CHAPITRE PREMIER
Règnes de François II et de Charles IX. 1559—1574.
isM. FRANÇOIS II/
François II monta sur le trône âgé de seize ans, et Ton vit se reproduire, sous ce règne et sous le suivant, par d'horribles calamités, tous les vices de la loi que Charles Y avait rendue, et qui fixait la majorité des rois à leur adolescence. Les règnes de Charles YI et de Charles YIII attestaient déjà suffisamment que le pouvoir, pendant l'enfance des rois, appartenait à qui savait s*en saisir. Sous ptiisiuice François II, ce furent les Guises, princes de la maison de GoiMi. Lorraine et oncles de la jeune reine Marie Stuart, qui partagèrent toute l'autorité avec Catherine de Médicis. L'an
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d'eox, le cardinal, avait l'âme hautaine et craelle; l'autre était le fameux François, due de Guise , dont la prudence égalait rintrépidité, déjà illustre par la belle défense de Metz et la prise de Calais , et cher aux Français par ses grandes qualités. Les deux frères cependant se montrèrent également ingrats envers Diane de Poitiers, leur bienfaitrice : ce fut en la sacrifiant qu'ils achetèrent la faveur de Catherine de Médicis. Le trait caractéristique de cette reine, qui joua un si grand rôle sous le règne de ses trois fils, était une dissimulation profonde unie à un esprit intrigant et corrupteur \ Nourrie en Italie à l'école des Machiavel et des Borgia , elle mit en œuvre sur le trône leur sombre politique, dont les malheurs de la France attestèrent la faiblesse, en même temps qu'il en dévoilèrent l'infamie. Le parti opposé à Catherine et aux princes lor- partis po rains était celui d'Antoine de Bourbon, roi de Navarre, ^^** et de Louis de Condé son frère, tous deux princes du sang, issus de Robert, comte de Clermont, fils cadet de saint Louis; ce fut à eux que se rallia contre les Guises le vieux connétable de Montmorency , sans crédit à la cour, et disgracié par la reine mère. Un grand nombre de seigneurs français, indignés de voir toute l'autorité usurpée par les princes de la maison étrangère de Lorraine, grossirent le parti des princes du sang ; et il se tint à Vendôme, entre tous les mécontents , des conférences secrètes], dont le but était de faire convoquer les états généraux , et d'enlever le
^ Elle paraissait indifférente au pouvoir, lorsqu'elle en était le plus avide; incapable d'aucune affection sincère , elle trompait également amis ou ennemis. Il n'y avait pour elle ni sécurité, ni plaisir, si elle n'excitait, ne renouvelait et ne perpétuait les discordes.
(Charles Lacretelle, HiêMre de France pendant les guerres de r^sligion*)
JifU».
4l# TftAitièiiv BfOQtnr. -
pouvoir a»x >6uliC8; Geox<^ci , Instpoits de ees projets èoS'* tàk8 et 4e la faiblesse d*Atttoiiie de BoorboB, prëvinrrat te dafigCHT en intin^Mit ce laonarqne. Sollicité par Catb0*< rine de Mé^is, le roi d'Espagne, PhiUppe II, ayait se* pondu iqoe, èat^il lai es coûter quarante mille baoHMfl^ il sontktndraiten France Fantorité du roi et de »B8 miakH très. Cette lettre , lue en plein oooseil devant le roi de Na* varre, épouvanta œ faible prince, qui accepta laoïifiStOQ de conduire à la frontière la soeur de Françob II, Éliaa* heUk de France, qui aUait épouser 4e roi d' Espagne, hcK- Feux d'échapper ainsi au péril de ses propres résolutions. proc^ et Les Crinses trlompluiient; ils se hâtèrent de travaillera
supplice "^ '
dif Boïïl. détruire en France le protestanUsme , et firent poursuiivre le procès du conseiller Aune du Bourg. Getfte grande caose captivait l'attention publique, non-s^ilement à Parus, m^m en Europe ; le parti protestant s'agitait : la reine mère p^ eut des avis alarmants ; plusieurs princes d'AUeiaagne s'émurent aussi en faveur de l'accusé, et ils écrivirent pour le sauver. Les Guises comi^rirent que du Bourg serait plus redoutable s'il mourait martyr de sa foi que s*il vivaittCii l'abjurant , et mitenl tout en oeuvre pour qu'il consenUt k s'amender. L'avocat chargé de sa défense confessa en se» nom qu'il avait offensé Dieu et l'É^se, «t qu'il était pvét à se réeonciliei* avec «Ile : les jjqges aussitôt, et sans von* loir entendre du Boui^ kii-méme , tinrent conseil pour sol- Ikrter sa grâce. Tandis qu'ils délibéraient, un biUet de sa main leur fut remis. Du Bourg désavouait les conclusions de son avocat, et persistait dans sa foi , qu'il était prêt à confirmer par son sang. Dès lors sa perte fut assurée ; cependant il ne devait point périr avant d'être vengé ; il le fut malheureusei»e&t par im assassimt : |e président Minard, son ennemi et l'un de ses juges, fut tué d'un eoup
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de pistolet : ce fot le isiaistre ^nal d'une «anglante piirsé*cotloD. La seoteucede mort fut aus$Uôt ppononoée eo&tre du Bourg ; il Feotendît lire avec une ccmstance héroîqae, et répondit par le cri des martyrs : Je suis ehrétiOD I je sais chrétien 1 Ses adûrax éloquents arrachèrent des larmes à ses juges. Il fut exécuté le lendemain 23 décemJ^re; on lui épargna de sentir le feu , on lui lit la gréée de Tétrangter avant de le jeter dans les flammes.
La mort de du Bourg parut doniier une activité n<M^velle à la persécution : le cardinal de Lorraine désigta, comme Tavait déjà fait François P^, une chambre du parlement particulièrement chargée de punir les rélormés. Le feu était le châtiment qu'elle prononçait contre eux, et la cruauté de ses jugements lui fit donner Teffroyable surnom de chambre ardente.
La paix de Cateau-Cambrésis avait laissé sans emploi une foule de gentilshommes et de soldats, dont la guerre était la seule ressource : un grand nombre vinrent à lax^our solliciter^ les uns ce qui leur était dû , les autres des peu» sions et des grâces. Importuné de leurs demandes et de leur misère , le cardinal de Lorraine fit dresser, à rentrée du château de Fontainebleau, un gibet, avec menace d'y pendre les solliciteurs qui n'auraient point quitté la cour le lendemain : ils s'éloignèrent , mais ils proiqirent de présenter aux Lorrains ' des plaintes d'une autre sorte. Ces. hommes, parmi lesquels étaient beaucoup de gens sans nom , s'unir^at aux seigneurs ennemis de la tyrannie des Guises , et formèrent avec eux le parti des mal-eonUnis, qui doubla ses fcNrces en s'alliant aux protestants. Ceux-ei
' Les Gutees, f Hacee de la maison de Lorr&iiiiB, étaient vulgairement désignés fions ee nom.
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comptaient avec orgueil dans leurs rangs le prince de Coodé, homme de cœur et de tête, frère du roi de Na- Tarre, et les trois frères Châtillou , dont l'aîné, l'amiral de Goligni, de mœurs austères, d*une fermeté inébranlable, haMle à réparer ses revers sans jamais désespérer de la fortune, fut le plus illustre entre les chefs protestants de la France : d'Andelot , Tun de ses frères^ célèbre par sa bravoure , commandait Tinfanterie française ; son autre frère, Odet de Châtillon , négociateur habile , avait secrètement embrassé la réforme, et s'était marié, quoiqu'il fût évêque de Beauvais et cardinal. La capacité des trois frères , leurs charges et leurs alliances, rendirent bientôt formidable le parti qui les adopta pour chefs, et qui comptait déjà sur le concours tacite du prince de €ondé.
Un vaste complot, connu dans l'histoire sous le nom de
conjuration d'Amboise, fut alors tramé en secret par les
adversaires du gouvernement , catholiques et protestants.
Les uns et les autres se lièrent par le serment de ne rien
Conjura- tenter contre le roi, la reine et fautorité des lois. Leur but
d'Am- était d'enlever le roi, alors à Blois, de le soustraire à l'in-
boise.
(MO. fluence des Guises , d'arrêter ceux-ci, et de les faire juger conmae coupables de haute trahison. Un gentilhomme adroit, audacieux, nommé la Renaudie, fut choisi pour chef apparent de l'entreprise, qu'il conduisit avec une grande habileté. Le chef réel, connu seulement sous le nom du capitaine muet^ était le prince de Coudé. De toutes parts, des bandes d'hommes armés furent mises en mouvement, sans être dans le secret des conspirateurs. Les Guises, sur de vagues soupçons, transférèrent la cour du château de Biois dans celui d'Âmbolse : les conjurés persévérèrent dans leur projet avec une audace incroyable. Un avocat, nommé d'Avenelles, ami de la Renaudie, ré-
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véla lenr dessein; et tandis que cette nouvelle tem^t encore les Guises et la coar dans la stupeur, les conjurés, instruits de la trahison , marchèrent en avant, et se dirigèrent en diverses bandes sur le château d'Amboise, le 16 mars 1560. Déjà la ville était remplie de troupes mandées à la hâte par les Guises. Coligni et Condé se trouvaient alors à la cour, et se voyaient l'un et l'autre en butte à une extrême défiance. Condé, surveillé de près 9 reçut l'ordre de défendre quelques postes : des combats s'engagèrent, et furent malheureux pour les conjurés ; les Guises firent main basse sur une foule d'hommes accourus d'après l'ordre de leurs chefs, et conspirateurs à leur propre insu; le parti fut dispersé, et les suf^lices commencèrent.
Quelque nom que Ton donne à cette entreprise, quelque motif qu'on lui suppose , elle était coupable, puisqu'il s'agissait de renverser par la violence un gouvernement légalement établi. Cependant, les barbaries exercées sur les captifs et la constance dont ils firent preuve appelèrent l'intérêt sur eux et l'horreur sur les bourreaux. Les vengeances des Guises furent atroces : les eaux de la Loire portèrent une multitude de cadavres, qui flottaient attachés ensemble à de longues perches; les rues d'Ambotse ruisselèrent de sang humain. Les conjurés marchaient intrépidement à la mort ; la plupart étaient frappés avant même d'avoir entendu leur sentence : l'un des principaux, le sieur de Casteinau , s'était rendu au duc de Nemours avec quinze de ses compagnons , à condition qu'il ne leur serait fait aucun mal ; les Guises les firent condamner comme les autres. Nemours s'interposa en vain pour les sauver, ils moururent tous : Casteinau trempa ses mains sur l'échafaud dans le sang de ses compagnons décapités , et les élevant au
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cM IMtes sAUgiantes, it appela la Tengeauce de Dlcfn sur ceux <pfi l^Taieot trahi, et stn* le ehaiDoelier Olivier qui faisait eenâanmé. Gdui-ci , seerètement attaché aux conjurés, avait éléfbreé de servir contre eux les vengeance des Gnises. Bn écoutant les paroles de Gasteinati , cpi'il avaft aimé j il {^eura , et, saisi de remords , il tomha malade d'une extrême mélancoHe, qui le faisait soupirer sans cesse et murmurer cowtre Dieu, affligeant sa personne d^ne étrange et épouvantable façon. Comme il était en ce furieux désespoir, le cardinal de Lorraine le vint visiter; maïs lui ne le voulut point voir, et se tourna de Tautre côté sans répondre «n mot; lorsque le sentit loin , il s'écria : (c Ah, mandit cardinal! tu te damnes, et nous tous «avec toil ». Deux jours après il mourut'. On ne ^, durant un grand mt)is, que décapiter, pendre et noyer : €ondé Iui*mème fut en périf ; Il paya d'audace en se jus* tifiant devant le roi ; il fit taire les accusateurs , mais non les soupçons , et la guerre civile parut imminente. Assem- Les deux partis se rendirent en armes à Fontaineblean,
blée de . , ^ . . , , . ^ - . /
Fontaine- OU Ics Guiscs avaient convoque les pnnces et les prindi8«o.* paux magistrats pour aviser aux moyens d'établir la paix. Colîgni , dans cette assemblée , présenta inutilement une requête au nom de cinquante mille religionnaires', qui suppliaient qu'on leur accordât des temples et la permission de prier Dieu selon leur cœur. L'assemblée demanda les états généraux , et les princes lorrains acquiescèrent à ce vœu. Des deux côtés on tramait dés complots. Orléans avait été fixé pour le lieu de convocation des états; le roi s'y rendit avec un appareil menaçant. Les deux princes
' De Vieilleville. Mémoires.
' On désignait sous ce nom tous ceux de la rdtgkMi rélMViée.
Bourbons y furent attirés^pMr les CMses : te rdirdeNavarrt «ourat Tîsqtielde la vie dans une aifikMe que lui donne François If, etrCondé Art fktt prisonnier. Une oetomissioii désignée par les €frutses , et présidëe par Christophe de ^"^m- Thou, pêne de l'historien, oondamna €akidé à perdre la p^/'' tête. La mort du âiible Pmnçols IL, qu'une maladie de j^ langueur consumait , prévint le sUpplioe du prince. ç^li!'
Ce règne finit sous les auspleer les plus sînistrea : les '^' effortS'dU sage et vertueax Mickd de l'Hospital , nommé réoemment ctianeeiier du royaume, furent impuissftati pour conjurer l'orage près d'éclater,