‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 59 sur 90 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Depuis la paix de Venrins jusqu'à la fia du règne de Henri IV.

Heuri IV était le seul prince qoi ait pu invoquer, à la BQort de Henri de Yalois, un droit légal à la couronne de France : une partie des Français Tavait dès lors reconnu pour rm ; cq^ndant son règne ne commençait en réalité que de Fépoque de son abjuration et de la soumission de la Ligue.

Le traité de Vervins avait été signé avec le roi d*Espagneen 1598; trois ans plus tard, en 1601, un second traité fut signé par Henri IV, à Lyon, avec le duc de Savoie. Ce dernier traité fit gagner à la France la Bresse, le Bugeyy le Valromey et le pays de Gex : Henri IV céda

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en retour au duc de Savoie la souveraineté du marquisat de Saluées ^

Les traités de Vervins et de Lyon avaient assuré la paix avec l'étranger; la tranquillité intérieure fut rétablie par redit de Nantes : il fallait désormais, en guérissant les plaies profondes du royaume, recréer ses richesses, loi rendre sa force et son ascendant en Europe. Henri lY remplit dignement cette noble tâche, et porta en douze années la France au plus haut degré de puissance qu'elle eût encore atteint : sujet éternel de surprise et d'admiration pour ceux qui ignorent les immenses ressources que son sol possède, et qu'une main habile et prudente suffit pour rendre fécondes, laftinll ^^^^ causes d'agitation et de désordre menaçaient pourtant d'arrêter dans son cours cette prospérité renaissante : l'une était le mécontentement d'un grand nombre de seigneurs catholiques et protestants , anciens ennemis du roi ou compagnons de ses travaux, la plupart blessés des mesures économes et sévères du monarque , et souffrant de la diminution que la paix avait apportée soit à leur fortune, soit À leur importance politique. Ils nourrissaient * tous le dangereux souvenir des temps féodaux , sans renoncer à l'espoir de se partager la France. Henri lutta contre eux avec énergie , et ne négligea rien pour miner ou affaiblir leurs prétentions. Le second sujet de désordre dans l'Etat provenait des propres faiblesses du monarque. Souvent pendant la guerre ses intrigues galantes et Tattrait des plaisirs lui avaient enlevé les avantages conquis par sa valeur ; les mêmes fautes troublèrent encore dans

' Pour les réunions à la couronne à ravénement de Henri IV, et pour Fétat de la France après les traités de Vervins et de Lyon, voyez nu Géog, hist, de la France, p. 64, 65, et carte n* 15.

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la suite la paix de son règne ; elles offrirent aux seigneurs mécontents un prétexte de révolte , et empoisonnèrent le cours de ses dernières années. Le mariage de ce prince avec Marguerite de Yalois avait été stérile. Marguerite, peu soigneuse de cacher les scandales de sa conduite, vivait séparée de son mari ; et l'austère Rosny , duc de Sully, confident et premier ministre du roi , aurait depuis longtcmps^pressé son divorce, s'il n'eût redouté le faible de ce prince pour Gabrielle d'Estrées, duchesse de Beaufort. Déjà Henri avait permis que les enfants,' fruits de leur commerce, fussent baptisés avec un faste royal; et plus d'une fois il manifesta le désir d'élever leur mère au trône. Gabrielle mourut subitement en 1599 : dès lors les ministres du roi s'occupèrent activement de la rupture de son Divorce mariage, qui fut prononcée l'année suivante par la cour rilvltde de Rome. Pendant ces négociations , le roi lia une nou- ^*jfbto^ velle intrigue avec Henriette d'Entragues , qui , dirigée par *'^' un père ambitieux, exigea une promesse de mariage. Henri fut assez imprudent pour l'écrire, s'engageant à épouser Henriette si elle lui donnait un fils dans l'année ; il montra cet acte à Sully , qui eut le courage de le déchirer. Le monarque rentra dans son cabinet, écrivit une seconde promesse, et la remit à Henriette en la nommant marquise de YerneuiL Cette liaison coupable et malheureuse, et surtout l'engagement fatal qui en fut la suite, ranimèrent plus tard les espérances des factieux , et devinrent une source d'agitations pour l'État et de chagrins amers pour le souverain.

A la tête des seigneurs mécontents on citait dans le parti protestant les ducs de Bouillon et de la Tré« mouiile, et parmi les catholiques le duc d'Épemon, Charles d» Valois, comte d'Auvergne, fils naturel de

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Charles IX et fînère utéHa de lamarqoiBe de Vernettill; Conspira, eofio , Charles de Gontaot , d«c de Bin», fils du fameoi

tion du

duc de maréchal de ce nom . et lai^méme Tub des phm lUiistM et des phw hahiles généraux de fieori IV. Il avait été comblé de richesses et d'hoBoevrs en récompense de set glorieox services , et nommé^ à trente* trois ans, maréciiat de.France et gomemear de la Bdorgogne; mais son anir bition était iOMnodérée comme son orgueil , et ce fui particnlièremttDt snr Ini que comptèrent les ennemis de la France. Chartes*£mmennel , duc de Savoie, retenait eo sa possession le marquisat de Sahues, qu'il avait usiurpé : somné par le roi d'en Mre la restitution, il vint à la coot de France pour y tramer des complots , et s'unit étroite-' ment, dans ce but, avec le comte de Fueatès, ennemi personnel de Henri IV , et gouverneur de Milan pour le nouveau roi d*£spagne Philippe III. L'une des filles d'£m» manuel fut offerte à Biron , avec- la Bourgogne pour dot en toute souveraineté : le maréchal promit à cette condi* tion de soulever tous les mécontents en cas <le guerre, et de les rallier à lui contre le roi. Fort de ces aasurances, qui lui furent portées par Latin , secrétaire et confident du maréchal, Emmanuel refusa de restituer le marquisat de Saluées , et Henri lui déclara la guerre. Sully, réceoh ment nommé grand mfidtre de rartiilerie, avait tout di»cam- posé pour que la campagne Ha glorieuse et rapide. Le ml

^IsTote/mit en mouvement deux armées : il commanda l'une, et

confti l'autre au maréchal de Biron. Celui-ci fut forcéjde vaincre malgré lui; en vain prévenait-il les généraux ennemis de ses marches et de ses attaques, lei»rs troupes furent battues, leurs places emportées. Emmanuel de* manda la paix, et obtint de garder le marquisat en échange de la Bresse, du Bog^ et des bords du Rhône jui^'à Lyon.

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Henri IV avait reça avis des intellîgenees de Biron avec ses ennemis. Dans un entretien qu'il ent avec lui à Lyon, il lui rév^a ses s(Mipçong : le maréchal ne nia point son crime, et fut généreusement pardonné. Le roi cependant , n'était qu'imparfiiitement instru^, et Biron ne fit qu'un aveu incomplet : ce fut Tune des causes de sa perte. Henri avait épousé, dans le cours de Tannée» Marie de Médicls, Henri nr fille de François, grand-duc de Fl<»rence : il envoya Biron MarfJ^e comme aralrnssadeur en Anglelerre auprès d'Elisabeth, leoo. pour lui annoncer ^on mariage. Cette reine venait de livrer à i'échafaod le comte d'Essex, son favori , coupable de rél)ellion ; après avoir entretenu Biron de cet évé^ nement et de ses chagrins, elle lui dit ces paroles remarquables : <c Si j'étais à la place du roi de France , il y aurait « des têtes coupées à Paris aussi bien qu'à Londres. » Le Diaréchal ne tint compte de cet avertissemei^, et ourdit bientôt de nouvelles intrigues.

Marie de Médids avait rendu Henri père d'un dauphin; ce fut alors que la famille d'Ëntragues fit valoir Tengagenient signé par le roi en faveur d'Etenriette , qui lui avait donné deux fils ; elle réclama pour eux la succession au triVne, et plusieurs seigneurs soutinrent les prétentions de la favorite , entre autres Charles de Valois et le maréchal de Biron : ils se liguèrent, dans l'intention de faire déclarer le dauphin Illégitime, et les négociations furent reprises entre Biron, Oiarles-Emmanuel et le comte de Fuentès. Biron devait avoir le commandement des troupes rebelles ; * le baron de Luz, son ami, fut employé dans ces dernières négociations^

Le roi cependant avait ccmnalssance des intrigues du maréchal , et celui-ci s'oubliait dans une sécurité profonde. Lafin, instruit des soupçons du roi, inquiet pour lui-

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même et blessé de la froideur que lui marquait son mattre, résolut de le trahir; il avait conservé les preuves écrites et détaillées du crime, et les livra au roi/Biron fut aussitôt mandé à Fontainebleau , où se tenait la cour : il s'y rendit. Lafin l'attendait , et à son arrivée il lui dit : « Prenez courage , ils ne savent rien. » Ces paroles perfides enhardirent Biron. Henri raccueillit avec bonté ; dans une longue promenade qu'ils firent ensemble, il essaya vainement de toucher son cœur, et de provoquer ses aveux; il lui offrit, s'il confessait franchement son crime, un pardon général et ses bonnes grâces ; mais Biron fut inflexible. Le roi essaya sur lui l'influence de quelques amis : ils n'obtinrent pas plus de succès. Tirant alors Sully à part: « Mon ami, lui dit le monarque, voilà un malheu- (c reux homme que le maréchal I J'ai envie de lui parte donner, d'oublier tout ce qui s'est passé , et de lui faire a autant de bien que jamais ; il me fait pitié. » Il tenta un dernier effort , et l'appela dans sa chambre aux approches de la nuit ; là , il le supplia de lui ouvrir son cœur : « Gon- « fessant tout librement , lui dit-il y je vous couvrirai de <c ma protection , et j'oublierai tout pour jamais. » Le maréehsil s'indigna de ces instances comme d'un outrage. « Adieu, baron de Biron , reprit le>oi; vous savez ce que ft je vous ai dit. » Il le laissa seul dans l'appartement , où entra aussitôt Yitry , capitaine des gardes, qui retira son épée au maréchal et le retint prisonnier. « Mon épée I s'é* *<t cria Biron , mon épée qui a fait tant de bons services I « Il désira parler au roi; il n'était plus temps. On arrêta le comte d'Auvergne le même jour; tous deux furent transférés à la Bastille, et le parlement reçut l'ordre d'instruire leur procès. Biron protesta de sou innocence jusqu'au moment où Lafin lui fut confronté; alors il se vit perdu, et

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il invoqua le pardon qu'il avait obtenu du roi à Lyon , protestant que depuis il n'avait point conspiré. Toutes les présomptions étaient contraires à cette déclaration du maréchal ; mais il n'existait aucune preuve évidente de ses dernières intrigues. Le roi rétracta le pardon qu'il lui avait donné sans connaître l'étendue de son crime, et Biron fut condamné à mort. A cette nouvelle il s'emporta, devint furieux, puis implora la clémence du monarque; tout fut vain : il eut la tête tranchée, le 2 décembre, dans la cour Exécu. de la Bastille. Henri fit grâce de la vie au comte d'Au- mà°réch?i

•. . , , , . .de Biron.

vergne ; les autres grands coupables s étaient soustraits à *«02la justice.

L'arrêt du parlement et la mort méritée du maréchal portèrent un coup funeste aux espérances qu'entretenait encore dans le royaume l'ancien esprit féodal. La reine Elisabeth envoya féliciter Henri IV à ce sujet; Philippe III désavoua toute part dans les complots du comte de Fuentès , et fit complimenter le roi sur l'issue de la conspiration. Les deux souverains n'en demeurèrent pas moins ennemis : Henri secourut toujours les Hollandais contre l'Espagne, et Philippe, suivant l'expression d'un contemporain % continua d'arroser en France « les mauvaises ra- « cinesqui n'étaient pas encore mortes ».

Le royaume prospérait par l'attention vigilante du roi , Admims. par son économie , et surtout par les soins de Sully. C'est HenVuv un honneur immortel pour la mémoire de Henri IV d'avoir suiiy. donné toute sa confiance à ce ministre austère et peu indulgent pour les faiblesses de son maître. Il n'avait trouvé dans son royaume, après la signature du traité de paix, ni armée organisée, ni commerce, ni industrie ; des ma-

■ Canaye.

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réettges«t des forêt» coiur rusnt enoore d<'ilnmeii6«ft (Arliesi du. sol , oùr na circulaieQt ni routes ni caQsnxî; miM dttlt« énosme grevait le tréoos, de» pettaioi» considéraMoft avaient ettOttte étéaecordéesanxdiefii'de laLipwry etl#. crédit de la France était an^uiii. SoUy, grand malUe de TArtilieiie et swrtntendant doa fioaaees^ créa en pen d!aa<néoïUB iaipofianl; malérieit de guerre^ et mît l'aimée sas ua pied redoutable ; ii^ déjouai toutes iesi fosudes des Xm^ tants, qui faisrânt à peine entrerait ttéson le dixième de&i revenus publics, supprimaks sooa-fermes et uoemultitude d'offiees de finances, cassa tous les micieBS baux, et en. fit d'autres, beaucoup plus avantageux à la couronne; il établit enfin dans toutes les branche de radaiânistration Tordre et la plus sévère écononyie, revisa les ccéanees^de l'État, et s'empressa d'abolir plusieurs impôts vexatoires.

Agricui. L'agriculture devint l'objet de sessoins particuliers ; il per^ mit l'fôcportaition des grains, et doubla presque le prixdes: terres, en faisant tomber, pac la sécurité qu'inspirait soa.. administration, l'intérêt de Targaiit du denier dix au denier seize. « Le labourage et le pâturage, disait Sully, voilà « les deux mamdles dont la France est alimentée, les

indastrie. « vrmes miucs et trésors^ du» Pérou. » L'industrie attira aussi l'attention de SuUy :. il lui donna une io^ulsion igmssaute en suf^rimant l'im^^dt du. sou pouB livre sur toutes les marebandiaes v^idiMs; mais ce fut contre soo<avis que le roi encouragea lailabclcati^i. des étoffes de luxe. Henri établit des maiiiufactaies de tapisserie de baute lisse en: laiite et en soie rehaussée d'oc; il fiti^enir en France un grand; nombre de mûriei», et bientôt le^seieries de, Lyon, aequirei^ une heui^use céiébrité» On commença vers la même époque à faire en France de petites giaces dans le goût de Venise. Le roi aimait le luxe des palais et des jar-

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dios, saufrnjiglij^.auoiQtdes tnavaux utUa^àl'JÉtat; par ses soin&,6tpaB ceiade SaUy, à& nombrewia^ fioiunwmications furent établies dans le roysmme; oa construisit con^cdes ponts , oa r^ra les routes^ Paris fui; agrandi et emr belli; Heud lY joignit le faubourg SaintrGermaiaà.la ville et le fit p^yer; il commença ia Plaoe^Royaie, ache^, le Pont-Neuf, commença le ca«i&l dftiBciare, et conçut 1& projet de joindre lesdeuxmerSr.Le peapLe ne tarda ptlntà» goûter les fruita^'nae administrationsi sage; ses. changes furent allégées de q^uèbre millions , et l'on, ne peut sarappeler sans émotion. cetle parole sicouMue da hoaroi : « Si « je vis., disait* il , il xCy aura pas da paysan qui ne mette *« le dimanche une poule enisou« pot »

Taotd'utiles trayaux et de sages réformes ne s'exécurtèrent pas sans une viol^te opposition de- la p^t de tous> ceux qui avaient intérêt aus dilapidations des^xleniera purbiics. De nQmlM:eux..orages se formèrent à la cour contie Sully. Un jour, à, Fontainebleau, le roi parut ébeanlé : il prit à part sou. ministre avant de partir pour la chasse, et provoqua une explication ; bientôt soa amitié l'emporta sur ses soupçons : il fit connaître à Sully ses ennemis,, lui montra leurs dénonciations écrites, et l'entretint avec toute i'effuâon de son cceur* Sully, profondément ému, se jetait à ses genoux pour les embrasser : « Que faites-vous, « mon ami? » lui dit le roi en lui montrant les courtisans à quelque distance, «ils croiraient que je vous pardonne. » Puis, s'avançant vers eux : « Messieurs, leur dit-il, sachez « tousque j'aime Rosny plus^ue jamais, et qu'entre lui et « moi c'est à la vie et à la mort.»

Au milieu des. prospérités croisantes 4e l'État, de nouvelles faiblesses faillirent être fatales-au monarque. Il devint épris, à l'âge de cinquante ans ; de la plus jeune fille

du comte d*Entragues, sœur de la marquise de Verneuil. Il se travestissait pour la voir, et accourait , la nuit et presque seul , à travers les bois , au rendez-vous qu'elle lui

Conspira- assîguait. Lc comte d'Entragues , qui ne voyait dans cette comte nouvelle passion du roi qu'un moyen d'élévation pour sa

^i^dt famille et pour lui-même, trama de nouveaux complots.

P^"|^jy" Ses principaux complices furent le comte d'Auvergne, les

^6M?' ducs de Bouillon, d'Épernon'et de Bellegarde, et le connétable de Montmorency. Ils comptaient tous sur l'intervention armée du général espagnol Spinola et du duc de Savoie : le comte d'Entragues devait faire enlever le roi dans une de ses courses aventureuses ; le trône était promis au fils aîné d'Henriette. Henri fut, en effet, attaqué au milieu d'un bois par des bommes masqués , et dut son salut à sa présence d'esprit et à son courage. La conjuration fut découverte : on arrêta les comtes d'Entragues et d'Auvergne , avec la marquise de Verneuil et un grand nombre de conspirateurs subalternes. Le roi fit grâce de la vie aux deux comtes , condamnés à mort ; il accorda son pardon à Henriette, mais se sépara d'elle; la justice des lois tomba sur leurs complices , et la tête des conspirateurs en sous- ordre paya, dans cette occasion comme presque toujours, pour le crime des chefs. Le duc de Bouillon fit bientôt après sa soumission ; et Henri fut alors au faite de sa gloire et de sa puissance. Maître d'un royaume florissant, d'une épargne de quarante millions, d'une armée nombreuse et de la plus belle artillerie de l'Europe , il se vit respecté de tous les souverains. Le pape Paul V lui-même eut recours à lui pour terminer ses différends avec la république vénitienne. Henri prononça entre eux comme arbitre, et les réconcilia. Il jouissait depuis cinq années de la faveur de la cour romaine , et l'avait ga-

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gnée en accordant le rappel des jésuites en France aux .ï^pp«i vives instances du P. Cotton , son confesseur. Jésuites

en

Les derniers temps de ce règne furent moins heureux. ^[JJjf • Marie de Médicis, d'une humeur hautaine et jalouse, irritée des infidélités de son époux , n'entretenait avec lui que des relations sans cesse aigt'ies par le souvenir de ses injures. Les Italiens de sa suite avaient toute sa confiance , et formèrent un parti puissant à la cour; leur faction était dirigée par la célèbre Galigaï et par Concini, son mari, tous deux d'une naissance obscure et redevables de leur élévation à leurs intrigues et à la faveur de la reine, dont ils flattaient Forgueil et entretenaient avec art les ressentiments. La plupart des vieux compagnons de Henri IV avaient disparu : les uns étaient morts, d'autres s'étaient montrés rebelles; plusieurs enfin, mécontents de lui, s'éloignaient de sa cour ; et dans ce nombre il voyait avec peine le brave Duplessis-Momay , qui venait de compromettre sa dignité dans une dispute théologique avec l'abbé Duperron. Le roi avait aussi perdu sa fidèle alliée , la reine Elisabeth, morte en 1602;. et le faible Jacques P*", son successeur, ne la remplaçait ni dans l'estime de ses sujets ni dans celle de Henri IV. Mais Sully lui restait, et ajoutait chaque jour à l'éclat de son règne. Le roi eut encore la gloire d'être, en 1609 , médiateur entre l'Espagne et la Hollande. La marine naissante et déjà formidable de cette république attaquait dans les Indes les établissements espagnols et portugais, tandis que ses armées triomphaient sous le fameux Maurice : Henri IV ménagea entre les deux nations une trêve de douze ans , qui fut signée en 1609.

C'est alors qu'il commît la faute la plus grande de son règne , celle qui porta la plus forte atteinte à son repos et

486 TBOIStÈlËE ÉPOQUE.

àsagloîre. ÉpeTdnmeBt épris âe CharioUe de Montmo-

rency, qu'il avait lui-même fait épouser au jeune prince

Ftttteda 'de Cofldé, il ne put TnattPiser sa passion funeste. Coudé,

prince et . « f , ,

Hacl»se ^^V^^^h prtt là fuite, abandonna le royaume avec sa femme, <*«|^f*-et demanda protection à l'archiduc Albert, gouverneur des Bays-Bas. A cette nouvetle inattendue, Henri éclate en menaces, et somme Varchiduc de lui renvoyer les fugitifs. Condé quitte la Flandre, ^t se Tend en Allemagne, tandis que rarchiduébesse Claire- Eugénie prend à Bruxelles la jeune princesse sous sa sauvegarde, et la dérobe aux émissaires du roi , qui somme le prince de rentrer en France et déclare soudain la guerre à FËspagne et à TAutricbe.

Depuis longtemps il voulait abaisser ces deux puissances, et se disposait à leur porter un coup terrible; mais

Déclara- cette subite déclaration de guerre , dont le motif apparent

tlon de ^ o 9 rr

i^^îgife ^*^^^ "^® vengeance personnelle et le désir de satisfaire * tricha?" une passion coupable, fit pousser un cri général contre lui. *^' Henri forma néanmoins d'utiles alliances. Jean^uiUaume, dernier duc de Clèves ef de Juliers, venait de mourir sans enfants : plusieurs prétendants se disputaient son héritage, et l'empereur Rodolphe II -avait évoqué la cause à son tribunal. Les princes protestants le récusèrent pour juge, et formèrent contre lui à Hall une célèbre 4igae, connue «ous uniwtt le nom à* union évangélique. Ils réclamèrent l'appui de "22?: la France, et l'obtinrent. Henri f V s'unit également au duc de Savoie, ^ux petits souverains d'Italie et aux Grisons. Philippe III, justement alarmé , parle de paix , et offre l'infante , sa fille, au dauphin. Henri rejette cette proposition pacifique; il sent ses torts , il en souffre sans se justifier et sans les réparer ; il se trouble et s'irrite à la seule pensée de la jeune princesse qu'il poursuit, et hâte les préparatifs de

LIV«E m. CflâPIVHE I. 487

la guerre, hnpaliOTtiête'cewïmanderfiffla armée ^et^de marcher ^ers la -fpoiitière de Flandre.

Il deslioafit pendant eeflte campagne 4a végenee à la reine; «rt soit t|u'41 cédât à ses prières, soit squ il voulût lui dernier ^ne atitortté p^os (imposante^ il ^donua qu'dlle fàt couronaée : cette cénémonie eut il»u le 43 mai. Le roi fut toute la journée triste et inquiet. Depuis Itn^mps l'élotgfiement denses «nfeiens compagiMms, les complots sans cesse ise«»issants aotour de éni, riegratitaàe ^t la mécfannceté^de ceirx qu'il a^aitrcombkés de bienfaits, abreu- Talent son cœur de eiiagirâs ; iqoelquefois i\ méd^ait de ^iiir<ses ennemis, mais bien^ sa h»tité kii inspirant ^'aotitts pensées , il'se conteiitidt^ aire : « Qsand je n'y « serai plus, on verra tïc que»je vaux. ».Le 14j»aitsa tristesse angBieBita; il lot aglfeèdetâonlonreux pressentimenta, dofit ses amis «e purent le distraire. Après son dîner, vers quatre heures, r^empt de ses gardes, qu'il avait &it appeler, lui dit : « Sire , v^tre majesté est toute pen- « sive ] il vaodroit mdeax prendre un peu Tair^ cela la res« « jouiroit. — C'est bien ^dit , rqpcit lewi. Faites appres* « ter mon carrewe , j -toi à l'Arsenal vodr le duc de Sully , « qui est indisposé ^ » Le roi» sortit du Louvre , suivi seule* meirt d^un petit nombre de ^gentôlsiiomfttes et de valets de pied. Le carrosse était ouvert de cbi«p»e oèté, 'parce qu'il faisait beau , et que le wi voulait voir les préparatifs qu'on faisait dans la ville pour i'entrée solennelle de la reiae. En entrant dans la rue de 4a Ferronnerie , un embarras occa^ouné par deux Toitjures , obligea le carrosse à s'arrêter, et ies valets se dispersèrent : dans ce moment, un homme, appelé Frano&is Ravailkic, monta sur la roue, et

' L'Estoile.

488 TBOISIÈME ÉPOQUE.

porta au roi un coup de couteau entre la seconde et la

troisième côte; Henri s'écria : « Je suis blessé! » mais le

scélérat, sans se troubler, redoubla et le frappa d'un se-

Mort de cond couo daus le cœur, dont le roi mourut aussitôt . en

Uenil IV. *^ ' '

«610. jetant un grand soupir. Le monstre se tint sur la place, immobile , comme pour se faire voir et se glorifier du plus grand des attentats '.

Ainsi périt Henri IV, à l'âge de cinquante-sept ans. Oo soupçonna du crime l'empereur, le roi d'Espagne, la reine de France, le duc d'Épernon, les jésuites, parce que tous en profitèrent ; mais l'assassin déclara qu'il n'avait point de complices. L'idée du meurtre lui était venue des sermons qu'il avait écoutés : il croyait le roi huguenot dans l'âme, et pensait rendre un grand service à la France en la délivrant de ce monarque. Condamné au supplice des régicides , son étonnement fut extrême lorsqu'il vit le peuple prêt à le mettre en pièces , et offrir des chevaux pour le déchirer. Jamais la mort d'un roi ne causa une telle stupeur, et ne fit couler plus de larmes : la France parut plongée dans le deuil ; le commerce fut suspendu dans Paris , les travaux de toute espèce cessèrent; les gens de la campagne se transportaient partout sur les grands chemins pour savoir des nouvelles; et quand ils furent certains de leur malheur, ils s'écrièrent avec des sanglots: Nous avons perdu notre père/ Henri était digne de ce grand et doux nom de père du peuple.; car le bonheur de ses sujets fut l'espoir de son cœur et le but de toute sa vie : il adoucit leur sort , créa pour eux de nouvelles sources de richesses , et rendit son royaume aussi florissant qu'il pouvait le devenir en douze ans, après les hor-

' L'Estoile.

LIVBE m. GH4PITBE I. 489

rîbles calamités des guerres de religion. La sage administration de ce bon roi autant que ses qualités héroïques lui valurent le surnom de Grande que la postérité lui décerna. Les lettres et les arts firent des progrès en France sous État des

., , » / . n ^ ■« r»,i ' . lettres et

son règne, et il les encouragea. Les présidents deXnouet ^JJ^^JJ: Jeannin, les cardinaux d'Ossat et Duperron, faisaient par- gfj^*ra°ls tiède son conseil; Pierre Pithou, Fundes auteurs de la Jègn*?. satire Ménippée, écrivit le traité sur les libertés de l'Ëglise gallicane ; Jérôme Bignon commença ses grands travaux de jurisprudence; Arnaud et Etienne Pasquier étaient la gloire du barreau; Régnier se distinguait avec verve dans la satire. Henri fut le véritable fondateur de la Bibliothèque royale ; il donna une forte impulsion aux travaux d'architecture ; il agrandit et décora les résidences royales de Saint-Germain , de Monceaux, de Fontainebleau, et surtout le Louvre; il donna des logements dans le palais, sous la longue galerie qui est son ouvrage, à des artistes en tous genres ; Paris enfin dut à ses soins de nombreux embellissements. Quand don Pèdre de Tolède fut envoyé par Philippe III en ambassade auprès de Henri lY, il ne reconnut plus cette ville , qu'il avait vue autrefois si malheureuse et si dégradée : « C'est qu'alors le père de famille « n'y était pas, lui dit le roi; et aujourd'hui qu'il a soin de « ses enfants, ils prospèrent. » '

Henri IV eut jusqu'à la fin de ses jours à se reprocher '

des faiblesses coupables, dont il porta cruellement la peine: l'histoire doit rappeler qu'il en gémissait, et qu'il sut quelquefois les surmonter. On connaît ces paroles à Gabrielle d'Ëstrées : « Sachez , madame , lui dit-il en présence de « Sully, qu'elle accusait, sachez que je consentirois plustot « à perdre dix maîtresses comme vous qu'un seul serviteur « comme lui. »

4dO tAÔtS^I^E *iPOQeE.

L'usagé «barbare ^^éês Swls ^taît à cette époqaeiifie^ies • «plates ^flu royaume , et coèta , dttnin , eu «meKetHe^anoée, quatre mlUegeiitHs-'homaies à^la^Fpaoce.^Heûrr IV^reudlt à. ee sujet âes éâlts sévèi*es. Il t^ondumna les dueitfetes^à la pei»e*detDWt/et owdomia'qiie leftribiHikl des «imiréebatK de France statuerait sur les dffi%i«uds etitre les gciïtMs- ^hommes rll neput néanmohis'tridinpher qu'ltnpafMtc- 'meut d'un ^réju gé féroce * trop eurachié dans les mceurs nationales. D'après le témo^nage de-son minime, îl mé- ^dîtait, à la^n de son règne, de ndbtes plans poui^letbon- Iwurde l'humanîté : il songeait, aptes fevoir aiïaîssé ia maison d'Autriche, à fonder une paixperpëtueHe en**Euti^, en créant un mode iégald^obligàtion'niûtuéller'poar les souverains dans leurs relations entre eux :% mort prévint raccom[ilissement de ses généreux pr(gets. Pluisietrrs reprochent à Henri d'avoir fait une-abjuration peu sincère, par un motif d'ambition toute personnelle, etisans une nécessité absolue. Ce reprocbeest trop rigoureux. Il est probable que François P% s'il eût adopté la religion protestante, aurait pu continuer à régner sur la France; mais iorsqu'tin eut persuadé au 'peuple que des hommes en différant de culte devenaient par cela seul ennemîs mortels; lorsqu^oneut e^îcrté catholiques et protestants à se jeter les nos sur les autres comme »des bêtes féroces, et à s*eûtredé6hirer pendant près de quaraiffte années ,ies funestes défiances et'les hnplacables ressfflfrtiments qu'nn'flt alnsinaîtreTeiidirent'pDur longtemps toute récondliatîon Imposable: il yent comme deuxiiations surtemème sèl, et jamais la ^lus ïaible n'aurait pu imposer son chefii ta plus forte rirfallaitKÎonc, après la mort deHenri deTaioîs, que Henri 'de Bourbon se fît catholique, ou que la guerre civile n'eût point de terme. La vie entière de

Ll¥SB m. CSAFfnUS II. 4§1

Henri IV «oo6 aitt«nse*à croire <fiie*Mn abjnraBen hii fat iHc^ •«nrlavt par Varnsm qull portjit à «en ]^iipie. Si eet -acte «ut^de fsolM noAHestiMtifg, «i «a «hueérilé eit dovieiise, étsX à 'Bieu Béni quUl appnrtkAt de p rononeer un Jogemeot «évère : ia Fruice'De'peiit avoir qu'oiie -v^ix pour absondre^et^pour bénfa* te tneilleiir des mouarfnes.

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