CHAPITRE ÏI
Suite du règne de Louis XIV. — De la mort de Maoari» à celle de Colbert.
Louis XIY était né avec Tinstinct de la grandeur, de Tordre et du pouvoir. Son caractère participait du caractère national par un insatiable besoin d'admiration ; et au moment où il prit en main le gouvernement il y eut une heureuse et remarquable coïncidence entre les inclinations particulières de son génie et les vœux de son peuple. Après les fléaux de la guerre civile et de la guerre étrangère, la France, sans administration intérieure, sans finances, sans crédit, avait surtout besoin d'un pouvoir centralisateur, qui achevât de dompter les factions , et qui fît servir les immenses ressources de son territoire non plus à la satisfaction de quelques ambitieux, mais à la gloire et à la prospérité de la nation. Louis XIV fonda ce pouvoir sur l'admiration et la crainte; il rétablit l'ordre dans l'État, et aussi longtemps que les exigences de son orgueil furent d'accord avec les intérêts du royaume son règne offrit une suite non interrompue de merveilles et de triomphes; il éleva la France à un degré inouï de puissance et de splendeur.
Les premiers actes de son gouvernement révélèrent le prince jaloux de sa puissance , et décidé à tout voir, à tout faire par lui même. Il déclara d'abord , en suivant l'avis . de Mazarin , qu'il n'aurait point de premier ministre. Son
conseil, formé par le cardinal , était composé du chance-
yGoogk
L1VBB IV. CHAPITBE II. 27
lier Sëguier, ^arde des sceaux.; de Je Tetiier, ministre de la guerre; de Lyonne, ministre des affairesétrangères; et de Fouquety surinta^dant des finances. Le roi, convaincu par Golbert des exactions criminelles de ce dernier, et peut-être encore plus blessé de son faste et de sa magnificence que de s(m infidélité , médita de le faire saisir au milieu d'une fête somptueuse que donnait le surintendant à sa campagne de Vaux , le jour du mariage d'Henriette d'Angleterre, sœur de Charles II, avec le due d'Orléans, frère du roi. Il se contint cependant ; et Fou- Disffrâee guet fut peu après, sur son ordre^ arrêté à Nantes, et tra- Pooqnet. dait devant une commission. Condamné au bannissement '^'' par ses juges , il le fut par Louis XIY à une détention perpétuelle* Son ami Pélisson s'illustra par son courage à le défendre , mais ne put le sauver. Les finances furent confiées à Colbert, avec le titre de contrôleur général; et cotbert de ce nK>ment l'ordre remplaça le chaos dans toutes les le^génébranches de l'administration publique* anlncS.
Louis XI V se montra jaloux jusqu'à l'excès de l'honneur poutione de sa couronne, et impatient de rendre à la France le deTo?£ rang qu'elle avait droit d'occuper en Europe. L'ambassa* denr d'Espagne ayant, dans une cérémonie publique à Londres, usé de violence et de ruse pour prendre le pas sor le comte d'Estrades, ambassadeur de France', Louis , irrité, menaça aussitôt Philippe lY de la guerre ; il le contraignit à faire une réparation publique, et à renoncer à toute concurrence avec lui sur le pied de l'égalité. Il poussa pins loin encore sa vengeance à l'égard de la cour de Rome, Par suite d'un affront fait à son ambassadeur par la garde corse du pontife, il exigea et obtint que cette garde fût cassée , que le nonce du pape vint en France lui demander pardon, et qu'une pyramide élevée à Rome rappelât en
yGoogk
28 TBOISISMB BPOQUB.
même temps l'offense et la réparation. Quelques expéditions militaires donnèrent à l'extérieur une autorité nouvelle aux paroles du monarque. Élevé par Mazarin dans les principes de l'école italienne , imbu de ce préjugé, si Ameste au bonheur de l'humanité , que la force doit seule faire loi en politique, Louis XIY soutint avec succès le Portugal contre l'Espagne, au mépris du traité .des Pyrénées. Il prêta un secours plus honorable à l'empereur Léopold contre les Turcs : un corps français, sous les comtes de Coligni et de la Feuillade, se couvrit de gloire à la journée de Saint-Gothard , où Montecuculii défit complètement le grand vizir : cette victoire procura une trêve de vingt ans entre la Turquie et l'Autriche.
Le roi, conseillé par Colbert, conclut une utile alliance commerciale avec la Hollande, et soutint cette république contre l'Angleterre jusqu'à la paix de Bréda en 1667. Il confiait à la mième époque une flotte au duc de Beaufort, qui purgea la Méditerranée des pirates barbaresques, et porta jusque auprès d'Alger la terreur des armes françaises. Ces expéditions éloignèrent et moissonnèrent en partie les vieilles bandes indisciplinées du temps de la Fronde. Organisa- Louis Créa uuc armée nouvelle, et, secondé par son ministre i^ëe Louvois, fils et successeur de le Tellier, il donna à cette
par
LouTois. armée une organisation qui fut pour l'Europe un sujet d'admiration et d'envie. Les gouverneurs des provinces perdirent le pouvoir de lever des troupes et d'en disposer arbitrairement; les grandes charges militaires furent supprimées, et les grades toujours séparés de l'emploi; la nomination et l'avancement rentrèrent dans les attributions spéciales du monarque; les troupes reçurent l'uniforme; toutes les branches du service, et surtout l'artillerie, le génie, les subsistances et l'armement de l'infanterie^ Airent
yGoogk