I.IYRS n. GHAPITBB III
L'anathème de l'Église, toin de désarmer ce paissant vassal , le rendit plus violent et plus redoutable ; de coneert avec les Normands, il ravagea les terres du roi Louis, incendia ses châteaux , et porta dans ses villes le pillage et le meortre. Louis continua la lutte avec plus de courage ^Ti«e&.^ que de succès; «nfin, reconnaissant son impuissance, il eut recours, pour négocier la paix entre Hugues et lui, au pape , au roi Othon et aux évéques. Ils obtinrent qu'une trêve fot signée ; Hugues se reconnut de nouveau l'homme Trêve, du roi, et lai jura fidélité. Louis d'Outre-Mer ne jouit pas longtemps du repos que cette paix semblait lui promettre; il vit encore plusieurs parties de la France romane, et entre autres , le Yermandois , les diocèses de Reims et de LaoD , ravagés par les Hongrois, et survécut peu à lin- ^^Js^q vasion de ces barbares. Comme il se rendait de Laon à Hoo^ois. Reims, un loup croisa son chemin ; le roi se lança à sa poursuite; mais son cheval s'abattit, et Louis fut mortellement blessé par sa chute; il mourut à trente-trois ans, en ^^f^ septembre 9.54, estimé pour sa valeur et pour des talents ^'^^ qui, en d'autres circonstances, auraient suffi pour affer- "^ mir la couronne sur sa tête. La race de Gharlemagne brilla en la personne de Louis d'Outre-Mer de son dernier éclat; tant qu'il vécut, il y eut encore un roi en France, mais déjà il n'y avait plus de royaume.
Louis IV laissait deux fils en bas âge, Lotfaaire et ^^^ae- Charles. Leur mère Gerberge, sœur d'Othon le Grand , uSîtaïK. roi de Germanie, comprit que, sans l'assistance du comte *^ de Paris, le trône échapperait à sa famille; elle demanda donc son appui, et les mêmes motitls qui avaient engagé Hugues à couronner le père le déterminèrent à couronner encore le fils, dont il attendait plus de docilité. Lothaire, fils aine de Louis d'Outre-Mer, fut donc proclamé roi à
Reims à la fin de rannée 954 , sous la protection de Bagues le Grand ; et il reconnut ce service en igoutant aux possessions de Hugues le duché d'Aquitaine, dont il lot donna Tinvestiture, au préjudice des enfants orphelins et mineurs de Raymond Vous, comte de Toulouse, qu'il dé»! pouillait de l'héritage de leur père. Hugues conduisit | aussitôt une armée en Aquitaine^ et après une expéditioa 1 malheureuse, il en préparait une nouvelle, lorsque lai Mort de mort Vint le surprendre au château de Dourdan-sur-Orge "oraad!^ (956). Il n'y eut dans l'ancienne Gaule, durant sa vie, au- ! *^' cune puissance comparable à la sienne ; il en usa sans I modération, mais non sans prudence. Il fut le véritable I fondateur de la grandeur de sa famille , mais il n'attacha i son nom à aucune œuvre utile et vraiment glorieuse, et j s'il ouvrit à son fils le chemin du trône où déjà s'étaient assis sou père et son oncle , il contribua aussi à déconsidérer ce trône, enseignant aux seigneurs , par son exemple, comment on brave et comment on opprime ceux qu'on a soi-même couronnés.
iParURe Hugues le Grand laissa le duché de France et le comté Itau! de Paris à son fils Hugues , qui depuis fut surnommé Capet; Henri, son dernier fils, hérita du duché de Bourgogne. L'un et l'autre étaient enfants à la mort de lear père. Hugues, l'aîné, avait dix ans à peine. Leur mère, Hedwige, et la reine Gerberge, mère et tutrice du jeune roi Lothaire, étaient sœurs ; elles avaient pour frère l'une et l'autre Otbon le Grand, roi de Germanie, et elles mirent leurs enfants sous sa protection.
^poiMtnce Ce prince, de la maison de Saxe, était alors le plus il- ^ Mrew lustre et le plus puissant des souverains de TEurope : il GraSdf avait conquis deux fois l'Italie sur Bérenger II, et il reçut des mains du pape, comme Gharlemagne, la couronne
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impériale. Par ses grandes qualités et par ses victoires, il rendit à la monarchie germanique tonte sa Tîgueur. Ses alliances ajoutaient encore à sa grandeur, et lui donnaient de l'influence sur la plus grande partie de l'Europe occidentale. Saint Bruno, son frère, gouvernait la Lorraine ' ; son beau-frère, Conrad le Pacifique, régnait dans la Bourgogne transjurane et dans la Provence ; ses sœurs enfin , l'une reine , l'autre duchesse de France, recevaient de lui des instructions et des conseils. Sa fortune et son génie rapprochaient les membres épars de l'ancien empire, et celui-ci parut renaître dans ses mains. Ce grand monarque mourut en 973; il eut pour successeur Othon II, son fils, et sa mort fut suivie de sanglants désordres dans plusieurs contrées qu'il maintenait paisibles ou soumises par la terreur de ses armes et de son nom.
Les liens du sang et de la reconnaissance attachaient le roi Lothaire et Hugues Capet , duc de France et comte de Paris, à l'empereur Othon II , roi de Germanie , fils du grand homme qui avait protégé leur jeunesse; ils formèrent l'un et l'autre de nouveaux nœuds avec sa famille , en épousant chacun une de ses sœurs °. Cependai\t la paix entre les deux rois fut de courte durée : une contestation s'éleva au sujet de la Gaule Belgique ou basse Lorraine, sur laquelle l'un et l'autre prétendaient avoir
* La Lotbariogie ou Lorraine avait été réunie à la couronne germanique Ters 923 par l'empereur Henri P"^, dit l'Oiseleur. Derenue proYince de Tempire , le gouvernement en fut donné , en 953 , par l'empereur Othon le Grand, à son frère Bruno, archevêque de Cologne. Celui-ci la divisa en deux parties, la haute Lorraine ou MoseUane, et la basse Lorraine : cette dernière était presque tout entière formée du pays qui est aujourd'huUa Belgique.
' Lothaire épousa Emma, et Hugues Capet sa sœur Halduède.
cl d'O-
t^on H à la couronne germanique par son î^auic. l'Oiseleur, était depuis lors consfdén
130 pmsnsBB epoqitb.
coDteftu- des droits '. La Lotharingie on Lorraine, divisée sons Lothains Otlion lo Grand en hante et basse Lorraine , et rénnie
et d'O-
prédécessenr Henri considérée comme nne province de l*empire. Charles , frère du roi Lothaire, y avait hérité de quelques fiefs du chef de sa mère, et après la mort d'Othon le Grande il les réclama les armes à la main. L'empereur Othon II, inquiété sur d'autres frontières, offrit à Charles le duché de basse LerraiDe, pour être tenu par lui en fief de la couronne germanique. Charles Taccepta , et Othon crut avoir satisfait par cette concession le roi Lothaire; mais celui-ci apprenant, Tansorprise née suivaute , que l'empereur était sans défiance dans la chapcuc ville d'Aix-la-Chapelle, forma le dessein de l'y surpren- Lo^e ^^^ ' ^^ ^°^ expédition fut résolue d'une voix unanime contre le roi de Germanie. L'armée aussitôt réunie fut secrètement dirigée sur la Meuse ; et le roi Othon faillit être surpris dans sa capitale. Les soldats de Lothaire occupèrent la ville et le palais, les tables royales furent renversées, les insignes impériaux enlevés , et l'aigle de bronze que Charlemagne avait placé au sommet de son palais , les ailes déployées, et tourné vers l'ouest, fut retourné da côté do sud-est, comme un symbole de la fuite précipitée des Germains : là s'arrêta le succès de Lothaire; et il ramena son armée, sans avoir <^tenu aucun sérieux avantage, eanôe ^^^^^ ^^ ^>^ vengeaucc de sa disgrâce : il envahi la «rothon Gaule à la tête d'une armée formidable de Germains, et, ravageant tout sur son passage, il s'avança jusqu'aux portes de Paris. Là, sur le sommet de la butte Montmartre,
> Ideher, lîv. m, chap. LXVII.
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il fit eDtonner par ses soldats le Cantique des martyrs, de manière à être entoddu des habitants et da comte Hugues, qui défendait cette capitale contre lui. Cette inutile bravade fut la seule satisfaction qu'obtint le roi de Germanie; désespérant de péuétrer dans Paris, et n'osant séjourner au milieu dépopulations ennemies, il reprit le chemin de ses États, et sa retraite, inquiétée par Lotliaire et par Hugues, fut aussi précipitée que Tavait été son attaque.
Lothaire comprit cependant qu'il y ayait plus de sûreté pour lui dans l'alliance du roi de Germanie que dans son ressentiment; il lui abandonna donc ses droits sar la Lorraine, et ils se réconcilièrent : de ce moment, f^îcond-
' ' llatioa de
Hugues Gapet et Lothaire devinrent ennemis. Mais Hu- 'f^'J^I gués yit bientôt tous les périls dont le menaçait l'union ^^ des deux rois, et il s'attacha dès lors aies diviser. Il se otbonii^ rendit secrètement auprès du roiOthon^ conclut la paix avec loi, et, au retour, il traversa sous un déguisement les possessions de Lothaire , et sut échapper à ses embôches. Le roi et le duc employèrent l'un contre Vautre de perfides machinations, et les peuples souffrirent longtemps de leurs inimitiés ; reconnaissant enf^n leur impuissance à se détruire, ils firent la paix et parul'eut réconciliés.
Lothaire fit associer au trône de son vivant son fils Lotbaire
fait cou*
Louis , à peine âgé de treize ans. Ce Jeune prince fut cou- roniier ronné en l'année 978 , à Compiègne, par l'archevêque de Benns Adalber(m, en présence et avec Tassentiment de Hugues Capet et des grands du royaume. Lothaire tenta de soumettre l'Aquitaine à son fils , en lui donnant pour femme Adélaïde, princesse du midi des Gaules , et veuve
de Raimond, duc de Septimanie ^ Mais Louis ne rache-'
tait par aucune qualité royale ses goûts dissipés; lesi
grands d'Aquitaine ne reconnurent point son autorité, sa
femme elle-même l'abandonna , et il était tombé dans une
situation périlleuse , lorsque le roi Lothaire pénétra en
Aquitaine avec une armée , et ramena son 01s.
Mort de Othou II mourut à cette époque à Rome (983) , laissant
o^u, ^^ ^^^^ ^^^ ^^ ^^^^^ ^^' seulement, qui fut couronna sous
Éiecuon lenomd'Othon III. Lothaire profita des désordres qui,
d'othon ^Qrant la tutelle de cet enfant, paralysèrent les forces de
la Germanie 9 pour revendiquer de nouveau ses droits sur
la Lorraine ; il y conduisit une armée , assiégea et prit
Yerâun \ De retour dans sa ville de Laon . il méditait '
une nouvelle expédition en Lorraine , lorsqu'il tomba ma- ^®TOi*" ^^de et expira (986) dans la quarante-cinquième année de , ^^^9^!^' son âge et la trente-troisième de son règne ^.
Louis v. Louis V, dernier roi de sa race • ne fit que passer sur Fainéant. le troue. Comparant sa faiblesse avec la puissance de son vassal Hugues Capet , 11 alla vers lui et lui dit : « Mon «père, en mourant, m'a recommandé de gouverner le (c royaume par vos conseils et avec votre concours. Il assu- « rait qu'avec votre assistance , je posséderais les ri- « chesses , les armées et les places fortes du royaume : « qu'il vous plaise donc de m'entourer de vos conseils ;
' Plusieurs chroniques disent que Louis épousa une princesse dv
midi des Gaules, nommée Blanche , qui l'empoisomia dans la suite.
ITous avons èuivi la version beaucoup plus circonstanciée de Richer.
' ' Quelques auteurs ont prétendu qu'il rendit Verdun à Othon III;
Richer affirme qu'il conserva cette ville jusqu'à sa mort.
^ Il est dit, dans plusieurs chroniques, que Lothaire mourut empoisonné par la reine Emma, sa femme, coupable d'adultère.