HENRI IV
Cette histoire a trop souvent attristé le lecteur, en lui montrant le sort du peuple abandonné à des mains faibles,
^ Sully, Économies royales. — D*Aubigné , liy. II. T. I. 50
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inhabiles, oa sattgniniâKS» des émotiaBS péi^les vont enfin être snspendues, ^ làôre place à radmiratic»! et à l'amonr pour le roi le plos vraiment français qui ait ja* nais eeeiipé le trûne. Henri IV se dispose à régner; il est digne de sa hante mteieii : c'est à lui qœ la Providence a réservé la deuUe tâche 4e pacifier sa patrie et de guérir ses profondes blessures^
Ce prinee avait été nourri par sa pienae et noble mère, Jeanne d'Albret, dans la crabate de Dîe» et dans des principes de vertu. Arraché bien Jeune encore par eUeà la corruption de la cour de Charles IX , il passa ses tendres années dans les campagnes duBéara, entouré de compagnons de son âge. Il connut les hommes en vivant dès son enfance avec eux : c'est ainsi qu'il apprit aies aimer et à compatira leurs maux. Éprouvé de boonfi heure par l'adversité, il sut la supporter avec courage et la vaincre. Jamais prince ne se trouva dans une situatioD pios difficile que le fut la sienne après la mort de Henri de Vaiois»
Il avait contre lui la ligue» les anatfaèmes du pape, l'or
de Philippe II , et la mmtié de sa propre armée. A peboe
son prédécesseur eut rendu le dernier soupir, qu'il fut
soumis à une rude épreuve. Les chefs catholiques tinrent
Decura- conseii , et déclarèrent au roi, par la bouche de d'O, suriu-
ciieb ca- te udaiit des finances, que le moment était venu de choisir
thoilques ^ „
«" jfï de entre la misère d un roi de Navarre et la haute condi-
Navarre.
tion d'un roi de France ; mais que, s'il voulait régner sur
ce royaume, il fallait qu'il se fit catholique. Le roi pâlit à
ces mots; puis, ayant recueilli ses esprits, il prononça
Belle ces Leiles paroles : « Parmi les étonnements auxquels Dieu
Ho^'iv * ^^^ ^ exercés depuis vingt-quatre heures, j'en reçois
' « un de vous, messieurs , que je n'eusse pas attendu. Vos
«larmes sont-elles déjà essuyées? la mémoire de votre
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« perla et tes prières de votive roldepnit trois lieiirct smH* « eiles évanouies a¥ee le respeet qo'on doit aox parafes « d'un ami mourant? Il n'est pas possible que vous le«s « qui êtes ici eooseutiei à tous les points qne je «teHs d^en» « tendre. Et de qiài pouvez-vous attendre qb tel change* « ment en sa croyance que de «elui qui n'en aurait poM? « Auriez- vous plus agréable un roi sans Dieu ? vous assa* «rere^vousen la foi d'un athée, et aux Jours des iMip «tailles suivrez-vous d'assurance les vorax et les ausplees «d'uD parjure et d'un apostat? Oui , 4e roi de Natarre, « comme vous dites, a souffert de grandes misères, et ae « s'en est pas étonné : peut-il dépouiller l'An» et le csror « à l'entrée de la royauté ? Ceux qui ae pourront prendre «une plus mûre délibération^ ceux que leur crainte et la « brève prospérité des ennemis de l'État éloignent de «nous, je leur baille congé librement, pour aller chei^shtr • salaire sous des maîtres insolents. J'aurai parmi les ca- « tholiques ceux qui aiment la France et Thonneur. » Malgré cette noble réponse, huit cents gentilshommes et neuf régiments quittèrent ses drapeaux. Un petit nombre d'amis dévoués faisaient, avec les Suisses etqudquescofBr pagnies de cavalerie, le fond permanent de ses forées : ses serviteurs venaient tour à tour se ranger sous sa bannière, et, faute de paye, ils s'«a retournaient chez eux au boot de quelques mois de SQOur : il fallait e<mHr de ville ea ville, combattre et négocier sans relâche.
Le fanatisme et le délire furent portés au conMe dans Paris , lorsqu'on apprit que Henri III était iBM>rt assas^né. La duchesse de Montpensier saule au cou du premier heoine qu'elle rencontra portear de cette noQvelle ; pais elle monta en carrosse avec Anne d'Est sa taère, et se promena dans les mois , criant : Bonnes nouvelles / et ex-
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cita&t le peuple à se réjouir. Ou alluma des feux de joie : les prédicateurs firent Téloge de Jacques Clément , qu'ils appelaient martyr. On courait en foule voir sa mère, pauvre villageoise , aceueillie chez la duchesse de Montpenskr. Le portrait du régicide fut placé sur les autels. Le peuple, à genoux devant lui, criait : Saint Jacques dément y priez pour nous. Heureux^ disaient , dans le langage de l'Écriture, les harangueurs des Seize, heureux le sein qui t'a porté! heureuses les mamelles qui t'ont nourri! Puis ils insultaient à la mémoire de Valois, et se répandaient eu invectives furieuses contre Henri de Bourbon, rappelant redit d'union^ la bulle du pape et le décret de la Sorbonne, qui le déclaraient déchu du trône. lis cherchèrent un chef, et leurs regards se tournèrent vers Mayenne, frère de Henri de Guise, et seul dans sa famille capable de diriger les af&ires. Mayenne prit le titre de lieutenant général du royaume, et fit proclamer toi , sous le nom de Charles X , le vieux cardinal de Bourbon , que Henri lY retenait à Tours prisonnier ; il sortit ensuite de Paris à la tète de vingt-cinq mille hommes, publiant qu'tj allait prendre le Béarnais, Il rencontra près de Dieppe, avec toutes ses forces , la faible armée du roi , composée tout au plus de sept mille soldats. Henri soutint plusieurs attaques dans son camp, et remporta un avantage signalé
Combat dans un combat sanglant livré près du village d'Arqués.
d'Arqués, j^^^-g ^rapcaux Cependant étaient tombés entre les mains de Mayenne, qui s'empressa de les envoyer à Paris comme des gages d'une victoire, annonçant qu'il allait mener Henri dans la capitale, lié et garrotté, Llvresse des Parisiens durait encore, lorsque Henri IV, fortifié par cinq mille Anglais et par une nombreuse noblesse, parut devant
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PariSy attaqua les faoboorgs, s'en empara, refoulant les Parisiens dans Tintérieur de la ville. 11 permit le pillage des faubourgs , aân que le butin servit de solde à ses soldats; mais il empêcha le meurtre, rincendie, l'extrême licence, et fit préserver les églises et les monastères. II offrit en vain la bataille au duc de Mayenne , et quitta Paris pour soumettre la basse Normandie , dont il se rendit maître. L'ambassadeur de Venise, à cette époque, lai présenta ses lettres de créance : cette république fut la première puissance catholique qui le reconnut pour roi de France.
La discorde régnait dans Paris : les uns voulaient cou- prét«nronner Mayenne , d'autres se déclaraient pour le vieux ''tirône!^ cardinal de Bourbon , prisonnier de Henri IV, son neveu ; i'or de Philippe II corrompait les Seize et la population. Ce roi réclamait le trône pour sa fille Isabelle-Glaire-Eugénie ^ nièee de Henri UI par sa mère Elisabeth. Le pape Sixte-Quint^ frappé du délire des ligueurs et du grand caractère de Henri de Navarre , avait envoyé en France un légat, nommé Gaétan , avec ordre de ne se prononcer pour l'un des deux partis qu'avec entière connaissance de cause. Gaétan, négligeant ses instructions, se hàta^ d'embrasser le parti de la Ligue : poursuivi par Henri IV , il gagna Paris en fugitif, et fut reçu en martyr. La Sorbonne fulmina contre le Béarnais, déclarant en état de péché mortel et excommuniés ceux qui songeraient à l'adopter pour roi, lors même qu'il se ferait catholique. Le parlement de Paris, présidé par. Brisson, ordonna de re- Le nrdiconnaître Gharles X : le parlement séant à Tours, et pré- »;g*;5 sidé par Achille de Harlay , récemment échappé de la Bas- p^iJî^s tille, annulait les arrêts de celui de Paris, et proclamait ch^x^ Henri IV. La faction des Seize ajoutait à tant de causes de
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désordre, et porta le trooble à un tel excès, qoe Mayenne OMa et remniTela ce conseil , dont les membres reroplaéés eontinnèrent à former une cabale redontable. Çg^f Henri IV se rapprocbait de la capitale, et Mayenne lui ''^ an fernMiit le diemin. Les deux armées se rencontrèrent près de Oraux ^ dans la plaine dlvry. Dès te lendemain, an poM du jour, les dispositions furent prises pour le combat : Henri n'en prit aucune poar la retraite. « Point d'autre «retraite, dit-H, que le cbamp de bataille. d Des deux éHé» les armées se mirent en prière. Henri s'arançant devant la sienne , à cheyal , armé de toutes pièces, et la tète nue, s'écria : « Seigneur, vous savez mes pensées. «S'il est avantageux à mon peupieque je règne, favori- «see ma cause et protégez mes armes. » Puis, après les aeelaroations excitées par ces paroles : « Enfants, dît-il à «aes soldats, si les cornettes vous manquent^ suivez mon « panacha blanc , vous le trouverez toujours au chemin de ^ l'faonneur. » Il ordonne la charge, et l'armée de Mayenne, quoique très*supérieure en nombre, est presque détnille \ Le vainqueur mardie aussitôt sur Paris , et fait
< Après la journée d'Ivry, Henri IV, rencontrant près du champ de bataiûe l'illustre et fidèle Kosny couyert de blessures, lui adressa ces pavois , ot se pdnt au narturei son cœur bon et généreux : « Brave ft seUat et vaiUanl ohoralier, vos aitioss sigMiées en une fâitt ilBpo^ « tante occasion ont surmonté mon attente; et partant, en^iéaeiicede « ces princes et capitaines qui sont ici près de moi, tous veux-je em* « brasser des deux bras, et vous déclarer, à leur vue, vrai et franc chc- « valier, non tant de l'accolade , tel que je vous fais à présent , ni de «aaiUMiictael, ni duSalat-Esprit, que de mon entiers et sincera (tfléc- « lion, laquelle , joiacte aux kuigoes années de vos addes et utiles ser* « vices , me faict vous promettre , comme je fais aussi aux vertus de « tous ces braves et vaillants hommes qui m'escoutent , que je n'aurai « faBoh bonne fortune , ni sugmentation de grandeur, que vous n'y
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bloquer la ville par ses troapes. A etf te époque mourut le Mort du Tieax eardînal de Bourbon, rïYtfi et prisonoier de Henri IV, ^è°^' dont cependant il roeonnaissait les droits ; mais Henri t;oBnaifisait sa faiblesse , et craignait qo*il nesorvtt d*inslarament aux Mgoeurs s'il tombait en leors mains. Le bloeus de la eapitaie avait amené la fan^ie et ta biocos de
Paris;
mortalité daiM ses mars ; chaque jour éclairait de nouvelles ^^^ horrenrs. Le pmi^e, sans pain» cherchait sa noQrrittite dans les immondices et dans les cimetières : on vit une mère rôtir son enfant mort, le dévorer , et mourir sur cet exécrable repas. Le cœur de Henri souffrait de l'extrémité où ce malheureux peuple était réduit; souvent il permit que des vivres fussent portés aux assiégés : deux paysans ftirent surpris amenant une charrette de pains à une po* terne: on allait les pendre, quand Henri les rencontra; ils se jetèreid; à ses genoux, alléguant leur misère pour OLCttse : « Allez en paix , » leur dit le roi en leur remettant t'argeot qu'il portait sur lui; «le Béarnais est pau- >vre;s'il avait davantage, il vous le donnerait. » Pendant ee siège, les moines» pour ranimer le courage des assiégés, faisaient des processions, portant à la main i'ar^ebuse et le crucifix, et mêlant les décharges de mousqueterie au ehant des hymnes sacrées. Enfin des conférences s'ouvrirent à l'abbaye de Saint- Antoine des Champs, entre Henri et phiflieurs députés de la Ugue. Gondi , évéque de Paris, y vint avec le dessein de ooncilier les partis; mais il n'a* vait aucun pouvoir pour traiter , et ces conférences ftirent inutiles. Alexandre Faroèse, duc de Parnae, célèbre par
«participiez; et, craignant que le trop parler prejudiciast à vos plaies, «je m'en retourne à Mantes; et partant adieu , mon ami , portez-vous « bien, et vous assurez que vous avez nn bon maistre. »
( Mémoires de Sully, )
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ses exploits en Flandre et par la prise d* Anvers, s'avançait sor Parts avec Mayenne, et pénétra jusqu'à Meaox. 11 contraignit le roi à lever le blocus, força ses lignes à Lagny , et ravitailla la capitale. Incapable de s'ent^idre avec les Seize, et docile aux injonctions du roi Bhilippe, qui voulait que les Français continuassent à s'égorger entre eux, Famèse retourna en Artois» barcelé dans sa retraite par l'année royale. Des troupes anglaises et espagnoles restèrent dans le royaume en nombre à peu près égal.
Henri revint établir ses quartiers à Saint-Denis , et ne réussit point dans une nouvelle tentative pour surprendre la capitale. Le stratagème qu'il employa fit donner à cette journée le nom de journée des Farines. La discorde régnait dans Paris. Mayenne agissait d'un côté pour l'intérêt de sa maison ; de l'autre , les S^ze et la populace s'agitaient pour l'Espagne, qui les soudoyait : un nouveau chef divisa les ligueurs : le jeune duc de Guise , fils du Balafré^ récemment échappé de sa prison, fut reçu dans Paris avec transport, et plusieurs l'opposèrent à Mayenne : il ne remplit néanmoins aucun rôle important. Le nouveau pape Grégoire XIY , ardent a soutenir la Ligue, lui envoya un renfort de soldats , qui ne se signalèrent que par d'horridîsSSS! ^'^ brigandages. Les chefs les plus fanatiques étaient affréta ' eucore une fois les maîtres de Paris, malgré l'épuration fiûte par Mayenne do conseil des Seize : ce conseil , modifié et rendu plus nombreux , se nommait grand conseil de l'Union ; un comité de dix membres, élus par tous, dirigeait les affaires: ces dix avaient été choisis parmi les plus violents et les pins enthousiastes. Des curés, des prédicateurs poussaient la fureur de l'esprit de parti jnsqu*à la démence; ils excitai^t le peuple au massacre, et signalaient