CHAPITRE m
ai^ede HfiBri II.
Avéne>
Henri II , fils de François V^, était âgé de vingt-neuf 1 uu ans lorsqu'il monta sur le trône. Il méprisa les avis de son père, ehangea les oonseilkers de la couronne, et rappela près de lui ke^eomiétabledeMkHitmorency, qu^ nommait son ceB^èce, et fui ledonbiâ pendant tantmnrè-
U¥aB t. CHAPITKB III. 399
g&e. Ladndwase d'Étampes fbt exilée, et resToyée à son mari : ses partisans ne se raeiietèrent de la mort, de la prison ou de l'exil , qa*en cédant leurs ehâteaux , leurs terres et leurs charges à de nonveaux favoris. Le due de Guîse et le cardinal de Lorraine son frère. Montmorency, Diane de Poitiers , qualifiée du tUsre de maîtresse du roi ; enfin la reine Catherine de Médicis , douée d'un esprit souple et profondément dissimulé, étalent à la tête de chacune des quatre factions qui partageaient la cour.
Un des premiers édks du nouveau roi condamnait les Édita des-.
potlqoes
hiasphémateurs à avoir la langue percée d'un fer chaud i
et les hérétiques à être brûlés vifs. Un autre édit attribuait, sans appel, aux prévôts des raarédiaux, assîsiés d'une commissioû de juges choisis dans les tribunaux , le juge- j
mrat des assassins , contrebandiers , iH^conniers et gens |
sans aveu : cet édit dépoaîllait le parlement de ses attributions spéciales, et livrait la vie des citoyens à rarbitralne. Les magistrats firent d'inutiles remontrances, et, oontraints de céder, ils enregistrèrent, mais avec cette elanse : Vu lu malice du temps. Une révolte séneuse éclata dans les provinces d'outre-Loire, où llmpôt sur le sel avait été récemment établi par François 1*'. Le Poitou et la Guyenne Benoîtes se soulevèrent : à Bordeaux surtout la populace commit de ^"ei en "
Guyenne.
grands excès; elle repoussa la garnison du château Trom- «««s. pette, et massacra son commandant, dont elle déchira le corps en lambeaux. Le roi promit justice et satisfaction ; le peuple s'apaisa, et le parlement punit les séditieux. Montmorency fut chargé par le roi de rendre la Justice qu'il avait promise, ou plutôt d'exercer sa vengeance. yeilà mes elefs , dit-il aux Bordelais en leur montrant ses canons; et il entra dans B(»deaux comme dans une place oonquise. Tous les bourge^s jugés par commis-
400 XaOISiBMB BPOQUB.
sioD périrent dans les supplices : deux colonels des communes furent roués vi£s , avec une couronne de fer ardent sur la tète. La ville entière , atteinte et convaincue du crime de félonie , perdit ses privilèges ; on dépendit ses cloches, on abattit des pans de ses murailles ; cent vingt! notables furent condamnés à déterrer avec leurs ongles le| corps de l'officier massacré , et les habitants payèrent 200,000 livres pour les frais de l'armemeut. Montmorency parcourut en bourreau plutôt qu*en juge les provinces où la révolte avait éclaté , et il laissa partout des fourches patibulaires pour marquer son passage. Bordeaux ne re couvra ses privilèges que l'année suivante. Henri n ^ France respirait à peine depuis une année , lorsque ^erré%a >& gucrrc éclata de nouveau. Henri II soutint Octave Far- "rJSipV* nèse, duc de Parme, contre le pape Jules III et l'empeiMi' reur : celui-ci , sans inquiétude du côté de la France, avait gagné, en 1547, la fameuse bataille de Muhlberg sur les confédérés de Smalcalde. Le vénérable Frédéric , électeur de Saxe , et le landgrave de Hesse, étaient tombés en son pouvoir. Cliarles-Quint contraignit le premier à céder son électorat , qu'il donna à Maurice de Saxe , gendre du landgrave. L'Allemagne fléchissait, et la ligue protestante n'espérait plus qu'en la France ; elle implora le secours de Henri II, qui l'accorda sous la condition iiMistt qu'il pourrait occuper la ville de Cambrai et les trois é\ê*
évéSé« chés de Metz , Toul et Verdun , et les garder comme vide Mete , y o
verdiil^ ^^^^ ^® l'Empire. Il s'en saisît aussitôt ; puis, mettant sur 1939. 305 drapeaux, comme symbole de liberté, un bonnet rouge entre deux poignards, il se déclara défenseur de Tindépendance germanique et protecteur des princes captif; mais, suivant aussi Texemple de son père , et condamnant chez lui ce qu'il encourageait chez l'étranger, il
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fit publier l*édit de Châteaubriant, qui aggravait toutes les \ peines portées contre les hérétiques , autorisait des perqui- '; sitions secrètes touchaût les opinions individuelles, et établissait un inquisiteur de la foi.
Un succès inespéré rendit le secours de Henri II inutile aux luthériens d'Allemagne. Le jeune Maurice de Saxe , décrié dans sa patrie comme traître et usurpateur, préféra 1 le rôle de chef des protestants opprimés à celui d'une créature de Charles-Quint. Une dissimulation profonde cou- ^ vrait ses projets. Lorsqu'il se croit assez fort, il lève le masque^ et marche à grandes journées sur Inspruck , où Tempereur, malade et presque seul, faillit être surpris. Contraint de céder, Charles signe avec les protestants la Paude \ convention de Passau , changée trois ans plus tard , à la i»i»-' i diète d'Âugsbourg, en paix définitive : c'est d'elle que date l'ère de la liberté religieuse en Allemagne. La France n'eut aucune part à cette victoire ; mais elle conserva le prix de son alliance en gardant les Trois-Évéchés, malgré les efforts de l'empereur pour les lui arracher. Les hosti- :opéralités entre ce prince et Henri II se prolongèrent encore trois ntaires. années avec des succès variés en Piémont, en Italie, en Corse, sur les frontières du nord et de l'est , et sur mer. Les principaux événements de cette guerre sont : l'immortelle défense de Metz par le duc de Guise en 1552 , contre Charles-Quint , qui assiégeait cette place avec cent mille soldats et une artillerie formidable; la levée de ce siège, où Tempereur perdit quarante mille hommes ; le ravage de la Picardie par l'armée impériale , et celui du Hainaut par l'armée française ; la conquête d'Hesdin par Henri II , la perte de Thérouenne , que Charles-Quint détruisit de . fond en comble; le combat de Renti en Flandre, entre ces deux souverains , combat glorieux quoique peu avanta-
(TAiigi-
402 TflOlSISHS ÉPOQTO.
geux pour les Français , et où se distingaèrent le due de Gaise, Coligny et Tavaimes; eafin la défeosede Sienne par Montluc , le ravage des eôtes d'Italie par Dragut, amiral ottoman , allié des Français, et la belle campagne faite eu Piémont contre le duc d'Albe par le naaréchal de Brissae, le plus humain des généraux de ce siècle.
Après ces guerres, dont les avantages forent bafatncés , et à la suite des grands troubles causés en Allemagne par j la mort de Maurice de Saxe et la rivalité de Charles-Qnînt | et de son frère Ferdinand , roi des Romains et souveratn | Diète héréditaire de Bohême, s'ouvrit à Augsbourg une célèbre diète qui aurait dû suivre immédiatement la oonvrotîon dePassau. Charles-Quint , accablé par les affsûres et les maladies, laissa la présidence de la diète à son frère Ferdinand, qui tint un langage bien différent de celui qu'il avait coutume de tenir : on ne devait plus attendre , dit-il , d'un concile œcuménique une paix de religion que n'avait pu établir le concile de Trente ; et il serait plus difficile encore d'amener les ecclésiastiques allemands à une tiansaetion équitable dans un concile national : c'était donc à la diète elle-même qu'il fiiliait demander cette œuvre de prudence et de charité. La diète prit alors en considération l'état de la religion. Il fut convenu que les États catholiques et protestants exerceraient librement leur culte ; que le clergé eatholique renoncerait à toute jundietioQ spirituelle sur les États professant la confession d'Augsbourg; que les biens ecclésiastiques, saisis avant le traité de Passau, seraient laissés à leurs possesseurs actuels ; que le pouvoir civil de chaque État y réglerait la doctrine et le culte, mais qu'il donnerait liberté entière, à tout Allemand qui ne se confirmerait peint aux règlements, de se retirer en paix où il voudrait avec sa fortune.
LÎTIUS I. CHAmmS III, 403 .
T€l M en grande partie le décret de la diète d'Aogsbooi^ • du 35 septembre 1 555, et sur lui reposa longtemps là paëc religieuse en Allemagne. Ce décret portait un coup funeste à la politique de Gharles-Qutnt, dont l'objet fut toujours de malnteolr sous sa seule dépendance l'unité de rÉgIfse, Tourmenté par ses disgrâces autant que par ses douleurs, incapable de travail, et eonvalncu que tout dépérissait quand il ne dirigeait pas tout lui-même, il convoqua à Bruxelles leschefs des Pays-Bas ; et là , lc25 octobre 1 655, am*^^il abdiqua solennellement sa couronne béréditaîre, et la^^*^^^remit auxmains de Philippe II, son fils. Il conserva six mois encore 1^ couronne impériale; puis il se retira au couvent des hiéronymites de Saint-Just, où il mourut, après avoir fait chanter de son vivant l'office des morts autour de son ceroieil. Son frère Ferdinand, roi des Romains, fut son suecesseur à l'Empire. Philippe II avatt épousé, l'année précédente, Marie, reine d'Angleterre, fille de Henri VIII et de Catherine d'Aragon : tes deux épovx soutinrent à l'envi dans leurs États te eatfaoh'cknie par i'kiqiBSîti«n et par les bôchers.
Aussit6t que Philippe fut n^onté sur te trène, Henri II signa avec lui le traité de Vaucelles ,4lont la clause prin- Trattés cipale était une trêve de cinq années. Les peupks en reçu- mctoires rent la nouvelle avec transport; mais leur joie dura peu : ^^^^^ ce fat de Rome que surgirent les nouveaux germes de discorde. Un traité contradictoire avait été conclu, entre Henri et te pape, quelques mois ayant celui de Yauodtes. Paul lY, que ses neveux tes Gmfte poussaient a des rigueurs outrées, pour provoquer à leur profit des conâscations, et exciter la guerre entre l'Empire et la France, soupçonna Charles-Quint, avant son abdication , d'avair voulu te faire périr ; il le dédara empoisonneur ea plein
Rome, lass.
404 TBOISIEME EPOQUE.
consistoire, et invita Henri II à le venger, lui promettant, par un traité signé à Rome, l'investiture du royaume de Naples.
Deux partis divisaient alors la cour de France : l'un, stimulé par le cardinal Caraffe, neveu du pape, demandait lobservation du traité de Rome ; Tautre, le maintien de celui de Yaucelles. Toutç la jeune noblesse voulait la guerre; Montmorency inclinait à la paix, et, partageant à cet égard, les vœux du peuple, il engageait sagement le roi à la Renrise maintenir. Les hostilités éclatèrent subitement entre le "^; P^P^ ^^ '^ Espagnols , et la guerre fut résolue.
Une armée française sous les ordres du connétable et de son neveu Coligni entre en Artois, et une autre en Italie sous dSsîïït ^^ ^"^ ^® Guise. La première livra bataille, près de Saiut- ^i«t"* Q"^ï^tî»ï à Philibert, duc de Savoie, chef des forces espagnoles et anglaises ; elle fut complètement vaincue par la foute du connétable de Montmorency : une charge de cavalerie, que commandaient les comtes d'Egmont et de Horn , décida la victoire. Les Français perdirent dixmille hommes, I leurs bagages et leurs convois : le chemin de Paris était ouvert : Tindécision des vainqueurs épargna de plus grands decSbe d^s^^i^^ À la France. Guise fut aussitôt rappelé d'Italie, et 'cSu£^ signala son retour par un exploit mémorable : il surprit '^^ Calais et s*en empara. Cette ville, qui avait si souvent introduit les étrangers dans le royaume , était restée deux cent dix ans au pouvoir des Anglais. La France perdit la Bataille même année la bataille de Gravelines , où le vieux mare- ^iiner^ chai de Thermes fut vaincu par le comte d'Egmont. Ces Paix de âeux événements furent suivis de la paix de Cateau-Camcambï^ bresis, signée en 1 559. Elle fut surnommée la paix mal- ^ùeiTM ^^^^^^^^« Henri II rendit ses conquêtes, à Texception des iSm."^' TroLs-Évéchés; il renonçait a tous ses droits sur Gênes,