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CHAPITRE PREMIER

Règne de Clovis.

Les succès des Francs dans la partie de la Gaule restée caoMAda soQmise aux Romaios» furent préparés par Tétat d'op- ^^ pression dans lequel le gouvernement impérial avait Jm^ plongé les peuples , qui , écrasés d'impôts » impatients de briser leur joug et forcés de soutenir des luttes continoelieSy manquaient de résolution et de vigueur pour se défendre. D'antres causes ' favorisèrent leura progrès rapides dans les contrées occupées par les Yisigoths et les

' Aug. Tbienr, Conquête de l'Angleterre. T. I. a

Burgondes ou Bourguignons : ces peuples, dont rinvasion dans la Cranle avait été violenleelactanipagnie âe grauds ravages, s'étaient promptement adoucis par rinfluence d'une civilisation supérieure. Les Goths surtout se laissaient gagner aux mœui*s romaines, qui étaient celles des haliitants civilisés de la Gaule ; et Us affectèrent de reproduire la politesse, les arts et les lois des vaincus , dont cependant ils n'adoptèrent pomt la rc^gion : ils étaient attachés à l'hérésie d'Arius, tandis que les peuples qu'ils avaient soumis étaient maintenus dans les croyances orthodoxes ou catholiques par leurs évéques : ceux-ci , enfants de Borne et héritiers du pouvoir administratif des magistrats romains, tenus à reconnaître pour leur patron et pour leur chef i'évêque delà ville éternelle, à régler leur foi sur la sienne,; et à contribuer par l'unité de la religion à l'unité de l'empire, travaillèrent encore, au moment de la conquête, à retenir sous l'autorité de Rome, par le lien de la foi religieuse, le pays où s'était brisé le lien de Tobéissaoce polilique. Les Yîsigotbs et les Bourguignons ne reconnaissaient point l'autorité des évéques, et ceux-ci fondaient plus d'espoir sur une nation encore . païenne et libre de tout préjugé , comme l'était alors celle des Francs, que sur des peuples qui, déjà convertis au dhrîstianlsme, refusaient de croire comme eux, et de les prendre pour guides. Leur inimitié contribua puissamment à l'expulsion des premiers conquérants. Lés Goths et les Boui*gnignons d'ailleurs, au moment où ils furent attaqués par les Francs , avaient perdu quelque chose de leur énergie primitive, sans avoir fait aucun progrès dans la science militaire des peuples conquis : les' Francs, au contraire , avaient conservé toute la vigueur snuvage des habitants de la Germanie, et rien n'amoUi^sait leui* féro-

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cité natareile oa kor esprit dlndëpendwee. Lorsqu'ils «toicirt vai&d», * Mainte» émfgnitimis des penpfos germaniiiiM» ^eùPkM sans cesse réparer kmrs perles ; vainqueurs, ils ayaieiittoste ta supériorité ifoe donnent l'audace dn succès et [a soif du piUage à des peuples guerriers qnr B'ont riea à perdre et toot à conquérir.

Ciovis, élu chef des Francs, seconda bîentôt (e vœu de» éTéqHes de la Ganleen époosant Clotilde, fille de Gondeband, roi des Bowgœgwms, seule femme qui iïit alors

delaeommimîoBromaîaedanslaracegermanîque.Lepre. oéun. mier ennemi qu'il attaqua fut Syagrius, général romain , ^J% gouverneur de la partie des Gaules encwe indépendante ^'^ des barbar», et dont Soissons était la capitale : Syagrius fut vaincu, et la tribu des Francs étendit ses limites Jusqu'à la Seine.

Cfcwis mareha ensuite contre de nouvelles hordes d'AUemands qui envahissaient la Gaule, et leur îîvra *"« «toïL bataUle à Tolbiae. Vaincu d'abord dans cette journée, il ^^^ promît d'adorer le Dieu de Clotilde, sll remportait la vie- "sF^ toire : il triomf^a , et tîntson serment. Il reçut le baptême à Reims, de saint Remî , évêque de cette ville. « Sicnmbre, courbe la tête, lui dit alors ce prélat ; brAle ce que tu as adoré, et adore ce que tu as brûlé. » Trois mille guerriers francs imitèrent leur chef , et furent baptisés le même jour: c'est ainsi q«c rÉgiise mmaine prit possession des barbai-es. Clovîs envoya aussitôt des présents à Rome, en signe de tribut, au successeur du bienheureux apôtre Pierre et dès lors sa conquête s'étendit dansT la Gaule sans effusion de sang. Toutes les villes du nord-ouest jusqu'à la Loire, et jusqu'à» teiriteire des émigrés bretons» ouvrirent leurs portes à se» soldats. Les évéques du pays des Bourguignons députèrent bientôt vers le vainqueur, en le sup-

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pliant jde les délivrerde ladomioation des barbares ariens : CloviSy à leur solHcitatiiHi^ déelara la guerre au roi bout* gaignoD Gondebaudy meurtrier du père de Clotilde, et le Défaite rendit son tributaire : Gondebaud, vaincu , promit de se ta\gSonl convertir au catholicisme, et la plupart des cités du bord du Rhône et de la SaAae furent alors réunies sons l'autorité de l'Église romaine.

Six ans plus tard, Glovis médite de nouvelles conquêtes, et songe aux belles provinees du Midi occupées par les Yisigoths. Il assemble ses guerriers au champ de Mars, et leur dit : « Je souffre avec peine que c*es Ariens possèdent une partie des Gaules; allons avec Taide de Dieu, et après les avoir vaincus, soumettons-nous leur territoire '• » — La guerre est aussitôt résolue. Glovis obtient» pour cette expédition, Fassentiment de l'empereur d'Orient Athanase , et s'appuie du roi bourguignon Gondebaud; il négocie avec les évéques catholiques des provinces occupées par les Yisigoths, et prescrit une rigoureuse discipline à ses soldats ; il s'ofTre enfin aux populations catholiques de ces contréescomme un libérateur et un vengeur : puis, marchant vers le sud, il épouvante Alaric II , roi de Yisigoths, par la rapidité de sa marche. Ce prince avait appelé à son aide le grand Théodoric, sou beau-pèi*e, roi des Ostrogoths, qui gouvernait alors l'Ita- 1 lie avec gloire % et n*osànt, avant la jonction de leurs ar-

' Greg. Tar., I. 2. |

^ Théodoric 6*était engagé , vis-à-vis Tempereur Zéaon, à péuéfrer en Italie, à conquérir cette contrée sur Odoacre, et à la gouverner j au nom de l'empereur d*Orient. 11 émigra donc avec son peuple, el | rencontra, en 4S9, Tarmée d*Odoacre sur les bords de Tlsonzo. Il la vainquit, et pénétra dans la LomiMrdie, où, après qoclqnes succès 1 suivis de nombreux revers, Odoacre périt assassiaé. Tliéodoric gou-

LITRX I. CHÂPITHX I. 29

mées, engager une action décisive contre les Francs, il se retire^deTant enx. Clovis , précipitant sa marche , at- victoire teignit Tarmée â'Alarie près de Yonillé, à trois lienes an ^•i^î^ sad de Poitiers, et ini livra bataille : Alaric perdit la * vmiu« viedans le combat. Les Francs farent vainqueurs , et bien- ^^^^* tôt la pins grande partie du pays occupé par les Yislgoths, jusqu'aux sources de la Garonne , obéit à Clovis. Carcassonne arrêta son année victorieuse. Une partie de ses forces , sous les ordres de son Ais ataé Tiiierry ', marcha dans rArvernie (Auvergne) de concert avec l'armée du roi des Bourguignons Gondebaud. Les armées combinées soumirent toute la contrée jusqu'à Arles, capitale de l'empire des Visigoths, dont elles firent le siège. Cependant les Ostrogoths du grand Théodoric approchaient ; ils couvrirent TEspagne et la Provence : les Francs et les Bourguignons se reh'rèrcnt devant eux , et levèrent les sièges d'Arles et de Carcassonne. La paix fut enfin conclue après une bataille gagnée par les Ostrogoths MJn traité assura la possession de l'Aquitaine et de la Novempopulanie à Clovis : Théodoric demeura maître de la province d'Arles jusqu'à la Durance ; les Bourguignons gardèrent les cités au nord de cette rivière, à l'exception d'Avignon, et la monarchie des Visigoths Ait rér duite à iTspagoe et à la première Narbonnaise ou Septimanie, dont Narbonne était la capitale : elle eut pour chef nominal nn enfant nommé Amalaric, fils d'Alaric II, tué

vema depuis lors l'Italie avec sagesse, et ténia d*y rétablir les lois et la civiU^tioD romaines.

' Je nomme le fils aîné de Clovis Thierry platôtque Théodoric, pour éviter toute confusion avec le roi des Ostrogoths.

' Les Francs » dit Jornandès , perdirent trois cent mille hommes daos cette bataille. {Hist. Goth., c. 38.)

3ft 9KMMm^ fipaQjii«« .

à Youiilé, petit-fite et pupille de Tkéodoiie: edai^ci èemeura en réalité, et jusqu'à sa nuKtf sonveraw^bsolB des deux grandes divisions 4e l'en^bedeB Goths en deçà et ^M delà des Alpes.

Les Francs, ainsi anrètésan&ad parles Ostro9olfa&,Biftiv obèrent à l'ouest, et arrivèrent daas le pays des Armoriques, dont les grandes villes se scmmiveBt et oottsentireat à payer tribut ; les Bretons seuls défendiraiit le cola de terre où ils js'étaiaat réfugiés^ et surent garder leur iadépendance.

eio^ La campagne en Aquitaine lyouta beaucoup à la renommée militaire de Clovis et à son pouvw^ et il reeat à cette époque les insignes consulaires de rempereur Atbanase qui régnait à Gonstantinople,etqui avait approuvé son expédition contre les Gotlis. Clovis se rendil à Tours , en l'année 510, pour inaugai*er son consulat dans le sanctuaire le plus vénéré de la Gaule catboliqae, ea présence du tombeau de saint Martin. Il fit à cheval son entrée solennelle dans la vUle, le front orné du diadàQie, revêtu de la dblamyde, et jetant au pei^le des pièees d'or ; il alla ainsi de la basilique de SalBt*Martin à la ca^é— dr^Je remercier le ciel de ses victoires; et dès ce jour il fut a]^^ consul et augu&te '.

Clovis fit alors à toutes les églises de ses États des donations considérables tant en argent qn'en hiefts-fonda pris sur ks immenses possessions du ii&eet du domaine impérial dont les rois barbares s'emparaient dans toutes les provinces conquises : la basilique 4e Saiot-Martm eut une grande part à ses libéralités ; il lui donna jusqu'à son cheval de bataille.

' Greg. Tur., I. 2, c. 38.

T.vmM u cMÂPnBB I. 31

! Au retMr de uni espéditfeB gvenière en Afi^trine^ \ OoTis âxaa réridcn€eàPafei8,4aMFsiiGi»fiila^ I Themies, oewpéjadis paries Césirs. Set regaids le pof^ f tèi«nt alors s«r le iiofd delà Oaiiteoeciipé par les pesf^les I desaraeeyetiiartagiéealrelepvissamtitiyaiimedesFra^ j ilipetMDe^ ou Kipuairesy qvA s'étendait sur les deux ri?es I du Bfaln, et les royaomes des Francs SaUqmes on SaUens, I resserrés entre l'Eseaut , la Somme et la mer '. Glovis te- I sait sons ses lois les deux tiers de la Gaule; mais son autorité était enoNre méeonniie des peuj^es de sa nation , à Texe^tion de la tribn sidiqne de Toomay ', à la tète de laqudle il avait rcDiforté tontes ses victoires. Là seule* ment il avait réussi à propager le cbristianisme : Toomay était devenu siège d'un évéché. Les Francs Saliens des denx antres royaumes et les Eranes BJpoaires étaient demeures attackés au paganisme.

Qovis résolut de les soumettre tons à son pouvoir : la devis, religion n'avait ni réprimé son amlntion ni adoud sa fé* trioMÎé roeité, et il mit en œuvre pour réussir la rose et la vio- ^'^^^ lenee. — U avait eu pour compagnon de ses derniers ex- {^^^j^ plcàts Chlodé*, fils de son allié Sigebat, roi des 1?«- "^'^^ puairtu : il enâasMua l'amlution do jeune prince par des paroJesaassi flatleases <|ae perfides : Chlodérie, poussé au pameide, alla n^oftadre son père , qui chassait alors sur la rive droite do Rhin; il le surprit dans les solitudes de la Gemnmie et l'assassina ; puis, . secourant à Cologne , il s'enq^ara dn trésor et se fit proclamer roi. Qovis sTéleva en vengeur du meurtre qu'il avait provoqué : il fit égor« ger Ghlodomir, mit ensuite son armée en marche, s'empara de Verdun, pénétra dans Cologne » et^ profitant

^ Voyez carte n° 4.

^ En latin rurnocuAk

32 PREMIÈRE BPOQVC.

de la stQpear où la perte de lean étuéts et sa marche rapide plongeaient les Ripaaires, il affidia Thorrear du meurtre accompli, et se dit hautement inuoeentdu sang^ de Sigebert et de Chlodomir. Leur mort , dil^il aux Ripuaires , les exposerait à de grands maux s'ils n'acceptaient sa protection et ne se rangeaient sous ses lois. Ses paroles, appuyées par une armée victorieuse, forent écoutées ; les Ripuaires élevèrent Clovis sur le bouclier et le proclamèrent leur roi. Marchant alors sur les tribus saliques de Thérouenne et de Cambrai % dont les chefis Gararic et Regnacaire* avaient maintenu contre lui leur indépendance , il les, soumit plus encore à l'aide de la trahison que par la force des armes : Cararic et son fils lui furent livrés sans combat ; Regnacaîre^ abandonné sur le champ de bataille, fut chargé de fers par ses propres soldats ; son frère Ricaire partagea son sort : tous deux furent amenés au farouche vainqueur : «Malheureux^ dit Clovis à Regnacaire, déshonores - tu ainsi notre sang ? Un Salien se laisser enchatner ? ne valait-il pas mieux mourir?» et d'un coup de hache il fit tomber sa tète. Se tournant aussitôt vers Ricaire : « Et toi , dit-il , que n'as-tu mieux défendu ton frère ; il n'aurait pas subi cet opprobre. » Et levant sa hache sanglante , Il étendit Ricaire à ses pieds. Il se montra d*abord moins terrible à Cararic et à son fils : il se contenta d'abattre leur chevelure en signe de dégradation, et ils s'engagèrent à entrer dans rÉglise. Mais Cararic, pour son malheur, laissa échapper ces mots imprudents : « Que sert , dft-il, de couper le feuillage d'un arbre encore vert ? il repous^ra bientôt. » Cette parole trahissait une menace , Clovis la

* En latin Tanienna et Camaracum.

' Ces deux noms s'écrivent aussi Haratih et Reufhenaher.

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