LIYBB II. CHAPITRE III
Jésuite Toredo, qui sollicitait déjà le rappel de son ordre en France^ il se montra favorable au roi; mais il lui ût payer cher son absolution. Un vaste échafaudage fut dressé dans la basilique de Saint-Pierre; là, sous une tente magnifique, à la vue d'un peuple immense, Clément YIII frappa de sa baguette, en signe de châtiment, les abbés Duperron et d'Ossat ,• représentants du roi; il déclara nulle l'absolution donnée à Henri par un prélat français, là lui donna de nouveau, et le proclama roi de France et Navarre.
Cet acte solennel enlevait tout motif de guerre et tout espoir aux ligueurs. Mayenne obtint du roi que 4es membres de sa famille fussent déclarés absous du crime de complicité avec le meurtrier de Henri HI : il mit à ce prix sa soumission. L'édit fut promulgué : Mayenne reconnut soun^ sur-le-champ Henri IV, et depuis lors le servit fidèlement. M^ycDw. Le roi rassembla aussitôt toutes ses forces contre les Espa- *^' gnols, qui venaient de s'emparer de Calais et de plusieurs autres places. L'armée royale était [affaiblie par la défection d'un grand nombre de calvinistes, honteux de l'humiliation imposée au roi par le 'pape : la Trémouille, Bouillon et Rohan, entretenaient ces murmures. Henri, dans ces circonstances, convoqua une assemblée de notables à Rouen. « Je ne vous ai point appelés, leur dit-il.
blée des
« comme faisaient mes prédécesseurs, pour vous faire ap- ^^^l^ « prouver mes volontés. Je vous ai assemblés pour rece- *"^ « voir vos conseils , pour les croire , pour les suivre ; bref, « pour me mettre en tutelle entre vos mains : envie qui ne « prend guère aux rois, aux barbes grises et aux victo- « rieux; mais le violent amour que je porte à mes sujets « me fait trouver tout aisé et honorable. » Les actes de cette assemblée répondirent mAl à ces nobles paroles.
470 TlOIfilkaU ÉPOQUE.
Bien ae Ait réglé pour tes tetaees, aueune ressouree ae fût créée pour la goerre, et Heari lui-iaéiae parut ensuite oabHer ses devoirs près de la beUe Gabrielle d^Ëstrées, qo'ii nommait pabliqaement sa maîtresse, et à&at il éte- Tait les eafuits avae nne au^Bifioence toute royale. Les Espagnols Tarrachèreiit à œs Yokiptés honteuses , en surprenant Amiens. Henri, sans argent, fait appel à ses peuples. Le fldète Rosny , due de Sully , l'aide à rassembler qaelqiies milliens et une armée. Amiens est repris Tannée suivante; le duc de Mercœur traite ensuite avec le roi ^ et la Bretagne déposâtes armes. Ces heureux succès préparent une pacification générate. Philippe II, en proie àuaeeffttrj^abte maladie, celle de Sylla, commençait à se dégoûter du sang humain; il signa, en 1598, six mois
^^ avant sa mort, la paix 4e Vervinsy livrant au roi de France IW8. toutes tes placefroecupées par ses troupes, à TeiLception de Cambrai.
Henri, délivré des soins de la guerre étrangère, rendit
Éditde ta même année le célèbre édit de Nantes ^am ûxa les *«M. 4}f0{ts desprotestants en France. Cet édit, rédigé par Jeannin, Schomberg, Colignon, et l'historien Jacques- Au- -gnste de Thou, permettait aux protestants Texercice de leur calte; il leur assurait Tadmission à tous les emplois; établissait dans chaque parlement une chambre composée de magistrats de chaque religion; tolérait les assemblées générales des réformés, les autorisant à lever des taoïes^sur eux-mêmes , pour les besoins de leur Église; enfio,4l rétribuait teurs ministres, etteur accordait des places de sûreté, dont la principale fut la Rochelle. Les protestants étident tenus au payement des dîmes et à l'observation des jours fériés de l'Éiglise catholique. L'édit de Nantes, enregistré par les parlements après de longues résistances,
LIYM II. GH4P1TIUI III. 471
mit fin aux guerres désastreuses qui depuis treute-six ans désolairat le royaume.
Heori IV quitta dès lors le rèle 4e guerrier pour celui de pacificâte«ir. Les douze deroières aoBées de sa vie appartiennent à une autre série d'événements, à celle qui , rétablit le calme à l'intérieur ^ raffermit l'autorité royale, €t kii deDBa une impulsion vigoureuse, cpû lui permit de erdtre en despotisme jusqu'à la grande époque de la ré- Yotntion française : ceUe-ci peut à quelques égards être elle-même considérée comme une lointaine conséquence ées principes émis et promulgués par Luther.
L'examen détaillé des immenses résultats de la réforma- considétlon n'entre point dans le plan de cet ouvrage; il suffira ^sur^ de dire que ce mémorable événement , malgré les guerres ,et^8uj^ sanglantes qui furent au nombre de ses conséquences im- l'Europe. naédiates, communiqua un grand mouvement à Tesprit humain : il aida, presque partout, à séparer TÉglise de l'État, le pouvoir sj^ituel du temporel, brisa le joug de l'esprit scolastique , et le remplaça par Tesprlt critique et . philosophique, dont l'influence acheva de doter les peuples de la liberté civile, et prépara leur émancipation politique. Cette révolution, provoquée par quelques abus de TËglise, entreprise par Luther et par des esprits ardents, continuée ensuite par les efforts de la raison et par le déchaiaement de toutes les passions humaines , ne put s'accomplir sans de longs déchirements et des convulsions épouvantables. Les principes des réformateurs ne se naturalisèrent qu'imparftkitement parmi nous : cependant ils déposèrent dans notre sol un germe qui porta ses fruits plus tard, à la faveur de la liberté d'exammi que l'édit de Nantes assurait à la France.
Les oonvolsions intérieui^ auxquel^les ee pays fut en
472 TBOISIBMB lÉPOQUE.
proie pendant tant d'années lai enlevèrent son ascendant politique dans réqnilibre de l'Ënrope, et Philippe II eut quelque temps Tespoir de faire de la France une des provinces de son immense monarchie. Dom Sébastien /roi de Portugal , avait péri avec la fleur de sa noblesse ^ sur la c6te d'Afrique; et son grand-onde, qui lui succéda, était mort comme lui sans enfants. Philippe résolut d'en tirer avantage pour lui-même; il s'empara du Portugal, et le joignit aux vastes États dont il avait hérité de Charles- Quint dans les deux mondes. L'Espagne atteignit alors Fapogée de sa puissance : ses redoutables armées , ses habiles généraux, et les trésors inépuisables de F Amérique, semblèrent préparer à Philippe les voies à la monarchie universelle; mais le rôle que la France ne pouvait plus Epuise- soutenir contre elle , l'Angleterre et la Hollande naissante VEspagne sc le partagèrent. La première de ces deux nations jetait lippe il. en ce siècle, sous la reine Elisabeth , les fondements de sa puissance maritime et de sa grandeur future : ses flottes, aidées de la tempête , détruisirent en 1588, et dispersèrent sur les côtes de la Manche, la redoutable Armada, ou la flotte invincible de Philippe II; huit ana plus tard le comte d'Essex plantait le drapeau anglais sur les murs de Cadix. Le second peuple qui tint TEspagne en échec, le peuple hollandais, inscrivait pour la première fois, dans cette lutte acharnée , son nom parmi ceux des nations de l'Europe : fort de son amour de Fhidépendance, de sa croyance religieuse , et de sa situation géographique, il se sépara violemment de la Belgique, et , protégé par le génie de Guillaume, prince d'Orange, et de son fils Maurice, plus grand capitaine, mais moins grand citoyen , il forma la république de Hollande, ou des Provinces-Unies , et soutint, sans fléchir, tout l'effort de la puissance espagnole»