‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 32 sur 103 · PHILIPPE II · texte numérisé non relu

PHILIPPE II

Qaand Philippe II, surBommé Auguste, monta sur le trône y le territoire dont la France est aujourd'hui formée relevait presque tout entier de puissants souverains. La plupart des provinces, d'abord indépendantes, avaient reconnu la suzeraineté d'un monarque^ celles de l'ouest obéissaient en grande partie au roi d'Angleterre, celles de Test à Tempereur d'Allemagne, et celles du nord au roi de France : enfin, la Provence et une partie du Languedoc relevaient du sceptre d'Ai*agon. Philippe vit toutes les couromies rivales de la sienne s'éciipser devant lui, et sa gloire est d'avoir le premier de sa race fait sentir son influence de l'Escaut à la Méditerranée , du Rhin à l'Ooéao. De grands événements marquèrent le cours de son règne : ce furent la troisième et la quatrième croisade ; l'accroissement subit du pouvoir monarchique par la confiscation des provinces continentales du roi d'Angleterre; enfin, la destruction des Albigeois, ou les hérétiques du Languedoc et de la Provence.

Avant l'âge de quinze ans, ce roi signale son avènement ^^{i, au trône par une effrayante persécution contre les Jui& , ^'•"'*** qu'il fait dépouiller et chasser du royaume ; il se montre plus cruel encore, à l'égard d'une secte d!hécétiquea nom-

mes paterins, et les condamne an feu. Les blasphémateurs trouTent en luî un Juge impitoyable : les riches étalent tenus de payer une amende de vingt sous d'or ; on jetait les pauvres à la rivière. Une suite de combats et de négociations avec les grands vassaux de la couronne occupent les premières années de ce règne. Philippe épouse la fille du comte de Flandre, et obtient par ce mariage la vil.'e d'Amiens et la barrière de la Somme, si importante à la défense de ses États, auxquels il ajouta dans la suite les villes du Mans et de Tours ; il déploie son habileté par des moyens coupables, en fomentant des guerres civiles chez ses voisins, et en excitant Jusqu'à la mort de Henri II les enfants de ce roi contre leur père. Celui-ci meurt de chagrin à Chinon, après avoir signé un traité humiliant avec Philippe-Auguste et son fils Richard, et en apprenant la révolte de Jean , son troisième fils. Richard lui succéda sur le trône d'Angleterre, et mérita par sa bouillante et farouche valeur le surnom de Cœur de Lion.

L'ardeur des croisades s'était rallumée en Europe au récit des maux qui accablaient le royaume de Jérusalem où régnait Lusignau. Saladin, surnommé le Grand , prince ou Soudan des musulmans en Egypte et en Syrie, avait fait subir de nombreux revers aux chrétiens de la Palestine : ceux-ci , cédant à la funeste influence du cli- .«lat et des mœurs de l'Orient, avaient promptement dégénéré, et la plupart de leurs chefs avaient hâté leurs malheurs en se croyant dispensés de tenir leurs serments avec des infidèles. Saladin gagna sur eux la célèbre bataille de ^aame" Tibériadc : Jérusalem et son roi tombèrent au pouvoir du

de 4éra-

saiem. vamqucur.

Cette terrible nouvelle frappe la chrétienté de consternation et la remplit de deuil; une formidable expé-

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didon se prépare; les trois plus grands souverains de ttoîi'Ëurope, Frédéric Barberousse , empereur d'Allemagne, croMr. Richard, roi d'Angleterre, et Philippe, roi de France, prennent la croix, et chacun conduit en Palestine une armée nombreuse. Les effets répondent mal à de si grands efforts : Frédéric, avant d'arriver, se noie en traversant le flenve Sélef, près Séleucie; Philippe et Richard se bronillent au siège de Saint-Jean d'Acre ; le premier est jaloux des prodigieux exploits de son rival ; le second s'indigne et s'irrite de la supériorité que Philippe affecte à son égard comme seigneur suzerain , et supporte impatiemment le Joug de la féodalité. Le roi de France retourne dans son royaume, laissant son armée sous les ordres de Richard ; il jure en le quittant de ne rien entreprendre en son absence contre lui , et de défendre ses États comme les siens propres. Richard poursuit en Palestine sa carrière héroïque, il remporte sans fruit d'éclatantes victoires, et fatigue les croisési qui murmurent , veulent retourner dans leur patrie, et le contraignent à quitter la terre sainte. Salaâin offre aux chrétiens la paisible possession des plaines de Judée, et la liberté de venir en pèlerinage à Jérusalem : Richard traite à ces conditions , et s'embarque pour l'Europe. Il aborde en Autriche sur les terres du duc Léopold , son ennemi mortel , qui le livre à l'empereur ^ Henri YI, dont Richard avait excité la haine : Henri le capiiTH<^ fait enfermer au château de Dierstein, et en donne avis au RidUro. roi de France.

Philippe était revenu dans ses États plein d'animosîfé contre le roi d'Angleterre. Il avait juré de ne point attaquer ses États en son absence , et déjà il s'était adressé an pape pour être délié de son serment , lorsqu'il apprit la captivité de son rival. Le pontife refusa de le dégager de

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