CHAPITRE IV
Rè^e de Louis XU.
Le due d'OrléaDs avait trente-six ans lorsque, sons le Arénenom de Louis XII, il monta sur le trône. Il prit aussitôt lÔuPsxii. les titres de roi de France, de Jérusalem, des Deux-Siciles, et de due de Milan , afin de ne laisser à TEurope et à ses sujets aucun doute sur ses prétentions à Tégard de TItalie. L'avènement de ce prince rendit à la couronne ftpanage d'Orléans , dont faisaient partie leduché d'Or/éans, le eooité de Biais et celui de Valois. Louis XII accorda ce dernier comté en apanage à François, comte d'Angonléme, son cousin et son successeur. Il traita avec bonté la Trémouille et ses anciens ennemis , disant ique le roi de France oubliait les injures du duc d'Orléans ; et il donna toute sa confiance à George d'Amboise, archevêque de Bouen et depuis eardinal, homme intègre et bien intenticmnéy «uns dont les lumières n'égalaient point le zèle.
Les premiers actes de Louis XII forent sages et utiles. Il difloinua les impôts, rétablit Tordre dans les finances et raobninistration, et confirma une ordonnance que le chancelier Guy de Roquefort avait fait signer à Charles YIII pour la création d'une cour souveraine ou grand conseil* Cette cour, composée du chancelier, de vingt conseillers clercs ou laïqves, et des maîtres des requêtes de l'hôtel , était destinée Y disait te roi , à soutenir ses droits et prérogatives. Elle fortifiait et régularisait Tautorité royale , et
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mérita à Louis Xll la recoDDaissance des peuples , par lej sages réformes qu'elle apporta dans la législation : elle resi^ Ireigoit les privilèges abusifs de l'université par lesquels la Juridiction des tribunaux et la perception des impôts étaient sans cesse entravées. Les quatre facultés s*assem« bièrent à ce sujet , et prononcèrent comme de contumi la cessation des études et des prédications. Le roi et sei ministres réprimandèrent sévèrement leurs députés : la lutte dura huit mois, après lesquels l'université se soumit,ij et cessa d'avoir recours à cet expédient scandaleux.
La reine Anne s'était retirée en Bretagne aussitôt après ia mort de Charles YIII , son époux, et avait eu hâte d'y j j&iire acte de souveraineté, en frappant monnaie et en | publiant des édits. Son duché allait échapper à la France i si elle n'épousait le roi ; et Louis résolut d'accomplir ce | mariage. li était marié avec Jeanne, fille de Louis XI, I et quoiqu'il n'y eût aucun motif légal de divorce, il | sollicita du pape Alexandre YI la rupture de ce premier J engagement , et se le rendit favorable en promettant le duché de Yalentinois à César Borgia, son fils. Jeanne, qui vivait séparée de son mari, adonnée tout entière à des exercices de piété, opposa, par conscience, une résistance inattendue à un projet qui lui semblait coupable, et le scandale d'un honteux procès devint public. Tous les motifs allégués par le roi étaient faux ou illusoires : cependant les juges prononcèrent le divorce, et les dispenses Mariage P^^^ ^^ nouveau mariage furent apportées à Louis par "wM^ César Borgia, qui remit à George d'Amboise le cliapeau Brêu^ne. de Cardinal. Louis XII épousa sur-le-champ Anne de Bre- **^ tagne, et le contrat prouva qu'il avait encore plus agi dans l'intérêt de sa propre grandeur que dans celui de la France ; car le duché n'était point irrévocablement réuni
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à la coaroone; mais il fat déclaré transmlsslble au second cDfaut de la reine, ou , à défaut du second enfant, à son plus proche héritier.
Aussitôt après cette union » Louis fit valoir sur le Milanez des droits qu'il ne pouvait invoquer qu'en qualité de petit-fils de Yalentine Yisconti. Le duché de Milan était un fief Impérial masculin ; iesdroits invoqués par Louis XII étaient donc nuls : lis furent soutenus par une puissante armée, qui, avec le secours des Vénitiens et du pape, soamit le Milanez en vingt jours. Louis Sforza ou le conaiiar Maure, abandonné de tous , se réfugia chez son gendre, ^^iJJj^ l'empereur Maximilien. L'administration des Français fut oppressive à Milan; une révolte éclata bientôt; Louis iforza y revint avec des forces imposantes , et la Tré- Douille, à la tête d'une nouvelle armée, passa en Italie. !.ouis le Maure défendait Novarre avec des troupes nombreuses, quand la Trémouille parut devant cette place. >es Suisses combattaient dans les deux armées , et faiaient la principale force de Louis; ils le trahirent, capialérent honteusement malgré lui, et le livrèrent aux Franais. Louis XII abusa envers son prisonnier des droits du aînqueur; il le retint jusqu'à sa mort à la tour de Loches, ans une étroite captivité qui dura dix années. Maître du f îlanez , il aida le pape et César Borgia à soumettre la Rojagne ; puis il conclut avec le roi d'Aragon , Ferdinand ; Catholique, en 1500, le traité secret de Grenade, par JfJJJ^Jf »quet il partageait avec lui le royaume de Naples, dont ***•
nomma vice-roi le jeune Louis d'Armagnac, duc de emours.
Frédéric régnait alors à Naples : menacé par les armées ançaises, il sollicita l'appui de ce même Ferdinand , qui ?nait de le dépouiller, et qui s'empressa de lui envoyer
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le célèbre GoQzal ve de Cordoue ; celai-d iatrod«tisit promptement les Espagnols dans les principales forteresses y pnls il signifia au malheureux Frédéric, indignement trompé, le Ga^ traité de partage. La guerre entre les spoliateurs fat l'uni- ^^ir^ que résultat de cette odieuse conquête. Les Français et les ^tvnct. Espagnols se disputèrent les revenus du royaume ; et lorsque GoDzalve se crut en force, les hostilités éclat^ent. Il remporta deux victoires consécutives, Tune sur d'Auhi- Bauuie gny à Séminara, l'autre sur Nemours, à Gérignoles, où pioftt.' le jeune vice-roi perdit la vie. Louis XTI rassembla trois ""^ nouvelles armées» dont deux marchèrent sur l'Espagne ; la troisième s'avançait vers Naples , quand tout à coup la mort du pape Alexandre VI bouleversa Titalie; César Borgia tomba en même temps dangereusement malade : i Tun et Tautre avaient , dit-on , bu par mégarde du poisou | qu'ils destinaient à un cardinal invité à leur table. La maladie de César Borgia , au moment de la mort de son pèrej annula son pouvoir, et lui enleva tout le fruit de ses infâmes intrigues. Louis XII perdait, dans la personne d'Alexandre y I , son plus puissant allié en Italie, où le belliqueux et irascible Jules second , successeur de ce pontife, lui créa bientôt de nouveaux périls et d'insurmontables] obstacles. L'armée française, comm^dée par le marquis de Mantoue, fut longtemps tenue en échec par Gonzalve sur les bords du Garillan, pui3 enfin , attaquée par œ grand capitaine, elle prit la fuite* Gaëte ouvrit ses portes aux Espagnols, et les Français furent partout repousses^ Le, malgré les exploits de la Palisse, de d'Aubigny, de Louis ^pcSSS d'Ars, de d'Aligre, et l'héroïque valeur du chevalia seconde Bayard , le plus célèbre entre ces illustres guerriers. Li royaume royaumc de Naples fut une seconde fois perdu pour la Naples. Ffance,
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TanditqQO la Fmm éprovralllà rtsxtérlcar de si grands merSfjmàmÈgsi pk» grand la menaçait à Tintérieiir. La reine Anne, prinonse ambiHeine «» hautaine , tout entière eceapée désintérêts de ^safaaitfe, était pen touchée de la grandewr eft delà proBpérlté dn n^aume. Elle voulait pom* sa fiMe Claude on époux «pii eât en perspec-^ \m le «eeptre de la AMnarelMe universelle, et lui desti* nait le jenne Ghariea de Luxembourg, qui fut depuis Gharles-Quint.
de prince, fils de rarclûdue Ptiilippe, souverain des Pays-Bas, héritait de l'Espagne par sa mère, et Louis XIT, par le traité seeret de Blois, lui céda, pour dot de la (Traite princesse Claude, la Bretagne , la partie de l'héritage des ^««o^ ' ducs de Bourgogne réunie à la France^ tons ses droits sur le Milanez et le royaume de Naples; Le roi signa ce honteux traité , q«'ii faudrait qualifier de trahison envers la' France, si Louis, en le signant, avefSt eu Tusage de sa rai-' son ; mats il était alors dang^ow^oaent malade ; on crut sa fin prochaine, et la/eine, ne songeant encore qu'à ses {NHopres intérêts, disposa tout sur-le>*champ' pour sa retraite en foetagne. D^à elle s'était embarquée avec ses trésoUB, lorsque le maréchal deGlé, gouverneur d'An- ^ei*s, €A surintendant de l'éducation du Jeune François i'Angoulême, mit obstacle à cette Aiite qui menètçait de porter attente à fîntégtlté du royaume : il fit ^saisir les bâtiments chargés des richesses de la rdne, et lui signifia Id'îI l'arrâterait elle-même s! elle passait ovtre. Louis XII \e rétablit, et le maréchal» traduit pour cet aeto de feraeté devant le parlement de Toolouse, Art puni par la lerte de tous ses emplois.
La féodalité expirait : eependoBEt, tel éUit encore le res * lect pour ses coutumes , qu'en l'année 1 409 Louis XII fil
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hommage à i'empereor MftzfcDilieo fmw le duebi de lii-
lao , et lui prêta serment d'd^étoaaiiee, Uaimée aulvante,
il reçat des états généraux» rassemblera Tours» le sur-
Mariage Dom de Pire du peuple,^ lût supplié par eux de marier
frincitie sa fille Claude à François » eomte d'Augouléme, héritier
François pf^^i^ptif de la couronne. Cette demande prévenait ie
^ lémer ^^^^^ ^^^^ ^^ ^^ > ^^^9 ^^ reprochant ie funeste traité de
dâoTtiTe Biois, avait déjà saisi une occasion de le rompre. Il
Braûiirne cxauça Ic vcBU dcs états, et les fiançailles de la princesse
France. Glaudeetdc François d'An^Hiléme furent immédiatement
célébrées.
Louis XII , malgré sei^ revers» avait toujours les yeux fixés sur ritalie» Gènes obéissait alors aux Français, qui , apportant dans cette république tous les préjugés de la no« blesse féodale , s'Indignèrent d*y voir des bourgeois exercer le pouvoir conjointement avec les nobles. Ceax-ci , soutenus par le gouvernement français, insultaimt le peuple» et marchaient armés de poignards» sur lesquels ils avaient fait graver une devise outrageante. Le peuple se révolta, prit un teinturier pour doge, et chassa les Français. Louis XII jura d'en tirer vengeance » et parut bientôt LoiiiH XII sous les murs de Gênes avec une brillante armée. Il entra GénM répée à la main dans la ville vaincue» fit pendre avee le ' iiSoT.*^* doge soixante et dix-neuf des principaux citoyens, et par- 1 donna aux autres en les frappant d'une taxe de trois cent mille fioriiis» suffisante pour ruiner la république.
Venise servait de boulevard à la France contre l'Allé- 1 magne, et s'était montrée sa fidèle alliée dans la campagne | dltalie. Le roi. devait la ménager» par politique autant | que par reconnaissance ; mais la haine qui animait \e^ souverains de TËiIrope contre lesrépubliques étouffa toot autre sentiment dans ie cœur de Louis XII ; il excita^ sans
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pravocation et sans oiotib, l'^mperear MaxImilieD» le pape et le roi d'Aragon^ contre les Vénitiens; le cardinal d'Anu boise fut rame de cette ligne, connue sous le nom de Ligue ^SH^^l de Cambrai j vilie où le traité d'alliance fut signé entre ^''^ ces souverains et Louis XII. Les Français marchèrent aussitôt contre Venise, et remportèrent la victoire d'Agnadel. 5?£mi Le roi , mettant en action les odieux principes du Floren- ^ tin Macliiavel , soumit ses ennemis par la terreur, et traita les vaincus avec une cruauté impitoyable. L'État vénitien fat promptement conquis jusqu'aux lagunes ; mais le pape Jules II avait pour but de rendre l'État pontifical dominant en Italie, d'affrauchir la Péninsule du joug étranger , el d'établir les Suisses gardiens de ses libertés. Il n'était entré cpx'à regret dans la ligue de Cambrai , pour soumettre quelques places de laRomagne, et par jalousie à l'égard de la puissance vénitienne. Ce n'était cependant qu'avec Taide des Vénitiens qu'il pouvait délivrer l'Italie de ses plus dangereux ennemis : il se rapprocha d'eux api*ès leurs revers, et, se détachant de la ligue de Cambrai, il en forma une autre, qu'il nomma sainte y avec les Vénitiens, les ume Suisses et Ferdinand le Catholique. Tous ensemble atta- 'imo.' quent les Français; ceux-K;i obtiennent encore quelques brillants avantages sous le jeune et impétueux Gaston de Foix, duc de Nemours, neveu du roi, qui remporte trois victoires en trois mois. La glorieuse bataille de Bavenne, Bataiiie où ce prînce vainqueur trouva la mort, fut le terme des Bavenne. succès de Louis XII en Italie.
Un concile, tenu à Pise par quelques cardinaux schtsmatiques, partisans du roi de France et de l'empereur, avait suspendu l'autorité du pape. Louis XII, malgré le trouble de sa conscience et la pciifond discrédit où tomba ce con^
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cile , avait Mt publier at déclaratstov en Tranêe , dans J'eipoir àc oontraindre le pontife à àemeMer ht paix. L'intebibla Jutes II réponfit à cette hardiesse dn roi, en signant la. ligne sainte > et «i convoquant ie concile de La- ' tm , oè qfBalve*vlog^trol9 évéqoca de toutes les parties de la chrétienté le reconnurent pour eli^ de PÉglise. De noavcauoL désastres marquèrent pour la France le cours de cette année : Gènes se révolta, et Ferdinand le Catholique conquit Ut Navarre. Joies II ne jouit point cependant des . disgrâces de Loui& : il monvut en 151 3 , et le cardinal de Médicis, ennemi de ta France, lui succéda sons le nom de Léoo X. Éclairé par l'expérience, Louis XII se rapprocha CBiln de Venise , et s'unit à cette république par le traité d'OrtbcE. L'empereur MaximiKen, Henri YIII , roi d^Anglelerre, Ferdinand Je Catholique , et le pape, formèrent ijgae de Gootrq IM l« coaUtio» ttomméc Ligue de Matines. La Tré- ISIS, mouille conduisit en Lombardie une armée française, qui int défaite par les Suisses à Novarre ; die repassa les AI* pes ,. abandcmnant les Vénitiens à eux-mêmes, et ntafle fut perdue sans retour.
BrtMUe L'armée anglaise gagnait alors en Artois la bataille de %ite?^' fiqinegate, connue dams rhistoire sous le nom de la Journée des éperons, à cause de la déroute complète de la gcndarmene française. Les plus illustres capitaines , et aatre antres la Palisse, Bussy d'Ambolse, et le chevalrar Bayard , y ftirent faits prisonniers. Pressé à la fois par les Suisses, qui assiégeaient Dijon, par les Espagnols et par les Anglais; privé de son seul alité par la mort de Jacques lY, tûi d'ÉcMse, tué à la batattle de Flodden; enfin , tonr^ m enté par sa oonsclcnee, Louis XII renonça au sdiiisnae, abandonna le concile dePIse, transféré à Lyon, et signa,