jours : et commanda de le mener prisonnier en la Bastille, avec Arrwta. cinq ou six autres; puis se leva, ordonnant à toute l'as- d'Anne semblée d'achever le reste. Arrivé aux Tournelles, il sere- ^"cfdîf^ pentit de n'avoir cru M. de Yieilleville : car par les rues Fanr.^ il entendoit plusieurs qui murmuroient de cette entreprise , à cause^ des conseillers que l'on menoit prisonniers , et qui estaient des meilleures familles de Paris , et qui fort cons-

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clencieasemeDt aâminlstroieiit; la jiuiAiee aux parties ^ » Le ooDieilter Louis du F«ur fut au nwiitire des OM^pâtrsts arrêtés sur leurs sièges. Henri les remit aux mams de Mottlgomotery , capitaine de ses gardes , et fit instruire lei»rpffoeès»

Premier Lcs calYiûistes Irsuçais tinrent à cette époque leur pre-

synode

^1^- mier sjrnode , et rédigèrent la constitution qui devait main- *^' tenir dans Tunioa leurs sociétés éparses , et les régir sous use mèflte discipline. Le roi en reçut la nouvelle au milies des fêtes du mariage d'Elisabeth, sa fille, avec Philippe II , veuf de la reine Marie, il jura de punir ceux qu'il Mort de considérait eomme des rebelles. Sa mort prévint Faccomt»»». ' Gompyssement de son vcBu. Blessé à Tœil , dans une joute» par la lance de Mon^ommery, il mourut de sa blessure,

' Vieilleville devint maréchal de France, et il honora son pays par sa tolérance et par la noblesse de son caractère. Recevant un jour un brevet par lequel le roi accordait à lui et à cinq autres geatiishomoMS , entre lesqods étsient MM. d'Apbem et de Biron , les biens confisqués, de tous les luthériens des pays de Guyenne , Limousin , Quercy, Périgord, SainlOBge et Aunis, dont le produit serait au moins de 20,000 écus pour chacun, il répondit « qu'il ne se vouloit point enrichir par un si odieux et sinistre moyen; qu'il n'y trouvoit trace de dignité,

encore moins de charité Nous voilà donc ëiregistrés an coursde

parlement en réputation de mangeurs de peuple, outre d'avoir pour ao,000 escHS chacun les malédictions d'une infinité de femmes , de filles, de petits enfontsqui mourront à l'hospital par la confiscation des corps et biens, à tort et à droit , de leurs maris et pères ; ce seroit s^abymer en enfer et à trop bon marché. » Cela dit , il tire sa dague, et hk fourre dans ce brevet à l'endroit de son nom. M. d'Âphem , roagis* aasi de honte, tire semUablement la sienne, et en traverse son propre brevet; M. de Biron n'en fit pas moins. £t tous trois s'en allèrent, tirant V chacun de son costé sans dire mot, laissant le brevet à qui le voudroit prendre, car il fut jeté à terre.

(Mémoires tte VicHUvUle.)

LIVBB I. CHAPlTmB HI. 40?

après un règne de douze années. 11 laissa quatre fils, dont trois portèrent la couronne. Françds, leur atné, avi^t épousé Marie Stuart , reine d'Ecosse , aussi célèbre par ses malheurs que par sa beauté.

Henri II n'eut dans le caractère ni grandeur ni vertu. Intimidé par les Guises et dominé par Montmorency, esclave de sa maîtresse et de ses âtvoris , il leur prodigua les trésors de l'Etat ^ introdui^t un libertinage effréné dans sa cour, déjà corrompue par son père , foula les peuples sans pitié , viola les droits de la magistrature , n'obtint aucune gloire militaire personnelle, et laissa le royaume endetté de quarante millions '. Llgnorance et la misère du peuple, l'embarras croissant des finances, les scandales de la cour, le prosélytisme protestant d'une part, et de l'autre l'intolérance catholique , préparèrent le champ volcanique où de grands talents et de grandes ambitions vinrent se heurter sous les règnes suivants. La lotte dura trente-six ans , et couvrit la France de ruines.

' Cette somme équivaudrait à 160 millions aujourd'hui , le numéraire ayant alors une valeur quadruple de celle qu'il a de nos jours.

4 os TBOISIBHE iPOQUB.

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