LIYBE II. CHAPITRE III
fort en pouvoir tous les seigneurs de la Gaule , qu'il n'aurait eu qu'à étendre la main sur la couronne pour s'en assurer la possession. «Mais, dit l'auteur qui nous semble avoir le mieux Jugé la situation , Hugues parait avoir considéré le pouvoir d'un seigneur héréditaire dans ses fiefs, comme beaucoup plus satisfaisant pour l'ambition qae les prérogatives d'un roi électif au milieu de vassaux indépendants. Il avait déjà considérablement étendu l'héritage de sa famille, il comptait l'étendre encore; mais il voulait donner à toutes ses usurpations la sanction de l'autorité royale, et il jugeait qu'elles seraient bien plus respectées s'il mettait, entre les autres vassaux et lui, le nom d'un roi légitime et dont il serait le maître, que s'il s'exposait à voir contester en même temps et les acquisitions qu'il avait faites et son propre titre à la couronne. Tous les grands du midi des Gaules et de l'Aquitaine avaient voulu, dans les dernières guerres, demeurer fidèles au sang de Charlemagne ; Hugues compta qu'il les gouvernerait au nom d'un descendant de cet empereur '. »
Hugues le Grand songea donc à Louis, fils de Charles menfdé te Simple. Ce jeune prince , âgé de seize ans , vivait alors ^^dW^' retiré en Augleterre avec sa mère, sœur du roi anglo-saxon ^nnf Âthelstane^ et il dut à cette circonstance le surnom de ïjouîs cTOutre'Mer. Hugues lui fit donner la couronne , d'on commun accord avec Guillaume Longue-Épée , second duc de Normandie , et avec les seigneurs de Neustrie et d'Aquitaine. Une ambassade solennelle lui porta lears vœux à la cour du roi son oncle , l'invitant à venir régner sur la France. Louis accepta la couronne , et fut sacré à Reims en l'année 936, à la même époque où Othon
* Sismondi, Histoire des Français, seconde partie, chap. IV. T. I. 6
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le Grand de la maison de Saxe succédait à Etenri l'Oiseleor son père sur le trdue impérial de Germanie.
La Gaule sons les derniers CarloTingiens , Loois IT, dit d*Outre-Mer, Lothaire et Louis Y, dit le Fainéant.
Le domaine royal était alors limité au comté de Laon ; là seulement, Louis lY régnait de fait comme de nom; partout ailleurs dans la Gaule, les ducs et les comtes étaient plus souverains que le roi. Hugues le Grand, eu lui rendant hommage , n'entendait point Taffranchir de sa tutelle ; le jeune monarque revendiqua lui-même son indépendance ; il avait l'âme d'un roi s'il n*en avait le pouvoir, et son règne fut une lutte orageuse et perpétuelle. inTasimi Une redoutable invasion des Hongrois en marqua le Honnis, début : une horde nombreuse de ce peuple sauvage passa ^' et repassa à travers le royaume comme un torrent dévastateur % et ce fléau suspendit quelque temps la rupture prête à éclater entre Louis d'Outre-Mer et son puissant Unie des vassal. Hugucs , voyaut ensuite le roi échapper à son inse^cars flggnce, fit uuc liguc étroite avec plusieurs seigneurs du contre nord de la Gaule, et, en particulier, avec Guillaume, duc d'Outre- des Normands, Amolphe, comte de Flandre, et ce même Herbert , comte de Vermandois, qui avait retenu si long* temps Charles le Simple prisonnier.
I Frodoard, Chronic, ann. 937. — Suivez cette invasion des'lHongroîs dans la Géog, hist. de la France , carte n^ 6.
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Les Lorrafns, à cette épcxpie» étaient insargé» eontre l'empereur Othon le Grand , roi de Germanie, leur suzerain, et ils transférèrent leur homniage à Louis d'Outre- Mer, qui l'accepta. Une guerre, à cette occasion , éclata cuem entre les deux rois, et, dans cette hitte, les seigneurs ii- ^J« gnés, vassaux de Louis d'Ootre-Mer, s'allièrent contre lui Z^ aa roi de Germanie , qu'ils proclamèrent roi des Gaules à m^'Îi' Attigny. Othon ne conserva point ce titre; mais il reeou- ^^^Sm" vra la Lorraine, et fit la paix avec Louis d'Outre-Mer, du'ie'' époux de sa sœur Gerberge *, princesse d'un rare mérite, gj^* et qui, dans la suite, employa son influence avec succès ^ pour maintenir la b»niie inteiUgence entre son mari et son frere. La lotte de Louis d'Ontre-Mer contre les seigneurs rebelles se prolongea encore deux années, et fut terminée par l'entremise du pape Agapet et de l'empereur Othon : celui-ci réconcilia Hugues le Grand avec le roi.
Le royaume fut agité, à cette époque, par une querelle i nite de fameuse entre deux prêtres qui Tun et l'autre se dispu- J^"^"<^ taieat le siège archiépiscopal de Reims : l'un était Hugues ""^^^1^^ de Yernumdois, fils du comte Herbert, sacré presque au aI-uST sortir du herceau , et protégé par le comte de Paris; Tau- stég^lL tre, élu du peuple et paitisan du roi, était l'évéque Ar- ^^^ taud: celui-ci fut pour un temps chassé de son siège, et Roms s'affranchit de l'autorité royale. Cette querelle se prolongea durant toute la durée du règne de Louis d'Outre41fer; elle tient une place ecmsidérable dans les anna- '(5 de l'époque, et pour comprendre son importance , il faut savoir que les évéques étaient encore dans la Gaule aa dixième riècie les véritables maîtres des cités, où ils
' Hugues Is Grand , comte de Paris et duc de France, a^ait épousé une autre sœur de renq[>ereur Otbon , nommée Hedwige.
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avaient leur siège, et qa*ane ville alors était souvent un État et quelquefois presque un royaume.
Dans ces temps barbares , la violence des grands ne s*arrêtait pas devant l'assassinat, et contre les abus de la force brutale la loi était impuissante. Le prince gui, après Hugues le Grand, était le plus redoutable vassal de la couronne, Guillaume Longue-Épée, duc de Norj^g^gj^,. mandie, tomba lui-même victime d'un odieux guetïiu.® apens : il fut lâchement assassiné par des émissaires d*Ar- LQn|uV nolphe, comte de Flandre , et le meurtrier, contre lequel dScdk la justice du roi était sans force, demeura impuni'. La «lie. conduite de Louis d*Outre*Mer, dans cette circonstance, fut peu loyale. Les Normands avaient reconnu pour successeur de. Guillaume un fils naturel de ce prince, le jeune Richard, âgé de dix ans, et qui depuis fut surnommé Sans Peur. Louis s'empressa de le confirmer dans les honneurs et privilèges du rang ducal , puis il demanda et obtint que cet enfant lui fût confié, afin de recevoir à sa cour une éducation convenable à sa fortune, capuvité Maître de sa personne, Louis, de concert avec Hugues le „.flff° Grand, médita de lui ravir son duché ; ils espéraient se
Richard ' ^
^r, partager la Normandie , et ils s'associèrent dans ce but. Ces coupables espérances furent déçues : Osmond, gouverneur du prince, trompa la surveillance de ses gardiens
vrance. par uu Stratagème ; il cacha le jeune Richard dans une botte de foin. Je porta ainsi sur son cheval, et, partant au galop, il atteignit durant la nuit le château de Coocy, où il mit le prince en sûreté. Louis , le sachant libre, renonça hautement à le dépouiller, et Hugues, n'espé-
' Richer donne à entendre que Hugues le Grand et même l'empereur Othon furent les instigateurs de ce meurtre.
Sa déll-