‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 41 sur 103 · LIVRE II. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II. CHAPITRE I

ministratlve ; le seul entretien des sergents à pied et à cheval coûtait des sommes immenses. L'industrie était à peine née , et il fallait arracher cet argent par la violence à une population malhenreuse : de là le despotisme, de là de longues et cruelles misères y qui balancèrent longtemps les avantages de la substitution du pouvoir central et monarciiique au régime barbare établi par le gouvernement féodal. Aucun prince plus qne Philippe le Bel n'employa coupades moyens iniques et odieux pour grossir son trésor, vtom^ L'histoire rapporte mille traits de ses violentes et cruelles extorsions : les revenus de plusieurs provinces étaient en* gagés à deux frères italiens , riches commerçants, pour prix des fournitures qu'ils avaient faites au roi : celui-ci , pour s'acquitter envers eux, fit arrêter le même jour en France tous les banquiers et commerçants italiens, sous prétexte d'an trafic usuraire, et les contraignit à se racheter de la torture à un prix énorme. Il renouvela cet exécrable expédient sur les Français , et les tribunaux furent complices de ses violences.

Ce roi , peu belliqueux , vit sans s'émouvoir les désastres des chrétiens et la prise de Saint- Jean d'Acre, leur dernier boulevard en Palestine. Il avait obtenu du pape la permission de lever des décimes sur le dei^é , à charge d'entreprendre une croisade; mais cet impôt ne profita qu'à lui-même, il en recueillit seul le produit. Les succès d'Edouard I^', roi d'Angleterre, le touchaient davantage. Ce prince, à la mort d'Alexandre III , roi d'Ecosse, s'é- Tronbu» tait fait reconnaître pour arbitre entre les prétendants à la i^»»»couronne, et avait décerné celle-ci à Jean Baliol , dont il connaissait la faiblesse. Il menaçait d'envahir ce royaume, lorsque Philippe le fit citer, comme son vassal pour TAquitaine, devant le parlement de Paris. La paix avait ré-

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gné trent<H^ ans entre les deux coaronnes ; et Philippe^ en sommant son puissant rival à comparaître, aliégaa pour prétexte quelques troubles occasionnés par des rivalités de commerce entre les matelots des deux nations. Édonard, indigné , suscite pour ennemis à la France Adolphe de IMassau^ roi des Romains, et Guy de Dampierre, comte de Flandre ; mais Philippe s'empare de la fille de ce comte par trahison, et la garde en otage; il saisit la Guienne, engage le roi Balîol à prendre les armes , et soutient le célèbre Écossais Wallace contre le monarque anglais.

Il fait ensuite alliance avec les Flamands révoltés, et engage Albert d'Autriche , fils de Rodolphe de Habsbourg, à s'armer contre Adolphe de Nassau , empereur et roi des Romains ; la minorité des électeurs le seconde ; Adolphe de Nassau est tué, ou peut-être assassiné dans une bataille : Albert d'Autriche lui succède à rempire, et défend à son tour les intérêts de la France. Philippe le Bel déploie dans toutes ces négociations un talent remarquable. Edouard ^ pressé de toutes parts, engage Philippe à soumettre leurs Bonuace différends à la décision du pape Boniface YIII. Ce pontife arbitre était, à quclqucs égards, redevable de la tiare au roi de ifr^e^pbi. ^'*^^^^> qui l'accepte pour arbitre. Boniface prononce en sa "^MeJ' faveur, et n'ordonne que la restitution d'une partie des terres confisquées sur Edouard : il impose une longue trêve aux deux rois , et les unit par des mariages. Le roi d* Angleterre abandonne le comté de Flandre, et Philippe ne défend plus 1 Ecosse, dont Edouard s'empare une seconde fois. Le monarque français invite alors , avec des promesses flatteuses, le comte de Flandre à se remettre à sa discré-^ tion : ce malheureux seigneur se rend avec confîanee près du roi; il est aussitôt jeté en prisbti, et tous ses États sont

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saisis par Philippe^ qui donne aax Flamandi te comte de Saiot-Paul pour gouyerneor* Le comte «t les gentilshom* mes français mépriscdeat les bourgeois de cette industrieuse ooBtrée, et se croyiôent eu droit de les dépouilter. L'horrible tyrannie qu'ils exercent excite de nouveau te Mroite peuple de Flandre à la révolte : les corps de métters s*as- ^ ^^

semblent, massacrent tes Français dans Bruges et dans d'autres villes , ^ rendent l'indépendance à leur patrie. L'année suivante, les milices flamandes occupaient dour^ Battiue tray, lorsque l'armée française vint camper en face, cowbray. Elles sortirent en bataille, et attendirent bravement Feonemi. Les Flamands entendirent la messe et communièrent ensemble. Les chevaliers qu'ils avalent avec eux donnèrent l'accolade aux chefs des métiers. Ils n'attendaient nul quartier des Français, et l'on répétait que ChâtUlon arrivait avec des tonneaux pleins de cordes pour les étrangler. Le connétable Raoul de Nesie proposait de tourner les Flamands, et de les isoler de Oourtray ; mais le cousin dn roi , Robert d'Artois , s'indignant de ce prudent conseil , lui demanda s'il avait peur des Flamands, ou s'il s'entendait avec eux. Le connétable, gendre du comte de Flandre, répondit fièrement : «Sire, si vous venes où I j'irai , y&ha irez bien avant. » £t il se lança aveuglément à la tête de sa cavalerie. Chacun le voulut suivre; les der« niers poossaient les premiers. En approchait des Flamands, ils trouvèrent un fossé de cinq brasses où ils tombèrent et s'entassèrent, s'enferrant sur les pieux de l'ennemi. Là vint s'enterrer toute la chevalerie de France, Artois, Châtillon, Nesle, Aumale, Dammartîn, Dreux, Tanearville, et une foule d'autres. Les Flamands n'eurent que la peine de tuer, assommant les vaincus avec des mailleto de fer et de plomb. Cette honribtedéflBdlealfaiblit^eB France, lapuis-

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sanee féodale, et fortifia la royauté. Philippe résolut de

venger en personne les affronts de sa noblesse à Courtray :

il entra en Flandre à la tète d*ane puissante armée , et oc-

victoires cupaToamay : sa flotte, réunie à une escadre génoise^

Frâcaui battit les Flamands à Zériksée, et sa chevalerie remporta

^^t à *^ uneéelatante victoire à Mons-en-Puelle^ où six mille bour-

pSSât?' geois de Flandre restèrent sur le champ de bataille : mais

Traité de "^

pj»j- lorsqu'il croyait ce peuple abattu, il vit avec surprise s'avancer, sons les murs de Lille qu'il assiégeait, une nouvelle année flamande, forte de soixante mille hommes : c'étaient les valeureux bourgeois de Gand , de Bruges , d'Ypres et des autres villes de la Flandre, qui s'étaient engagés par serment à ne revoir leurs foyei*s qu'après avoir obtenu une bonne paix ou la victoire : « Mieux vaut , dîsalentils, mourir dans la bataille que vivre en servage. « Défié dans son camp par eette armée formidable, le roi écouta les conseils de la prudence et l'avis de ses généraux. Il signa un traité par lequel les Flamands lui abandonnèrent la Flandre française Jusqu'à la Lys, avec les villes de Lille et de Douai; Philippe mit en liberté le nouveau comte de Flandre, Robert de Béthune, fils de Guy de Dampierre , et reconnut l'indépendance des Flamands.

Rivalité L'orgueil du roi avait été déjà profondément blessé par

de Boni- , . -^ ,m ^r»,» . . . .

face^viii le superbe BonifaceYHI, qui se montrait son émule en ^ic^Bcr ^nab^tio^y ^^ violence et en cupidité. Fondant en partie aapuissancesur sa richesse, Il avait, à l'expiration du treizième siècle , rétabli \e jubilé centenaire , promettant rémission entière de ses péchés à quiconque visiterait, pendant trente Jours consécutifs, toutes les églises de Rome. Une multitude prodigieuse de pèlerins accourut, et déposa ses riches offrandes aux pieds du pontife. Boniface alors étendit la main sur tous les sceptres : il voulut vendre la

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Sicile à Charles II, roi de Naples; il appela eu Justice Albert d'Autriche pour Je meurtre d'Adolphe de Nassau , protégea les infonts de la Cerda en Gastille, soutint les Écossais contre Edouard , et enjoignit à Tévéque de Pa« miers^ dontrévêché avait été institué sans la participation du roi , d'examiner la conduite de Philippe vis-à-vis de l'Égifse, et d'interposer sa médiation entre le saint-siége et la couronne de France. Philippe avait déjà , de sa propre autorité, levé des décimes sur le clergé : irrité des préten-* tiens du pape et des reproches de Tévéque, il ût informer contre celui-ci par ceux de ses hommes de loi qui étaient le plus dévoués à ses volontés, et au nombre desquels il faut citer Pierre Flotte, son chancelier ; Enguerrand de Marigny, son confident ; Guillaume de Plasian et Guillaume de Nogaret. Ces hommes, toujours habiles à trouver coupables ceux que le roi ne voulait pas reconnaître innocents , eurent bientôt découvert contre Tévéque de Pamiers des charges suffisantes pour motiver son arrestation. Phi* lippe l'ordonna, et demanda sa dégradation au pape ; mais Boniface, indigné que les arbalétriers du roi eussent osé porter la main sur un évéque, refusa de souscrire au vœu de Philippe, évoqua à lui le Jugement, et avertit le roi de ses torts par la bulle AuscuUa, filù Furieux alors , Philippe, appuyé de l'université de Paris, convoque les pre« miers états généraux où les députés des villes aient été députés appelés à côté des barons et des évéques ; il leur donna ''^dm"'^ connaissance de cette bulle , et la fit brûler en leur pré- ^"géné- "

,1.1 laiw.

sence. Boniface se vengea en excommuniant le roi, et les i^o«. deux rivaux se préparèrent à une lutte acharnée en se réconciliant avee leurs ennemis, et en sacrifiant tout autre intérêt à celui de leur haine. Le pape fait alliance avec Albert d'Autriche, et Philippe rend la Guienne en fief à

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Edouard* CSonnNiqQés par loi , les barons de France s'assemblent au Louvre, et Gnillaiiiiie de Nogaret, son procurear, déchire devant mx le pape bérétiqae. Il obtient con- ^viiî^^ tre lui une sentence qu'il se ekarge d'exécuter ; il se rend ^^^^ à Anagnî , où résidait le pape, et s'empare desa personne: samSrt. SciarraGok>nna,qui aecompagneNogaret, frappe ie vieillard de son gantelet de fer. Cependant Bonifkce étonne ses ennemis par son courage : <• Voilà mon cou , voilà ma « tète, leur dit-il ; trahi comme Jésus-Christ , et prêt à mou- « rir, du moins je mourrai pape. » Délivré par le peuple, il expira un mois après, à Borne, d'une fièvre chaude occasionnée par le saisissement et la eolère.

La mort de Bontfece n'apaisa pas Ptiilippe : maître de réleetlœi après le décès de Benoit XI ^ en 1305 , mais obligé de choisir eûitre trois concurrents élus par le conclave parmi les créatures de Boniface, son choix tomba sur le cardinal Bertrand de Goth, son ancien emiemi, dont l'âme vénale lui était connue. Philippe lui promit de déterminer les cardinaux français à le faire pape, s*il s'engageait à flétrir la mémoire de Boniface YIII, son bienfeiitenr ; à accorder au roi, pendant cinq ans, des dîmes sur les membres du* clergé; enfin, à lui rendre un important service que Philippe réclamerait et déàgneraît quand le tempe serait venu. Ce marché, que le peuple nomma le marché diabolique, fbt, dit-on, conelu dans une forêt de Saintonge, près de SainfJean d'Angely. Bertrand de Goth l'accepta , consentit à tout , promit de venir se mettre h la discrétion du roi à Avignon, et ftit pape sous le nom de Clément Y. II ne sortit point de France avant d'avoir tenu i^trac' toutes ses promesses. Le service qu'avait exigé Pbilippe, dM Sm- ^^^ *® désigner d'abord , était la suppression de Tordre ^m!' ^^^ templiers. Leur puissanoe blessait l'orgueil du monar-

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que, taudis que leurs immenses richesses tentaient sa cupidité. Avant 4iu'ils efussent aucun soupçon, il fit saisir tous ceux de son royaume, etlesplongea dans des cachots: alors oMnmença contre eux une procédure épouvantabie où les tortures fournirent les preuves, et où les hommes de loi vendus à PhHippe remplirent le rôle de jages : le roi confisqua les biens des \ictimes, qu'il flétrit par d'horribles imputations sans preuves légales. Les templiers périrent par le fer, la faim et le feu , rétractant en face du supplice les aveux que les tourments leur avaient arrachés : Jacques Molay, leur grand maître , s'Illustra entre tous par son courage ; il protesta de son innocence au milieu des flammes , et Ton dit qu'il cita le monarque et le pontife à com. paraître dans l'année devant Dieu.

Philippe était alors le roi le plus puissant de l'Europe. Il invita tous les souverains à suivre son exemple : Edouard II, roi d'Angleterre, et Charles II, roi de Naples, accédèrent à ses désirs , et firent saisir les templiers dans leurs États; quinze raille familles furent frappées par cette terrible mesure. Philippe IV, au milieu des actes atroces desapolitique, continuait ses odieuses vexations; il levait des taxes énormes, falsifiait les monnaies ; puis, après leur émission , refusait de les recevoir ainsi altérées par lui-même. Il fit emprisonner en un jour tous les juifs de son royaume, et les dépouilla de leurs richesses; il fut le despote le plus absolu qui ait régné en France , et cependant c'est lui qui, le premier de sa race, accorda une représentation aux communes. Il montrait une sorte de faveur aux bourgeois, consultant leurs députés plus volontiers que ceux de la noblesse : il savait que les premiers lui opposeraient peu de résistance, tout glorieux qu'ils étaient d'être comptés pour quelque chose ; et ce fut parmi

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des hommes obscurs qu'il choisit ses favoris et ses ministres, dont le plus célèbre fut Euguerrand de Marigny. Le roi avait besoia d'appui pour soutenir ses mesures perfides et cruelles; et en appelant les bourgeois aux états du royaume, il se sentait assez fort pour ne rien craindre d'une liberté qui n'était qu'apparente : prodigue d'épouvantables supplices, il contenait toute la nation parla terreur." A la fin de ses jours , il exerça des rigueurs sur sa propre famille: les femmes de ses trois fils furent accusées à la fois d'adultère; il les relégua en prison , et fit écorcher vifs ceux qu'il soupçonna d'être leurs amants. Mort de 11 expira bientôt après, recommandant à ses fils la piété, *îï'B?r la clémence et la justice : Clément V, son complice , le suivit de près au tombeau : l'empereur Henri VII était mort l'année précédente.

Sous Philippe le Bel , le domaine de la couronne s'accrut de la Marche et de l'Ângoumois, qu'il confisqua, et du Lyonnais, qu'il détacha de l'empire. Ce prince épousa Jeanne, héritière du royaume de Navarre, du comté de Champagne et de la Brie : les résultats de cette union furent avantageux à la France.

Le règne de Philippe IV est un des plus sombres denoti*e histoire. Les Français à cette époque, vers la fin du treizième siècle et au commencement du quatorzième, vécurent courbés sous un Joug de fer ; et, malgré Thèroisme déployé deux cents ans auparavant dans les révolutions communales, ils demeuraient en général étrangers à l'esprit d'indépendance qui agitait autour d'eux plusieurs contrées de l'Europe, et auquel l'Italie et la Flandre devaient leurs arts et leur industrie. Robert Bruce, en Ecosse, et Guillaume Tell, en Suisse, avaient affranchi leur pays : cependant les grands mouvements qui ébranlèrent alors

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quelques États eoiMt pour eause bien mollis l'esprit de liberté iodivldaelle qoe Tamoar de l'indépendanee nationale ; et la plupart des peuples de l'Europe, après s'être constitués en nation , retombèrent sous un Joug aussi dur que celui qu'ils avaient seeoué.

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