‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 32 sur 65 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

De rayénement de Napoléon au trône jusqu'à la prise de possession de l'Espagne.

Si Napoléon, après la paix d'Amiens, eût préféré les intérêts de la France à ceux de son ambition» il aurait pu lui assurer les fruits de douze années de dédiirement et de guerre, et devenir le modérateur de l'Europe; mais il préféra en être le dominateur, et tenant les yeux fixés sur la grande image de Chariemagne, il se crut appelé aux mêmes destinées. Il voulut d'abord joindre au titre d'empereur des Français eelui de roi d'Italie ; et les représentants ^^^^^ de la république cisalpine décidèrent que cette contrée se- "y^®rait érigée en royaume séparé. Napoléon partit aussitôt pour Milan, ou il ceignit lui-même la couronne de fer des rois Lombards , déclarant qu'il ne la Joignait que temporairement à la sienne ; et il nomma Eugène de Beaubarnais , son beau-fils, vice-roi d'Italie. L'établissement de ce royaume , la réunion à l'empire de la ville de Gènes et de la principauté de Lucques, au moment même où il venait de protester solennellement contre toute nouvelle adjonction de territoire; enfin les efforts inouïs, du cabinet anglais , dirigé une seconde fbis par le ministre Pitt , soulevèrent l'Autriche, réveillèrent le profond ressentiment «xdté en Eonçe par la mort du duc d'Ënghien , et achevè-

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<:tti QMAtwàaiE xpQQjus.

""^1804. ' tîMi.rAigltteite, i'Autfiebe et biRossie, où V»m^pmr Alexandre succédait à Paul V^^ son père, assassM* ^l^ Bavière fît cause. commune avec la France; la Prusse demeura neiltre. L'Espagne ne se Joignit pas non plus aux ennemis de la France : l'Angleterre voulut voir une infraction à la neutralité dans le refuge que cette puissance donnait à.quelqnesruus de nos vaisseaux bloqués âcois les ports de Ferrol et de Cadix; e|l6,somma le gouvernement espagnol de les expulser. Sur son refus, elle lui déclara la guerre, et commença les hostilités par la saisie de riches galions d^argés de piastres du Mexique : eUe jeta ainsi lIEspa^e dans Fallianee de la Fraece; et la Féimkin de la flotte espagnole à la fik)tte française accrut la coadeiice de camps de Ni^olécmdans le suecès d'une descente «n Anglelen^e. Qeprépara- cupé tout jCiitier de cette gigimtesque fflitrepHse, Nafittém)

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lil^Ii' s'était de nouveau rcodu au camp de Bonl(^e , et y acbe-

teire.' vait ses formidables préparatifs. Ses ordres, avaient e^i

sitr cette câte cent mille hommes de la meiltenre JuCsAterie

jée rEwrope, quinze mille de cavalerie «t eiafpiante.jaûlle

matelots; cteux mille bâtimmits légers, nommés ^lalogpes

eanonoières, avaient été construits et.iffmés d'««0 mawe

énome de bouebes à ieu. Cette flottille innomteableide-

vait pcrter l'immense armée et la dâMurquer sur la -eéle

•pposée. 'Mais une flotte anglaise défeadait ie. déjtroit, ^t

plusieurs de ses divisions bloquaient nos escadres dans les

ports de ^est et de Ferrol : m^ Iseôonde flotte ennenate,

sous les ordres de Nelson , croisait diœs laMéditerraaée , et

observait la nôtre, «ifeemée dans le port de Toulon. Four

Plan des qHC le passagc de la Manehe Mt Miare, 4>u pAt être imiié

uonf^a- sans la certitude dH» désastre, il était iodlq^nsabte q&'iX

'^^' #Ét protégé par le mnoa d'une flotte fra^^alse : edlezdc

LITBE Ilf. GfiAPITBB II. S$6

Btest, CMimandée par Tamiral Ganteaume , était Moquée par ka Atglais et trop feible pour défendre sctrie te passage* NapoieoQ conçut la pensée de transporter dans la Mancbe la âotte de Toulon, à laquelle celle de Brest, profitant d'un yent âiYorable, devait aq^ararant se réunir. La première eut Tordre, après avoir frandû le détroit de Gy)raltar, de rallier les b&tiaients français et espagnols renfermés dans le port 4e Cadix, puis de se diriger sur la Martinique pour tromper l'ennemi sur sa direction véritaUe. £lle devait y attc^ràre la ftitte de Tamiral Ganteaume, revenir, avec elle en Europe débloquer le Ferrol, sur la côte d Espagne, et rentrer enfin dans la Manche, en présentant aux Anglais une force imposaate de soixante vaisseaux de guerre et supéiéeuroen nombre à la leur. Napoléon, dans sa pensée,. ae j(Mt ainsi mi^ltre du détroit durant au moins vingt-quatre heures : o'étsdt assez, disait-il, pouv jeter sou armée sur la o6te opposée, et dès lors TAngleterre serait sa conquête.

Co pian, quel que fût d'ailleirs le succès, était une conception, de génie : un concours étonnant de dreonstances, dans lescpieUes il est permis de reconnaître la main de la Providence, le fit édiouer. Il fallait pour l'exécuter un excellent amiral, ferme, actif et audacieux. Napoléon avait trouvé cet homme dans la Touche-TrévUle , cpi'il désigna pour commander la flotte 4e Toukm et pour ia conduire clans la Méditerranée. Getamiral naourut la veille démettre Mort des à la voile; et bientôt après expira Tamiral Brueys, chargé iâTom:he ■du commandement de nos opérations dans la Manche. Une etBrueys. fàtahté étrange fit remplacer la Touche-Tréville par Tamiral Villeneuve, homme plein d'honneur, de sdeooe.et de bravoure, mais dépourvu des qualités les plus indispensables pour une semblable entreprise, le sang-froid.

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336 QVÀTBIIME BPOQUB.

vineneii- la résoiutioii et la confianee. Villeoeuve exécuta oepencbar^dn (i^nt avec bonheur la première et la plus difficile partie de ^S^^ 3& grande mission : il échappa à Nelson dans la Médiflotte, lerranée» et rallia dans Cadix l'amiral Gravina et Tescadre espagnole. Les £k>ttes combinée^ touchèrent aux Antilles, où elles attendirent en vain Tamiral Ganteaume; elles revinrent ensemble en Europe, livrèrent un c(»nbat glorieux en face du Ferrol à la flotte anglaise commandée par l'amiral Calder, et rallièrent enfin deux nouvelles divisions, Tune française et l'autre ^^pagnole : là s'arrêta la fortune Manœn- ^e YiUencuve ; et il se montra comme frappé de vertige au

vres de ' , «-,

'vm"^ moment essentiel et si ardemment attendu par Napoléon.

neuve, ^j^^^ circonstance imprévue, inouïe même % avait retenu la flotte de l'amiral Ganteaume dans la rade de Brest ; il avait attendu un coup de vent de l'équinoxe qui forçât la flotte anglaise à s'éloigner de ces parages : le temps pour la première fois, de mémoire d'homme, fut toujours calme et serein. La sortie était devenue impossible ; et Villeneuve avait reçu l'ordre de cingler sur Brest, de débloquer le port et de dégager la flotte : sans cette manœuvre toutes celles qui avaient précédé devenaient inutiles ; seule, dans l'opinion de Napoléon, elle assurait le succès de sa gigantesque entreprise ; car elle donnait aux Français, pour quelques jours du moins, une supériorité de forces dans le détroit. « Arrivez avec toutes vos forces réunies dans la Manche, » écrivait l'empereur à Villeneuve, « livrez bataille ; perdez la moitié

* Ganteaume, par une sorte de phénomène dans la saison, n'avait pu trouver un seul jour pour sortir dn port de Brest. Il ne s'était jamais vu de mémoire d'homme que Téquinoxe ne se fàt pas manifesté par quelque coup de vent. (Thiers, BisL du Consulat et de V Empire, liv. XXI.).... La ProTîdenee sans doute ne voulait pas qu'il réussit. (Le même, p. 468.)

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LIVBX in. GHÂPITBB II. 337

de la flotte, sit le faut, et avec le reste assurez mon passage. » Yilleoeuve ne comprit pas qu'à tout prix il fallait n mt obéir ; inquiet du mauvais état des équipages et du matériel ^ piàn

^ ^ -» r o conçu par

de la flotte espagnole, troublé par la conviction de Finfério- ^*P°}J2f. rite de nos marins dans la manœuvre, par suite du défaut Sétrou.; d'exercice et d'babitude suffisante, persuadé enfin de la réunion des escadres ennemies dans la Manche, et voyant dans l'événement d'une bataille beaucoup plus la ruine de la marine française que la conquête possible de l'Angleterre, il perdit toute confiance : au lieu de se diriger sur Brest et de là dans la Manche, il gagna la haute mer; et tandis que l'œil ardent de Napoléon, dévorant l'étendue, brâlait de découvrir sa flotte accourant à l'horizon, Villeneuve la ramenait en arrière, et faisait voile vers Cadix. A cette nouvelle, qui fait avorter la plus redoutable et peutêtre la phis téméraire de ses conceptions, la colère de Napoléon fut égale à sa douleur, et elle éclata contre Villeneuve en expressions véhémentes et terribles. Jamais entreprise n'avait été conçue avec plus de suite, de profondeur et d'ensemble, et dans aucune la destinée ne se plut davantage à confondre les vains projets de l'homme et son génie.

C'était à Londres que Napoléon voulait vaincre la nou- Marche velle coalition de la Russie et de l'Autriche, soudoyées par sefet de» l'Angleterre : maintenant que le chemin de Londres lui était '^^^^*^ fermé, il fallait marcher aux Russes et aux Autrichiens, pj^jj;^^ Cent vingt mille Autrichiens s'avançaient en trois corps sons les archiducs Ferdinand, Jean et Charles, vers le Rhin et l'Adige, et deux armées russes étaient en marche pour les joindre. Napoléon^ encore au camp de Boulogne, devine les mouvements combinés des ennemis; son génie lui révèle les manœuvres nécessaires pour les vaincre, et il dicte surle-champ le plan d'une campagne immortelle. En vingt punde

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