HUGUES CAPET
la France proprement dite ne détendait, à ravénemeni umites de la tôeisÊème raee, «{ne sur «œ partie du territoire com- France, pris entre la Somme et la Ldre ; elle était bornée par les **'' comtés de Flandire el de Vermandols afn nord ^ par la Normandln el la Bcet«^ne à roocst , par la Champagne â l'est ,^ «t enfin an snd ptr le dudbé d'Acpntabie. Le terri* toire resserré entre ees limîtes était k êuehé de Fmnctf et oensUCiMâl le. é(mm$e r^yaL Les grands teâ de la couronne^ oatre le dtiché de France y étaient le duché de Normandiey le duché de Bourgogne, la Flandre presque tout entière , érigée en comté, le comté de Champagne, le
152 DE.iniii3iB ipoQirs.
duché éT Aquitaine et le comté de Toniimse '. Nous avon^ déjà ?u que les souverains de ces divers Étdtts élai^Dit leâ grands vassaux de la couronne et pairs de France \ Lai Lorraine et une partie de la Flandre rdevaient d» ht couronne germanique; la Bretagne était un fief reieyant do duché de Normandie.
Goenes Les ^ortsque fit Hugues pour atteindre ao trtee, ob- Cape? i^^ de tous SCS vœux , semblent avoif épuisé ses forces, et il apparaît dans Thistoire moins redoutable connoe roi qu'il ne l'avait été comme vassal. Il eut d'abord à vaincre Giiarles de Lorraine, son compétiteur^ et il triompha de lai par la ruse beaucoup plus que par les armes. Ce malheureux prince s*écriait, en s'adressant aux siei^s, le visage baigné de pleurs : « Mon âge s'avance, et je me vois, avec « les années, dépouillé de mon patrimoine ; je ne puis, sans « verser des larmes, regarder mes jeunes enfants, rejetons « d'un père infortuné. 0 mes amis , venez à mon secours, « venez en aide à mes enfants ! » Il eut un moment l'espoir de ressaisir sa couronne héréditaire; il se rendit maitre de la ville de Laon par la trahison de l'archevêque de Reims Arnoul ; mais bientôt une autre trahison la lui enleva, et il tomba dans les mains de son rival , qui le jeta en prison avec sa femme et ses enfants. Ainsi s'éteignit dans la Gaule, pour riiistoire, la race illustre de Gharlemagne. Hugues Capet trouva fort dîfficite de maintenir daos l'obéissance les seigneurs qui l'avaient élevé av trône. Il combattit longtemps le comte de Périgord, Adalfoert, rua de ses adversaires les plus opiniâtres. « Qui vous a fait comte? » lui demanda Hugues irrité, en lui reprochant sa
* Pour les subdiTisioQS et les contenances de ces grands fiefs, voyez ma Géog. historique , p. 32-34 , carie n? 7.
* Pag. 146.
X;iVRS I. CHAPTT&B II. 153
râ)dlion. «Bt qai tous a fait roi?» répondit fièrement Adalbert. Cette réponse résumait pour Hugues tons les inconvénients et tons les périls de sa situation. Il soutint ensuite une guerre sanglante contre son vassal Eudes, comte de Gliartres; il lui enleva la ville de Metun, et, pour achever de le soumettre, ilfallut qu*il unit ses forces à celles de Foulques , comte d'Anjou , ennemi mortel du comte de Chartres '.
L'une des plus importantes occupations de ce roi fut la srno convocation de synodes ou conciles. Les évéques avaient uon de' alors la plus grande part dans le gouvernement des cités ; Amoui. Tan d'eux , le célèbre Arnoul , de Reims > coupable de trahison envers le roi Hugues, pour avoir livré la ville deLaon à son compétiteur, fut cité et déposé dans un concile. Le pape Jean XY cassa cette sentence, et le clergé signala son opposition en soumettant la décision du pape à un nouveau concile.
Des guerres cruelles entre les grands vassaux et d'af- tJJ^S^]^ freuses calamités marquèrent le cours de ce règne, et ^,0^ confirmèrent le peuple dans la pensée que la fin du monde ^fït était proche. Une peste horrible ravagea l'Aquitaine et nne grande partie du royaume, et telle fut la souffrance de ces temps, qm l'attente d'une destruction universelle insjpralt à beaucoup de cœurs plus d'espoir que de crainte. Les riches et les grands, partageant cette attente générale, prodiguèrent au clergé d'immensj?s donations; des cheià nombreux et vaillants quittèrent Tépée pour le froc et le cilice, et Hugues Capet lui-même régna sans porter le diadème, soit qu'il doutât de la validité de son titre royal,
' Voy. Richer, liv. IV, lxxix. Selon M. Guéraid, Richer peut être
considéré comme le seul historien qui nous ait fait connaître cette^
guerre.
154 DJBCZWMOL WQfffOt^
stât cp'il imi&t donner au {leoplû un exei9f le d'bwmUfcé et de respect f^ur les choses saintes, H contmua toote sa \je de porter la chape d'abbé de Saint-Martin de Tours, dont il avait le titre. Il mit sa couronne sous la sauvegarde de rÉglise, et fit sacrer de son vivant scm fils Robert, auquel il recommanda , sur toutes choses^ la garde du trésor des abbayes, et la soumission aapaj^«
Hugues Gapet mourut de maladie ^ après neuf ans de règne ^ il n'est illustre que comme fondateur d'une dynastie nouvelle, et ce g;rand événement doit être beaucoup plus attribué aux circonstances qu'à son génie. Apa- La coutume des apanages ou dons territoriaux plus (m moins considérables accordés aux fils puînés des rois, remonte à l'avènement de la troisième race. Les apanages^ peu étendus dans le principe, finirent far embrasser dfô provinces entières^ et cette coutume devint avec le temps le principal obstacle à l'unité territoriale du royaume '.
XOSXST.
meniTe Bobert fut Sdèle aux pieuses instructioiis 4e son père :
^ dsJ '^ ce vsik semble . par sa rare douceur et son iaâolgcDis iàm-
veillanee , appartenir à un autre âge : ^s^omUmeaiiému
des soujffiraneesdesenpeufle, ilpsumt avoir pcisà tâche de
soulager les malheureux pat une charité saas bontfSt^^
désarmer la r%ueur du <âel par une piAic»cea»géil|iie et
châ^ par les pratiques de la plus fervente dévoHon. On die de
"* ^^^ lui une foule de traits d'une bnaté simple et tenchante. Un
pauvxe, qu'ii nourrissait de sa propre maân mas sa tabJe,
' Pour Torigine et rhisfoiredes apanages, voyez ma Géogi* W«^ de ta France,]^. 35-37.
i^raoi I* GKMmuK II. tSS
déraba Mt firaage tfor à ion TéCement royal; la ralM Goestasoe, toMne de Robert, s'aperçoit du vol et entre en fonur-t «Cekii qui m'a dérobé cette frange , lai dit le boi» monarcpiey en aiodtsaas doaAe plus bes(ria q[ae no!.* Un autre joor, pendant qu'il prïM, un roieur eeopela moitié de éoa manteau : « Laissé le reste ponr un autre, « dit Robert «rec douceur. Ce prince , dont le zèle pieu égalidt la charité, composait des hymnes saerées, chantait au lutrin , et diripait le chœur à Saint-Denis les Jours de fêle ; e'eat de son règne que date la construction d'wM grande partie des élises gothiques et des eouvente de la France.
On rapvarte, entre autres traMs bizarres de sa naivé Fnmdes superstition, qu'il ne croyait un serment obligatoire qu'a» tieusea. tant cpi'H était prêté sur des reliques de saints ou de mar» tyrs, auxquelles H rendait un culte spécial. Pour éviter le péché é'une violalion de ibi , il faisait jurer à leur insu sur use châsse sans reliijpies ceux en la parole desquels fl n'uTait peint oonfianee; et lorsque lui-même prêtait ser^ ment sut cette châsse vide, il se ptu-Jurait sans scrupule. Sa iorvente piété ne mit point Robert à l'abri des cen* sorea eedériastlques et des plus violentes persécutions de ' la cour de Rome. Les lois de rÉgiise composaient alors i^u de toute la législation civile; les papes se faisaient recon* aeXme. naître pour arbitres sottverains des cas où le mariage était °>^£iGapermis : ils montrèrent un courage louable à lutter contre ^^^^^ les passions effrénées des rois , et leur fermeté contribua pmssanment à préserver la chrétienté d'affligeants dé^ sordres, et peut-être àeJA polygamie; mais, abusant de leur autorité, ils étendwenttrop loib les prohibitions du nmria^çe, et se, meotrèrent terribles à ceux qui osaient violer leurs défenses, souvent arbitraires et injustes, L'ex-
156 DBinuiXB JBFOQUS.
commanicatfon, la mise en ioterdit d'un ttrritoirey étaient les moyens les plus fréquemment employés par les pontifes pour soumettre les souverains; nul chrétien ne pouvait boire y ni manger, ni prier avec un excommunié, sous peine d'être excommunié lui-même : lorsque le pape mettait un pays en interdit, il était défendu d'y célébrer Toffiée divin, d'administrer les sacrements aux adultes, et d'enterrer les morts en terre sainte; le son des cloches cessait , on couvrait les tableaux , on descendait les sta~ tues des saints, et on les couchait sur un lit de cendres et d'épines. La cour de Rome se fit, de ces deux châtimeotS) Tarme la plus puissante et la plus redoutée ; elle eu frappa sans pitié ses ennemis, et, entre autres, les envahisseurs des biens ecclésiastiques, et ne ménagea pas plasdans ses rigueurs les souverains que les sujets ; le roi Robert en Mariage fit l'éprcuvc. Hugucs , SOU pèrç , inquiété par les Nor- ^^' mands établis à Blois^ qui refusaient de le reconnaître, Robert, les avait gagnés en faisant épouser à son fils la célèbre Berthe, veuve d'£udes l^'' de Blois. Cette princesse possédait des droits sur le royaume de Bourgogne, légué par son frère Rodolphe à l'empire , et pouvait les transmettre à la maison de France. L'empereur Otbon III s'en alarma, et le pape Grégoire Y, sa créature, saisit le prétexte d'une parenté fort éloignée, pour forcer Robert à quitter sa femme ; sur son refus, il Texcommunia. On rapporte que : le roi se vit aussitôt abandonné de tous ses serviteurs, et ] ce fut une croyance populaire entretenue par les moines, que la reine Berthe était accouchée d'un monstre. Robert, contraint de la répudier, épousa l'impérieuse Constance > fille du comte de Toulouse. Elle régna sous son nom en bravant.son autorité, et fit impunément égorger aux yeux du roi son favori Hugues de Beauvais.
-Liimm I. cBAvtmiB ii. 157
Bfitert , ina^ré sa doucear habttndte, partagea lasri* pméon^ guears craelles de Constance à l'égard des hérétiques ; douze d*eatre eux , tradwts devant un concile tenn à Orléans sous sa présidence, forent condamnés à être brûlés vifs : parmi eux se trouvait un homme vénérable , ancieu confesseur de la reine ; le roi crut faire un acte de piété es assistant à leur supplice, et Constance , qui se tenait sur le chenûn du bûcher, creva d*un coup de baguette un des yeux de son confesseur. Ce fanatisme barbare, l'un des traits caractéristiques de cette époque , dura encore six siècles en Europe; et les Juifs forept , pendant la plus grande partie de ce temps, l'objet d'une exécration telle, qu'un acte de cruauté envers eux passait pour une œuvre méritoire. Presque partout ils étaient impunément outragés et pillés : c'est ainsi qu'on pensait honorer Dieu , et le peuple se vengeait cruellement sur ces malheureux de ses humiliations et de ses propres souffrances. Victime des discordes perpétuelles des grands , il voyait lùi*méme ses rooiss<His détruites, ses chaumières incendiées ; il n'y avait pour iui ni repos ni sécurité. Déjà cependant les habitants des villes supportaient en frémissant les vexations et les tyrannie de leurs seigneurs, et s'irrilaient d'une situation si précaire et si misérable. Les villes qui avaient conservé des institutions municipales invoquaient des droits anciens et méconnus; dans les autres, des corporations se formaient, les ouvriers s'organisaient en milice, fortifiaient leurs murailles et en gardaient les portes. De grandes injustices firent éclater des ressentiments trop longtemps comprimés , et des commotions sourdes furent le présage de révolutions qui amenèrent y dans le siècle suivant , l'affranchissement des communes. L'inépuisable charité de Robert n'apporta qu'un soulagement presque insensible
t&9 sHiEinBia £voqfD&M
aiQc.QiaAX dQsMii-yttipto; Inq^pett rieha]
iosî. ' c9t en lOfti « pletusé des malhesrcflbc et regreltéda dergél F^endiint sob règnes «m sage et aavmt Français succéda awr le trtoe poQtiltealà Grégoka V^ et renoua l'aUîanc^ pontificat te teiat-siége avec k maison des Gapets : ce fut l'Ilhistrd ''tri'ii?*' forberty qai pma. ehesles Maures, aux florissantes éeole^ é^ Gevdoae, toias iea secrets des sdenees alors coxmnes; il| iMm les belLes«iettres elf algèbre , apprît Fart de codskiiire une horloge, et passa , aux yeux de ses contemporains émerveillés» pour on magûeieB. Préoepteur des eofants de Fempereur Othon, arehevèque de Beîms» puis de Bayenne, il fat enfin papa sons le nem de SilTestre 11/ el execea la triple autoaifiada pontificat, de la seienee et d& génie.
HEirai î*".
^^^Q^. Heon P^, fihs.' et suoeessenr de Bobert , eut d'abord
HeSru! ^ soutenir une goenre de famille contre sa mèr^Cons^
*^*' fanée ^ qui portait au trône son jeone £rèsa Rsbert:
FÉgUse se déclara poar Henri : le célèbre Robert le Ma*
gttifique, due des Normande, lai prêta l'appni de son épée,
et aifermHi la cooronne sur sa tête. Henri vafnqnît son
firère , lui pardonna y et lui accorda le duché de Brargo-
Robert, gne, dout Robert fimda la première maison. Uae ftaise
ÛTdïii ^ ^^ ^^ règù» d'épouvantables ravagesdans les Gaaies;
pjj^;" oa vit en plusieurs lieux les hommes se dévorer ks «us les
a?Bo£- '^^^ î ^ ^^ s^^ de ^ ^^tt > ^ troupes de loi^s dévas-
sogne. tèr^t les cunpagaes , et les seigneurs , plus terribles que
les bâta féroeee» continuèrent leurs guerres barbares aa
milieu de la désQiation universelle; le clergé pouvait â
peine suq^en^rc kfirs fiireurs en Msant parler le ciel et en
UTxn I. cMJuaaoBk ii. 159
«ffinmpil us&nralfitideckiiaiEtctis; eafi» dn ooaeiiei ofdAaiièMÉIèt«i»4edé|è0crks.itmc8; ib publierait, e& lOMi» U jM(ù; de Dieu, et raeDacBrcDt d'exoDomiir de otiL Qicaliea eeux giù vMertieat «ae loi «i sainte» Lorsque , ><^^* dans dMQttc froirioce^ ub concOe avait étaUi eette paix^ un ài»m en âwiiiaît eonnaissaiioe au peuple afisesiUé dans les ^iies^ Après avoir lu l'Évangile , il montait en diake y «t dénonçait caottre les infractenrs de la paix. la malédletio&smvaate: : «Qu'ils ac^nt mandits^ eux et cens qui les aidcml: à Mre le mail que leurs âmes et leors dievaux «aient manditsl qulb soient relégués avec Gsâa le fratricide^ avec le trattre Judas, avec Dathan et Abiron» qui entrèsent tout vivants dans l'enfer; et que leur {eîe s'étetgae à l'aspect des saints anges, de même que ces flambaanx s'éteîgiiCTt à vos yeux ! » A ees m<^, tous les prêtres qui tenaient en main des cierges alluniés les tonpnaient contre terre et les éteignaient; tandb cpM le peuple^ SMSi de ccaàata, répétait lent dfnne voix: «Que Dieu éteigne ainsi la jeîe de eeux qpii ne veuleirt pas accepter là paix et la justice!»
Mais ks passions étaleat trop fougueuses, les ambir tiona trop indomptables, pour que le mai pût être ainsi totalement déracbné. La paix de Dieu multiplia les par* jures sans dimnver le nombre des assassinats. Cinq ans ^us tard, nne autre loi, connue sous le nom de trive de Trére Lieu,, ttti ftit substituée. Leseondiesqnl la proclamèrent ^%iS^ n'essayèrent plus d'arrêter L'essor de tontes les passions ' • humaines j ils tentèrent de le régulariser, de soumettre la guerre aux. lois de llionneur et de Lluimanité; l'appel à la force ne fut plus interdit à ceux qui m» pouvaient invoquer ua ouUie^ droit; maiareiafilQâ de celle force demeura soumis à de sages restrictions. Toute attaque militaire ,
160 DsmaBBiB éfoqve.
loate effMon de sang fàt interdite depuis le cooelier d< soieily ie mereredi wAr, jusqu'à son lever le Inndl matin ainsi qae les Jours de fête ou déjeune ; ane sanvegardi perpétuelle était accordée aux églises, aux clercs non ar mes et aux moines; la protection de la trêve s'étendit au;i paysans, aux troupeaux, aux instruments du latHHirage, Promulguée d*abord en Aquitaine, cette loi sage et bienfaisante fut adoptée dans presque toute la Gaule , où les seigneurs en jurèrent Tobservation : quoiqu'elle fût souvent violée et tombât trop tôt en dé^étade, elle fit on grand bien à la nation, dont elle adoucit les mœurs, et futj la plus belle œuvre du clergé au moyen âge. Le bruit courut qu'une maladie horrible, nommée le feu sacré, punissait les infracteurs de la trêve de Dieu. Le faible roi Henri, par un orgueil insensé, refusa presque seul de la reconnaître dans ses États, sous prétexte qu*en voulant rétablir le clergé empiétait sur son autorité.
. Ce roi n'a laissé aucun souvenir honorable dans Thistoire. On dit que , dans la cray»te d'épouser à son insa une femme qui lui serait alliée par le sang , il en chercha une à Textrémité de l'Europe , et que ce motif lui fit époaser en troisièmes noces la princesse Anne, fille de Jaroslas, grand-duc de la nation russe ^ Il eut trois ôls de ce mariage, et fit sacrer de son vivant Philippe, leur aine. Il soutint une guerre malheureuse contre son vassal Guillaume nortde le Bâtard, duc de Normandie, et mourut en 1060, après foco. un regue de vmgt-neuf ans.
* La nation russe était chrétienne depuis un siècle seulement; ciie se composait de peuplades presque sauvages, disséminées sur son immense territoire. Cependant ses deux capitales, Kief et Novogorod, renfermaient déjà les germes d'une dvilisation assez avancée.
ATénemeatée
LIVltB I. CHAPII^RB II. l6t
Philippe, âgé de huit ans, suecéda à son père soils la tutelle de Baudouin Y, comte de Flandre. Le plus grand éTénement qui eut lieu pendant sa minorité , et auquel il resta complètement étranger, fut la conquête de l'Angleterre. Les chevaliers normands se distinguaient entre tous par leur désir immodéré d'aventures guerrières et par leurs brillants exploits. Quelques-uns, débarqués soixante ans auparavant , comme pèlerins , sur la cdte méridionale de ritalle, avaient aidé lés habitants de Saleme assiégée à repousser une armée saitasine. Animés par les succès de pomu. leurs compatriotes , les fils d'un simple gentilhomme , ^Huille Tancrède d'HautevHIe, suivis d'une troupe d'aventuriers^ ^sî^^ conquirent la Pouille sur les Grecs, les Loifnbards et les ^^
Arabes , et soutinrent avec succès une lutte inégale contre •«*• les empereurs d'Allemagne el de Byzance , ligués pour les exterminer. Ils firent prisonnier le pape allemand Léon IX, dévoué à la famille de l'empereur Henri fil; puis, s'bumillant devant leur captif, ils obtinrent de conserver leurs conquêtes comme un* fief de l'Église : Bobert Guiscard acheva dé soumettre la Fouille et la Calabre , et son frère Roger conquit la Sicile : c'est ainsi qu'en 1052 fat fondé par les Normands le royaume des Deux-SIciles, et que le pape en obtint la suzeraineté.
Il n'était bruit en Europe que de la valeur normande; et lorsque .Guillaume le Bâtard , duc de Normandie, fils de Robert le Magnifique, rassembla une armée pour conquérir l'Angleterre, de toutes parts des guerriers acoou-» nirent sous ses drapeaux, pleftis dé confiance dans sa for^ tuoe. La Grande-Bretagne on l'Angleterre, soumise depuis plosleors siècles par les Sax4»s, ol>éis6MI alors au rot
Harold, successeur d'Edouard, surnommé le Confesseur. Nai^ragc Une tempête avait J^é Harôilâ , avant qu'il fût roi , sur les ^^^ elta de Nor^nandie/^ U loti livré aa due GttlUumie JSJS\vi C'était la «oBlumedaiisi oc» temps d« n^ardec les ''Emef ~ e^ comme abandonnés par te jpg^meat de Dk» au seigneur de la oôte.où les jetait la tempête : oelai-ci pouvi les tenir captif» Qt tes tortura* pour en. obtenir moçofi, GttiUaiwoe , maftre de la personne d'flAJKHâ >. lui fit Jui gj9.ll i'aid«cait^ aprèa la BOMurt â>£âou9iFd» à obtenir r^yaiuaed^Angleterre^ Libre à oe prix, Harold ne se erut pad engagé par un serment que la vic^nee avaH arraehé : nm lorscpie le ^trôae dUngtoterce devint vaemdi et qp^'Eai old lui-même «ut été coiaonné, Guillaume iav4>qua un testament ^rai o\i supposé d'Edouard le Conifesaettr,.e& rappela au iUHivea« rcH sa promesse, déelaranl; d'aJUteurs s'e» rapporter à ladéeision de l'Église. Un consisteire, réuQi à La* tcan > se prononça pour lui ; et , à riastlgution du iBoioc Hildebrand , iH iui adjugea l'Angleterre , en lui envoyant , avec un étendard bénite le diplênie de souverain cte cette deZa.*" contrée. Une^grande bataille, livrée ,^1066, pires d'Baspfr7« tings, entre- lef denx rivaux, décida de la gu^ee. Harold raaDd's. y perdit la vie, et l'Angleterre, appèsune lutte acharnée, devint la conquête des J^tormands. Guillaume en distribua toutes les terres en fiefs à ses bar<M»s et à ^^es cbevaiiers : dès lors la féodalité acheva d'étendre sur m pays le réseau dont elle c^nvrait d^'à la Frimçe» l'Allemapie et l'Italie. Cet grai»d événemeniienfiaminatles esprite» et disposa I^ peuples aux expédilûona aventureuses dans 4ei contrées kôntaine^ ; Ul«t le précurseur des crsoisades» ou des guerres eabrepriam peui: la déli vraaee de la lecreiiainte* RéToia- Une céioltttim , dont te ftrineîpal iei«te»r étaiit le eéiè- %u^' bre smdebKawdf a'Mcompyisaeit alors dans l'Ëgtise^ Le
I LLYBJI, I. QHJLHrftSiII. 163
! dixième subèçle surtout avait été pomr die rnmt ^poqoe ^usie de désolati#n; le aége de saisi Pierre était àefmn ki TmS?-' proie de Tlatrigae et de la vicrfenee : les empereafs , ime '^ "' populace £éroce, des cooctisaiiQS , aveieiit disposé toor à tour de la concoDiie poutifleale ; les iMniqais de Tisenhwi la vendireiit. plusieurs se la donnèrent à euiHooéoies : et ces désordres a'étaîent pas les seuJa maux qui aflUgeasseat r£glise« Depuis que le clergé, pour déiSendre ses domaines^ s'était cwpsessé d'eutrer dans la hiérarchie féoAala, it fléchiflBait aoiip l'autorité des priaces et de leurs grands vas* saux : lea, évéques de FlKaiMSe teuaieiit presque tousdts fiefs de la couroiiae ,.et^ dons le ooors du Ouaième sièele^il ae ât ua traâe honteux des domaiaes ^ des dignités eedésiasticpes, décernés, uon comme autrefois, au plus, digne, maia a» plus offrant et an plus avide. Teile était la sluatkm de f Église pendant le règne de Henri IIl, empereur d'Allemagne y et lors de L'événement de Philippe V^ au trône de France. Nicolas II occupait à cette époque le siég^ i^ont^lcal. Il avait pour conseiller nn motnequ'ltodign^ent les viees des ecclésiastiques, l'ahaissemeat 4e l'Église chcétienne, «nsi que les empiéten»eDts du pouvoir teoif^irel sur rwtforité spiritueUe : ee moioe» cet faornoie si célèbre dana L'histoire religieuse, était Hildebraad. Il résoint. d'ôter aux princes et aux seigneurs tDate espèce d'influence sur le clergé, de focttS^r la hiérarchie eeelér sittitique^ et d^élever le pape sMi-deMtts des roia de la terre, espérant ainslfaire recouvrer à rÉglise sa vertu, sa splendeur et tonte sa p^sanee. Un aeiBbial)li& pcojet «M. imùsattflsi noiverselle, qui serait, iosensé de nos jenrs^ fut, aaisanps d Bildebrend^nne eonciytien de génie Ce grand hraone avait conanKé l'ecprit de son siècle. X^ea droits de l'hamaatté n^étoient' mpoeUSs niiàin. paçt; les peuplen»
1 64 • DEUXIEME É^OQUfi.
opprimés par mille tyrans, n'avaient alors d'autres repr sentants, â*aatres défenseurs naturels, que le clergé : I plupart des membres de cet ordre sortaient des class( inférieures; les dignités ecclésiastiques, la tiare même étaient souvent décernées aux hommes de la naissance I plus obscure, et la voix derfiglise, combattant la puis sance temporelle, pouvait être regardée, à quelques égarcL eomme l'énergique protestation des peuples contre leni oppresseurs, il y avait du mérite et de la grandeur, sou le despotisme féodal , à vouloir régénérer le monde su une base chrétienne , en lui donnant pour chef et poo guide celui qui était universellement reconnn pour le chc visible de la chrétienté Uhonneur d*Hildebrand est d'à voir voulu affranchir l'autorité spirituelle de l'Église d toute servitude temporelle; son erreur est d'avoir troj «écouté sa propre ambition , en essayant de rendre le gouvernement politique des princes esclave de l'eutorîté ecclésiastique.
Plusieurs évéques et prêtres contractaient, en se mariant, des liens qui les plaçaient dans la dépendance des princes: Nicolas II rompit ces liens ; il défendit le mariage des prêtres; et poursuivit à outrance les moines concuhinaires. L'empereur Henri III le seconda dans ses réformes, et contribua ainsi à donner au pouvoir spirituel une force qui devint terrible à ses successeurs. |
,«»»;» Hildebrand est choisi, en 1073, par le pcu^e et le| sottSvii ^^rgé ^^ Rome, pour successeur du pape Alexandre IL fl "^' demande d'abord avec déférence sa confirmation à Tempereur Henri IV; et lorsqu'il l'a obtenue, il déploie sous le nom de Grégoire YII son génie hautitin et son caractère indomptable. Il soustrait la nomination des papes à l'injBIttence desempereurs , en établissant le oellége des cardi-
LIVES I. CHAPITftB II. 165
laoïyspédalemeat chargé de rétedion des pontifes; il
tDoavelle la balle qui condamne ie mariage des prêtres; (défend aax empereurs , aux rois , aux grands vassaux , ^:iaMtMew fe donner des investitures eeclésiastiques aux évêqaes; il ?,S!éf!^ fDblie enfin les fameuses sentences connues sous ie nom de dlïi^ Matus papœ, dans lesquelles^ emporté par l'orgueil brsdes bornes de la raison et de son ministère, il éounère ses droits de déposer les empereurs , de faire baiser «pieds aux monarques , de juger sans appel, et d*élre anctifié par son ordination même.
Philippe r% roi de France, et Henri IV, empereur d*Alemagne, menaient alors Tun et l'autre une vie pleine de faadales et de violences. Pour subvenir à leurs besoins Mm , ils faisaient , au mépris des défenses de Grégoire , eplQs honteux trafic des bénéfices du clergé. Le pontife ^^^^^ lidigné menace Philippe d'excommunication, et il en^f*^*bppe l'empereur : une guerre adiarnée commence entre "oM^'lTe Ks deux rivaux. Elle est connue dans Thistoire sous le ^fST m de Guerre des investitures ^ parce que le pape main- \^i. ' taait par elle sa défense aux princes de donner Tin- »estiture aux évêques, et ne réservait ce droit qu'à bi-même. Dans cette guerre célèbre, les principaux auxiliaires du pontife furent les Normands de la Poullle et âe la Sicile, et la comtesse Mftthilde, souveraine de la Toscane. Grégoire VII délie les sujets de Henri du serment ^obéissance : l'empereur est abandonné par eux , et se voit réduit à implorer le pardon de son vainqueur su* pcrbe;il8e présente en suppliant, au mois de Janvier 1077, au chÀteau de Canosse, résidence de Grégoire: wlui-ci insulte à son infortune, et, avant de lui accorder 1 absolution, il oblige l'empereur à rester dans une cour àa palais, trois Jours et trois nuits, exposé à un froid rigou-