CHAPITRE IIÏ
Règne de Charles Vlil.
Charles VIII, fils et successeur de Louis XI, monta sur le trône à l'âge de treize ans. Il avait deux sœurs, dont l'aînée était mariée au sire de Beaujeu : on retrouvait en elle l'esprit et quelques traits du caractère de son père ; celui-ci la préférait à ses autres enfants, et l'avait spécialement chargée avec son mari du soin de diriger le nouveau roi. Jeanne, sa cadette, disgraciée de la nature, était mariée au duc d'Orléans. Charles avait passé uue partie de sa Jeuneiïse solitairement dans le château d'Amboise, où de longues maladies avaient déformé son corps. Tenu
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par son père dans une ignoraoce profonde de toutes ehoses, il ne savait arrêter son attention sur rien. Incapable d'ap- . plication et de diseernement , et sentant sa faiblesse , il vécut longtemps en tutelle , bien qu'il fut majeur à la mort de son père, ayant alors atteint sa quatorzième année.
Anne de Beaujeu, profitant de Tinfluence qu'une longue habitude lui donnait sur son frère, conserva la garde de sa personne, et s*empara du pouvoir conjointement avec sou mari. L'autorité lui fut bientôt disputée par les ducs d'Orléans et de Bourbon, et par le comte de Clermont, tous trois princes du sang: le premier, béritier présomptif du trône; le second, frère aîné du sire de Beaujeu. lis révoquèrent de leur chef toutes le» aliénations du domaine faites par Louis XI ; et , pour mettre un terme à des rivalités dangereuses, ils convoquèrent à Tours les états généraux . Les députés se séparèrent en six bureaux , États sons le nom des six nations de France , de Bourgogne, ^^êlS^ de Normandie, d'Aquitaine , de Langue d'oc et de Langue d'oil, et se montrèrent, à plusieurs égards, dignes des états de 1355 , sous le roi Jean. Ils portèrent la main à tons les abus, signalèrent toutes les réformes, et invoquèrent l'ancienne constitution française , qui cep^dant n'était écrite que dans les cœurs et n'existait que de nom., l'ordre du clergé demanda les libertés de l'Église gallicane, malgré le vœu des évoques; la noblesse réclama tout ce qui pouvait lui rendre son ancienne importance militaire ; et le tiers état , présentant le tableau des mir sères du peuple, conjura le roi de retirer à lui le domaine de la couronne aliéné par Louis XI , et suffisant pour les dépenses du trône ; il supplia q«e la taille fût abolie , affiri^ant que les habitants de plusieurs districts de la France
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sMtatent enfuis en Bretagne ou en Angleterre : «D'antres, « dit-ii , sont morts de faim ; d'antres, dans leur désespoir , « ont tné leurs femmes, leurs enftrnts, puis eux-mêmes; « enfin , nn grand nombre, auxquels on a dérobé leur bé- «tail, s'attellent enx-^mèmes à la charrue avec leurs en- « fants ; plusieurs^ pour éviter qu'on saisisse leurs bœufs , « n'osent labourer leurs champs que de nnir. » Après avoir Mt cette énergique protestation et rédamé la souveraineté, les états, menacés par les princes, foiblirent, et s'en remirmt à la sagesse de Tenfant roi pour Mre droit à lears demandes. Ils nommèrent le duc d'Orléans président du conseil , donnèrent la seconde place au dnc de Bourbon, ccmnétable , et la troisième au sire de Beaujeu : ils décidèrent que les états seuls avalent te droit d'imposer le peuple, ordonnèrant des réductions dans l'armée, et votèrent une taille de 1,200,000 livres pour deux an», déclarant qu'à l'expiration de cette époque il fisiffalt les convoquer de nonteau pour obtenir que cet impét fKît maintenu. Us établirent ces principes sans prendre aucune des garanties nécessaires pour les faire observer. Bientôt les discussions dégénérèrent en querelles honteuses pour la répartition de la taille entre les provinces : profitant de tees divisions et de la lassitude des députés, les princes firent tout promettre par le roi , et se bâtèrent de dissoudre fes états rancune promesse ne fut tenue ^ aucun de leurs vœux me fat exaucé.
Le doc d'Ortéans, Jeune prince plusf occupé de ses plai- Anne de ^^^ ^f^ ^^ affêdrcs , fiit blenfèt écarté par Anne , sa S^ii^Se belle-mur, 4u conseil dont les dépotés Tavaient nommé roylâme. président ; et Pou vit 1^ royaume goii^emé par uic femme qui n^aVBitde ^txt au potftoir ni par le testament en feo roi, ni parle voen des éHots 9 ni par les lois du royaume.
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La sagesse et ta vigueur avec lesqueHes cette prineesse employa TaiilorHé firent ooblier aa {>eople qu^elle Tayait usurpée; mais une ligae se fbrma contre elle , composée des princes du sang et des grands seigneurs : à leur tête ^^g^ figoraient les ducs d'Orléans et de Bourbon , le prince d'Orange, Philippe de Gonikies et le comte de Bunois, fils du fameux bâtard de ce nom , et le plus habile négociateur de son siècle.
La Bretagne était alors en proie à l'anarchie. Le vieux doc François II , presque imbécile , ne régnait pins que de nol!^• Il avait donné toute sa confiance au fils d'un tailleur nommé Landais, dont il avait fait son trésorier et soo favori. Les nobles bretons , Indignés des cruautés dece dernier, s'étaient ligués contre lui et contre leur duc. Anne de BeaiJ^eu, agissant toujours au nom du roi, fit aUimoe avec eux. Elle s'unit également avec René de Lorraine, et les Flamands , alors révoltés contre Max!miliea d'Autriche, leur souverain. Le duc d'Orléans, qui fbt coupable, moins pour avoir combattu rusurpation de sa bell&«œur, que parce qu'il appela l'étranger dans le royaume, se ligua avec François U et son ftiveri, avec MaximMien et avec Richard III , roi d^'Angleterre. Richard était devenu roi à force d'attentats : tuteur de ses deux neveux à la mort d'Edouard IV, Il avait commencé par empester leur naissance, puis il les avait fait étouflCér. Les dues d'Orléans et de Bretagne s^unirent avec ee monstre; et, pour prix de ses secours, ils s'engagèrent à loi livrer Henri dé Riehemont , prince de la race i^ale, réfugié sinr le Continent, et vengeur des Lancastre. Anne de Benujeo soutint ce i^nce , et lui donna quelques troupes aveciesqnelles il débarqua en Angleterre. Bientôt la bataille de Boswerth, oti périt Ri-^ Fin de u