CHAPITRE III
De la chute de Robesj^re à rétablissement <lu directoire exécutif.
27 juillet 1794 ( & thermidor an III) — 26 octobre 1795 ( 4 brumaire an IV ).
Le mouvement révolutionnaire était arrivé à son terme au 9 thermidor, et celui de réaction commença le même jour. Les comités s'étaieut vaincus eux-mêmes en abattant Bobespierre. Deux nouveaux partisse formèrent : celui des comités , et celui des montagnards qui avaient contribué avec Tallien à la victoire de thermidor, et qui, recevant d'elle leur nom, furent appelés thermidoriens. Le premier parti s'appuyait sur le dlub des jacobins et sur les faubourgs; le second, sur la majorité de la convention et sur les sections armées.
Un très-grand nombre de prisonniers furent délivrés Réaction
contre
dans les jours qui suivirent le 9 thermidor : soixante-douze ^^'^^f^^ membres de la commune insurgée périrent sur l'échafaud, on renouvela les membres du tribunal révolutionnaire, on diminua les attributions des comités : Todieuse loi du 22 prairial fut abolie, il n*y eut plus que trois assemblées de section par mois , et Ton supprima l'indemnité de quarante sous par jour, donnée aux citoyens pauvres qui y assistaient ; enfin, Taffiliation de la société mère des jacobins de Paris , avec toutes celles de la république, fut interdite. Tréron appelait en même temps la jeunesse aux armes oonti*e les terroristes, dans sa feuille de V Orateur du peuple. Son appel fut entendu : une foule de jeunes gens appartenant à la classe riche et à la classe moyenne^ et auxquels
yGoogk
ou donna le nom de jeunesse dorée^ parcoururent les rues en groupes nombreux, armés de bâtons plombés, et livrant aux jacobins une guerre à outrance. Le club de ces derniers fut attaqué et pris , après une très- vive résistance; la jeunesse en ferma les portes , et Pails tdot entier ne fat qu'un champ de bataille. La convention secondait tous ces actes réactionnaires ; elle décréta d'accusation l'atroce Fouquier-Tain ville, accusateur public, ainsi que Joseph LdMm et Carrier, qui avalent rempli leur mission, l'un à Arras, l'autre à Nantes, en démons exterminateurs. Tous trois payèrent leurs crimes de leur tête , et leurs atrocités , publiquement dévoilées, ajoutèrent encore à l'horreur
Rappel qu'inspiraient leurs anciens eompifees. La convention rapdtnf^^os- pelé éaaïs son sein soixanle-treize députés proscrits pour avojor protesté contre tes événements du 31 mai ; die révoqua les décrets d'expulsion contre les prêtres et contre l«s nobles; ies cultes furent rétablis, où supprima le maximum, et le buste de Marat fut brisé dans la salle des séan-
»jjg^ ees. Mais d'watrcs fléaux ftirent produits par cette réac-
*«*«n«^ tioo rapide; huit milliards ff assignats avaient été mis en cirealalton; et, lorsqu'il n'y eut phis de lois violentes pour tes soutenir, ils tombèrent sur-te-champ quhize f<^s audessous de teuf première valeur; le numéraire disparut, et
Agiotage, eette fouisse prodigieuse enfanta un agiotage effréné , qm précipita lamine d'une multitude de famiHes. Le monopole succéda à ta tetrribte loi du maximum, et les fermiers se vengèrent 4e leur longue et cruelle oppression en accapa-
Famine. raut Içs 8u3»istaQces : la famine psnrut, le bas peuple des faubourgs regretta te régime qui loi donnait du pain «t du pmivoir, «t eut de nouveau recours aux émeutes.
Plusieurs des i^m fameux terroristes, Blllaud-Yarennes, Coilotd'Herbois, Berrère et Vadter, avaient été condamnés
Livmi If. ghjlfiui ui. 3S9
à la déportaticm, «t conduits au château de Ham, avec à\x^ iSépt membres de la crête qui s'étaieiit montrés' ftiTcrables h une première iosamctkm tentée pour les B9tvvw : une seconde insnrreeticn n'eut pas phis de succès an IS ger^ u peuple mlnai ; enfin, une troisième M, organisée le t^^ prairial snr Ji?^^: xm plan redoutable. Les conjurés décrétèrent ce jMir^là ( J^ru entre antres mesures, au nom du peuple insurgé pour "^^^' obtenir du pain et reprendre ses droits, rétablissement de la constitution démocratique de 93 , la mise en liberté des patriotes, et la suspension de toute autorité non émanée du peuple. Ils décidèrent de créer une nouvelle municipalité, de s'emparer des lïarnères, du télégraphe et du tocsin, et de ne s'arrêter qu'après avoir assuré la subsistance , le repos et le bonheur de tous les Français. Ils invitèrent toute^s les troupes à ei^rer dans leurs rangs, et mardièrent rapidement sur la convention, qui, surprise par eux, 9e bâta d'appeler les sections aux armes. Les portes fareofl enfoncées, la multitude et une foule de femmes furieuses envahirent les tribunes, mant : Du pain- et la constUuiion de 93 ! L'enceinte de l'assemblée devint bientôt un champ de bataille ; le député Auguis, le sabre à la main, à la tête des vétéranà et des gendarmes, repousse d'abord les assaillants ; ils reviennent au pas de charge. Le président Boissy d'Anglas est couché en joue ; le député Féraud s'élanee, et le coQvre de son corps ; il est blessé lui-même, entraîné par la foule et décapité. La plupart des députés conventionnels prennent la fuite. Boissy d'Anglas demeure au fautenil , calme, et le firont couvert ; il proteste contre ces violences de la populace. Les insurgés, furieux, l'entourent, et, appuyant leurs armes sur sa poitrine, ils veulent le contraindre à mettre leurs propositions aux voix ; il résiste ; on IqI présente au bout d'une pique la tête sanglante
yGoogk
260 QUATRIÈICB ÉPOQDI.
de Féraud; il se découvre et s'incliae devant eUe, maii il persévère dans ses refus courageux. Les députés de la crête, favorables à Témeute, terminent cette scène terrible en s'emparant des bureaux^ et en décrétant seiiU, aux applaudissements de la multitude, les articles contenus dans le manifeste des insurgés. Mais les bataillcms des sections arrivent, ils s'emparent du Carrousel, et entrent, la baïonnette en avant , dans la salle des séances ; la foule se retire devant eux, les membres reviennent en niasse ^ la convention annule les mesures adoptées pendant le tamulte, et fait arrêter quatorze de ses membres complices des insurgés. Le lendemain , les faubourgs en armes ten* tent inutilement une nouvelle attaque; et en6n, le 4 prairial, à la suite d'un dernier mouvement qui avait pour but la délivrance de l'assassin du député Féraud, les faubourgs furent cernés et désarmés ; la convention détruisit Aboiitioiii les comités révolutionnaires, et abolit la consUtut!<Hi
de la
co^^- de 1793. C'est ainsi que finit le régime de la multitude, et «VM. depuis lors le parti girondin domina dans l'assemblée*
cam. La réaction commencée en thermidor n'arrêta point les
pagne de "^ ,
iTM. succès de nos armées, dont un hiver rigoureux seconda l'audace. Dans les derniers jours de 1794, le froid devint excessif, et les glaces rendirent possible sur plusieurs points le passage de la Meuse et du Wahal, barrières défensives de l'armée ennemie. Nos soldats étaient à peine entrés depuis un mois dans leurs cantonnements d'hiver : dénués d'habits et de chaussures, accablés des fatigues de tant de brillants faits d'armes, jamais le repos ne leur eût été plus nécessaire; et pourtant, à la vue des fleuves enchaînés et durcis par la glace, leur ardeur, excitée par la consternation de Tennemi autant que par les vœux des
yGoogk
UYfiS II. CHàPITSK III. 261
patriotes bataves, ne connaît plus d'obstacles. Pichegro
les guide : ils pénètrent en Hollande sur plusieurs points ; conquête
York et son armée se retirent sur Deventer en désordre: Houande
' par Pile prince d'Orange, frappé de stupeur, demeure Immobile JJ;S|5S:
à Gorcum; les patriotes, ennemis du statbouder, secon^ ^^^'
dent nos efforts, et en peu de temps la Hollande entière
est conquise. Le stathoud^ se réfugie en Angleterre, et
les états généraux gouvernent la république, qui s'unit
étroitement à la France. La Prusse, meuaeée, conclut la Paix de
Bâle.
paix à Bâle, et FËspagne, où les Français étaient mat^ ^«^i très d*on grand nombre de places, suivit bientôt l'exemple de cette puissance, en signant un traité dont la condition principale fut réchange de nos conquêtes dans la Péninsule contre la partie espagnole de Saint-Domingue.
La France fut moins heureuse, dans le cours de cette année, sur la frontière de l'Est. Pichegru avait quitté le commandement de Tarmée du Nord pour prendre celui de Tannée du Bhin; il occupait la rive gauche de ce fleuve depuis Mayenee jusqu'à Strasbourg; Jourdan, avec Tar^ mée de Sambre-et-Meuse , était cantonné sur le Bhin, vers Cologne. Les coalisés avaient perdu toute la rive gauche, hormis Luxembourg et Mayenee. La première de ces places fut prise par famine le 24 juin , et dès lors les Français devaient songer à passer le fleuve , dont la rive drdte était défendue par tes Autrichiens, sous Clair- £ftit et Wurmser. Mais nos armées, dénuées du néeessaire, manquaient de matériel et d'équipages de ponts : il fallut attendre plusieurs mois; et e&ùn^ le 6 septembre, Jourdan effectua le passage sur trois points, aux environs de Dus- SS^ meldarî; Pichegru passa le fleuve presque en même temps, ï^^'£ ik la hauteur de la forte place de Maùheim , qui se rendit SS^, jpres^e aoisMt. Les deux armées, eii eombinant leurs jcwÏSmi,
yGoogk
361 I^UATtnilCE BP09ilB*
et par maiMBaTrea et se récmisMuit d«M ht hMAô do Maàxt , an**
1 armée '
da^, raient po n^KNifser Glairfait et Wormeer, et les iMttn
^^^ siftoeemveiaent l'un et rautre; mais ce pfim ne f«t pai
hn im. ^^i^ Picbegra avait des întelligeBees avee le prinee de
Goadé, de{ de Pémigratlm : il méditait d^à de trahir
la république , et il compromit mu atmée et celle de Jotr-
dan par la letblesse de ses manœityres : il donna le temps
à Glairfiiit de fondre snr lai avec des £(Mrces supérîeiires^
Déhmot se laissa honteusement battre à Heidelberg^ et se renlerma
ThSiSS- dsBS Manbeim. Gairfait se porta essiiRe contre Jourdan,
qoii séparé de Pichegro, serré entre le Rhin et le terrua
neutre de la Prusse, et manquant de subsistances, fat
Retraite coutrainfc à la retraite , et repassa le fleuve. Trente miUe
mées dû Français eontâottaient d'mvestk Mayenee : Glair&it , par
iuSiemê ^^ manfiewTre hakle et hardie, força leurs lignes et te-
u^es d? ^^ ^ûs armées jusqu'au pied des Vosges, sur la rive gaxi*
Mayenee. ^^ dtt Rhhi. Lcs placcs de Mauheim, Dusseldorf et NeiH
wied neus restaient seules sur la rive droite. Un armistiee
suivit «e revers, et les troupes entrèrent dans knrs can^
tonnemffiitfi»
De brillants succès en Piémont beiancèrent l- échec des
armées du Rhin* L'important tratté eonolu avee TËspagae
avait permis de réui^r les deux armées des Pyrénées à
eelte des Alpss maritimes,, commandée par Keiknnami.
Jonction La- jonetlan de ces forées autorisait à prendre ratfensive :
des ar-
m«es^ des U> s'agiflsiât y par une victoke éclatante , de foeeer les pa»-
^mari- nges^dlBS Apcoftins, et de contraindre le Piémont à te. mtm*
urnes, i^ii^ K^tomann fut remflacé par Schérer, dont Far-
ntée^ resstf née entne la mer et la ebatne de r ApemiAy av^
çurlMe d'année piémAntaiae^ aens Getti, et l'armée Mirl*
: ^«mee,; eeUe-ei s'étendsdt de la erète de rApranin a*
^9l9lhi4e Lsaoo^ jusqu'à la merf ceMé-là onufait kt re*
yGoogk
LITBS II. CaàPITBB in. Î68
vers opposé des montagaes vers le P6, loitemeiit retroft* çhée daDS le champ de la Céya. Sekèper tenta un etfop hardi : Masséoa, par soa ordre ^ franeMt la crdte de VA^ penmn^ et sépara les deux années enaeniies, tandis que Serrurier trowpait GoUi par une fausse attaque, et qu'Au^ gereau refoulait les Autrichiens dàms le bassin dé Loano. Une victoire complète fut le fruit de eetle savante manœu* victoire vre ; les ennemis fareat forcés et mis en fuite, une tempête ^^^^ accompagnée d'une aeige épaisse «o«vfit leur retraite pré* bïe^fïw. cipitée ; vingt pièces de canon et d^immenses magasins tom* bèrent au pouvoir des vainqueurs , et l'Italie fut ouverte aux Français.
Les armes de la répuJ^Uque n'étaient pas moins heureuses en Vendée, o« la mésintelligence des de«x princi-» paux chefs, Charette et StofOet, aflM)>lit les forces des insurgés. Le marquis de Puisaye, actif agent 6m parti royaliste en Bretagne , d^B^ada le seeours de f Angleterre et l'obtint; l'amiral BndporI mit à la v(^ arme les deux Expédi. premières divisions d'émigrés, commandées, Tune par le o^beron. comte d'Hervilly , l'autre par M. de Sombreuil ; une tr^ «oij^g sîème division suivait , sous les ordres du comte d'Artois. '7^.^* Uo engagement eut lieu à la hauteur de Belle-Isie, entre la *''^' flotte de l'amiral Bridport et celle de l'amiral répubKcain Yillaret- Joyeuse : Bridport, vainqueur, 9^pém le débarquement des deux premières divisions dms la baie de Quiberon ; Tune d'elles s^empeara sur^le-dun^ du ft»rt Fenthièvre^ qui domioait l'étroite presqu'île de Quiberon , sur laquelle s'était opéré le débarquement. Les émigrés marcbeiit aussitôt eostre l'armée républicaine, en Tabsence de Borhe, qui la commandait. A la nouvelle de ,cette attaque soudaine, 11 accourt,, et les royalistes sont repousses et TDoissonnés par la mitraille : Sombreuil , avec sa difisiOB,
yGoogk
rileDieu.
irw.
364 QUÂTRIBMB ÉPOQUE.
arrive trop tard pour soutenir un combat inégal ; la tempête éloigne la flotte , et rend la retraite impossible. Les républicains s'emparent do fort Penthièvre; il faisait nuit, et un affreux massacre commence; d'Hervilly est tué, Sombreuil et huit cents des siens capitulent avec Hoche , après une résistance héroïque : mais le représentant Tallien arrive sur le champ de bataille , et s'empare de tous les pouvoirs; il ne reconnaît point de capitulation : les émigrés vaincus sont jetés dans les prisons, militairement Jugés et fusillés : avec eux périt Félite de Tancienne marine française.
4^ÀrtoTsà L'Angleterre tenta un nouvel effort pour soutenir la guerre civile dans Touest : la flotte anglaise portait un prince français, le tH)mte d'Artois, et plusieurs régiments. A la voix de l'intrépide Cbarette , tout le littoral de la Bretagne avait repris les armes, dans l'attente du débarque - Bient du prince; et ce grand mouvement pouvait changer, dans ces contrées, la face de la guerre. Mais , après un séjour de quelques semaines à l'Ile-Dieu , le comte d'Artois retourna en Angleterre sans toucher le continent ; la flotte anglaise, contrariée par les vents, ne fut d'aucun secours aux chouans ', et tout le fruit espéré de cette expédition fut perdu.
Ainsi donc, à l'exception de l'échec qui avait fait reculer nos armées à Test, la république n*àvait eu que des Sttcoès dans le eours de 1795. Elle avait conquis au nord tpute la Hollanie, et au sud le passage de l'Apennin , la
' Oo nonmiait Chouans les paysan» qui composaient les principales forces des royalistes dans TAnjou et dans la fiasse^Bretagne. On a doané à ce nom diverses origines : Topinion la pins probable est qii*fl tieat d*ano. famille nommée Chouan, qui, la première, sMnsurgea daMlUiioa*
yGoogk
UTAB II. CHAPITBE III. 265
porte de l'Italie; Tespoir que la Bretagne et la Vendée fondaient sur TÂngieterre s'était évanoui à Quiberon; trois puissances enfin avaient déposé les armes : la Prusse^ la Hollande et TËspagne. La cause royale semblait désespérée; et elle perdit encore cette même année le dauphin Mort de fils de Louis XVI, proclamé roi de France par les royalis- xviu tes après le 21 janvier et nommé Louis XVIL Ce prince, "V âgé de huit aos seulement à la mort de son père , avait été arraché des bras de sa mère, de sa tante et de sa sœur, et confié à la garde d'un misérable, appelé Simon, cordonnier de profession et républicain forcené, qui, sous prétexte de donner à l'enfant f oyal une éducation républicaine, l'accablait d'outrages et de violences brutales. La mort précoce du jeune prince fut attribuée aux indignes traitements qu'il reçut de cet homme affreux; il mourut au mois de juin 1 795 : ses droits au trône passèrent à son oncle, Louis- Stanislas-Xavier, comte de Provence, que les émigrés et les puissances étrangères reconnurent dès lors pour roi de France sous le nom de Louis XYIIL
Après le désastre de Quiberon toutes les espérances des * royalistes se portèrent sur le mouvement réactionnaire de ^JJ^jf^^^**,^ l'intérieur : ce mouvement, dirigé d'abord par desrépubli- ^^J^J^' <*alDS modérés, devint bientôt monarchique , et se mesura sur la violence de l'action révolutionnaire. Trop de crimes avaient été commis au nom de la convention pour que cette assemblée, malgré ses derniers actes , n'excitât point de profonds ressentiments et ne fût pas en butte à l'indication et à la haine d*une foule d'âmes générieuses. Cette disposition des esprits fut puissamment secondée par les journalistes : ceux-ci formèrent contre elle une confédération redoutable, dont les principaux organes furent Charles l.acretelle , la Harpe, Richer de Sérisy, Tronçon du Cou- T. II. 12
dray. La Jecmewa dorée atmodotma la conventioii , et la bourgeoisie manflèsta égaiemeat des dispositions hostiles; on s'assemblait sar les boulevards an chant du Réveil du pewple; on poursuivait à outranee les jacobins, en crlanrt : Haro swr les terrûriste$f et de grands excès furent coai- B^. La convention mit des bornes à ces vengeances dans . la capitale, mais dans les provinces son autorité fnt impuissante pour les prévenir. Dans le Midi snrtout, les réacteurs se livrèrent à d'affreuses violences : il se forma des compagnies de Jésus et du Soleil, qui exercèrent d'épouvantables représailles : les prisons se remplirent d'hommes accusés d'avoir pris une part active au régime de ta terreur; à Lyon, à Aix , à Tarascon^ à Marseille, ils fiurent impitoyablement égorgés. Cette disposition réactionnaire ées esprits produisit de graves commotions , qui mirent à l'intérieur la convention en péril, tandis qu'elle triomphait aux frontières. L'émigration , perdant l'espoir de la renverser par la force des armes , recourut aux sections de Paris, et tenta de faire la contre-révolution au moyen de la constitution nouvelle de Tan IIL constita- C^te constitution était la meilleure de celles qui avaient nSuh été établies ou projetées depuis 1789. Elle plaçait le pouvoir législatif dans deux conseils , celui des cinq cents et celui des anciens; le pouvoir exécutif, dans un directoire de cinq membres. Elle rétablit les deux degrés d'élection, et fixa certsdnes conditions de propriété pour devenir membres des assemblées primaires et des assemblées électorales. L'initfttive dans la présentation des projets ^e toi et leur discussion appartenaient au tons«il des cinq cents ; leur admission ou leur rejet était décidé par te conseil des anciens : le premier se composait de cinq cents mctnbres, Agés de trente ans au moini$ ; et le second , de
yGoogk
HVBR II. CHAPlUaB III. 267
deux oent QiQqunQtQi qui comptaient quarante ans aoeomplis : ceux-ci mmmsAeut les cinq direcieursy sur ia pré> seutation du eonseil des cinq cents; chacun des directeurs était présideut pendant trois mois, et avait alors la si^Mttare et les sceaux : tous les ans le directoire se renouvelait par cinquième; U cujt une garde, et pour demeure le liaiais du LuxenUM>nFg. Les affreux souvenirs du régtrae de la terreur, qui enflammaient Topinion réactioimaife de la classe moyenne, et mettaient la oonventiou dans la nécessité de sejdéfendre, devinrent funestes à la constitution nouvelle, qui périt surtout par la haine et par Thorreur auxquelles ses auteurs étaient en butte. Ceux*ci emuprirent quels seraient les dangers de )eur positicm si le choix des nouveaux conseils étmt dicté par l'opinion dominante; et, afin 4e s*as$urer la majorité et la nomination des* directeurs, ils décidèrent, par les décrets du 5 ^ du 13 firuc- Décrets tidor, que les deux tiers des menabres de la convention fructidor!
' ^ Août
0eral€iit maiiitenns. "'^'
Ces décrets, ainsi que Facte constitutionnel, furent soumis aux assemblées primaires, et adoptés par les départem^iits. Paris^ sous l'influence directe des journalistes, ae- Révolte cepta la constitution nouvelle, et rejeta les décrets, dont secuôns l'adoption par la majorité des assemblées primaires de la république fut proclamée le i^^ vendémiaire. Ce fut le si- ^al d'une agitation menaçante; les journalistes et les chefs royalistes des sections s'agitèrent, et crièrent à la tyrannie ; la bourgeoisie armée nomma des électeurs, et jura de les défendre jusqu'à la hêotï : ceux* ci se oonstitoèrent le i i vendémiaire. La convention, justeipent alarmée, se mit e& peroMAence^ eUeiq^pdiAaot)Ottr;d'dle le camp des Sa- MoDfl ; ..amia idjx*|gki}t;«cents ipatrMes , et cassa 'le collège des éleeteu98..La'e«etioD Lepelietier édata la première
yGoogk
!268 QUATRIÀMB ÉPOQUE.
eoDtre oes mesures, et anima les autres sections contre la convention en leur faisant craindre le retour de la terreur. Une première attaque des conventionnels fut mal conduite par le général Menou , et les insurgés se crurent vainqueurs : quarante mille hommes de la bourgeoisie forent bientôt sous les armes, prêts à marcher contre la convention. Celle-ci nomma Barras commandant en chef, ^ Barras demanda pour second et obtint un Jeune général qui s'était particulièrement distingué au siège de Toulon : c'était Napoléon Bonaparte. Ce fut lui qui en vendémiaire disposa tout pour la défense de la convention. ▼Intton ^* ^*®ï^* sa ligne de défense du pont JLouis X VaU Pont- Neuf, ^^dn' braquant des canons sur tous les principaux points d'at- ***ïi®°*- taque. Les insurgés s'avancèrent en plusieurs colonnes, (s^otoe commandés par les généraux Danican, Duhoux, et Tex- '^^^' garde du corps Lafon. Le général Danican , introduit en parlementaire dans l'assemblée , somma la convention de faire retirer ses troupes et de désarmer les terroristes. On délibérait encore sur cette demande, lorsqu'on entencfit le bruit de la mousqueterie et du canon : toute discussion cessa; on apporta sept cents fusils, et les conventionnels s'armèrent en corps de réserve. L'action la plus meurtrière eut lieu au Pont-Royal et dans la me Saint-Honoré; l'artillerie , sur ces deux points principaux , foudroya les insurgés , et les mit en fuite : à sept heures du soir, les troupes conventionnelles prirent J'offensive; elles étaient partout victorieuses : le lendemain elles désarmèrent la section Lepelletier, et firent rentrer les autres dans l'ordre.
Telle fut la Journée du 13 vendémiaire , dont le succès tout entier est attribué à Bonaparte. Cette victoire permit à la convention de s'occuper sur-le-champ de la formation des«0Qseils, dont les deux tiers des membres furent tirés
yGoogk
tlVlB II. CHÀPITBB in. 209
par elle de son sein ; le premier tiers , librement élu , avait été nommé par l'opinion réactionnaire. Les membres du directoire furent ensuite choisis, et les conventionnels crurent, dans Tintérèt de la cause révolutionnaire et de leur propre sécurité, devoir ne porter à la tête du gouvernement que des régicides. Ils nommèrent directeurs la. Élection Réveillère-Lepeaux, Sieyès, Rewbell, le Tourneur et recteur». Barras : Sieyès refusa; Garnot fut élu à sa place. Aussitôt cmm après la convention déclara sa session terminée : elle avait ^^^^^ eu trois années d'existence, du 21 septembre 1792 jus- ^^^^ qu'au 26 octobre 1795 (4 brumaire an iv). Les hommes qui cherchent à justifier cette assemblée , allèguent en sa faveur les dangers de la patrie et l'inflexible nécessité du moment ; mais, lorsqu'elle ouvrit ses séances, la campagne de TArgonne et la canonnade de Yalmy avaient sauvé la révolution, les Prussiens étaient en fuite, et nos armes ^ victorieuses sur toutes les frontières ; la journée de Jemmapes enfin précéda de deux mois le 21 janvier. S*il faut avouer que la convention triompha d'innombrables ennemis, il faut reconnaître aussi qu'elle arma la plupart d'entre eux contre elle par ses attentats ; et si elle dut recourir à la terreur pour les abattre, c'est que les actes criminels qu'elle toléra, ou dont elle permit l'exécution, avaient soulevé l'indignation générale, et compromis la révolution aux yeux même de ses partisans les plus enthousiastes.
yGoogk
270 ' !QC;A1»lAltB ÉP0fQ81.