‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 65 sur 103 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Kègoes de François n et de CbarM IX.

FBARÇOIS II. «'**'

François II monta sar le tr6ne âgé de seize ans , et l'on vit se reproduire, sons ce règne et sous le sirivant, par lliorribles calamités, tous les vices de la loi que Charles Y ivait rendue, et qui fixait la majorité des rois à leur ado» fiNence. Les règnes de Charles Y I et de Charles YIU attesaient déjà suffisamment que le pouvoir» pendant Feuftince les rois, appartenait à qui savait s'en saisir. Sous François II, e furent les Guises, princes de la maison de Lorraine et on- poiasanoc tes de la jeune reine Marie Stuart, qui partagèrent toute guims.

412 TROtSISMB ÉPOQUE.

rautorité avec Catherine de Médieîs. L'un d'eux , le car- ' dinaly avait l*Âme hautaine et cruelle: fautre était le \ fiimeux François , duc de Guise, dont la prudence éga- •j lait l'intrépidité y déjà illustre par l'admirable défense ; de Metz et la prise de Calais, et cher aux Français |par ' ses grandes qualités. Les deux frères cependant se montrèrent également ingrats envers Diane de Poitiers , leur bienfaitrice : ce fut en la sacrifiant qu'ils achetèrent la faveur de Catherine de Médicis. Le trait caractéristique de cette reine, qui joua un si grand rôle sous le règne de ses trois fils , était une dissimulation profonde, unie à un esprit intrigant et corrupteur *. Nourrie en Italie à l'école des Machiavel et des Borgia , elle mit en œuvre sur le trône leur sombre politique , dont les malheurs de la France attestèrent la faiblesse, en même temps qu'ils en partii po. dévoilèrent l'infamie. Le parti opposé à Catherine et aux Htiquc». princes lorrains était celui d'Antoine de Bourbon , roi de Navarre, et de Louis de Condé son frère, tous deux princes du sang, issus de Robert comte de Clermont, fils cadet de saint Louis; ce fut à eux que se rallia contre lesGmses le vieux connétable de Montmorency, sans crédit à la <^r, et disgracié par la reine mère. Un grand nombre de seigneurs français^ indignés de voir toute l'autorité usur* pée par les princes de la maison étrangère de Lorraine, girossirent le parti des princes du sang ; et il se tint à Vendôme, entre tous les mécontents, des conférences se*

* Elle paraissait indilTéfente an pouvoir, lorsqu'elle en était le plus, avide ; iocapable d'aucune afTection sincère, elle troni(>ait également amis ou ennemis. Il n'y avait pour elle ni sécurité, ni plaisîryvsi ell< n'excitait,ne renouvelait et ne perpétuait les discordes.

(Cliarles Lacretelle, ffi^toire de France pendant les guerres à religionl)

LIVBB II. CfiLiPlTRS I. 4t3

crêtes, doDt le but était de faire convoquer les étals généraux, et d'enlever le pouvoir aux Guises. Ceux-ci , instruits de ces projets hostiles. et de la faiblesse d'Antoine de Bourbon , prévinrent le danger en intimidant ce monarque. Sollicité par CatherioedeMédicis, le roi d'Espagne, Philippe II, avait répondu que, dût-il lui en coûter quarante mille hom^nes , il soutiendrait en France l'autorité du roi et de ses ministres. Cette lettre, lue en plein conseil devant le roi de Navarre, épouvanta ce faible prince, qui accepta la mission de conduire à la frontière la sœur de François II , Elisabeth de France, qui allait épouser le roi d'Espagne, heureux d'échapper ainsi au péril de ses propres résolutions.

Les Guises triomphaient; ils se hâtèrent de travaillera procès et détruire en France le protestantisme, et firent poursuivre d^'Ann? le procès du conseiller Anne du Bourg. Cette grande cause Bourg, captivait l'attention publique, non-seulement à Paris, mais en Europe; le parti protestant s'agitait : la reine mère reçut des avis alarmants ; plusieurs princes d'Allemagne s'é- 1 f murent aussi en faveur de la victime, et ils écrivirent'.! pour la sauver. Les Guises comprirent que du Bourg se> rait plus redoutable s'il moarait martyr de sa foi que s'il vivait en l'abjurant, et mirent tout en œuvre pour qu'il consentit à s'amender. L'avocat chargé de sa défense \ confessa en son nom qu'il avait offensé Dieu et l'Église » et , ' ^'il était prêt à se réconcilier avec elle : les juges amr ' sitôt, et sans vouloir entendre du Bourg lui-même , tinrent conseil pour solliciter sa grâce. Tandis qu'ils délibéraient, un billet de sa main leur fot remis. Du Bourg désavouait les conclusions de son avocat , et persistait dans ^ foi, qu'il était prêt à confirmer par son sang. Dès lors sa perte fut assurée : cependant il ne devait point périr

414 IftOISUSMB SPOQUB.

I \ avattl d'être T«igé ; it le fot malheureasemeat par nn as- I < taisiDat; lepréaideot Mfaiard, son ennemi et run de ces jQgea, fut tué d'an emip de plstoiet : ce fat le smis1a% signal d'tew affreuse perséeotioQ. La sentence de mort fut aiaaitM prononcée eontre duBoorg ; il l'entendit ULce avec «ne oonatance héroîqœ, et répondit par le cri des martyrs : Je sois chrétien I je siiîs chrétien ! Ses adieux éloquents arrachèrent des tannes à ses juges. Il fut exéeuté le lendemain SS décembre; on lui épargna de seOlàr le Im , en loi fit la grAee de l'étrangler avant de le jeter dans les flammes.

La mort de du Bourg parut donner une activité nouvelle à la persécution : le cardinal de Lorraine désigna , comme l'avait déjà fait François V^, une chambre dq^parlement p«rtieolièrement chargée de punir les réformés. Le lèn était le châtiment qu'elle pronon^t contre eux , et la iérocité de ses jugements loi fit donner l'efifroyabie surnom de chambre ardente.

La paix de Gateau^lambrésis avait laissé sans eBxploi nne foule de gentilshommes et de soldats, dont la gnerre était la aenle ressource : un grand nombre vinrent à la cour solliciter, les uns ce qui leur était dù^ les autres des pensions €t des grâces. Importuné de leurs demandes et de imr misère, le cardinal de Lorraine fit dresser, à l'entrée du ehAteau de Fontainebleau, un ^bet , avec nesiaee é'j pendre les «)llieiteurs qui n'auraient pcHi^ quitté la cour 4e lendemain : ils s'éloignèc«nt , mais ils promirent de présenter mix Lorrains^ des plaintes d'une anâre sorte. Ces hownes, parmi lesquels étaient beaucoup de gens

* Les Guises, princes de la maison de Lorraine, étaient yuigairement Aésiflpés sous ce nom*

LXVB» II. CHÂPITilB I. 415

sans nom, s*imirent aux seigneurs ennemis de la tyrannie des Gaises, et formèrent a\ec eux te pacti des mal* contents y qui doubla ses forces en s'alUantaux protestants. Ceux-ci comptaient avec orgueil dans leurs rangs le prince de Gonflé^ homme de cœur et de Jtête , frère du roi de Navarre, et les trois frères Châtitlon, dont Fatné , , l'amiral de CoHgni , de mœurs austères , d'une fermeté inébranlable, habile à réparer ses revers sans jamate désespérer de la fortune, fut te plus illustre entre les ctiefe / < protestants de la France : d'Andelot, l'un de ses frères , célèbre par sa bravoure, commandait l'infanterie française ; son autre frère, Odet de Ghâtillon, négociateur ha* bile, avait sec^tement embrassé la réforme,jeW|latt jgané^j[uoiqn*ii fûtévêquejd[e Beau vais et cardinal. La 1 capacité des trois frères, leurs charges et leurs alliances, ) rendirent bientôt formidable le parti qui les adopta po ur I diefs, et qui comptait déjà sur le concours tacite du prince de Gondé.

Un vaste complot , connu dans l'histoire sous le nom de ' eonjurcUion é^Amboise^ fut alors tramé en secret par les j adversaires du gouvernement, catholiques^ét protest^mts. ". Les tms et les antres se lièrent par le serment de ne rien ,/ toiter contre le roi, la reine et l'autorité des lois. Leur biA coojura* était d'enlever le roi, alors à Blois, de le soustraire à l'in- d'Am-

boise.

flnence des Ouises, d'arrêter ceux-ci, et de les faire juger laeo.* comme coupables de haute trahison. Un gentilhomme adroit, audacieux, nommé laEenaudie, fut choisi pour chef apparent de l'entreprise, qu'il conduisit avec une grande habileté. Le chef réel, connu seulement sous le - , nom du Capitaine mueft, était le prfhce 4e Gondé. Ile toutes parts, des bandes d'hommes armés furent mises eu j mouvement , sans être dans le secret des conspirateurs.

416 TAOISISUE ÉPOQUE.

Les Guises, snr de vagues soupçons, transférèrent la cour du château de Blois dans celui d'Amboise : leà conjurés persévérèrent dans leur projet avec une audace incroyable. Un avocat nonuné d'Avenelles, anii de la Renaudie, révéla leur dessein; et, tandis que cette nouvelle .tenait encore les Guises et la cour dans la stupeur, les conjurés, instruits de la trahison, marchèrent en avant, et se dirigèrent en diverses bandes sur le château d'Amboise, le 16 mars 1560. Déjà la ville était remplie de troupes mandées à la hâte par les Guises. Goligni et Condé se trouvaient alors à la cour, et se voyaient l'un et l'autre en butte à une extrême défiance. Gondé, surveillé de près, reçut l'ordre de défendre quelques postes : des combats s'engagèrent, et furent malheureux pour les conjurés 5 les .Guises firent main basse sur une foule d'hommes accourus d'après l'ordre de leurs chefs, et conspirateurs à leur propre insu ; le parti fut dispersé , et les supplices commencèrent.

Quelque nom que Ton donne à cette entreprise, quelque motif qu'on lui suppose, elle était coupab\e, puisqu'il ^agissait de renverser par la violence un gouvernement légakment établi. Cependant, les barbaries exercées sur les captifs, et la constancedontilsfirentpreuve,appelèrentrintérét sur eux et l'horreur sur les bourreaux. Les vengeances des Guises furent atroces : les eaux de la Loire portèrent une multitude de cadavres, qui flottaient attachés ensemble à de longues perches , les rues d'Amboise ruisselèrent de sang humain. Les conjurés marchaient intrépidement à la mort , la plupart étaient frappés avant même d'avoir entendu leur sentence : Tun des principaux, le sieur de Castelnau , s*était rendu au duc de Nemours avec quinze de ses compagnons, à condition qu'il ne leur serait fait aucun

LIVRB II. CHIPITRB I. 417

mal ; les Gaises les firent condamner comme les autres ; Nemours s'interposa en vain pour les sauver, ils moururent tous: Gastelnau trempa ses mains sur l'échafaud dans le sang de ses compagnons décapités , et, les élevant au ciel toutes sanglantes, il appela la vengeance de Dieu sur ceux qui l'avaient trahi, et sur le chancelier Olivier qui| l'avait condamné. Celui-ci, secrètement attaché aux con- \ jurés ^ avait été forcé de servir contre eux les vengearfcesl ■ des Guises. En écoutant les paroles de Gastelnau, qui! avait aimé, il pleura , et, saisi de remords , il tomba malade d'une extrême mélancolie qui le faisait soupirer sans cesse et murmurer contre Dieu, affligeant sa personne d'oDe étrange et épouvantable façon. Comme il était en , ce furieux désespoir, le cardinal de Lorraine le vint visi- i ter ; mais lui ne le voulut point voir, et se tourna de Tau- \ tre côté sans répondre un mot ; lorsqu'il le sentit loin , i il s'écria : «Ah ! maudit cardinal , tu te damnes, et nous «tous avec toi 1 » Deux jours après, il mourut*. On ne ^ fit, durant un grand mois, que décapiter, pendre et j noyer : Condé lui-même fut en péril ; il paya d'audace en \ ^justifiant devant le roi; il fit taire les accusateurs , i niais non le» soupçons, et la guerre civile parut imminente, j

Les deux partis se rendirent en armes à Fontaine- Assem- Weau, où les Guises avaient convoqué les princes et les ^Jtïineprincipaux magistrats pour aviser aux moyens de la paix. Coiigni , dans cette assemblée, présenta inutilement une »quête au nom de cinquante mille religionnaires *, qui suppliaient qu'on leur accordât des temples eïTa permission de prier Dieu selon leur cœur. L'assemblée demanda

' De Vieilleville.

^ On désignait sous ce nom tous ceux de la religion réformée.

418 imontMMM BvoQirs.

Ifls états féaémxy et ks priDces lorrains aoquieseèrent à j ee T4M. Des de«z c6tés on tramait des compiots. Orléans avait été fixé poar le liea de ooDvocation des états ; le roi s'y raidit avec an appareil meDaçant. Les deux prinœs BouiiMiis y forcDt attirés par ies Guises : le roi de Navarre eaar«t risque de la vie dans une nndienee qae lui donna François II , et Condé fat fait prisonnier. Une commission ». délignée par les Gafees, et présidée par Christophe de

5^*' Thon, père de l'historien, condamna G>adé à perdre la jjw^ tète. La mort dn Ikible François II, qn'une maladie de

'cota*!?.' laogvenr eonsnmait, prévint le supplice du prinee. **^ Ce n^ne finit sous les auspices les plus sinistres : les a£EartB do sage «t vertueux Miohel de l'Ilospital , nommé fféoemment ehmoeiier du royaame, fiurent impniasants pour conjorer Torage près d*éclater.

CHAJUilS IX.

Af«M-

■cntde

Chartes IX n'avait qne dix ans lorsqu'il snceéda à François II , son frère. Les états généraux étaient alors raasem- Ûés à Orléans , et ne prirent qu'une faible part aux affaires politiques. Catherine de Médieis s*empara de U régence par le conseil du chancelier de THospital , et reconnut le roi de Navarre en qualité de lieutenant général du royaume. Condé fut délivré, et Moatmoreucy rappelé à la cour, où cependant les Guises restèreot puissants et redoutables.

La reiae mère louvoyait entre les partis, tantôt s' appuyant sur les Guises et les eathoiiqiiesy et tantôt s'attachant aux protestants et aux Bourbons contre les Guises. Ceux-ci rechei-chèrent l'appui du sombre et cruel Philippe H, roi d'Espagne, le plus ferme champion du

UTBS n; ctuamaoi i. 416

cktholicisne dant toute TBorope, ^ f ai déjà , sow le règue précédent, s'était déclaré protecleor dii noyaame de France. Les Gaises sentirent égâteiBent le besoin de cattitac^er ie eoimétable à lear oaase : ils savaient qn'aux :poBx 4a vieux goerrier toat intérêt disparaissait devant cekii de la religion «sftholiqae ; ib la ini néntrèreat en. péril, et il entra dans levrs Tues. Le maréchal de Saint** àndré fot anssi gag«ë «a parti des frinoes lorrains , et forma, avec fe cemiétabie et François de Gnise, nne ligne qoi reçut le nom de triutn virât. Alors parut on édit daté ^^^ de da mois de jaiMcl;, qui accordait aux protestants «tmaistia '<*>*• pour le passé, et leur prescri vint de vivre «atfaollqnement , sons peine de prison et d'exil : la mort ne devait pins étrepranoneéeeotttre eax. Cet édit nefH que des mécontents, et ne fat point observé. La reine tenta de rap-procfaer François de Guise et Gondé; ils s'embrassèrent, etdemrarèrentememis mortels.

Les^émts généraux se réunirent dans le i»ursde Tannéa p^ontobe. à PooMse. Les électeurs s^étalent assemiriés par province *^^' et non par bailliage, et chacune des treize provinces n^ayant «e«imé qu'un dépoté de cbaque erdre, trente» neuf membres semlement iriégèrentaux étsAs. Ils votèrent l'élection des prélats par les chapitres et l'abolitinn des anmAes, et firent tomber la plupart des eharges pnbllques snr le elei^ : eet ordre, redoutant des mesures pkrs rigonrenses à l'égard de ses b»ns nnmenses, steposa poor qainne millions, qu^ oillHt à titre de don gratuit. Dansit mdma temps se tenait me antre assemblée, «ëlèbre tous le nom de àeUoque de Poissy. JailcNix 4e Mre briller son coUMioe éloquence et son énitttlon, le eardinal de Lsrmine avaH Po?»y. eonvié (es nlnlatres protestaBErts, et Galfin M-mème, à "^' onvrbr^avec lui et les éiréfaescathoilifues^^es eoniérenoes

420 TuoiSifiMH Bi|oqiï9«

où les priDcipaax points des deox religions seraient débattus. Poissy fat désigné pour le iieu de cette lutte théologique. Plusieurs cardinaux, français» quarante évéques et un grand nombre de docteurs y parurent; on n'y JBompta que douze ministres protestants. Calvin ne se présenta pas; il envoya pour le remplacer Théodore de Bèze^ le plus distingué de ses disciples. La discussion finit comme toutes les querelles théologiques : chacun demeura plus affermi qu'auparavant dans sa propre opinion.

L'édit de juillet n'était observé nulle part; les protestants le bravaient ouvertement , et se réunissaient en un grand nombre de lieux. Catherine de Médicis fit alors or^ donner à tous les parlements de désigner des députés qui Taidasseut à rédiger un édit plus convenable aux circonstances. Cette assemblée nouvelle fut présidée par THospital , qui proféra ces belles paroles : « Recherchez, dit-il, si « l'on ne peut estre bon sujet du roi sans estre catholique, « et si enfin il est impossible que des hommes qui n'ont « pas la même croyance vivent en paix les uns avec les « autres. N'allez donc pas ^'ous fatiguer à chercher la- « quelle des deux religions est la meilleure : nous sommes « ici y non pour establir la foi, mais pour régler TEs- « tat »

?^Lf! Le sage édit de janvier fut le résultat des efforts du chancelier. On y statua que les calvinistes rendraient les églises usurpées, les cr^x , les images, les reliques , et se soumettrai^t à la levée des dîmes : il leur fut ordonné de garder les jours de fête, et de respecter les actes extérieurs du culte catholique. On leur permit néanmoins de s'assembler, pour rexercice de leur religion» hors des villes et sans armes; et l'on enjoignit aux magistrats de veiller à ce qu'ils ne fussent ni troublés ni injuriés. Les parlements

JuiTler.

LiTKB U. CHiL^ITES I. .421

deRooeo, de Toulouse, de Bordeaux et de Grenoble firent peu de difficultés pour enregistrer l'édit; cdoi de Bourgogne le rejeta ; ceux de Languedoc et de Dauphiné opposèrent une longue résistance. Cet édit célèbre fat accaeilH par les calvinistes avec un enthousiasme qui doubla leur conûance, tandis que les catholiques le reçurent dans un silence morne et farouche. La paix qu'il maintînt entre eux fut de courte durée : chaque parti se fortifiait et se préparait à la guerre. Les Guises avaient attiré dans le leur le roi de Navarre, que flattait Philippe II ea lui pro* mettmit la Sardaigne, tandis que Condé, son frère, se déclarait ostensiblement chef des protestants, vers lesquels la reine mère paraissait alors incliner. Les catholiques, alarnoés des faveurs de Goodé, appelèrent Guise à Paris. 11 accourut de Juin ville, et traversa la petite ville de Yassy Manacre en Chamj^gne dans le temps où les protestants étaient as* «mi. ' semblés au prêche. Sfa troupe fanatique tomba sur eux i'épée à la main ; le duc de Guise fut blessé à la joue dans te tumulte , et soixante protestants périrent égorgés : ce massacre devint le signal de la guerre.

Guise entra dans Paris en vainqueur et aux acclamations dtt peuple ; Catherine Jalouse et alarmée de son influence» se rapprocha des protestants sans se donner ouvertement à eux : les deux partis s'observèrent plusieurs jours en armes dans Paris ; et la r^ine, pour prévenir l'effusion du sang, engagea teurs chefs, Guise et Condé, à quitter la capitale': ils obéirent, mais ce fut pour réunir leurs partisans et se préparer à la guerre. .

Cependant, le grand capitaine qui fut en France le plus Les proferme soutien de la réforme , l'amiral èe Coligni, hésitait repn»> a prendre les armes : ses frères, le cardinal de Ghâtillon et d'Andelot, le pressaient de montiur à cheval; mais ltti> cal-

422 TaomàKB i»oQvs.

eoMt ftNH tes mau de la gBCive chrite; il MogeaitaiTee cffirol an naasbre de ses advenalpes., à la faiblesse ée soa parti, à la gnindear da périt. Depais dem jours il Té- Blstait, loraqall fat réveillé la miit par lessaDglets de si iemme» Gb M*était poiat sor etU-mème qu'elle pleurait, Mais 8or raikaadcHi où son mari iFoalait laisser ses frères eu JéaBB^hrlst, (pi'cHe savait condanmés d*avanoe à périr daas las suppliées : « Être tant sage pour les homoEies , loi dit«iie, ee n'est pas être sage poar IMa , qni tous a donné la acienee du «apitalne pour le lerviee de ses euâaits. » Cekiigni l«i rappela les j«tes motifs de ses craintes, et itfoiita : « If ettea la flHtto sur votre sein , sondez b^a votre « eoBSeieBce, et voyez si eUe pourra digérer ies déroutes « génécaka, ies outrages de vos ennemis, les trahisons « des vdtres, la fuite, rexM , votre feiin, ce qui est pias * dbr, celle de vos en£ints, peut-être encore voire mort « par un bourreau , a|^ès avoir vu votre mari traîné et « eiLpaeé à rignomlaie du vulgaire^. Je vous donne trois « âeauiiMS pour vous éprouver. —Ces trois semaines sont « achevées, répliqua eette fismaie hérc^que : vous ne serez « jaauds vamen par ia vertu de vos ennemis; vsex, de la « Viôtm^ et ne oteMea point sor votre tèle les mortsée trois « saBBttaes'.» GollguI partit le tendemain avec aes frères, et rejoignit Ck>adé.

Le prîBee «téditait de s'anparer^ de la personne de fibarks IX : les triumvins k préviareat, Ils enievèRnt le jeune rolà Fiontaiafebieaa , et le eonduistrent à Pcffîs, en Catherine elle-même l'accompagna. Le coanétaMe neesnlint pfatt aon zèle fime^ue ; jl s'avança dans les fiaulioin'gs à la tête de ses iroupea, attsqua les p récbesdes protes-

« D'Anlriaié, lliBlioe«ar CQUanL

unui 11^ csAKTBs I. 423

tante, €t fttit de €ft main le feu à Icort tcmpSes, qui foreat eouHwaés noz cris Jojaix et fàroees de Ib popalaoe : e'est ainsi que la preoNère g«erpe fvà déeterée. Gondé, I*aminl Pranière de Cotigai , «t soa fr^ d'Andelot , s'emparèrent amnilât c^d'OrléauSy et y rassembJèr^t leurs forces. Des deux eètéa on recourut À l'étranger : les Gaîses étaient seeoams p«r le roi d'Espagne, et aclietèrent, au, prix de la vHie de Ta* fin , l'appui du duc de Savoie; les eaivioJ6les négocièrent avec Elisabeth; ils loi vendirent Dieppe et le Havre ^ eC appelèrent en Franee un corps de cavaliers allemands, coanos soi» je nom de reitres. Un grand nombre de setgaenrs, outre les CbAtillonS) embrassèrent kar parti; on distinguait dans leurs rangs Ant^oe de Groi, la B^cfaeibucauldy Roban^ Mootgommery , Grammont : les uns, aittirés par un zèle véritable pour la réforme ; lesauftresy par leur ïmoe contre les Guises, et par les chances qu'une guerre civile (^re toujours aux ambitieux. L'armée des liOgoenotB ' ou protestants se faisait remarquer par sa i)elle et sé^re discipline : an n'y voyait ni Je«K de ha^ sard , ui femmes de mauvaise vie , ni maraudeurs ; les jttraaeiltsétai^t sévèrement défendus; les ministres par» couraient les compagnies , et y entretenaleiit l'enthouslasnie religkax ; mais sous cet extérieur austère fermentait un fanatisme aussi somJ^e et aussi cruel que celui de j l'année catholique : maibeur aux vaincus I malheur aux J' ailles prises par Tune ou par Taittre armée ! les plus ef» | fr^^ables atrocités y étaient commises de sang*froid:{ Beaugeney, enlevé d'assaut par les protestante; fiiois,j

' On commençait alors à donner aux, réformés de France le nom de huguenots, sous lequel ils se désignaient eux-mêmes. Ce mot Tient du nom allemanâ ektgenoêsen^ uni signifie coyi/(^ef^^«, et que les SttiMes se donnaisnt ente «ox.

424 TROISIEME iPOQUB.

Tours, Poitiers etfRoaen , emportés par les catlioliqaes , éprouvèrent d'abord tontes les fureurs de cette guerre atroee. La ville de Rouen , défendue par Montgommery, meurtrier involontaire de Henri II, avait été assiégée par le roi de Navarre, Antoine de Bourbon, qui fut tué sous ses murs : Tunique gloire de ce prince est d'avoir donné le ^ur à notre Henri IV.

De toutes les grandes villes de France dont il s'était emparé , Gondé ne possédait plus que Lyon et Orléans , lorsque les deux armées , commandées l'une par ce prince, l'autre par le connétable, se rencontrèrent près de Dreux. Bataine La bataille s'engagea, et fut sanglante. Le connétable «M». ' cbargea impétueusement le premier ; ses escadrons furent rompus par Coligni; Montmorency, enveloppé de toutes parts, demeura prisonnier; le maréchal de Saint- André fut tué en accourant à son secours. Une partie de l'armée catholique prit la fuite , et les protestants se dispersèrent à la poursuite des vaincus. Alors François de Guise, jusque-là immobile avec sa cavalerie , parcourt rapidement des yeux le champ de bataille : « lis sont à nous! » s'écriet-ii, et il fond au galop sur les protestants étonnés : cette charge imprévue décida la victoire : Gondé lui-même est fait prisonnier. Ce nouveau triomphe, la captivité du connétable, celle de Condé, la mort d'Antoine de Bourbon et du maréchal de Saint-André, rendirent François de Guise l'homme le plus puissant du royaume. Nommé lieutenant général, il se hâta de marcher sur Orléans, dont il pressa

Mort de le siège. Là fut le terme de ses suecès et de sa vie : un pro- François ^ * **«jGiiuc. testant , nommé Jean Poltrot de Méré , l'assassina d un

coup de pistolet : sa mort ftit le salut d'Orléans. Guise termina son illustre carrière eu pardonnant à sou meurtrier, et en cherchant à se justifier du massacre de Vassy. L'as-

UVAB U. CHAPXTRB I. .425

sassin désigna , au milieu des tortures, Collgni poar son complice, mais il varia dans ses aveux, et le grand caractère de Cdigni suffirait pour le mettre à Tabri d'un sonpçon d'assassinat ^ Henri, fils de François de Guise, aeeueillit cependant comme une preuve ce témoignageaceusateor, et vooa une haine im[dacable à l'amiral.

La désolation pesait sur les villes et les campagnes de la France; des bandes d'assassins ou de soldats féroces couvraient son sol ; les finances étaient au pillage et le commerce anéanti. Ces calamités , et surtout l'ascendant que la mort de François de Guise donnait à Condé, engagèrent Catherine à proposer la paix. Le prince, à l'insu de Coligni, et sans obtenir de garanties suffisantes, signa un traité qui accordait aux seigneurs et aux nobles protestants l'exercice de leur culte dans leurs seigneuries et maisons. Les bourgeois obtenaient la liberté de conscience , mais ils ne pouvaient exercer le culte public que dans une ville de chaque bailliage, et dans les lieux dont les protestants étaient en possession. La mort du duc de Guise avait mis le parti de Gondé en état de dictelr la paix, d'obtenir des conditions meilleures, et ce traité, Bommé eanvention d'Amboise, fut reçu avec indignation par Coligni, par Calvin et les chefs protestants. «Voilà, dit « l'amiral , un trait de plume qui renverse plus d'églises << que les forces ennemies n'en auraient pu détruire en « dix ans. »

L'armée protestante fut dissoute, et les reitres retournèrent en Allemagne : Catherine leur donna un sauf^nduit,

' M. Charles Lacretelle a parfaitement apprécié la valeur de la dénonciation de PoUrot dans son Histoire de France durant la guerre de religion (livre V) ; l'opinion qu'il émet et les motifô sur lesquels il i'appuie ne paraissent pas susceptibles de réflitation.

CoDTention d'Amboise.

436 «omniB i&poQim.

et (enta 4e les faire égm^ eft-ekente. CSeCte ésfoqae ne présente qv'ane «vite de perfidies et de irengeances citiet les. Ifontloe entra les ehefM^holiqaes, le banm des Adrets parmi les praieslants, se distingnaient par ienr férocité. €^ pou(ifùii€Off9èoi9tref dit le premier duis ses Mémoires, par où il eiMt passé; car par les arbres sur les chemins mientfQuvmt ks enseignes. Le seeend obligeait ses prisonniers à se précipiter eux-ménies da haut des tours sur les piqoes de ses soldats.

La paix ftet mise à prdit centre l'étranger. Le eonnétable, à la tôte des restes de Tarniée pretestante, chassa les Anglais du HaTre , et le clergé paya les frais de l'expédUtîon : ses biens» par le conseil de l'Hosi^tal, toent aliénés jusqu'à la ^valeur de cent mille écus de rente : c'était la paenière fois qu'un tel moyen était employé ponr sctvenir aux ressourees de l'État. Lesd^eases de cette «mée étaient évahiées à dix-buit millions, les recettes n'en promettaient pas plus de huit, et il y ainaltun àéûdt de quaranle*trfiis m^liODe au trésor. Cfaarles IX ^mirait dans sa qulnaième annéey et fnt déclaré aaafeur : Catberine conserva le pouvoir. Gondé s'oubUait à la cour dans les plaisirs, tandis que le connétable, peu reehet^dié par la reine, s'effereait de rompre la paix , en excitant de nouveau le peuple au mMsacre des protestants. Trois cents arrêts de mort étaient, dit-on , signés de sa main : la r^e déjoua eet affreux complot. Danville^ fils du connétable ^gavf^meur do Languedoc, Tavannes, gouveroeur de la Bourgogne, et pHnsieurs antres commandants des provinces, secondèrent les projets de Montmorency. Les foudres du Vatican , les anathèmes du concile de Trente , les sollicitations des princes étrangers « tout excitait les passions des catholiques , et tout piéiageait quelapm serait 4e courte darée.

UWK U. QBIWTAB I. 427

Le pa|ie Pie iV^lta devant loi piosienfsévèquesll^acais, accusés d^avoir embrassé iarétome : de ce nombre étaieit le cardiDal<de Cbàtilkui, SatQt-iRcMHiaiii, arobevéque d'Aix, et MeEtiue, éyôqoe de Yatenea, frère da redoutable capitaine de ce nom. À la aiémeqpoquey Jeanne. d'Albret» reine de Nay arre et veuve d'Antoine de Boorbon , ayant été atteinte et convaincue d*liérésie , une balle la dédara déohiie de la dignité royale , et livra ses États an premier occnpaot.

Le eonelle de Trente touchait à sa fin , sqprès' vingt et un ans écoulés depuis sa première session. Avant de se dissoudre, il décida de gmves questions. Les évéques rédigèrent des canons clairs et précis, qui ont défini d'une manière invariaUe les artides de foi des eathoKques^ et remisèrent toute concession à l'esprit du temps. Le concile pm du fiit dissous en décembre 1663. ^it^te?*^

La reine fit. Tannée suivante, un voyage dans les pro- *^' vinces de l'est et du midi , et oonAuisit avec elle le roi et toute sa cour. Les affaires furent oubliées pendant <€» voyage, et Ton traversa les villes minées et les eampa--' gnes dévastées, au milieu des réjouissances, des festins et des spectacles. Le duc d'Alèe alla visiter le roi à Bayonne, et 9 dans un entretien qu'il rat awc la r^ne sur le moyen d'anéantir les calvinistes , il lui dit ce mot qui depuis de- VMit fameux : « Dix raille grenonHiies ne valait pas la tête « d'un saumon. » C'était désigner à ses coups les prlndpaux cbefs du parti protestant.

Cbwrles LK» à son ret€«r, convoque à Moulins une assemblée de notables, et, par le conseil de THospital, il rend l'édit de Moulins, propre par sa modération à concilier les partis. U cbereheè rapp^dier les Oiiises et les Gbàtillons ; eeux-d n'avalent que %rop sujet de s'alanner ;

de Siint

428 nouma bpoqob.

partout la eonveotîoo d'Amboise était violée parles catholiqoesy et lesinfiractioiisdeiiieDraieiit fmpnnies : Catherine D^ociait la perte des diefi protestants avec Philippe II , et redoublait à leor égard de défiances injurienses. La création des gardes françaises remonte à cette époque ; elles étaient composées de dix compagnies de cinquante hommes : les gardes solsses, créées par Louis XI , furent en même temps fort augmentées : ces précautions firent ombrage aux protestants; ils eurent avis des projets de leurs eoûemis , et songèrent à les prévenir. Médiois soupçonnait leur dessein , et chai^ea quelques-uns de ses affidés du soin d'épier l'amiral. Ils ie trouvèrent, le 26 septembre, en habit de ménager, faisant ses vendanges; et, le 28, cinquante places étaient en son pouvoir. Le roi, presque surpris à Monceaux par Gondé, gagna Meaux en toute hâte, puis Paris, sous la protection de six mille Suisses : la cavalerie de Ck>ndé voltigea constamment autour de son escorte, et la seconde guerre civile fut déclarée.

La bataille de Saint-Denis suivit de près ces premières hostilités. L'avantage resta aux catholiques , mais il leur coûta cher; le vieux connétable y perdit la vie. Il avait été fameux sous quatre règnes : aucun guerrier illustre de cette époque n'avait montré plus de dévouement à ses rois; mais son zèle intolérant et fougueux pour la religion le rendit coupable de grandes violences. La bataille de Saint-Denis n'eut aucun résultat décisif.

Le duc d'Anjou, frère du roi, fut proclamé lieutenant général du royaume , quoiqu'il n'eût que seize ans ; et le prince Casimir de la maison Palatine, à la tête d'un corps nombreux de reîtres, rejoignît les protestants. Ceux-ci , animés par l'exemple de leurs chefs, se dépouillèrent de

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leurs bijoux et de lear argent pour payer ces utiles auxiliaires. Catherine , les voyant en force, fit encore des avances pour la paix, offrant de permettre Fexercicede la religion réformée en remettant la convention (TAmboise en vigueur, et de solder les Allemands si les places prises étaient rendues. Ces conditions furent acceptées contre Tavis des principaux chefs, et les deux partis signèrent une seconde paix à Longjomeau. Le peuple, qui en près* sentait les motifs et les résultats » lui donna le nom de paix mal cissise : elle suspendit à peine les hostilités , et '^,;^' multiplia les assassinats. *^

L'Hospital proféra encore une fois de sages paroles, et tenta de lutter contre les passions furieuses; il fut disgracié. Les hommes modérés comme lui récurait par dérision le nom de politiques^ et furent méprisés de tous les partis. Médicis sembla elle-même avoir renoncé à la temporisation et à la prudence : elle essaya , mais en vain, de surprendre les chefs protestants. Alors parurent des édits foudroyants contre les calvinistes , et leur culte fut interdit dans le royaume. Ils prirent les armes de toutes parts; Troidans leur fureur ils profanèrent les autels, dévastèrent, g«ejre brûlèrent les églises et les couvents, et commirent mille *'^'* atrocités. Briquemont, l'un de leurs chefs , les excitait an meurtre, portant lui-même, suspendu à son cou , un collier d'oreilles de prêtres : mais Louis de Bourbon , due de Montpensier, général catholique, l'emportait sur tous en barbarie : l'histoire se refuse à rapporter les affreux supplices dont il se glorifiait d'être l'inventeur. L'armée catholique, sous les ordres du duc d'Anjou et du maréchal de Ta vannes , rencontra: l'armée protestante , commandée par Condé, sur les bords de la Charente, près de Jarnac. Bataïuc Là , se livra un combat sanglaut.et inégal , soutenu par la jarnac.

430 TtLoaikwB BPOQim.

cavalerie du prince seulement , ooistre tontes les forces des catholiques. Q>ndé, blessé la Teille, portait le bras en éeharpe ; au moment de Taetion , un dievat fj9«igneax lai cassa une jambe : « AHona, nablesse française, dit le « prince anx gentilshommes qni Tentonraient, voici le « combat qne non» avons tiint désiré : sonveoez-vons « en qnel état Louis de Bourbom y entre ponr Christ et « sa patrie. » Renversé de ehevid, Ckmdé se défendit encore en héros; parmi ceux qui lai faisaimt hd rempart de lenrs corps, on vit un vieillard» nommé la Vergue, qui, avec vingt-cinq jeunes gens, ses âls^- ses petitskfils et ses neveux, combattit vaillamment juscpi'à ce quil fût tué avec quinze des siens; les autres ferait faits prisonniers. Coudé se rendit alors ; mais aussitôt accourut Aftontesquiou, ca^taine des gardés du duc d'Anjou, qui Looto dl assassina lâchement oe prmee d'un coup de pistolet. Aiu^ t«>w mourut Louis de Condé, à peine âgé de trente-neuf ans. Les protestants étaient abattus> et \k cour s^sbandonnait à toute rivresse du triomphe, lorsque la reine de Navarre, Jeanne d'Albret ', femme d'une grande piété et d'un noble courage, ranime les espérances de aon parti. Elle se rend à. Cognac, eu Angoumois, où s'étaient rassemblés les dé* bris de l'armée calviniste, et eonduit avec elle Henri, son fils , prince de Béarn , et Henri , fils du prince Louis de Cendé, tous deux Agés de seize ans. Jeanne se présente aux soldats, tenant par la main ces deux jeunes gens : « Je fc vous offre, ditrelie, mon fils , et je vous confie Henri^ fus «d» prince qui excite nos regrets. Fasse le del qu'ils se

^ Royne n'ayant de femme que le sexe ;. Tâme entière aux choMS ^ viriles , Tesprit puissant aux grandes affaires , le cœur invincible aux adversités.

(JfÀobigné, sut CWt^.,1. ff, Ht. I«^, cb. 2. )

n montrent Fan et i'i^utre dignes, dfi leuia ancâtces ! » Le prince, de Béarn ^'avance aimit^^t,, et dit : « Je jure de dé- « fendre la religion , et de persévérer dans la cause oom- « mune jusqu'à ce ^e la mort ou la victoirftuou&ait « rendu à tous la liberté pour laquelle nous oombattont . ir Condé annouce par son geste qu'une même résolution ranime, et aussitôt le prioeede Béarn est proclamé général en chef» aux applaudissements de l'armée,. aous la direction de Coligui.

£»e duc de Deux-Ponts, à la tète d'un corps considérable d'Allemands, vint joindre les calvinistes, dont les forces s'élevaient à plus de vingt-cinq mille hommes. Le combat de la Boche-Abeille, le premier où se distingua Henri de Béarn , fut à leur avantage. Bientôt les deux ar« mées se trouvèrent en présence près de Monicontour, Batame dans le Poitou : un simple défilé les séparait. Les calvi- Mootconnistes étaient les plus nombreux ^ mais ils occupaient- une im-' position mauvaise. Coligni désirait en ehanger, se& soldats voulurent combattre , l'action s'engagea ; le carnage des protestants fut.affreux,. et en une demi-heure, de vingtcinq mille hommes, cinq ou six cents seulement se rallièrent autour de Coligni. Ce guerrier, grièvement blessé ,. se montra dans cette journée si fatale àson parti au-dessus de luirméme: il avait perdu réeemnaentson frère d'Andelot, et sauva presque seul les débris de son armée. U les ramena, ainsi qne les jeunes princes, en Langnedoe, où Montgon»mery les r^gnit avec sea tripes. Les calvinistes reparureat encore ime fois dans une attitude imposante ^ et Coligni les conduisit sur Paris à marches forcées, ûesdeux^ côtés le besoin de repos était extrême, et la paixiut signée ^§^^^^ à Snint-Germain , où se trouvait la^ cour. ^^'^'!''

Lies calvinistes,. outre les avantages accordés parles

432 Tmoisixm sfoqok.

traités préeédoili» obtinrait à leur dioix quatre places de sûreté. Ils choisirent la Bodieile, Montauban, Cognac et ia Charité , qo*ite s*engagèreDt à rendre au boat de deux ans. Charles IX époosa presque aussitôt Elisabeth d'Autriche, fille de Ifaximillen II ; et dès lors il dissimula profondément sa haine pour les réformés. Le sombre Philippe exerçait, à la même époque, d'atroees cruautés sur ses sujets. Les Maures, qui composaient la population la plus Industrieuse de l'Espagne, avaient été, à cause de leur culte , réduits à la condition la pins misérable ; ils furent, sous Philippe II, décimés par le fer et le feu. Le monarqae espagnol , rassuré contre les attaques des musulmans par la victoire de Lépante, voulut extirper l'hérésie dans ses Etats, et le duc d'Albe fut en Belgique le digne ministre de ses fureurs. Philippe, glorieux des épouvantables triomphes de son général , ne cessait d'exciter Charles IX à l'imiter; maïs Charles n'avait pas besoin de ses conseils pour devenir son émule.

La paix ramenidt en France Tordre et la sécurité ; le' nu^de peuple espérait toucher à la fin de tant de maux. Les pré> *ïrôîe?* venances et les procédés bienveillants de la cour envers ^^^ les protestants, au lieu de les rendre plus circonspects, leur semblaient être autant de garanties d*on heureux avenir. Jeanne d' Albret , les jeunes princes, Coiigni , et les principaux chefs , furent invités à la cour et s*y rendirent. Le roi leur prodigua les paroles les plus flatteuses, «Je vous tiens, dit-il gracieusement à l'amiral, et vod « ne nous quitterez pas quand vous voudrez. » Le mariagi du prince de Béam avec Marguerite de Valois , sœur d€ Charles, fut projeté : la différence de religion y apportai! obstacle ; mais le roi aplanit lui-même toutes les difficultés. Jeanne d'Aîbret mourut au milieu de ces négociations.

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