‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 30 sur 103 · LIVRE I. CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE III

Ses États , presque restreints aux villes de Paris, d'Or-/ iéans, d'Étampes, de Melun, de Compiègne, et à leurs territoires , étaient bornés au nord par ceux de Robert le Jérosolymitain , comte de Flandre ; et au levant par les Etats de Hugues l*% comte de Champagne. Les domaines de Thibaut , comte de Meaux , de Chartres et de Blois^ et ceux de Foulque V, comte d'Anjou et de Touraine, resserraient au midi ce faible royaume de France, que bornaient an couehant les vastes possessions de Henri F^, fils de Guillaume le Conquérant , roi d'Angleterre et duc de Normandie. Louis eut à combattre toute sa vie ses puissants voisins , dont le plus redoutable était Henri V^. Après une première iutte^ sans résultat important, au sujet du château de Gisors, il embrassa, contre Henri, la défense de son neveu Guillaume Clinton, fils de Robert Courte- Heuse, dépossédé, ainsi que son père, du duché de Normandie. Louis "^I fut vaincu à la bataille de Brenneville, Bataïue livrée en 1119. Il fit aussitôt un appel aux milices des ^ne^mêr

villes et de l'Ëglise, et les trouva disposées à le seconder ; les prélats ordonnèrent aux curés de faire armer leurs paroissiens, et ceux-ci, conduits parleurs pasteurs, se rangèrent sous l'étendard royal , et entrèrent avec Louis VI en Normandie, où ils commirent de grands ravages. Un concile s'assembla à Reims , sous la présidence du pape Calixte II , avec Tintention de mettre fin à cette guerre ruineuse : Louis s'y présenta , et y exposa ses griefs. Les conditions de la paix furent réglées par ce concile , et Henri demeura en possession de la Normandie, pour laquelle son fils rendit hommage au roi de France.

Outre cette importante guerre, Louis le Gros soutint une lutte presque perpétuelle contre les seigneurs de son royaume, et entre autres contre Thomas de Maries, fils

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d'Enguerrand de Goucy. I1& infestaient y^ comme des bri^

gands, les routes d'Orléans eft de Paris, pillaleiit les vii

lages et détroussaient les marchands. La roi %a. réduisii

un grand nombre par ses armes à Tobéissanee ou à Timi

puissance de mal faire» et assura la sécudté piAlique danj

ses États : mais telle était alors la fietiblesse d*un r»i d|

France, que Philippe V avait toute sa vie înatllemen!

tenté de s'emparer de la tour du sirede Montihéry, à sii

lieues de la capitale. Ce seigneur était souillé âebrîgani

dages et fort redouté : Louis le Gros le v^ncpilt. dans soi

fort , et réunit, par un échange, cette seignesirie. à.sesdo^

maines.

Le roi associa son fils aine Philippe à la couronne. Ci jeune prince donnait de brillantes espérances : il périt pal accident, et le roi lui substitua son second fils Louis, sar] nommé le Jeune. Il continua ensuite sans succès la gnerr^ contre Henri V^, qui mourut en 1 1 35. Itiie sanglante luUè s'engagea pour la succession de ce prince entre Étienned^ Boulogne, son neveu, et sa fille Mathilde, veuve de Vempereur Henri Y, et femme en secondes noces de Creoffi'O]^ Plantagenet, comte d'Anjou, tigedela.célèbrenia2SOod^ Plantagenet, qui régna si longtemps sur l'Angleterre^ Guillaume X , puissant duc d'Aquitaine et comte de Poh ton , soutiut les prétentions de Geoffroy, et mit, avec lui, la Normandie à feu et à sang : tous deux se retirèrent chargés de la malédiction des peuples. Goillaume, fénétré de remords, entreprend un pèlerinage à Saint-Jacques de Mariage Cômpostclle^ cu Espagne, et offirc sa fille Éléouorc à Looi^ ix>iitoie le Jeune. Cette alliance promettidt de doubler les États âéonore ^^ ^^' ^"^ *® ^^^ ^® ^^ couclure :.il envoie aon fi'sen ^âSt Aquitaine avec un brillant cortège,, et lemariage^ céi^^ entre deux pompes funèbres, celle deGuilIftiuneX, ^^

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saccombe dans md. pèlerinage* et celle de Lento le Gros « moh de mort la- même année ,. en 1 1 ar,. ««aï.

On irit sous ce sèga», et surtout après la bataille de BrenneviUe, se manifester L'alliance du roi avec l'Église et les communes du royaume.. L'appui du monarque éUH; nécessaire à. FÉglise et à la bourgeoisie naissante , pomr luttec contre Toppression de la noblesse i^dale : c'est à cette communauté d'intérêts que les roi&de France durent en grande partie ^ d'abord la conservation de leur coi^roone, et dans la suite leur prépondérance et leurs coo*quêtes. La sanctionaccordée par Louis VI à l'affrascbia- ^^^^^r sèment de plusieurs communes donna de l'illustration à °^ c?m^^ son règne ; cependant il ne fit que légitimer des révolu- ^^.ar^ tioDS accomplies ; jamais il ne s'efforça de soustraâre les vassaux à l'obéissance due à leurs seigneurs : il sanctionna presque toigours, moyennant une compensation pécuniaire, des arxangementa eu. traités de paix arrêtés entre les nobles et les bourgeois ; il ne fiât ni le fondateor des libertés du peuple, ni l'ennemi des privilèges de la no*blesse. Un bomme illustre, Tabbé Suger,. acquit à cette époque une réputation d'bomme d'État , de grand politique et de prcrfbnd érudit ; il ol^înt par son seul mérite la célèbre abbaye de Saint-Denls> sanctuaire du premier patron du royaume* Monnaie et Sainl-Benis fût longtemps le cri da guerre des Français : la bannière soua laquelle combattaient les vaesanx de l'abbaye devint l'étendard national. Louis le Gros et aes.suoeesseurs allaient dévotement la prendre sur l'autel quand ils partaient pmK* une expédition , et l'y reflétaient en pompe à la fin de la ^ guerre : on l'appelait ort/?ammtf». parce que le bâton était couvert d'or, et le bas et l'étoffe découpé en forme êe

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Écoles. Les écoles de Paris acquirent une grande célébrité duet nômt-' rant ce règne. C'était la première époque des fameuses querelles entre la secte philosophique des réalistes et celle des nominaux : les preniiers n'admettaient de réalité que dans ce qu'ils nommaient les nniversaux, c'està-dire, les idées générales^ \es êtres collectifs , et s'attachaient à la philosophie platonicienne ; les seconds ne voyaient dans les universaux que des mots, des noms, de simples abstractions de l'esprit, et s'appuyaient de préférence sur Aristote. Ces deux écoles eurent pour chefs des hommes d'une grande renommée. Rosselin de Compiègne professait avec éclat, au douzième siècle, la doctrine des nominaux y tandis que son adverisaire réaliste, Guillaume de Champeaux, dirigeait l'école du cloître No- Abciiard. trc-Damc à Paris. Alors parut le Breton Pierre Abeîlard , aussi célèbre par ses amours avec Héloîse et par ses malheurs > que par sa science et son immortel génie. Logicien profond, sans rival dans la dialectique, et d'une éloquence merveilleuse, Abeilard brilla au premier rang parmi lés nominaux. Ses prodigieux succès dans la philosophie n'ébranlèrent point sa foi religieuse et chrétienne ; mais il voulut soumettre le dogme catholique à l'analyse , et le commenter par la raison; ses principes sur divers points de la théologie, et entre autres sur le libre arbitre, parurent en opposition aux décisions des conciles ; et il fut condamné une première fois par le concile de Soissons, pour a\*oir enseigné sans l'approbation préalable du pape et de l'Église. Abeilard se retira dans les landes solitaires de la Champagne , où il éleva de ses propres mains un oratoire de chaume et de roseaux qui devint , dans la suite, la célèbre abbaye du ParacleL Ses disciples , et parmi eux l'illustre Arnold de Brescia , décou-

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vrirent sa retraite; ils accoururent de toutes parts , ils bravèrent les austérités du désert pour suivre leur maître, pour entendre sa parole, pour prier et méditer avec lui. Persécuté, condamné de nouveau , Abeilard chercha une retraite plus profonde à l'abbaye de Saint-Gildas en Bretagne; puis tout à coup, bravant ses ennemis, il reparut avec éclat à Paris, où sa renommée attira un nombre immense d'étudiants de toutes les parties de l'Europe : ses livres volaient de mains en mains, ses doctrines se répandaient de la capitale aux extrémités du royaume, sa gloire était au comble , lorsqu'un redoutable antago- i^utie«rA Diste le terrassa sous les foudres de TÉglise irritée. Cet ^de saint' homme fut saint Bernard , fondateur de la célèbre abbaye de Clairvaux: enthousiaste illustre, et qui poussait les austérités monacales jusqu'au rigorisme le plus inouï ; vivant d'une vie plutôt extatique que terrestre ; portant dans un corps faible, pâle, exténué par les veilles et les abstinences, une incomparable vigueur d'àme; appuyant ses paroles et ses actes de l'autorité que donne la conviction d'une mission sainte et d'une inspiration surnaturelle, nul, dans un siècle où la foi des peuples était si forte et leur raison si faible, n'exerça plus d'empire sur ses contemporains. Le pape, l'empereur, les rois, les évéques, les peuples, subissaient tous l'autorité de son génie : tantôt il éteignait un schisme, ou rédigeait du fond de sa cellule la constitution d'un ordre religieux ; tantôt, disposant à son gré de l'épée des rois , il dirigeait leurs armées à l'Orient ou au Midi , selon les intérêts de l'Église : Sa parole , disait-on , était comme une loi de feu qui sortait de sa bouche; et il n'était bruit que des guérisons miraculeuses opérées sur ses pas. Cet homme prodigieux taxait d'orgueil la raison qui sondait les mystères; il s'ir-

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ritait des efforts d'Abeilard pour explUper des dogmes inexplicables , et s'écriait » dans l'amertoma d« son âme : « On fouille jusqu'aux entrailles les secrets de Dien^ » Hn nouveau concile s'assembla à Sens, et les deux grands adversaires y parurent en présence du roi, des princes et des évéques : mais Abeilard pressentit sans doute que la discussion ne serait pas libre ; il déclina la débat solennel y se retira en faisant appel au pape, et fut condamné à Ta réclusion dans un couvent jusqu'à la fin de ses jours. Alors, courbant la tète , il s'avoua vaincu^ et eachasa vie au monastère de Gluny : il la termina en 1142 ^ dans un prieuré près de Ghâlons , où il mourut réconcilié avec saint Bernard. Il avait eu à combattre un adversaire plus redoutable encore que ce grand homme; Al)eilard lutta toute sa vie contre l'esprit dominant de son siècle, qui regardait comme une insurrection coupable tout effort de la raison humaine non autorisé par TÉglise. Le génie qui l'avait animé lui survécut ^ mais plusieurs siècles s'écoulèrent avant qu'une partie de l'Europe osât proclamer et admettre le grand principe dont Abeilard n'avait pu assurer lé triomphe : la liberté d'examen et de discussion en matière de conscience et de foi» •

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