CHAPITRE II
Depuis la capitaUtion de Paris et la rentrée de Louis XVIII dans la capitale jusqu'à la chute du ministère Decazes.
3 juillet 1815 — 20 février 1820.
Les armées alliées oavraieat pour la seconde fois la f^oB ^^"^^ ^^^ Bourbons. Louis XYIII, dansune proclamation ^xviïi!^ du 28 juin, datée de Gambray, disait : « J'accours pour ra- « mener mes sujets égarés, pour adoucir les maux que j*a- « vais voulu prévenir, pour me placer une seconde fois « entre les armées alliées et les Français, dans Fespoir que <t les égards dont je pense être l'objet tourneront à leur sa- « lut.... Je promets, moi, qui n'ai jamais promis en vain, « de pardonner aux Français égarés tout ce qui s'est passé « depuis le jour où j*ai quitté Lille, au milieu de tant de « larmes, jusqu'au jour où je suis r^tré dans Gambray, au « milieu de tant d'acclamations. Mais le sang de mes en- « fants a coulé par une trahison dont les annales du monde « n'offrent pas d'exemple; les auteurs de cette trame hor- « rible seront désignés par les chambres à la vengeance « des lois. »
Louis XVIII cependant n'avait point encore été proclamé dans la capitale : l'armée française, forte de cent vingt mille hommes et de cinq cents pièces de canon , campait sous les murs de Paris, et la chambre des représentants continuait, au bruit des armes, à discuter d'abstraites théories et à établir des garanties pour les droits de la nation. Les Anglais et les Prussiens s'étaient témérairement avancés , laissant derrière eux une triple ligne de places fortes; la
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victoire ponvidt eneore èlre disputée. Frappés toutefois de l'iiorrible destin aoqael un noaveaa revers livrerait la capi- *tide de la France, les cliambres et les diefs du gouvernement jugèrent plus prudent de négocier que de oomlmttre, et le 3 juillet une capitulation ou convention mlUtaire fut ^j^signée à Saint-Cloud par Davoust, prince d'Eckmûhl, ml* ^^^ nlstre de la guerre, et par Wellington et Blûdier, eomman- ^^n^SÊT dants des forces anglaises et prussiennes. Par cette con* s^îlutet vention il fut dit • que l'armée firançaise évacuerait Paris, *"*' et se porterait derrière la Loire; que les propriétés publiques et particulières seraient respectées, et que les individus présents dans la ville à l'époque de la capitulation ne pourraient être inquiétés ni recherchés en rien relativement à leur conduite et à leurs opinions politiques. »
Le 8 juillet le rd fit son entrée à Paris : Talleyrand fut nommé président du nouveau ministère, et le régicide Fou- Rentrée ché, qui, ministre de Napoléon, avait activement coopéré ^^^ au retour de Louis XVIII, obtint pour récompense l'entrée * {^ au conseil du roi et le portefeuille de la police. Deux listes de proscrits furent aussitôt dressées : par Tune, dix- neuf PrMcri^
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généraux ou officiers étaient traduits devant un conseil de guerre; l'autre renfermait trente-neuf noms : ceux qu'elle désignait devaient attendre, sous la surveillance de la haute police, que les chambres eussent statué sur leur sort : Carnot était de ce nombre, et Fouché, son collègue dans le ministère des cent jours, signa les ordonnances de proscription.
Les troupes alliées avaient précédé le roi dans la capitale; leur contenance irritée donnait à entendre qu'elles croyaient y être entrées bien moins en vertu d'un traité que par le droit du vainqueur, et dès les premiers jours chacun put apprécier les maux affreux que cette seconde
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4i4 iQ«AtK1|ilU ipOgOB.
i»v«8ioii Mlratt «or ii Fraaee. Les FrantaB Mrtoot regUNlakiit chm air lln-oiMiie tes woiMcatg tn^pbées de nos vietcrim; U falM te iioMe lésiiteMe is Louis XVHI pour f réser^r te poirt; d'iéoa de lent t)iiige«MS bratate : fttfiuHiiilM dMril «t m MSsstUintiit pnblte, m iosélest evdre dtt Jmr du général prwssieD Muiiteg, gourverocvr ée Parte, erdsMia cm» scutincltes d« telra iem sur qokmÊqxtt ies bravspsil de teparote, d«. geste ou du regard. Af' Deeaze, préfet de pc^ee, At déehhrer l'ordre bttrl)are, et oH acte cte eonrage d^vM uie des oaases de sa hante tfra%8 ^1^*°^* ^ mépris de la eapitntetioii, nos musées farest musées. ^M^astés; ehaque ÈM de l'Europe, ehaque Tilte réclama les tel^eaux et les steftaes dont dos triompiies les aTi^ent dépouillés, et Paris vit avec stqpeur saisir et enlever tmt de diefs-d^eeuTPe payés dé noire sang : un jeime poète, ^i s^annonçait avec éclat, fut ators i'étequeot loterprèle des douleurs de te France*.
L'kérolqne armée de la Loire était pour les étrangers i^encie- -^noljêtcoDUBOri de tsrpsur ; ils exigèrent SOU lioenclemeiit ^vj;^ knmédtet. EHe idMiissa ses aigles, et d^sa les armes à te 'jtittf^ voix du marédiat Maedonald, et aucun désordre n'aecomh pagna son retour dans ses Isyers. Gonvioa Saint-Gyr, mlntelre de la guerre, songea dès lors à créer une armée nouvelle, et l'organisation de te garde royate remonte à cette époque.
^ttôiPdes ^^ composition des chambres suèit d'importantes mo- <^*^J^'«* difications : plusieurs pairs de la première restauration, qui avaient si^ pendant les cent Jours, farent éliminés ; te roi en nomma quatre-vingt-douze nouveaux, et rendit, le âO hM&' août IS15, la pairie héréditaire. Les électîons des députés
' Casimir Delavigne, 2* Messénienne.
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se firent d'après d^iticiaines listes électorales , complétées taire.^ au choix >des préfets ; trn grand nombre d'aneteos chevaliers *<<*<^ de Ss^t-Louis tmetit arbftratrement «désignés pour étec« ^^^ teurs, et tranawirent à la chambre nouvelle l'esprit de 'gJ'J^.Ï* réaction violent dont its étalait eux-mêmes animés. La plupart des membres élus a^^rpartinrente» effet à l'opinion dite ultra-roffaliste y et arrlTèrent à la chambre non-seulement avec les idées les plus hostiles à la révolution , mais encore avec le désir de la vengeance et avec la confiance, trop souvent téméraire, que donne la victoire après une cruelle défeite.
€'est alors gue se manifestèrent fortement les difficultés ^,coap
^ d'œll sur
inextricables au mffieo desçuelles le gouvernement de la i«8p«rti«. restauration se trouvait engagé. En blâmant la chambre vindicative et réactionnaire de iai5, il ne fb^d; cepeudant pas confondre avec la masse des hommes psHSSionnés qui formèrent sa majorité les esprits supérieurs qui chëN obèrent, en la pénétrant de leuns doctrines, à donner à la France une organisation puisée dans des principes élevés , mais qui avaient cessé d'être en harm<mie avec les mœurs, les préjugés et les intérêts du grand nombre. Des hommes d'un noble caractère etd'un grand talent, tds que MM. de Bonald, Bergasse et Montiosier, figuraient à la tête de l'école royaliste, dont ils formulaient les doctrines dans leurs écrit». Cette école cherchait la base de son système politique moins dans les droits des peuples que dans ta tradition , dans les feits consacrés par le temps. L'école libérale, au contraire, considérait la liberté comme on drdt inhérent à la nature humaine , et s'amionçalt comme donnant à ses théories peur base la logique et hi volonté générale. La première de ces^ux écoles a surtout pour ob^t, lors même qu'elle Invoque les libertéi-de la nation, d'étendre l'tofloenoe
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de l'aristocratie; la seconde se propose, eo restreignait cette influence dans d'étroites limites, de faire participer le plus grand nombre possible à Texercice des droits politiques : il y avait donc une opposition réciproque et inviifcible entre les opinions fondamentales des royalistes et celles des libéraux; et peut-être était-il impossible qn'un ordre de choses stable se consolidât en France sons une dynastie liée par ses antécédents, par ses affections, par la reconnaissance même , aux hommes qui , pour raffermir l'édifice social, ne détachaient point leurs regards du passé, tandis que la génération nouvelle et la majorité active de la nation que cette dynastie gouvernait repoussait leurs principes et adoptait de préférence le régime défendu et fondé par leurs adversaires. La lutte entre les hommes les plus violents des deux partis dura quinze ans , et commença en 1815 : tous profitèrent de ce qui était obscur et mal défini dans la charte, les uns pour la détruire, les autres pour exiger plus qu'elle ne promettait. Les royalistes eurent d'abord l'avantage. Il était impossible que le ministère Talleyrand se maintint devant une chambre telle que les ressentiments suscités par les cent jours l'avaient faite, et le duc de Richelieu reçut l'ordre de former un nouveau cabinet.
Cet homme d'État, ami de l'empereur Alexandre, et r/c^^ dont la vie s'était écoulée presque tout entière à Tétranger, fltitt-isit. ayait acquis dans son gouvernement d'Odessa une grande réputation administrative : il connaissait peu la France et le mode d'action propre au gouvernement représentatif; mais il suppléa souvent à ce qui lui manquait en lumières par les inspirations d'une âme droite et généreuse. La situation était déplorable et les circonstances fort difficiles. La France, toute désarmée, semblait à la merci des puis-
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saaces, et celles-ci oe demandaient qu'à user de la victoire pour sa ruine. Le partage de notre territoire fat i*obJet des secrètes délibérations de leurs ministres, et le projet d'un traité fut rédigé dans ce bnt. Louis XY III en eut connais- >^^ sance; une copie du projet fut dérobée et mise sous ses p{^. yeux. Ce prince n'était dépourvu ni de dignité ni de pa- ^«K* triotisme. Sa fierté se révolta. Il fit demander une entrevue xvm. à Alexandre et à Wellington. « Mylord, dit-il à ce dernier, « je croyais, en rentrant en France, régner sur le royaume « de mes pères. Il parait que je me suis trompé; je ne « saurais cependant demeurer qu'à ce prix. Votre gouver- « nement, mylord, consentira-t-iL à me recevoir si je lui « demande encore asile? » Il y avait de la grandeur dans cette parole du vieux roi : Alexandre, ému, s'écria : « Non, « non ! votre majesté ne perdra point ses provinces ; je ne « le souffrirai pas' ! »
Les puissances renoncèrent au projet de partage, et M. de Richelieu hâta la conclusion du traité qui précisait enfin les charges et les sacrifices imposés par elles à la France. Leurs demandes furent réduites à cinq points : 1° la cession du territoire comprenant les places de Philip- '^^f^ peville, Marienbourg, Sarrelouiset Landau; 2^ la démoli- ^^J^'^' tion des A>rtifications d'Huningue ; 3® le payement d'une indemnité de sept cents millions , sans préjudice des créances' dues par le gouvernement français envers les particuliers de tous les États de l'Europe ; 4® la restitution du département du Mont-Blanc au roi de Sardaigne; 5® Toccupation pendant trois ou cinq ans, à la volonté des alliés,
' Histoire des deux Restaurations, par Achille deVauIabelle, t. III, p. 376.
' Ces créances montèrent bientôt à une lonune prodigieoae, et tarent arrêtées au chiffre de 300 millions.
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4fS QtrATBiim iMQtiB.
d*«iM ligne le kmgèas frontières, paronearmée de eent dnqiUHrte mille liwximes, entretenve aux frais de la France. Ce donleiireax traité fut signé le ÎO notenlne 1^15 >.
L'insoleiile tjraiBife et les erneHes exigences d'an million d^tnmgers oe sont pas les seols naax qae la France eni; à senffrir par snite des événenénts désastreux des eeni jùurs. Phi^iiPS départements da midi forent longtemps
Troubles en ppoie à la gnerre eivfle et à nne sanglante anarchie;
TtiddL' <^t*^>^nrl^^ assassinats y signalèrent cette époque fitttale. *»»• Après la joarnée de Waterloo, des oempagnies fhindies assaiiârent Marsefllle, s*y livrèrent à de forieux excès , et mMsaerèreot no corps dé mamotoks <iiii tenait garnison dans ses mors; une populace féroce égergea le maréchal Bnine à Avignon; le brave général Ramel périt assassiné àTonlonae. Dans le département da Gard la réaction se manifesta sous l'apparence du fanatisme Tcft'gieux : à Nimes, à Usés et antres lieux, des assassins parootirureal les rues en plein jour, an crf de Mettent les protesHnts! Des monstres y esodoits par on Trestaillon, on Truphémi , un Gmfian, renouvellent h» horreurs dn 2 septembre : flb missacrent les calvinistes jusque dans les prisons, aivec les relfinements les plus boitaies; outragent leurs femmci, bfûleot leurs roaisois^ et leurs temfles, et ces atrocités sont impunies; elles se commettent à la vue des autorités loodes, qui laisseid; faire. Le gouvernement , inspnissant à les prévenir, garde longtemps le sHenee; et lacèambre de 1815 rappelle à Tordre le député d'Ài^genson, qui demande une enquête sur ces fbifaits. Le cri de fa Justice et de Thumanité partit de la tribune étrangère : Fillustre
» Voy. Géographie historique de la France, carte ii° IS, les lirontièrM du ro^atiiiie tellw que les ont faites les fnSÊéi de ISf 4 et de 1815.
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Litn tv. eiuntftt II. 419
Bronghaixi fnvoqtia €& fattenr de» pinnestants àt France rintervcntkm de son gocrverneiiieiit, et te pailement mglals 8*éinat aux aecents de sa rctt hidigtiée. Il fàltat, en divers liedx, qtfe les baïonnettes aotricMennes iater* vinssent entre les tiethnes etlenrs bourreaux : à Ntmes le général Lagarâe fut assassiné par des Airieux dont il voulait contenir la rage ; et un prince de h famille royale , le duc d'Angouléme, accourut deux fols dans cette ville désolée avant de réussir, par une conduite ferme et pru^ dente, à arrêter reffusion du sang.
La session était ouverte depuis le 7 octobre , et la diam** Acte» bredes députés, qualifiée du nom ^introuvable, donnait chambre un libre essor à ses passions videntes et réactionnaires. En face de Timmcnse majorité de cette cliambre, conduite par MM. de Villèle, Corbière et la Bourdoimaye, se présentaient, à ïa tête d*one minorité de soixante membres, MM. de Serre , Royer-Collard et Pasquier : tb n'opposé* rent qu^une éloquence courageuse et Impuissante à la plu^ part des actes de cette session trop mémorable. La chambre demanda des lois exeeptionnelles, qui furent accueillies aussitôt que présentées : l'une suspendait la liberté individuelle, une autre punissait de la déportation les cris séditieux , une troisième établissait la censure des écrits périodiques ; des cours prévôtales furent instituées sans appel; itu. enfin, dans la discussion d'une loi d'amnistie, MM. de la Bourdonnaye et Buplessis-Grénedan proposèrent de former diverses catégories de coupables, qui pouvaient arbitrairement s'étendre à piufrteurs miniers de Français. La eommissiiHi chargée de faire son rapport sur cette loi admit le projet des catégories, ainsi que celui qui rétabîissaft la conûscatio», pour acquitter les coiYtributionè( de guerre imposées par les alliés ; elle proposa en outre,
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par l'organe de M. Corbi^, son rapporteur, d'exclure lei régicides de Tamaistle. Les deux premiers projets forent repoussés à une très- faible majorité ; la chambre accueillit le dernier, en condamnant au bannissement perpétuel les régiddes signataires de l'acte additionnel ou employés par le gouYemement des cent jours. Cette mesure atteignait Fouché lui-même» alors ambassadeur à Dresde, et qui
condan- mourut cu ezll • Des exécutions accompagnent ces rigueurs.
rappiïoM. Le fougueux et imprudent la Bédoyère, jugé par commission, fut la première victime; après lui, Ney, le brave des braves, invoque en vain devant la chambre des pairs le l>énéfice de la capitulation de Saint-Cloud , il est condamné à mort et exécuté; les frères Faucher, tous deux généraux, inséparables dans la mort comme dans la vie, sont fusillés à Bordeaux ; les généraux Mouton-Duvemet et Chartrand souffrent le même supplice; le général Bonnaire, plus malheureux encore, subit une dégradation flétrissante ; Lefebvve-Desnouettes, les deux firères Lallemand, Rigaud et Savary, ^sont condamnés à mort par contumace; Lava- ' lette écliappe seul à la peine capitale, par le dévouement de sa femme et de trois Anglais généreux qui fitvorisent son évasion; la chambre des députés éclate à cette nouvelle en menaces contre les ministres, qu'elle rend responsables de l'événement. Le sang coule à Grenoble : on homme obscur, nommé Didier, avait embauché une troupe de paysans, et essayé un coup de main sur Grenoble; le général Donadieu déjoua ce mouvement insensé. Par son ordre, des colonnes mobiles parcourent les campagnes, où elles sèment la terreur : les prisoimiert sont jugés en masse par une cour prévôtale, et mis à mort Dans le Gard la cour d'assises acquitte l'assassin do général Lagarde, Trestaillon et ses complices, tandis que
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les conseils de guerre rendent des arrêts de mort contre les protestants soupçonnés de bonapartisme. La chambre, au milieu de tant de sang, marchait à son But de la
, , ^' . chambre
but, qui était : , ^ «•«».
1^ Le rétablissement de la royauté légitime sur ses antiques bases;
2® La formation d'administrations locales, indépendantes, organisées de manière à laisser place aux influences territoriales et ecclésiastiques;
3® La création légale d'une puissante aristocratie territoriale ;
4® La constitution politique et financière du clergé de France.
Louis XVIII avait annoncé , à son retour de Gand, que treize articles de la charte seraient soumis à une révision ; il devenait évident que la chambre allait s'autoriser de cette parole royale pour anéantir la charte tout entière. Le comte d'Artois et ses amis du pavillon Marsan, qui accusaient le gouvernement du roi d'une conduite trop libérale en 1814, etquiimputaientà ce prétendu libéralisme la catastrophe des cent Jours, dirigeaient dans sa marche la chambre de 1815. Déjà le prince exerçait une grande influence, par l'établissement d'une congrégation religieuse dont les ramifications s'étendaient en province; à cette première et habile organisation il joignit celle, non moins puissante, de la garde nationale : tous les inspecteurs de ce corps immense, tous lesofQciers, étaient à sa nomination; il les choisit parmi les royalistes exaltés, et exerça ainsi un double pouvoir de surveillance et d'action. La France se trouvait ainsi engagée dans une voie fatale à ses institutions nouvelles , et la monarchie représentative était ellemême en péril.
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^orton-^ • I^Qtant alors les suggestions de sa propre raison et les temSrê ^i^^i'gtqa^ conseils des ministres Bfehefien, Decazes et •••* Laîné, Louis XVIII fit paraître la célèbre ordonnance du 5 septembre, qui dissolvait la cbambre des députés, fixait, d'après le texte de la constitution, le nombre [des membres de la nouvelle cbambre à deux cent soixante, et déclarait qQ*aucun article de la charte ne serait revisé. Cette ordonnance fut un coup de foudre pour le parti de la réaction violente, qui la reçut en frémissant d^indignation et de colère. M. de Chateaubriand, l'homme le plus éloquent et le plus éclairé de ce parti , le seul peut-être qui , en s'appuyant sur la légitimité comme fondement de Tordre social, voulût alors avec sincérité le maintien de la constitution , protesta au nom de tous les siens , et répondit à Fordonnance de septembre par la Monarchie selon la Charte , ouvrage qui retentit en Europe et fit disgracier son auteur. Le commandement de la garde nationale fut retiré au comte d'Artois, et le résultat des nouvelles élections répondît à fespoîr du ministère.
Cependant les malheurs de la patrie étaient au comble : opprimée par cent cinquante mille étrangers qui, disséminés dans ses forteresses , l'accablaient de charges ruineuses , agitée par les factions intérieures , la France eut encore à gémir des horreurs de la disette ; les pluies continuelles de 1816 inondèrent les campagnes , détruisirent l'espoir des récoltes , et répandirent dans le bétail le fléau des épizootîes. Tant de calamités n*étouffërent point l'explosion des baînes politiques; et dans l'année 1817 les dernières scènes tragiques de Grenoble se reproduisirent à Lyon, concor- tJn nouveau concordat avait été signé à Bome par les «»iy. soins de M, de Blacas, ambassadeur auprès du souverain
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LTVM It. CHAPITWS II. 423
pontife. Ce traité étendait coosfdérablement le nombre des évéchés , ûxé â cinqoante par le concordat de Napoléon. Un projet de loi présenté à ce sujet anx cfcambres fut re- ^, et le roi limita le nombre des évéques *à celui des départements.
L'acte législatif le plus important de cette année fut la ^^^S:' loi âectoraie, qui pour la première ibis depuis la restau- *•" ration permit de suivre une voie légale dans la nominatioft des députés. Elle établit Télectlon directe, fixa le cens des électeurs à trois cents francs d'imposition, et celui des éligibfes à mille francs ; la chambre devait se renouveler par cinquièmes, et il n'y avait qu'un collège par département ; cette loi, proposée par le ministère, fat adoptée à la suite d'orageux débats ; elle était la plus grande concession qu'eussent encore faite les Bourbons à Tespiit constitutionnel , et ses résultats prouvèrent les difficultés extrêmes du terrain où se trouvait placée la dynastie régnante.
D'autres lois, d'une haute importance , furent rendues l'année suivante. La France n'avait qu'un simulacre d'armée; les engagements volontaires remplissaient mal le vide de nos légions , et îl était urgent , en présence des étrangers , de rétablir sur un pied respectable les forces mîîîtaires du royaume. Le maréchal Gouvion Saint-Cyr, ministre de la guerre, proposa dans ce but, en 1S18, la loi du recrutement : elle rétablissait la conscription de Loi d» 'Pempire, enlevait an roi un pouvoir sans limite pour 'mSt la nomination aux grades, dont un tfers était donné aux sous-officiers, et eHe accordait dans l'avancement des officiers une large part à l'ancienneté, Cette loi était contraire à l'article de la charte qui abolissait la conscription dans le royaume; son utilité, généralement sentie.
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fit décider son adoption. La liberté individuelle cessa d'être suspendue, mais la presse périodique demeura soumise à uprene. la censure : cependant, à la faveur d'un artifice qui euleva le caractère de périodicité à plusieurs journaux, des hommes de talent soutinrent presque sans entraves une lutte passionnée. L'opinion libérale et l'opinion royaliste eurent pour principaux organes, l'une la Minerve, et l'autre le Conservateur. La verve de MM. Benjamin Constant, Jay, Etienne et de Jouy, assura l'immense succès du premier de ces recueils; le second fut redevable de sa vogue à la plume de MM. de Chateaubriand , de Lamennais et Fiévée.
Une considération puissante justifiait les craintes qu'inspirait à cette époque la liberté de la presse. Les armées alliées occupaient le royaume; et il fallait les convaincre que leur appui n'était plus nécessaire aux Bourbons. Le calme apparent de la France pouvait seul amener la prompte libération de son territoire. Cet heureux événement marqua le cours de l'année 1818, et le duc de Richelieu eut la gloire d'y attacher son nom : grâce à son heureux ascendant sur l'empereur Alexandre , les soucongrès verains, alors assemblés au congrès d'Aix-la-Chapelle, Qapeûe. Consentirent à faire évacuer nos places et à rappeler leurs tenStotre ^''"^^^ * quInzc millious de rentes inscrites sur le grand- £^é!? '^^^^ achevèrent de liquider envers l'étranger la dette de la ^^~, France. Le duc de Richelieu donna ensuite sa démission, et se retira devant les noms populaires de Benjamin Constant, de Manuel et de la Fayette, récemment sortis de l'urne électorale. Pour prix des services qu'il venait de rendre à la patrie, les chambres votèrent en sa faveur un don de cinquante mille livres de rente : Richelieu était sans fortune , et n'accepta point pour lui-même cette magnifique récom-
itit.
Liy&9 !▼• CHAPITBS II. 4%S
p^se'. Il exerça le p<mi^r dans un temp» diffidle, et la force impérieuse des circonstances comprima soQy«nt ses généreuses^ dispositions ; il laissa en quittant les affaires la réputation d*un homme de bien et d'honneor; mais l'insistance avec laquelle il demanda le sang du maréchal Ney est un sujet de reproche pour sa mémoire. Alarmé du résultat des dernières élections, presque toutes libérales, il voulait que le ministère se rapprochât du centre droit de la chambre % et désirait que la loi électorale fut modifiée :
' Voici nn extrait de la noble lettre adressée à cette occasion au président de chacune des deux chambres par le duc de Richelieu :
» Monsieur le Président i <« Je serais trop fier d'un témoignage de bienveillance donné par le ro! avec le concours des deux chambres pour avoir la pensée de le décliner; mais les journaux m'ont appris qu'il s'agissait de me donner aux frais de l'État une récompense nationale. Je ne peux me résoudre à voir ajouter, à cause de moi , quelque chose aux charges qui pèsent sur la nation. Si dans le cours de mon ministère j'ai eu le bonheur de rendre des services à la France , et , dans ces derniers temps , de concourir à l'affranchissement de son territoire , mon âme n*est pas moins attristée de savoir ma patrie accablée de dettes énormes. Trop de calamités l'ont frappée, trop de citoyens sont tombés dans le malheur, et il y a trop de pertes à réparer pour que je puisse voir s'élever ma fortune en de telles conjonctures. L'estime de mon pays, la bonté du roi , le témoignage de ma conscience me suffisent.
« RiCBELIEC. »
Malgré cette lettre, les chambres votèrent pour M. de Richelieu une dotation de 50,000 livres de rente. — Il accepta le don à titre de récompense nationale ; puis il fit l'abandon intégrai de la dotatioa aux hospices de Bordeaux.
* Le côté droit de la chambre était celui où siégeaient les membres les plus prononcés du parti royaliste. Les députés dont l'opinion libérale était la plus ardente siégeaient en face , au côté gauche. Les membres modérés de l'un et de l'autre parti composaient les deux grandes fractions de la chambre qu'on nommait centré dnHt et centre gauche.
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496 QITAtSttel É^QXn.
•es vttinc àeel égard n'étaient point partagés par »a jmÈê «oHègne M. Decases, alors en bante fayear anprès ^LMisXTIlI.
Plttstevrs membres dn eabinet se retirèrent avec le dae de Ricbelfeo; et, sur Pindication de H. Decazes, le rd
^SSl^ nomma le général Dessolle président du eonseil ; M. de "'•• Serre reçut les scea«x , le marécbal Gouvion Saint-Cyr eonsérra le portefenille de la guerre ; M. Decazes obtint cehrl de rintérîeur, et fut réritablement le directeur du nouveau ministère. Par suitedesélectioosde 1817 et 1818, la miyorité de la chambre des députés appartenait à l'opinion libérale; il était à craindre que toute harmonie cessât entre elle et la chambre des pairs, qui demandait la réforme de la loi d'éleetioa ^ il était urgent ou de ^^asoudre la première , ou de modifier les votes de la seconde par de nouveaux choix. M. Decazes préféra ce dernier parti; et une ordonnance royale créa soixante-douze nouveaux pairs, choisis en grande partie parmi les hommes marquants de rempire. Cette promotion «auta une vive douleur au parti royaliste.
Eut delà Le calme commençait à se rétablir à l'intérieur, l'étraa-
France et • * «
^jjpart^ ger ne foulait plus notre sol : le commerce, 1 industrie, l agriculture florissaient , et le crédit publie roiaissut ; tout enfin permettait d'espérer un heureux avenir. Mais les partis étaient ardents et implacables : les royalistes r^'etaient toute alliauce avec les constitutionnels sincères, et ne voulaient admettre aucmle ooocession libérale; les libéraux, à leur tour, ne savaient point attendre, et compromettaient Favenir pour s'assurer un triomphe éphémère. Déjà de graves dissentiments avaient édaté entre le côté gauehe «t le ministère , au sujet des Français bannis sas fugement; il s'agissait de solHeiler du roi leur rappel:
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uwMB r?. «Misras II. ^n
Afégmri dê$ tëficidès, janmh! ffUM. éerlé M. âe Serre 4i iiatttde la tribune; et ee «oeC afrail proCoodé* «Mftt inité le parti liJiéraU C'est ea de teHes etroomtonoeB <Itr*eBreQt lieu les électieM de 1919, po«r le re&o«T€4le- ^^^^ meut de la troisième série de la cfaaml>re : la plupart f ureiH; ^ ***** fiiites tous f i&floeiiee des libéraux. €eux-ci se partageaient en plMsieurs partis , dont tes plus remarquables étaient : celui des réY<tetiooBaires, qui voulait à tout prix reUTer- 9er les Boarl>ous, et cfthii qu'on nomma le parti doctriimite, qui , en formulant son opinion d'après eertalnes théories abstraites et d'un ordre élevé, regardait le maintien de la dynastie eomrae nécessaire à celui de la charte. Ce parti y peu noo^reux alors , comptait dans ses rangs plusieurs des hommes les plus instruits et les pins distingués de la France. Les électeurs cédèrent /comme 11 arrive trop souvent, aux suggestions des esprits violents et passionnés ; un grand nombre de leurs dioix furent ouvertement iiostiks aux Bourbons, et le nom du conventionnel Grégoire sortit de l'urne : le parti royaliste jeta un cri d'horreur, et repoussa Grégoire de la chambre.
Sérieusement alarmé du résultat des élections et des exigences impérieuses des libéraux , sollicité par son frère ^ par sa fomilie, Louis XYIII résolut de modifier la Idi électori^e ; et M. Decazes , regardant comme nécessaire ce qu'ii avait jugé inutile et dangereux quelques mois auparavant , crut devoir servir les vues du prince en s'éloignant de la gauche pour se rapprocher du côté droit. Ce revirement continuel, suivant les nécessités du moment, et auquel on donna le nom de bascule ^ souvent utile de la part d'un roi , ne peut qu'être fatal à la réputat»>n d'un BEiinlstre, sous un régime constitutionnel. Plosieurs des «(^lègues de M. Deeazses comprirent que, sMIs ne pouvaient
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plus persévérer dftos leur ligoe de conduite, iig devaieut donner leinr démissloo, et ils la donnèrent, emportant avec eux restime publique : ce furenl MM. Dessolie, Louis et Goavion Saiat-Cyr, que remplacèrent MM. Pasquier, Ministère Roy et Latour-Maubourg. M. Deeazes forma le noayeaa 7ti»f cabîneti et eut le titre de président du conseil. Sa conduite, devenue indécise et flottante , irrita les libéraux sans lai concilier les royalistes. Ceux-ci ne ralentirent point leurs attaques , Jusqu'à ce qu'un affreux événement leur eut permis de le renverser, et eut fait passer le pouvoir en leurs mains.
Assatsi. Le duc de Berry fut frappé à mort dans la soirée da duc de iz février 1820, au sortir de TOpéra, par un misérable *\^' nommé Louvel : il vécut peu d'heures après sa blessure , et expira dans les bras de la famille royale , en pardonnant à son assassin. Ce prince, doué de nobles qualités, et uni depuis peu d'années à une jeune princesse, petite-fiUe du roi de Naples, était regardé alors comme le dernier rejeton mâle de la branche aînée des Bourbons. Sa mort répandit la consternation dans Paris et dans la France, où les résultats de ee sinistre événement furent aussitôt prévus. La fureur des royalistes ne connut plus de bornes; ils rendirent M. Becazes responsable de l'attentat , et un de leurs députés poussa le délire Jusqu'à l'accuser du crime À la tribune. En vain, pour apaiser ses ennemis, le ministre se hâte de présenter aux chambres des lois exception* nelles, Tune contre la liberté individuelle, l'autre contre la presse , ainsi qu'un nouveau projet de loi électorale : il ne conjure point l'orage du c6té droit, et soulève en même temps contre lui une tempête au c6té gauche. Royalistes et libéraux provoquent sa chute ; il résiste encore : c'est dans le cœur du roi que son pouvoir est enraciné ; mais le
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LIYAB IV. GHAPITBB 11. 4^9
comte d'Artois et madame la duchesse d'Angoulème de* mandent avec instance à Louis XVIII le renvoi de son favori; leurs vœnx sont enfin exaucés. M Decazes reçoit le titre de duc et Tambassade de Lraidres, et M. de Ri- second chelieu formera le nouveau cabinet, qui lui-même n*aara de m. <£
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qu une courte existence. De ce moment, et par sa propre »féy. faute, le parti libérai perd ia direction des affaires ; le pou* voir va passer aux mains des royalistes, une nouvelle crise de dix ans se prépare, et la France n*en sortira que lorsque le trône , pour son malheur, aura été renversé sur la charte déctiirée.
La plus grande partie de TEurope était alors dans un sitoatiM état d'effervescence violent, et Ton voyait s'accomplir la ruvôpe. prédiction exprimée par cette parole célèbre : « La révolu* tion française fera ie tour du monde. » Les mouvements oonvulsifs qui avaient si longtemps agité la France s'étendaient au loin, et des secousses volcaniques se faisaient sentir des bords de l'Océan à ceux de la mer Adriatique. Les souverains avaient associé les peuples à leur haine condoite pour Napoléon, en flattant leur amour de Tindépendance, v^a?ili' en leur promettant des institutions libérales pour prix lêun^ d'une résistance victorieuse ; mais après la Jutte , lorsque l'ennemi commun eut été abattu, les souverains aperçurent, non sans raison, un danger dans les sentiments dont ils avaient naguère obtenu un puissant secours, et tous leurs efforts tendirent à étouffer les dispositions libérales de leurs sujets ou à les punir. C'est ainsi que Ferdinand YH ne parut être rentré en Espagne que pour châtier une partie de ceux qui lui avaient conservé le trône. Il avait promis, non le maintien de la constitution rédigée par les cortès de Cadix en 1812, et entachée des
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à^ÊiXÉ^ ie kl eemtitotkHL «rmiçtise cle 1791, iiâift le don dPtetitatlMMtcii rapj^rttveekdlQiBiàre^elfBiYmraUes au libertés pabHqQe»: oqpenâBfnt àpeiasy édHqppé de sa priseB de VaieDcay^ evl^ft eeintJa' loowpoÉae^ qtt'il rétablit l'hH qnisitioD, régna sis ans saMi eontrdie, et frappa en despote le» heaiBMs lesi plat diilingQé» de son royautte, les Martinee de: ki Basa, lea Torrena^ les Argueiles : il les eok tassa soas ks roebes brùlaiiteft d'Afrique, et ses cKfenseuvs se retrocnrèrent péle^mèie daas les méoiee eacfaeta atee les partisan» do r<^ Joseph, qu'ils avaient eombattos. L'ansiée^ privée de ses meilleurs chefs, se souleva, et lllede Léon fut le premier théâtre de la révolte qui éclata, en janvier 1 820, R^^ui. parmi les tF«apes destinées à soumettre les colonies apap^SaS^. gnoles ^l'Amérique du Sud: Qi^roga et Riégo en furent les principaux auteurs. La Catalogne s^insurgeait presque m même temps, à la voix de Mina ; déjà la Galice proclamait la eonatilation des eortès ; l'insurrection garait s«c^ oessivement toutes les villes. Enfin , le comte d'Abisbd, chargé de combattre l'armée rebelle de File de Léon , arb(Nra le même drapeau qu(*elle, à Ocana. IM^drid en aeeueillit la nouvelle avee enthousiasme, et Ferdinand n'eut d'à»tre alternative que d'abdiquer ou de prêter serment à la constitution : il jura de |a maintBnir. Argueiles, Torteiioi, IVIartInez' de la Bosa, tirés des cachots, passèrent sobifeement des prisons d'Afrique aux conseils do monarque, et, pour premiers actes de leur autorité, ils abolirent FinqnisMIo», et supprimèrent en Espagne l'ordre des jéniiles. Le. gouvernement était sans ressouvees : il décréta la vente des immenses possessions^ des moines, et dès lors sohiftnte Révolu- mille religieux soulevèrent contre lui la populaee. Le oen* portligai. tre^ooup de ce vaste mouvement se fit sentir en Portugal : eo rc^raome, depuis la âitte de la fàmilb de Braganee , et
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durant la guerre, avait été soumis à unfi régeoce augtelif^ qui le gouvernait comme une colonie des Iles-BritajiBiquesif les Portugais, réveillés par un sentiment national, cha«H sèrent les autorités anglaises, et rappelèrent leur andeii souverain, Jean VI, qui laissa la régence du Brésil à son fils don Pedro, et revint régner sur ses anciens sujets, en acceptant une charte libérale rédigée sur le modèle de la constitution espagnole.
Lltalîe, frémissant sous le sceptre autrichien, était éga- situation lement agitée : partout s'organisaient des sociétés de***^'**^^ francs- maçons et de carbonari, unies par le vœu d'affranchir un jour leur patrie du joug étranger, et de former des divers États de la péninsule une fédération de républiques. Le royaume de Naples était en feu; Ferdinand IV avait recouvré en 1815 le sceptre de cette contrée, où Murât, abordant les armes à la main, après la journée de Waterloo, avait été pris et fusillé. Là aussi des sociétés secrètes teadaient à une révolution politique ; le signal fut donné par i^^^^,„. l'armée, et partit de la ville de Nola. Le régiment de Bourbon "Kï!^" sort de ses casernes, enseignes déployées, le 2 juillet 1820, *^' au cri de Vive la constitution! Deux autres régiments se joignent à lui ; les carbonari accourent en foule, et le général Guillaume Pépé soulève la capitale. A sa voix le peuple investit le palais, et c'est la constitution des cortès espagnoles qu'il proclame : Ferdinand IV et son fils l'adoptent , et jurent de la maintenir : d'affreux massacres suivent cette révolution en Sicile.
Tandis que le midi de l'Europe s'agite, une active fer- laucmentation remue la Prusse et les États du nord de l'Aile- ^^'^' magne, qui attendent en vain les institutions libérales que leurs princes leur ont promises. Il se forme quatorze cercles redoutables d'associations secrètes : c'est au nom de la
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liberté et de Tégalité que leurs membres s'unisseot ; c*est une réTolatioD politique et sociale qu'ils demandent. Un transport démagogique enflamme les universités. Le poète Kotzebuéy défenseur, dans ses écrits, des droits des monarques, tombait alors sous le poignard du jeune Charles Sand, qui s'était signalé dans la gaerre de Tindépendance allemande; des milliers de voix répétaient, en le glorifiant, le nom de rassassin, des milliers de cœurs vouaient un culte à sa mémoire. La fièvre révolutionnaire qui travaillait le con-
L*Angie- tinent minait sourdement 1* Angleterre, et menaçait d'y livrer le corps social à une longue et douloureuse agonie.
u Grèce. Cette agitation convulsive s'étendait avec rapidité vers l'Orient , et tirait de leur repos léthargique les descendants des héroïques Hellènes. Là du moins l'insurrection avait le caractère d'une véritable délivrance : son but était d'affranchir la Grèce chrétienne du joug étranger des musulmans ; le génie des Miltiade et des Thémistocie se réveillait dans ses cités en ruine, après un sommeil de deux mille ans , et le cri de patrie et de liberté, en partant des murs de Souli et des rochers de l'Éplre, ébranlait déjà les échos de Marathon et de Salamine.
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