‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 64 sur 103 · LIVRE I. CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE III

sar la Corse , sur le royaume de Naples, et ne gardait en Piémont que Pignerol et quelques forteresses. Ce traité , peu glorieux mais nécessaire , termina les guerres d'Italie; elles avaient duré soixante-cinq ans '.

Heureuse la France, si elle eût su mettre à profit pour son bonheur intérieur sa paix avec l'étranger! Ses finances étaient épuisées, et Henri, pour subvenir aux dépenses de la guerre et à celles d'une cour prodigue et dissolue, avait eu recours à des expédients déplorables : il mit à l'enchère les charges des présidiaux ou tribunaux inférieurs , qu'il créa et multiplia dans les provinces; il établit dans le même but et par les mêmes moyens un parlement en Bretagne , fit acheter un édit d'inquisition au clergé , vendit une multitude de nouveaux offices, ordonna que les titres ou provisions d'une foule d'officiers publics fussent revisés et les contraignit à en acheter de nouveaux ; il autorisa les villes, extraordinairement imposées, à créer des rentes sur elles-mêmes ; enfin il osa donner le nom à*ëlafs gêné' taux à une assemblée de notables choisis par lui et dé* voués à ses volontés, et il déguisa sous le nom d'emprunts les taxes qu'il exigea d'eux.

L'édlt d'inquisition qu'il avait vendu au clergé ne fut point exécuté. Déjà cependant l'inquisiteur Matthieu Orî était nommé par le pape; mais le parlement fit une énergique résistance. Ce n'était pas qu'il ressentît aucune pitié pour les sectaires : ses rigueurs contre eux étaient excessives ; mais il était jaloux de ses droits, et ne voulait point qu'un autre tribunal eût le privilège de poursuivre l'hérésie et de la punir. Henri ne soutint pas son édit, et l'inquisition ne prit point racine en France.

» Voy. ma Géog, hist. de la France, carte n° 14. '

406 * TBOISISIIS SPOQUE*

La gnerre étraogère avait apporté vers la fin de ce règne tMtuH quelque relâchemeot aux persécutions catholiques. Les

Fnokce. protestants s*enhardirent, le zèle religieux servit de masque à Tambition de quelques-uns ; plusieurs princes do sang, et avec eux de» guerriers illustres et des magistrats, embrassèrent la nouvelle croyance. Prenant confiance en leurs forces , ils se rassemblèrent ouvertement à Paris même. La promenade du Pré aux Gares servait de but à leurs réunions ; on les y rencontrait chantant à haute voix les psaumes traduits en français par Clément Marot

Bihorts- La cour et le clergé redoutaient par-dessus tout que le

earduiai parlement, Chargé de punir Thérésie, ne s'y laissât entraîner.

Heorf u. ^^ puissdDt Cardinal de Lorraine persuada dcmc au roi qu'il fallait qu*il se rendit au parlement pour y tenir son lit de justice et y proposer une mercmriale % à Teffet de censurer plusieurs magistrats qui adhéraient à la doctrine de Luther, et laissaient échapper les accusés convaincus d*héré»e, sans en condamner un seul à mort; ee qui était contraire à Tordonnance du feu roi , qui prescrivait de les br&ier et de les réduire en censés. « Quand cela ne ser- « virait, dit le cardinal , qu'à m(mtrer au roi d'Espagne que « vous êtes ferme dans la foi, encore le devriez- vous faii*e » de grand courage, afin aussi de donner curée à tous ces « princes et seigneurs d'Espagne qui ont accompagné le duo «d'Albe, pOur solenniser et honorer le mariage de leur roi « avec madame votre fllle, par la mort d'une demi-douzaine

^ Les mereuriaies étaient une espèce de tribunal dome&Uque composé des présidents de cliambre et des hommes de la compagnie les plus estimés , autorisés, par le choix de leurs confrères, à exercer sur eux une sorte de censore. Les conférences tenues pour le matorfien des mœurs et de la discipline se nommaient mercurialesj parce qu'elles avaient Ueu le fnercredi.

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de eoQseiUers p6«r le oioins, i|ii'U faut brûlef en place «publique comme héréttqaes kithérieBS^ qii% sont , et qui I gâtent cet exceiient corps da parlement. Que si vous n'y ■pourvoyez par ce moyen, bientôt toute la cour en sera infectée, jusqu'aux huissiers, procureurs et clercs du

* palais. » Le roi goûta cet avis y et se disposa à se rendre le lendemain au parlement; mais ayant, le soir, communiqué son projet à son conseiller de Vieilleville , celui^ ci fut d'avis qu'il laissât ce soin au cardinal de Lor~ raine et à l'évéquc de Paris : « C'est aux prêtres, dit-il , «à faire ce qui est de la diarge des prêtres : si vous allez, « sire, faire l'office d'un théologien ou d'un inquisiteur de 'la i'<N, il faudra que le cardinal de Lorraine vous vienne 'apprendre à courir en fice et à manier les armes. D'autre «part, sire, vous mêlerez la tristesse avec la joie; car de

• faire des exécutions de justice si sanguinaires et cruelles «parmi des noces, cela est de mauvais présage. » Le roi se rendit à ces raisons, et protesta qu'il n'irait point : mais le eardioal de Lorraine, apprenant cette résolution, entra en tireur. Vieille ville rapporte ainsi, dans ses Mémoires, la suite de ce tragique événement. « Au lever du roi, dit-il , entrèrent les cardinaux de Bourbon , de Lorraine , de Guise et de Pelvé, les archevesques de Sens et de Bourges», ks évesques de Paris et de Senlis, trois ou quatre doctenrs de Sorbonne et l'inquisiteur de la foi , qui le menaeerent si fort de la colère de Dieu, qu'il pensoit déjà estre daomé s'il n'y ailoit. Et ainsi marcha avec tous ses gardes, le tambour battant, sans oublier les Suisses M les cent gentilshommes de sa maison , avec grande magnificence. Descendu aux Augustins, où le parlement ^toit assemblé, il monte en la grand'ciiambre, s'assied ^ son lit de jostiOB, smis te dais, et commande à son

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procureur gênerai Bourdin d*y proposer la mercuriale.

Celui-ci attaque aussitôt cinq ou six conseillers mal

sratants de la foi, entre lesquels estoit un nommé Ann€

du Bourg , qui soutint si audacieusement devant le roi

sa religion en déprimant la nostre , que Sa Majesté jura

/""^^rande colère qu'elle le verroit brûler tout vif de sv.

^res yeux avant six jours : et commanda de le mènera

Aireau- ^ isounier en la Bastille , avec cinq ou six autres ; puis se

d'Anne Icva. Ordonnant à toute l'assemblée d'achever le reste;

du Bours

Lootedu •^''"^'^ ^^* Tournelles, il se repentit de n'avoir crt ^^' M. de Vieilleville : car , par les rues, il entendait plusieurs qui murmuroient de cette entreprise, à cause des conseil-l 1ers que l'on menoit prisonniers , et qui estoient des meil-l leures familles de Paris, et qui fort consciencieusement administroient la justice aux parties ' . »

■ VieîlIeTille deTint maréchal de France , et il honora son pays par sa tolérance et parla noblesse de son caractère. Recevant un Jour un brevet par lequel le roi accordait à lui et à cinq autres gentilshommes, entre lesquels étaient MM. d'Aphem et de Biron , les biens confisqués de tous les luthériens des pays de Guyenne , Limousin , Quercy, Péri<^ gord , Saintonge et Aunis , dont le produit serait au moins de 20,000 écus pour chacun y il répondit « qu'il ne se Touloit point enrichir paï un si odieux et sinistre moyen ; qu'il n'y tronvoit trace de dlgnitéj

encore moins de charité lions voilà donc enregistrés aux cours ai

parlement en réputation de mangeurs de peuple , outre d*avoir poui 20,000 escus chacun les malédictions d'une inlinité de femmes, di filles, de petits enfants qui mourront à Thospital par la confiscation des corps et biens, à tort et à droit , de leurs maris et pères ; ce seroii s'abymer en enfer et à trop bon marché. » Cela dit^ il tire sa dague, d la fourre dans ce brevet à Tendroit de son nom. M. d'Aphem , rougi»! sant de honte, tire semblablement la sienne, et en traverse son propr^ brevet ; M. de Biron n'en fit pas moins. Et tous trois s*en allèrent, tira^^ chacun de son costé sans dire mot, laissant le brevet à qui le voudrai prendre, car il fut jeté à terre.

{Mémoires de Vieillemlle,)

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Le conseiller Louis du Pàtir fut au nombre des magistrats arrêtés sur leurs sièges. Henri les remît aux mains le Montgommery, capitaine de ses gardes, et fit instruire eur procès.

Les calvinistes français tinrent à cette époque leur pre^'

.er synode, et rédigèrent la constitution qui devait main- ^JSÎ! enir dans l'union leurs sociétés éparses, et les régir se di^imI!; loe même discipline. Le roi en reçut la nouvelle au milit"^ les fêtes du mariage d'Elisabeth, sa fille, avec Philippe II, euf de la reine Marie. Il jura de tirer une effroyable reogeance de ceux qu'il considérait comme des rebelles. Sa mort prévint raccompiissement de son vœu. Monde Blessé à l'œil, dans une joute, par la lance de Mon- "TS»."' pmmery, il mourut de sa blessure, après un règne de louze années. Il laissa quatre fils, dont trois portèrent la couronne. François , leur aîné , avait épousé Marie Stuart , reine d'Ecosse , aussi célèbre par ses malheurs que par sa buté.

Henri II n'eut dans le caractère ni grandeur ni vertu. Intimidé par les Guises et dominé par Montmorency , esclave de sa maîtresse et de ses favoris, il leur prodigua les trésors de TËtat» introduisit un libertinage effréné dans sa cour déjà corrompue par son père, foula les peuples sans pitié , viola les droits de la magistrature, n'obtint aucune gloire militaire personnelle , et jaissa le royaume endetté de quarante millions*. L'ignofance et la misère du peuple, l'embarras croissant des Inances, les scandales de la cour, le prosélytismeprotes-

I 'Cette somme équivaudrait à 160 millions aujourd'lnii, le numéraire ayant alors une Taleur quadruple de celle qu'il a de nos jours. T. I. 13

4tO T^QfMsàUM SPQQinU.

tant dlunepart, ei de l'autra riDtoléranee catholique, préiparèneBt le ehaaap Ydcaaiqae où de grands talents et de gmades ambîtlons vinrent ae heurter sous les règnes suivants. La lutte dura trente-six ans, et couvrit la France derniç»

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