‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 16 sur 65 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

De raTénement die Louis XVI au trône jusqu'à la conyocation des états généraux.

Louis XVI moito sur le trône le 11 mai 1774, à Tâge de vingt ans y ses mœiurs étaient pures, ses iotentioDS droites et géiéreoses ; mais à une complète inexpérience des affaires il joignait une grande indéciâon de volonté : jamms prinee cependant n'eut plus que lui besoin de force et de persévérance. Il trouva, lors de son avènement , les finances en dés<Nrdre, le pouvoir déconsidéré, l'opinion poblicpie exilante et soulevée contre les abus , enfin des corps privilégiés ligués contre toute réforme. Le roi aecrut encore les difficultés de sa situation en choisissant pcHir guide le vieux Maurepas , en butte sous le règne précédent à la haine de madame de Pompadour , qu'il avait offensée : Louis XVI espéra trouver en lui un sage , et ne rencoiAra qu'un courtisan frivole. Ce ministre crut se rendre populaire en rappelant les ^dens parlements; Rappel mais il ne sut point user de son pouvoir pour les soumettre cie^ p^^ à des réformes utiles et suffisantes. Ils furent réinstallés le «''^ 12 novembre; et Maurepas, en procurant un jour de popidarité à l'autorité royale , lui prépara , dans Tavenir, de fteheux obstacles.

Haupeou et l'abbé Terray étaient tombés aux acclamations du peuple; Maurepas, qui cherchait alors un appui dans l'opinion pid>llque, eut recours, pour remplacer les

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148 TROISlàME liPOQUE.

ministres déchus, à des hommes désignés par elle. Son choix s'arrêta snr Targot, doué d'un esprit ferme et judicieux, et déjà célèbre par ses grandes vues politiques : il avait été précédemment admis dans le conseil du roi comme ministre de la marine; Maurepas lui fit donner le contrôle général des finances. L*entrée-du conseil fut ouverte Tannée suivante à Lamoignon de Malesherbes , magistrat du plus haut mérite, et ami de Turgot, qu'il secondait dans ses vastes opérations ; il eut pour département la maison du roi» et disposa des lettres de cachet, dont l'abus n'était plus à craindre dans ses mains. Les autres membres influents du conseil étaient Hue de Miromesnil, garde des sceaux ; le comte de Saint-Germain , ministre de la guerre, et de Yergennes, ministre des affaires étrangères.

Opéra- Louis XVI cu [moutaut sur le trône avait supprimé le

tlons de *" a

iTumB ^^^^^ ^^ joyeux avènement : cédant aux inspirations de son cœur autant qu'aux conseils des sages ministres, il abolit la torture , et la loi qui rendait les tailiables solidaires pour l'impôt. Mais Turgot méditait des réformes plus étendues : donnant tous ses soins au bonheur du peuple, il entreprit la suppression d'un grand nombre de servitudes et de privilèges onéreux; c'était de lui que Malesherbes disait : Il a la tête de Bacon et le cœur de FHospitaL II désirait faire contribuer la noblesse aux impôts dans la même proportion que le tiers état ; il voulait encore, par le moyen des assemblées provinciales , accoutumer la nation à la discussion des intérêts publics : il combinait avec Malesherbes un système d'administration qui eût ramené la France à l'unité , en détruisant tous les abus, et fit rendre, dans cet esprit , des édits qui remplaçaient les corvées pour les routes par une contributioD

LiyftB y. CHAPITBE IV. 149

également répartie entre tous , proclamaient de nouveau le commerce des grains libre à l'intérieur, et abolissaient les jurandes et communautés de commerce* Les privilégiés éclatent aussitôt en plaintes et en murmures, les parlements refusent d'enregistrer ces sages édits, et un lit de Justice devient nécessaire pour les y contraindre. Les philosophes et les économistes triomphaient ; mais il s'était formé à la cour une ligue redoutable contre les ministres réformateurs. Placé entre un jeune roi dépourvu de lumières et un vieux ministre courtisan , Turgot se trouvait dans la situation la plus difficile. S'il se fût hâté d'expliquer ses projets, il n^eùt pas été compris, et eût inutilement compromis son crédit. Jamais il n'osa dévoiler son vaste plan sur l'administration générale; il se bornait à préparer Louis XYI à l'entendre plus tard , et réformait les abus les plus graves, en avertissant le roi des orages qui menaçaient son règne si des institutions tutélaires n'affermissaient son pouvoir. Le vice du plan de Turgot est qu'il demandait pour être mis à exécution vingt années de la vie d^un ministre , et de la part du prince une volonté de fer pour maintenir l'auteur dans ses conseils, malgré le vœu de sa famille, de sa cour et les cris des ordres privilégiés. Le succès était donc impossible sous un monarque aussi facilement accessible que l'était Louis XYI à des influences diverses et contraires. Malesherbes lui-même , malgré les meilleures intentions , n'était point parvenu à faire abolir les lettres de cachet , qui disposaient sans jugement de la liberté des citoyens ; il n'avait pu détruire l'abus monstrueux des lettres de surséance accordées pour sursis de payement aux débiteurs en crédit ; à peine avait-il été libre de réduire faiblement le luxe ruineux de la maison du roi , et déjà de toutes parts ses actes les plus justes soulevaient mille réclamations.

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11(0 TSOmtaC BPOQfJC.

miSîîtère ^*^*** jaloox dfe !a popularité de Twgot et de soa aseendsmt afir le roi , Maurepas lai-raénie ex^ta les ennemis des deux sages ministres , et alarma le roi sir tes dangers de l'esprit de système. Maleslierbes pressentit la rérolution qui s'opérait dans l'esprit du faible prince, et donna sa démission; Targot attendit sa disgrâce. Louis XYI avait dit de lai : « Il n'y a que M. Turgot et moi qui aimions le peuple ; » et ille congédia. Aux ministres populaires succédèrent des ministres courtisans ; l'administration changea de système , et les réformes furent abandonnées ^ Clugny , ancien intendant de Saint-Domingue, puis Tsboureau, remplacèrent tour à tour et sans succès ce grand ministre ; après eux , le contrôle général tomba de nouveau dsms les mains d'an homme intègre et d'une haute capacité financière. "Necker, banquier genevois, décoré du titre d'envoyé de sa république , avait été adjointe Taboureau, et lui succéda en 1777. Louis XVI venait, suivant l'ancien usage, de prononcer le serment d'exterminer les hérétiques, et INecker appartenait à la communion protestante; cependant, telles étaient sa réputation et l'imminence du péril,

* Aussitôt que le renvoi de Turgot fut connu , il y eut une explosion de joie à la cour et dans de nombreuses sociétés de Versaittes et de la capitale. On voyaH dans les promenades des gens s'aborder en se fëûdtant lit plupart des hoBunes éclairés gapdaient im même sileBoe , et tous portaient vers Ta^nir des regards inquiets. Le 12 mai 1776 , jour du renvoi de Turgot , est une des époques les plus fatales pour la France. Ce ministre, supérieur à son siècle, voulait faire sans secousse, par la puissance d^un roi législateur, ]«s diangements qui pouvaient aeuls mus gnraatir des révoàutioiw. Ses tentenporaiiis» é^oMes et superficiels f ne le comprirent pomt; et nous avons expié par de longues calamités leur dédain pour les vertus et les lumières de cet homme d'État.

(Joseph Daoz , Bisiaire du règm de Louis XVI. )

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L1V1UE y. CHAFITSB IV. 151

qo*il fiil piaoé piw Mamrepts lui-méoe à la tète 4cs ft- «a&eef , avec le titre de dîreeteur général. Necfcer faisait de ^i^; la bmme foi et de la probité 4a iMse ée stm systène, fui ^^^fjeensistaU à réduire les dépenses pour les mettre aa niveau des recettes , à se servir des impôts en temps ordinaire, à recoortr aoxemprmils lorsc[neées eireonstaiices hnpérieases Texigeratent, à faire répartir l'impôt par les assemblées provinciales, et enfin à créer la reddition des comptes poor la facilité des emprunts, dont les intérêts seraient lœsarés par des écooomies. Ces idées étaient ss^es : les capilalifltes avséent conçn une si in«te opinion des talents et 4e la probité de Necker, qme son nom seul offrit à leurs yepx une garantie suffisaate , et rétablit ia oonâauce des préteurs.

NedLer mit la France en état de soutenir «ne guerre qui exerça une grande influence sur les destbnées de ee royaume, en accélérant le mouvement des esprits et le progrès des idées lil>érales; cette guerre était celle des colonies anglaises de T Amérique du Nord, révoltées eontre leur métropole. L'Anglelerrè, écrasée de dettes après la paix de 1763 , avait voulu faire contribuer à ses dmrges ses colonies d'Amérique; celles-ci, aecoutumées à se taxer elles-mêmes et à voir se consommer sur l^ir sol les sonunes prélevées pour les frais de l'administration, opposèrent une résistance énergique aux nouvelles prétentions ingarrec de la métropole. La lutte s'engagea en 1773, à l'occasion coiodim d'un droit considérable mis par le parlement anglais sur le tlié, dont il se faisait une énorme consoronuiticm en Amérique. LeshaiHtants de Boston, capitale du Massacbusets, refusèrent de recevoir dans leur port les ballots fiuppés de cette taxe, et la multitude, irritée, les jeta dans la mer. L'Angleterre interdit aussitôt le port de Boston , et le gé-

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162 TBOUIBMS ÉPOQUS.

nénd Gages eut ordre de le tenir bk>qué. Mais i'impalsioD était donnée aax esprits : des députés de tous les points principaux des colonies s'assemblèrent à Philadelj^ie mï congrès général , et là fut rédigée et acceptée, en décembre 1774, la céXèbvt déclaration des droits , qui servit de type à toutes celles qui forent faites bientôt après en Europe. Le congrès annula les pouvoirs de tous les employés anglais, et ordonna la levée des milices nationales ; George Washington fut proclamé généralissime. Les premiers succès des milices américaines enflammèrent tous les cœurs, rinsurrection devint générale; et la prise de Boston par les insui^ mit le comble à Tenthousiasme : enfin le congrès publia en 1776 Vacte d'indépendance, par lequel il se constituait puissance libre et affranchie de la domination anglaise. Des agents diplomatiques Airent aussitôt envoyés dans les cours de l'Europe, pour obtenir que l'indépendance des colonies américaines y fût reconnue, et Benjamin Franklin, célèbre par ses découvertes dans les sciences autant que par les services qu'il avait rendus à son pays, fût choisi par le congrès pour plaider la cause nationale à la cour de Versailles et demander l'appui de la France contre l'Angleterre. La simplicité de son costume et de ses mœurs fit une vive sensation à Paris ; et l'engouement général dont sa personne fut l'objet hâta la conclusion des négociations entre la France et les colonies insurgées.

iMvoojs La jeunesse française , avide de gloire , brûlait , en tou- %oir*ta* ^^^^ *® ^* américain, de réparer les affronts de la dernière itKpS- guerre ; et la Fayette, âgé de vingt ans, signala dès lors son taméri. dévouement généreux, quoique souvent aveugle, pour la ^^'^^' cause de l'affranchissement des peuples. Il renonça aux douceurs de l'existence la plus brillante et la plus enviée.

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UYRB Y. CHAPITBB lY. 153

éqoipa un bâtiment à ses frais, et offritson épée aux Américains, accablés de plusieurs rcYers : il Youlait servir comme 'simple Yolontaire dans leurs rangs, mais il reçut le grade de major généra], et obtint Tamitié de Washington. Plusieurs Français des femilles les pius distinguées suiYirent l'exemple de la Fayette. Le gouvernement anglais^ dirigé par lord North, se plaignit, et pour se venger il commit quelques actes d'agression contre la France. Louis XY I hésitait toujours à commencer les hostilités. Cependant en 1 778, après la mémorable journée de Saratoga , où le général anglais Burgoyne fut contraint de déposer les armes avec un corps de six mille hommes, la France conclut un traité d'alliance et de commerce avec les Américains. L'Angleterre rappela aussitôt son ambassadeur, et la guerre fut résolue.

Ude escadre de douze vaisseaux de ligne , commandée Guerre par le comte d'Estaing, appareilla de Toulon pour i'Amé- ^«^^^^ rique, et entreprit inutilement la conquête de Rhode-Is- ^^}^ land , l'une des places d'armes des Anglais. Une tempête ''oé^^!^' dispersa la flotte, et la prise de quelques-unes des Antilles nltlm. fut le seul résultat de cette première campagne. Le 27 juillet de la même année l'amiral français d'Orvilliers rencontra l'amiral Keppel à l'entrée de la Manche, en vue de l'Ile d'Ouessant : les deux flottes étaient chacune de trente combat

d'Oaes-

Yaisseaux ; elles engagèrent une bataille qui dura tout un «^ jour, et #e séparèrent pour se radouber, sans avoir perdu un seul bâtiment. On célébra d'abord ce combat en France comme une victoire éclatante. Le duc de Chartres, fameux plus tard sous le nom de duc d'Orléans, commandait Tarrière- garde de la flotte ; sa conduite, après avoir été Tobjet d'éloges exagérés, fut ensuite dénigrée avec injustice, et le roi l'éloigna du service de la marine, en le nommant colonel général des hussards : le don de cette charge

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154 tmiMiteB ipo^ei*

était uûe iasvhe dans ta cireonstance oè cMe lui fatomilérée. Ce prioce eut d'autres affronta plus omelt eneoroà subir, et parut Youé dès tors» par une espèce de fatalité, à une célébrité maUieoreise.

AUiance La Frasce condot, l'année sui'vattle, aYCcTEspagne

SlSra- ™^^ alliance qai doubla ses forces navales. I^s amiraux %?irS!' d'OrvtlIiers et don Louis Cordova Joignirent leurs fbttes,

"^^' et menacèrent , sans résutot, TÂng^elerK d'une descente , tandis que le comte d'Estaing, secondé par le comte de Grasse et la Motte-Piquet, s'emparait de Tile Sato^ Vincent et de la Grenade, et triomphait de Tamiral Byron au combat de Sainte-Lucie. Ces succès retardèrent son arrivée aux Ëtats-Unis, et la malheureuse expédition de Géorgie termina la campagne. Le comte d'Estaing, de concert avec le générai Lincoln, attaqua témérairement Savannah, capitale de cette province, et fut repoussé avee perte, mal- ' gré des prodiges de valeur : il leva le siège, part£^ea sa flotte en trois escadres, auxquelles il donna pour ehels le comte de Grasse , la Motte-Piquet et le marquis de VaudreuH ; il revint de sa personne en France , et fut remplacé par le comte de Gui chen , qui soutint honorablement la guerre contre l'amiral anglais George Rodney.

Les États du Nord repoussèrent , dans le cours de cette année, les prétentions de rAngleterre , qui s'arrogeait le droit de visite sur les bâtiments des diverses j^issances; et ils proclamèrent la neutralité armée. L'Angleterre tenta inutilement d*obtenir pour alliée la Hollande , où le parti républicain l'emportait sur celui du stathouder, favorable au)c Anglais; et elle eut à lutter contre les flottes combinées de la France y des Provhioes*Unles et de l'Espagne. Actes mi. La majorité du ministère français .était alors com-

1781. posée d'hommes recommandables pair leur mérite et leurs

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LfVBB T. GBÂPTTBB IV. 155

taletits. Yergennes faisait respecter le royaume à Tétraager, Ségur et Gafltries , guerriers dignes d*inie hante estime y poassafeBt aetirement la goem, tanéis que Mec^er donnait an roi les moyens de la continuer. Son célèbre compte rendu du mois de Janvier 1781 offrs^t, poar la première fbf« , un excédant de dix millions de recette sur la dépense. Il produisit une sensation profonde, et fut accueilli par Topinion avec une feveur qui inspira une inquiétude jalouse à Maurepas. Offensé d^étre oublié dans le concert de louanges prodiguées à un ministre qu'il regardait comme sa créature, Maurepas montra au roi un danger dans la discussion publique des actes de son gouvernement, soulevée par le compte rendu de Necker : de ce moment , tous les plans de cet bomme d*État furent accueillis avec défaveur; te conseil les combattit, et les privilégiés luttèrent contre ses utiles réformes. 11 parvint cependant encore, par la seule autorité de son nom, à faire remplir deux emprunts, qui s'élevaient à quatre-vingt-dix millions; mais bientôt il sentit qu'il n'avait plus la confiance du monarque, et donna sa démis- Retraite sion, qui fut acceptée le 23 mai. Sous son ministère la *'•«guerre d'Amérique avait accru de quarante-cinq millions le passif du trésor, dont le déficit était ^n partie couvert par d'utiles opérations et de nombreuses économies. Necker lai8^f%n caisse les fonds nécessaires pour achever la campagne décisive de 1781, et sa retraite fat considérée comme une calamité publique.

Six mille Français, sous le général Rochambeau, long- ^ temps bloqués à Rtiode-Island, portèrent un secours efficace aux Américains, récemment trahis par le major Arnold et accablés de plusieurs revers. Dès lors la fortune se déclare pour la cause de L'indépendance : le comte de suite et

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l$fi TlOISliMB BPOQUB.

^H^L Grasse bat dans la baie de Chesapeakies amiraux Hood

ffoerre de *

SîfS'^' et Grave, et isole Yorlt-Town de tout secours; le géoéral Prtee^de Cornwaliis, à la tète du principal corps de troupes au- ^tw: gl&Jses, avait établi dans cette ville son centre d*opéra« tions. Washington et Bocbamlieau combinent leurs plans, et marchent de concert sur cette place, défendue par de redoutables batteries : Tattaque est ordonnée; la Fayette, le colonel Hamilton et le général Lincoln conduisent les Américains; Vioménil, Saint-Simon et le vicomte de Noailles guident les Français ; on distingue dans leurs rangs Robert de Dillon, Charles de Damas, Alexandre Berthier, Matthieu Dumas, Charles de Lameth : les deux armées combinées rivalisent d'audace, et les batteries extérieures sont emportées ; Cornwallis , sans espoir de secours , capitule le 19 octobre, et huit mille hommes sont faits prison- Trêve, niers* Cette conquête décida de la guerre : une trêve tacite observée sur terre entre les deux camps précéda de dixhuit mois la conclusion de la paix.

Le duc de Crillon s'était emparé de Tile de Minorque et de la ville de Mahon ; il entreprit Tannée suivante, Gibraltar ^^ ^ ^^^' '^ ^^^^® ^^ Gibraltar , dont les flottes de la Frauoe i7ia. et deTEspagne, réunies sous don Louis Cordova, fermaient l'approche à l'amiral Howe. Des batteries flottantes , de l'invention du chevalier d'Arçon , furent élevées contre celles de la ville , que défendait le bHive général Eliot ; elles prirent feu sous une grêle de bombes et de boulets rouges, et l'incendie amena un affreux désastre. Peu de jours après, profitant d'un coup de vent qui dispersa la flotte française, l'amiral Howe, par de savantes manœuvres , entra dans le port, et ravitailla la place , dont le siège fut abandonné. Cette même année un combat naval funeste pour la France avait été livré sur la mer des

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LITBB V. CHAPITRS IV. 1S7

Antilles : le comte de Grasse , surpris dans une position dé- conbtt favorable par Tamiral Rodney , entre la Guadeloupe et les saintes. Iles des Saintes, perdit huit vaisseaux et fut fait prisonnier.

L'Iode était depuis quatre ans le théâtre d'une guerre canpfsaDglante. Les Anglais avaient pris Pondichéry en 1778, ^ndef et fait souffrir à la Hollande des pertes immenses. Haïder Ali-Kan, sultan de Mysore, et son fils Tippoo-Saëb, soutenaient les Français dans ces contrées ; ces deux chefs redoutés accoururent trop tard au secours de Pondichéry ; mais, à la tête de vingt mille hommes disciplinés en partie à Teuropéenne, ils remportèrent de nombreux avantages ) quatre fois vaincus par sir Eyre Coote, ils battirent en retraite et évacuèrent le Garnate, après avoir ravagé toutes les possessions anglaises. La mort d'Haïder, survenue en 1782, permit à l'Angleterre de réparer ses désastres. Le bailli de Suffren commandait avec gloire la marine française dans les mers de Tlnde : il protégea le cap de Bonne- Espérance contre l'amiral Johnstone, et conserva cette importante colonie aux Hollandais : il y laissa le marquis de Bussy, qui s'illustra par ses négociations autant que par ses exploits.

Suffren livra ensuite plusieurs combats glorieux sur la eàte de Goromandel. Tippoo-Saëb seconda sur terre ses opérations : il battit le général anglais Matthews, fameux par ses atrocités , et qui dans la ville d'Omanpore avs^t signalé sa victoire par le massacre de tous les habitants et des quatre cents femmes d'Haïder et de Tippoo. Goudelour était assiégée parles Anglais ; le bailli de Suffren accourut pour la protéger, et rencontra, en vue de cette ville , la ilotte de sir Hugues ; il n'avait que quinze vaisseaux contre dix-huit, et remporta l'avantage : Goudelour fut sauvée*

Les préliminaires de la paix venaient d'être signés en

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158 TBOISlim BPOQtJS.

Europe. Les whtgs snoeédaient aux torys dans le ministère anglais. Lord Nortii, le plus ardent à poursuivre o^te guerre sanglante , avait en tombant &it place à Bockingham, à Charles Fox et à Burke; peu de mois après , le fils de lord Ghatham, Wttliam Pitt, M mis à la tète des finances. L'administration nouvelle décida George III à la patz paix, qui fut signée le 3 septembre 1783, entre T Angle- %m.' terre d'une part, et de Tautre la Frmce, l*Espagne et tes États-Unis; ceux-ci furent reconnus indépendants. La France retira peu de fruit pour elle-même de ses immenses sacrifices. L'Angleterre lui restitua, en Amérique, les îles de Sainte-Lucie et de Tabago, et, dans Tlnde, Pondicbéry ; elle lui garantit en Afrique la possession de ia rivière du Sénégal et de ses dépendances, et sur ia cAte du Malabar la conservation de Mahé et d'un comptoir à Surate ; ies deux nations signèrent en outre un traité de commerce. L'Angleterre ne conclut que l'année suivante la paix avec Tippoo-Saêb et la Hollande. La France était redevable d'importants secours à cette demièic pidssance, et surtout au parti républicain : elle paya ses services par un honteux abandon, lorsqu'en 1788 l'ardent Frédéric-Guillaume II, rd de Prusse, neveu du grand Frédéric et beau-frère du prince d'Orange, rendit l'avantage au parti orangiste, et rétablit le stathouder par ses armes. Depuis lors, l'influence de la Prusse et de l'Angleterre fut substituée en Hollande à l'influence française.

Maurepas était mort peu après la disgrâce de Necker : la France et son gouvernement donnaient alors l'étrange spectacle de contradicttons choquantes, et du désaccord ie plus complet entre les lois et les mœurs. Ainsi, lorsqu'une armée française allait secourir une république dont la

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LIVn T. CHAPITRE IV. lS9

eoDStitution était fondée sur le principe de l'égalité , une ordonnanee était rendue pour n'admettre au grade d'offîder que ceux qui feraient preuve de quatre degrés de noblesse (1778) ; ainsi , lorsque l'opinion exaltait les {^ilosophes dont les éerits irréligieux tendaient la plupart à la destruction du christianisme, le gouvernement maintenait les rigueurs d'un co^ draconien contre les chrétiens protestants, et ceux-ci ne jmrent même obtenir du parlement, en 1778 , un moyen légal de constater leurs mariages et d'assurer l'état de leurs enfants. Le déficit du trésor s'était accru pendant la guerre, et en vain, pour le combler, Louis XVI avait donné l'exemple des sacrifices, en supprimant une partie de sa maison et de sa garde : il ne fut imité par personne. Joly de Fleury , puis d'Ormesson , avaient succédé à Necker sans pouvoir trouver un remède au mal ; Galonné obtint après eux le contrôle des finances. Mmistëre Cet homme brillant et disert, doué d'un esprit léger etcaion^e. d'un caractère audacieux, entra dans une voie directement opposée à celle de Necker : il voulut se maintenir par les courtisans, et raffermir le crédit par des prodigalités. De grandes largesses soutinrent d'abord son système, et son exactitude dans ses payements séduisit les capitalistes : Il fit de nombreux emprunts après la paix, et épuisa le crédit. Alors, obligé d'avouer l'énorme différence qui existait entre la dépense et la recette, il insinua que la fovte en était aux opérations de Ned^er, son prédécesseur. Gelui-«i pubHa une réponse vigoureuse à ces attaques indirectes, et Calonne se vengea en le faisant exiler. Après «voir épuisé la ressource des emprunts, il fallut recourir à de nouveaux impôts, que le parlement refusa d'enregistrer. Galonné, pour le soumettre, convoqua une assemblée de notables en 1787. U crut qu'étant choisie dans les Première

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160 TA\>ISIÀMB BPOQUB.

assem- hautes classes par le gouveraeineiit , dont elle tiendrait DoubiM. son mandat, elle serait pins docile que les parlements et les états généraux ; il oublia que les hommes qui la composaient^ jouissant tous de privilèges, leur premier soin serait de les défendre. Le ministre présenta dans cette assemblée la suppression des abus comme l'unique moyen de rétablir Tordre; il proposa d'étendre l'impôt du timbre et de convertir celui du vingtième en une subvention territoriale qui atteindrait toutes les propriétés foncières, sans excepter celles du clergé. Il ne put cacher qu'en peu d'années les emprunts s'étaient élevés à un milliard six cent quarante millions, et qu'un déficit de cent quinze millions existait dans le revenu : cette effrayante révélation excita un cri général : Galonné résigna sa place, et quitta le royaume.

Ministère Loméuic de Brienne, archevêque de Sens, homme sans Brtmne* fermeté, quoique non sans hardiesse , remplaça Galonné, dont il avait été l'antagoniste, et soutint devant l'assemblée, comme unique moyen de salut , des propositions qui différaient peu de celles de son prédécesseur. Les notables se montrèrent parcimonieux et peu dociles; ils approuvèrent l'établissement des assemblées provinciales^ miûs Brienne leut demanda en vain de consentir à deux édits : l'un pour l'impôt du timbre, l'autre pour une subvention territoriale de quatre-vingts millions. Les notables s'en remirent à la sagesse du roi en ce qui concernait les impôts ' et toutes les mesures urgentes et indispensables, puis lisse séparèrent. Brienne, privé de leur concours, présenta les oppoti- édits au parlement, qui refusa de les enregistrer, et dé- ^e? Clara les états généraux seuls compétents en matière d'im- 1 pots. L'enregistrement fut forcé dans un lit de justice tenu^ Versailles; Louis XVI promit la publication an-

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LIVBB y. CHÀPITHB lY. IGl

nuelle d'un compte de flDances, et la convocation des états générant avant cinq ans. Les magistrats protestèrent contre la violence qni lear avait été faite , et les édits ne reçurent point d'exécution. Le parlement fat exilé à Troyes le 1 5 août et rappelé le 20 septembre , sous la condition tacite de consentir à un édit portant création d*impôts graduels et successifs , jusqu'à la concurrence de quatre cent vingt millions. Cette convention avait été conclue seulement avec les chefs du parlement et les magistrats les plus modérés, qui se flattaient de ramener les autres à leur opinion. Une séance royale .fut indiquée pour le 19 novembre. Le roi séanee l'ouvrit par un discours conciliant: mais le nouveau garde i/noTem.

^ ' ° bre I7t7.

des sceaux, Lamoignon, laissa échapper quelques phrases imprudentes, et proclama des doctrines en contraste avec la situation présente : < Au monarque seul, dit-il, appartient le pouvoir législatif sans dépendance et sans partage. » On alla aux voix , et les plus anciens magistrats opinèrent pour l'enregistrement. L'abbé Sabatier ouvrit un avis différent, avec des formes respectueuses; il proposa d'enregistrer seulement le premier emprunt, et de supplier le roi d'accorder une convocation plus prompte des états généraux; Freteau parla dans le même sens ; Robert de Saint- Yincent fit entendre des paroles véhémentes; d*Éprémesnii n'aspira qu'à toucher le cœur du roi : il appuya l'enregistrement des édits, et supplia Louis XYI de promettre la. convocation des états généraux. Tout annonçait une minorité de suffrages en faveur des édits, lorsque Lamoignon, Adèle au système qui établit que lorsque le roi est dans son parlement, sa volonté est la loi suprême, s'approcha du trône. Le monarque, après l'avoir écouté, ordonna d'enregistrer les édits avec la seule forme usitée dans les lits de Justice. Un murmure de surprise générale se fit ai-

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1«2 TSOIStàlCB épo<^i.

tendre. Le doc d'Orléans se lera, et ^t en hésitant : « Sire »... cet enregistrement parait iHégai... Il faudrait exprîmerqne renregtstrementestparrexprèseomntaQdement -de Votre Majesté. « Le prince était troablé. Louis XVI, égakmenrt ému et agité, répondit, après quelques mots entrecoupés: « Si, c'est 1^1, parce que je le veux. » Il fit y reun autre édit, qui rendit aux nen-cat^lqoes un moyen légal de constater leurs naissances, leurs mariages et leurs décès ; puis il se retira.

Après le départ du roi, l'agitation de l'assemblée devint extrême; en Tain Malesherl>es et le duc de Nivemois tentèrent d'y ramener le cakne, la séance fut terminée par une délibération portant que le parlement ne prenait aucune part à l'enregistrement illégal de Tédit relatif aux cmprtmts. Le roi ordonna que cette délibération fût rayée des registres : le duc d'Orléans fut exilé dans une de ses terres ; l'abbé Sabatier et Freteau forent arrêtés, et conduits dans des prisons d'État. Le parlement protesta contre les lettres de cachet, et demanda, par un arrêt , le rappel de ses membres et du prince : Tarrêt fut cassé par le roi et maintenu par le parlement, que Topinion publique et toute la magistrature de France appuyaient dans sa lutte imprudente contre le pouvoir.

^ojei de Brienne comprit que pour vaincre la résistance du parniére. lemeut il fallait fannoler; et, de concert avec M. de Lamoignon, nouveau garde des sceaux, il fit agréer au roi un plan qui détruisait l'autorité politique de la magistrature. Le plus profond secret était nécessaire pour assurer l'exécution de ce pian ; il fut deviné avant d'être mûr : l'un des membres les plus ardents de l'opposition parlementaire prodigua l'or, et se procura une des épreuves du projet ministériel ; il en fut aussitôt donné lecture aux

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LITHB T. CHAPlTfiB lY. 163

«luunbivs. Le papier soustraft contenait des ^ts portant «réalion d'une assemblée composée des princes , des pairs, des marédiaux de France , et d'un certain noml)re de personnages distingués , clioisis dans le clergé, la noblesse et la magistrature, avec toute l'autorité dont jouissaient les cours plénières sous Charlemagne. Cette cour devait eavegistrer les lois de police générale et les édits, qui ne seraient plus soumis à Tautorité des parlements , désormais bornés aux fonctions judiciaires. Le parlement de Paris serait ainsi dépouillé de son titre de cour des pairs : quatre conseils souverains , nommés grands bailliages , devaient être établis dans l'étendue de son ressort , et circonscrire étroitement toutes ses attributions. Les magistrats entendent avec indignation la lecture de ce projet menaçant; ifs invoquent les lois fondamentales du ro3rainme , dont le code cependant n'était écrit nulle part; ils demandent la convocation régulière des états généraux , s'élèvent contre les détentions arbitraires, et décrètent leur propre in violabilité. Brienne obtient aussitôt du roi l'ordre de faire arrêter deux magistrats , dont l'oppositbn est la plus énergique, Dnval d'Éprémesnil et Montsabert. Le 5 mai d'Agout , capitaine des gardes , se présente au parlement, et les réclame l'un et l'autre , au nom du roi : « Nous sommes tons Montsabert et d'Éprémesnil, » répondent les magistrats , indignés. Mais alors , pour ne point compromettre leurs confrères, les deux conseillers désignés Amsu-

tlon de

se lèvent, et se présentent eux-mêmes : ils sont conduits, ^^J*;^ l'un à Pierre-en-Cise près Lyon , l'autre aux lies Sainte- ^^^*' Marguerite. Le bruit de leur arrestation se répand , et sou- ""• lève la colère du peuple : la multitude accourt près du Heu des séances, et accueille les magistrats par ses acclamations. Cependant, le 8 mai les édits en question sont

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'164 TBOlSlin ÉPOQUE.

enregistrés, et un simulacre de cour plénière est établi; mais l'opinion s'irrite, leChâtelet proteste, et le peo]^ s'agite : on se représentait, en effet, chaque membre de la nouvelle cour plénière comme un courtisan; accorder à cette cour le droit d'enregistrement, c'était laisser la fortune publique à la libre disposition des ministres. Troubles Entre toutes les provinces, la Bretagne, le Béarn et le provinces Dauphiué sc firent remarquer par l'énergie de leur résistance. Le parlement de Rennes protesta, et se vit menacé d'être dissous par la force : une fouie de gentils-hommes, suivis de la populace, accoururent à sa défense , et la plupart des nobles présents à Rennes signèrent une déclaration conçue en ces termes : <« Nous, membres de la noblesse de Bretagne, déclarons infâmes ceux qui pourraient accepter quelque place, soit dans la nouvelle administration de la justice, soit dans l'administration des états, qui ne serait pas avouée par les lois et les constitutions de la province. » Une dénonciation fut ensuite rédigée contre les ministres, et les députés chargés de la présenter an roi furent jetés à la Bastille; la guerre civile paraissait imminente en Bretagne. Les troubles du Béarn ne furent pas moins graves : les montagnards descendirent avec l'appareil militaire dans la ville de Pau ; ils enfoncèrent les portes du palais de justice, fermées par l'ordre du roi, et, cédant à leurs cris menaçants, le gouverneur lui-même supplia le parlement de s'assembler. La noblesse et la magistrature firent des protestations véhémentes. En Dauphiué les désordres furent plus grands encore ; le parlement résista^ et le duc de Glermont- Tonnerre , gouverneur de la province, signifia aux magistrats l'ordre d'exil par des lettres de cachet remises d'avance entre ses mains : une populace furieuse se répandit dans les rues de Greno-

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LIYRB V. CHAPITRE IT. 165

Me, retint les magistrats exilés, courut chez le gouverneur au bruit du tocsin , et le força, la hache sur la tête, à convoquer le parlement. Un grand nombre de membres de la noblesse , du clergé et du tiers état fixèrent au 21 juillet la réunion des états particuliers du Dauphiné. Le maréchal de Vaux, nouveau gouverneur de la province , avec vingt mille hommes sous ses ordres , n'osa résister au vœu général, et les états s'assemblèrent au château de Yizille, ancienne résidence des dauphins : là , d'un commun accord, les trois ordres frappèrent de réprobation les hommes qui accepteraient des fonctions créées par les nouveaux édits; ils arrêtèrent que l'impôt pour remplacer la corvée serait en Dauphiné acquitté par les trois ordres , et donnèrent dans leurs états particuliers la double représentation au tiers : avant de se séparer, ils supplièrent le roi de retirer ses édits, d'abolir les lettres de cachet et de convoquer les états généraux. Toutes les provinces s'émurent, et presque partout, dans l'intérêt de leurs privilèges, les ordres privilégiés donnèrent aux classes nombreuses le dangereux exemple de la résistance et de l'insurrection.

C'est ainsi que, par les fautes accumulées du pouvoir, la nation se familiarisa avec les idées d'examen et de lutte, et fut comme exercée d'avance à la guerre civile. Brienne, ne sachant que résoudre, convoque une assemblée du clergé, Assemet lui demande un secours pécuniaire; il n'en obtient que %^?

des refus et une déclaration foudroyante contre la cour . plénière. Voyant alors le déficit grandir chaque jour , sans aucun moyen pour le combler, il essaya de séduire les Français par des promesses, et voulut acquérir des droits à leur reconnaissance. Un arrêt annonça ( 8 août 1788) que les états généraux s'assembleraient le 1*^' mai 1789,

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1«^ TBOtS^kMA BPOQUB.

et saspen^t jiisiiii'à estte époque le itotUifsemeiit ée la coar pléalère*

BcieDDe a'obtiat de ott arrêt aucim avantage pour kiimême; il arriva ee ^1 arrive toujours lorsque le gwaemt^ nemcadt, au lieu de saisir le moment opportun pour des ré* formes ou des mesures populaires, ne les accorde qu'à la dernière exlréflûté, d'une manière ineomplètt , et comme autant de codccssémis foroées : on ne lui sut aucun gré de sa condescendance, et ce qu'il donnait accrut l'exigence ppur ce q^'il refusait encove. Le ministre descendit^ pour se soutenir, aux plus vils expé^ents : 11 s'empara de la caisse d'épargne des invalides , et de l'argent d'une loterie de iHcnfaisance ouverte pour les victimes d'une grêle effroyable ; il créa enûn un papier-m^oonaîe pour les payements de l'État, et essaya vainement de cacher une 1^queroute sous cette mesure désastreuse. Brienne, à tout prix , voulait rester ministre ; les malheurs pui>lics , si fort accrus par son impéritie, ^'avaient point ébranlé son eré* dit^ une intrigue de cour le renversa : jalouse de son influence sur la reine, madame de Polîgnac se déclara son Chute de ennemie, et le comte d'Artois demanda son renvoi. Brienae 1788.*^* s'éloigna en invitant Louis XVI à rappeler Necker dans son conseil, comme le seul homme capable de relever les finan^ ces. Son renvoi fut accueilli du public avec transport; mais lorsqu'on sut qu'en le congédiant on demandait pour lui le chapeau de cardinal, et qu'il partait comblé de faveurs, on ne tint plus compte au faible roi du sacrifice qu'il venait de faire, on ne vit plus que les honneurs dont il chargeait un homme qui était l'objet de l'animadversion générale. Rappel et Louis XVI suivit le conseil de Brienne, il rappela Necker mta^té^ au ministère; les parlements reprirent leurs fonctions, et 1788. les éAits furent abolis. Le peuple à ces nouvelles [fait

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LIVBB V. GHAPtUB ir. 167

édatif «œ joie samvage. Une trospe de jeunes gens brMe le cardinal en effigie sur la place Dauphûie , s'empare da Pont-Neuf, et force tous ks passants à s'incUoer devant la statue de Benri IV. La multitude se porte sur la maison dufrèrede rarchevéque, dans Tintentionderincendier; arrêtée par des soldats^ elle tourne sa fureur contre le commaodant du guelt, et marche à s<»i domicile pour le livrer aux flammes et au pHli^e : là se livre un combat sanglant, et au lieu de sévir , comme eféta^ son devoir, contre les ai^eur&du désordre, le parlement informe contre les militaires qui Tont réprimé.

Necker avait repris la direction des afflEdres : il trouva dans la confiance des capitaiktes des fonds suffisants jusqu'à l'ouverture des états généraux ; mais ce ministre, si habile corafise ânandei:, n'était paa comme personnage politique à la hauteur des dreonstanees périlleuses où se trouvait la France. Il ne sut pas peur le mode de convocation des délégués de la nation française prendre FinitiaUve d'une mesure réclamée par l'état des mœurs et par l'opinion publique; il ne sut pas davants^e concevoir et annopcer un plan de réformes indispensables et suffisantes ; il hésita longtemps avant d'accorder au tiers état la double représentatimi , c'est-à-dire un nombre de députés égal à ceux des deux ordres privilégiés réunis. Cette question immense, non résolue, devint sur tous les points du royaume l'objet des plus vives discussions. La bourgeoine, qui n'avait pris^'une assez faible part dans les querelles de 1» magkrtn^ure et de la cour, comprît cette lois que la cause en litige était la sienne, que toutes les rél(E»rmes seraient illusoires si le tiers état, dont elle faisait partie, ne luttait à nombre égal contre les premiers ordres : ce vœu trouvait de l'éche dims la noblesse ; la question d'État se transfert

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168 TfiOISI&lfS ÉPOQUB.

mait ainsi, non sans péril , en une question de chiffres et de nombre , et l'on se demandait de tontes parts si vingtquatre millions de Français montraient des prétentions exagérées en réclamant un nombre de représentants égal à celui de quatre à cinq cent mille de leurs compatriotes. L'incertitude à ce sujet devenait chaque jour plus dangereuse : elle faisait fermenter toutes les têtes , enflammait les passions des classes moyennes, et ceux qui avaient le plus grand intérêt à obtenir la double représentation du tiers exerçaient ainsi par leurs lumières la plus haute influence sur l'opinion publique. Édit de Tel était l'état des choses en France , lorsque , le 27 ^Sïï*" septembre 1788, le parlement enregistra Tédit qui congéâérau. voquait les états généraux ; mais il parut alors redouter tembre. sou propre ouvragc, et reculer devant une mesure qu'il avait énergiquement réclamée lui-même, il vit l'ancienne monarchie chancelante sur ses bases, et crut devoir lui prêter son appui ; il décida , dans cette vue, que l'on observerait pour la convocation des états généraux la forme usitée lors de leur dernière réunion, en 1614. Les députés à cette époque étaient en nombre égal dans chaque ordre ; ils donnaient leurs suffrages en commun, non par tête, mais par ordre , et le résultat des votes était ainsi nécessairement toujours favorable aux privilégiés. Le système de Necker était de faire contribuer ceux-ci, en proportion de leur fortune, aux charges de l'État ; il fallait pour qu'il fût adopté doubler la représentation du tiers, et vdter par tête les résolutions définitives. Cette opinion était devenue presque générale, et la clause ajoutée par le parlement à redit du 27 septembre fit perdre sur-le-champ à ce corps toute sa popularité. Maintenant, disait-on, il résistait au vœu du peuple par égoïsme ; il n'avait donc lutté d'abord

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LiVlE y. CHAPITRE IV. 169

cmitre la cour que pour obtenir le pouvoir, ou pour conserver celui qu'il avait usurpé : bientôt il se vit abandonné des hommes de loi, qui avaient fait sa force et ses succès. La noblesse elle-même se divisa en deux partis, dont Tun embrassa avec clialeur la cause du tiers état : ce parti comptait dans ses rangs le duc d'Orléans et la plupart des gentils-hommes qui avaient combattu en Amérique. Il se formait dans les principales villes des associations où Agitation l'on s'engageait à faire triompher cette cause ; un grand g^pj^j^nombre d'écrits incendiaires circulaient dans les provinces ; «^é^ordre» des brigands soldés parcoururent les campagnes ; une multitude d'hommes sans frein se portèrent dans Paris à de graves excès , et quelques mois plus tard ils y jetèrent l'épouvante par l'incendie et le pillage de la manufacture de Réveillon. Tandis que les chefs cachés d'une faction violente et démagogique cherchaient à soulever la populace et a dominer la cour par la terreur, la bourgeoisie et une grande partie de la jeune noblesse saisissaient toute occasion d'applaudir les maximes les plus populaires. Beaucoup d'écrivains y à l'exemple de Gondorcet, vantaient dans leurs ouvrages, avidement lus, un ordre social basé sur l'égalité des droits et sur la liberté. Une multitude de pamphlets, et parmi eux la célèbre brochure de Sieyes intitulée : Qu'est-ce que le tiers état? ajoutaient à la fermentati(m des esprits. Le moment de la crise approchait, seconde

asseic-

lorsque le roi convoqua la seconde assemblée des notables, ^^^^^^^ à laquelle fut soumise la question du mode de convocation *''^' des états généraux. £lle s'ouvrit le 9 novembre 1788, et se partagea en six bureaux, comme la précédente ; un seul d'entre eux , celui que présidait Monsieur, frère du roi, se déclara en faveur de la double représentation du tiers. Necker ne suivit pas l'avis des notables; il espérait, en

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eogigeast ia hrtte tmtre tes privilégiéi et k Ikr» àW, rester le mallre de la diriger ; et» d'après aa rai^port aèreiaé par lui au souverain , il parut, le S7 décembre 1788^ oae dédaratîoa royale Bommée rësuUat du amêeU, où la questloQ^ si longtemps débattue, n'était eaeore ^vésofaie qu'à demi. Louis XVX déoîdteit que les députés du tiers ^at seralei^^ttx en nombre aux députés des deux autres ordres réunis ; il gardait le silence^ur le mode dodélU)ération générale. Cette déelaration fut reçue avec faveur, quoi* qu'elle laissât indécise une question de la plus baute importance. Le tiers état sentait sa ferce^ il comptait awc raison sur la défection d'une partie de la noblesse et du clergé ; il comprit qu'il serait le nmttre de la forme des délibérationSi et dès lors ia révolution fut inévitable. pbUdBo- Les pbUosq^hes du siècle avaient puissamment eon- ^m'oreV tribué à produire ce résultat Les plus fameux, VoUaire, Kiences. Jeau-Jacques Rousseau, Diderot, d'Alembert, n'étaieat plus , mais leur école florissait : son œuvre était la destruction des abus et des privilèges, et elle sapait sans distinction, sans relâche, nos vieilles iostiti^ons les plus respectables coomie les plus décriées, lies lettres comptaient un grand nombre de noms oélèbres : l'abbé Barthélémy publiait son savant Voyage éPAnacharsùt, et Bernardin de Saint-Pierre ses belles Études de la Nature ; Lebnm, Boucher, André Gbénier, alors à peine connu^ l'infortuné Gilbert , et surtoutDeUlie, soutenaient la gloire de la poésie française. Pucis, non moins remarquable par son noble caractère que par son talewt, s'iHustrait sur la soèae, enrichie par les cbejts-d'oeuvre ûa VoUaij*e^ où d^ s'annonçait Marie-Joseph Chénier, et ou Beaumarchais avait donné> par son UarUtge de Figam, une forte et dangereuse impulslon au mouvement révolutionnaire des es^its. Le gé-

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LIVSE T. «CHIâPFFMB IV. i71

Bte des atts, après avoir BoniBcfflé peniAsrfrt le derttler règne, reuainâlt mm ieaelseaaic de Hooden et de Chand6t, commesoiis les'piBeeoHX vigoareiixdeyieiijdeBatSd etdesa'Mtfafiteéeofe : jamais vu plus grand -nombre de talents dhffn^frésiie se pr^datofreot è la fciis antibëàtre, où Tahm défatrtait, ett^ù'lestlocttat, les ïleury, les MoIé, les Bi^ard, portèrent au plus haut degré l'art de la diction draniati<iQe. Ijcs sdenccs coraptéîent plusieurs noms céîèbr», ^ an -premier rang les mathématiciens Monge, Lagrange et Laplace ; l'illustre Lavoisier, déjà cité comme Tinventeur de la nouvelle chimie; Fourcroy;, son Cloquent intecpirète; Yan^pi^Va; B^rkbAilet » aiitaor delà «tatiqus eUnkine ; Omyimk àt Morveian, dev^enu Vwa des Menfaltcmrs de rhtimanité par ses procédés snr la désinfection de^'air; le physicien Coulomb, immortalisé par sfis rjecherches sur l'aimant^ le naturaltote Baubenten, ooUaho** rateur et successeur de Buffon; le savant médecin Yicqd'Azyr; enfin l'astronome Delambre, Tun des hommes à qui la France doit Tadoptiondu système métrique, et le célèbre Bailly , auteur de V Histoire de l* astronomie ancienne et moderne. L'esprit public était attentif aux voyages et découvertes du comte de Ghoiseul en Grèce, de Bougainville et du malheureux la Pérouse, et rêvait d'importantes améliorations dans les destinées humaines, au moyen des théories de Mesmer sur le magnétisme et de la récente invention des ballons par Montgoifier. Les hommes de lettres, les savants, les philosophes, étaient admis dans l'intimité des grands, et ceux-ci se montraient avides de connafssances universelles. Jamais les mœurs des classes supérieures et éclairées n'avaient été plus douces qu'à cette époque : la politesse française, vantée dans toute l'Europe, faisait alors le plus grand charme de la vie so-

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ciale, et avait acquis une perfection noble et gracieuse, dont il ne restera bientôt plus que le souvenir. Mais un gouffre se creusait, par le déficit du trésor et les vices da gouvernement, sous les pas de cette société brillante ; derrière elle s'agitait une classe moyenne mécontente, et d<mt la voix couvrait à peine les sourdes rumeurs d'une multitude ignorante et misérable. De ce c6té bientôt gronda Forage ; des vents furieux abattirent un édifice déjà miné dans ses fondements, et il disparut au soufflé de Touragaa pppulaire'.

Nota. J'ai dû m*abstenir , par de graves considérations, de donner âu delà du dix-huitième siècle un aperça de Tétat de la littérature et des sciences. Je n'ai prétendu en tracer le tableau complet à aucune époque de notre histoire : obligé de restreindre noon trarail en d'étroites limites y j'ai seulement indiqué les noms les plus célèbre^ les deux derniers siècles, sous le rapport scientifique et littéraire, demandent une étude particulière et approfondie.

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