CHAPITRE P££MI£K
Depuis la paix de Yervins jusqu'à la fiu du règne de Henri IV. 1598 — 1610.
Henri IV était le seul priiice qui ait pu iorvoquer, à la mort de Henri de Valois , on droit légal à la couronne de France : une partie des Frauçais l'avait dès lors reconnu pour roi;* cependant son règne ne conunençait eu réalité que de Tépoque de son abjuration et de la soumission de la Ugue.
Le traité de Yervins avait été signé avec le roi d'Espagne, en 1598; trois ans plus tard, en 1601» un second traité fut signé par Henri IV, à Lyon, avec le duc de Savoie. Ce dernier traité fit gagner à la France la Bresse^ (e Bxigeyy le Valromey et le pays de Gex: Henri IV céda
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efi retour aa. duc de Saviile la leaTeRtMielé â« mar^iiat
Les tpaités de Yervins et de Lyon avûent assuré la paix avec rétraoger ; ia tranquillité intérieure fut rétablie par redit de Nantes: il fallait désoraiais., en goérissaiit tes plaies profondes du royaume, reci*éer ses ridiesses, lui ren* are sa force et son ascendaut eu Europe. Henri IV remplit dignement cette nobfee tÂclbe, et porta» en douze années, la France au plus haut degré de puissance qu'elle eût encore atteint : sujet étemel de surprise et d'adnûration pour C8QX qui ignorent les immenses ressources que son sol possède, et qu'uue main habile et prudente suffit pour rendre fécondes.
Deux causes d'agitation et de désordre menaçaient Étatiie pourtant d'arrêter dems son cours cette prospérité renais- **^*'"*^*' santé : Tune était le méeontentemcmt d'uu grand nonibre de aeigiieurs catholiques et protestants, anciens ennemis du rm ou compagnons de ses travaux , la plupart blessé» des mesures économes et sévères du monarque, et souffrant de la diminution que la paix avait apportée soit à leur fortune, soit à leur importance politique* Ils nourrissaient tous le dangereux souvenir des temps féodaux, sans renoncer à Tespoir de se partager la France. Henri lutta contre eux avec énergie, et ne négligea rien pour ruiner ouaffîiiblir lears prétentions. Le second sujet de désordre dans l'État provenait des propres faiblesses du monarque. Souvent, pendant la guerre, ses intrigues galantes et l'attrait des plaisirs lui avaient enlevé les avantages oonqua par sa valeur; les mêmes fautes troubièreal ^encore dans
' Pour les réunions à la couronne à Tayénement de Henri IV, et pour rétat de la France après les traités de Vervins et de Lyon , voyez ma Géog. Met delà France, p. 64,^, et carte a** 15.
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la saite la pidx de son r^ne; ellesof&irent aux seigneurs mécontents an prétexte de révolte, et empoisonnèrent le cours de ses dernières années. Le mariage de ce prince aree Marguerite de Valois avait été stérile. Marguerite, peu sdgneuse de cadier les scandales de sa conduite , vivait séparée de son mari ; et l'austère Rosny , duc de SuUy, confident et premier ministre du roi, aurait depuis longtemps pressé son divorce, s'il n'eut redouté le faible de ce prince pour Gabridie d'Estrées, duchesse de Beaufort. Déjà Henri avait permis qae les enfaots , fruits de leur commerce, fussmt baptisés avec un faste royal ; et plus d'une fois il manifesta le désir d'élever leur mère au troue. Gabrielle mourut subitement en 1599 : dès lors les minis- DiTORe très du roi s'occupèrent activement de la rupture de son lewt i¥ mariage, qui fut prononcée l'année suivante par la cour lîtedT ^^^<^°^®- Pendant ces négociations, le roi lia une non- ^uSt' ^^^'^ intrigue avec Henriette d'Entragues, qui, dirigée par un père ambitieux , exigea une promesse de raarîage. Henri lut assez imprudent pour l'écrire, s'engageant à épouser Henriette si elle lui donnait un fils dans l'année; Il montra cet acte à Sully, qui eut le courage de le déchirer. Le monarque rentra dans son cabinet, écrivît une seconde promesse, et la remit à Henriette en la nommant marquise de Verneuil. Cette liaison coupable et malheureuse, et surtout l'engagement fatal qui en fut la suite, ranimèrent plus tard les espérances des factieux, et devinrent une source d'agitations pour l'Etat et de chagrins amers pour le souverain.
A la tète des seigneurs mécontents on citait, dans le parti protestant, les ducs de Bouillon et de la Trémouiile; et parmi les catholiques, le duc d'Epernon', Charles de Valois, comte d'Auvergne, fils naturel de
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Charles IX et frère utérin de la marquise de Vemeuii; enfin, Charles de Gontaut, duc de Biron, fils du fa- conspirameux maréclial de ce nom y et lui-même l'un des plus <i"° ^ illustres et des plus habiles généraux de Henri IV. Il avait été comblé de richesses et d'honneurs en récompense de ses glorieux services, et nommé, à trente-trois ans, maréchal de France et gouverneur de la Bourgogne ; maïs son ambition était immodérée comme son orgueil , et ce fut particulièrement sur lui que comptèrent les ennemis de la France. Charles-Emmanuel, duc de Savoie, retenait en sa possession le marquisat de Saloces qu'il avait usurpé : sommé par le roi d'en faire la restitution, il vint à la cour de France pour y tramer des complots , et s'unît étroitement, dans ce but, avec le comte de Fuentès, ennemi personnel de Henri IV, et gouverneur de Milan pour le nonTeau roi d'Espagne Philippe III. L'une des filles d'Emmanuel fut offerte à Biron, avec la Bourgogne pour dot en toute souveraineté : le maréchal promit à cette condi* tion de soulever tous les mécontents en cas de guerre, et de les rallier à lui contre le roi. Fort de ces assurances qui lui furent portées par Lafin , secrétaire et confident du maréchal, Emmanuel refusa de restituer le marquisat de Saluées, et Henri lui déclara la guerre. Sully, récemment nommé grand maître de l'artillerie, avait tout dis* posé pour que la campagne fût glorieuse et rapide. Le roi cammit en mouvement deux armées; il commanda l'une, et ^sfvoicî* confia l'autre au maréchal de Biron. CxJui-ci fut forcé de '*"' vaincre malgré lui ; en vain prévenait-il les généraux ennemis de ses marches et de ses attaques, leurs troupes furent battues, leurs places emportées; Emmanuel demanda la paix, et obtint de garder le marquisat en échange de la Bresse, du Bugey et des bords du Rhône jusqu'à Lyon.
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Benri IV avait reçu avis des ialdligeiiees àe B!ro& avec ses eDDemis. Dans im entretien ^'11 eut avee tan à Lyon , il lui révéla ses so«pçoDS : le maréchal ne nia point son eriœe, et fnt généreosement parésoDé. Le roi eep^dant n'était qu'imparfaitemenlt instnrit, et Biron ne fit qn'im aven incomplet : ce fiit Tniie âes causes de sa perte. Henri flenriiv avaît éponsé, dans le cours de l'année, Marie de Médicis, mS^eAe fiUe de François, grand- dm de Florence : U envoya ifloo. Kron comme ambassadeur en Angleterre auprès d^Ëlisa- ^thy pour lui annoncer son mariage. Cette rdne venait de livrer à Téchafeud le comte d'Essex, son favori, coupable de rébellion : après avoir entretenu Biron de cet événement et de ses chagrins, elle lui dit ces paroles remarquables : « Si j'étais à la place du roi de France, il y aurait <t des têtes coupées a Paris aussi bien qu'à Londres. » Le maréchal ne tint compte de cet avertissement, et ourdit bientôt de nouvelles intrigues.
Marie de Médids avait rendu Henri pcre d'un dMphin; oe fut alors que la famille d'Ëntraguesfit valoir l'engage* ment ^igné par le roi en faveur d'Henriette, qui lui avait donné deux fiis; elle réclama pour eux la suecession aa trône, et plusieurs seigneurs soutinrent les prétentions de la favorite, entre autres Charles de Valois et le marédial de Biron : ils se liguerait, dans l'intention de faire déclarer le Dauphin illégi^me, et les n^oeiatious furent reprises entre Biron , Charles-Emmanuel et le comte de Fuentès. Biron devait avûk le commandement des troopes rebelles; le baron de Lu2> son ami, fut employé dans ces dernières négociations.
Le roi cependant avait connaissanee des intrigues du maréchal, et celuiei s'oubliati; dans une sécurité profonde. IMxL, instruit des soupçcms du roi, inquiet pour lui-
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même et blessé de te freidenr que ici marqiroft son maître, résohit de le trahir; il avait conservé les preuves éerites €t détaillées du crime, et les livra au roi. Biron fut aussitôt mandé à Fontainebleau, où se tenait !a cour : il s'y rendit. Lafln l'attendait, «t à son arrivée !1 loi dît: « Prenez coaruge, ils ne savent rien. » Ces paroles perfides enhardirent Biron. Henri l'accueillit avec bonté; dans nue longue promenade qu'ils firent ensemble, il essaya vaio^nent de toucher son cœur^ et de provoquer ses aveux ; il Ini offrit, s'il confessait franchement son crime, OD fiardon générai et ses bonnes grâces; mais Biron fat inflexible. Le roi essaya sur lui Tinfluence de quelques amis : ils n'obtinrent pas plus de succès. Tirant alors Sully à part : « Mon ami , lui dit le monarque, voilà un mal- « heureux homme que le maréchal ! Taf envie de lui par- « dooner, d'oublier tout ce qui s*est passé , et de lut faire « autant de bien que jamais; il me fait pitié. » Il tenta nn dernier effort, et rappela dans sa chambre aux approches de la nuit; là, il le supplia de lui ouvrir son cœur : <« €on- « fessant tout librement, lui dit-il, je vous couvrirai de « ma protection, et j'oublierai tout pour jamais. » Le maréchal s'indigna de ces instances comme d'un outrage. « Adieu , baron de Biron , reprit le roi ; vous savez ce que « Je TOUS ai dit. » il le laissa seul dans l'appartement, où entra aussitôt Vitry, capitaine des gardes, qui retîra son épée au maréchal et le retint prisonnier. « Mon épée ! s'ém eria Biron , mon épée qui a fait tant de bons services ! » Il désira parier au ix^ ; il n'était plus temps. On arrêta le oantCe d'Auvergne le mèrae jour ; tMis deux furent trans- #^^ à la Basitile, et le parlement reçut l'ordre d'instruire leur procès. Biron protesta de son innocence jusqu'au moraent où Lafin lui fut confronté; alors il se vit perdu , et
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il inToqaa le pardon qa*U avait çbtena du roi à Lyon, protestant que depoU il n'avait point conspiré. Tontes les présomptions étaient contraires à cette déclaration du maréchal, mais il n'existait aucune preuve évidente de ses der- . nières intrigues. Le roi rétracta le pardon qu'il lui avait donné sans connaître l'étendue de son crime, et fiiron fut condamné à mort A cette nouvelle, il s'emporta , devint farieux, puis implora la clémence du monarque : tout fat Kséen- vain ; il eut la tête tranchée, le 2 décembre, sur la place i£!Sctoi de la Bastille. Benri fit grâce de la vie au comte d'An- ■•M."' vergue; les antres grands coupables s'étalent soustraits à la justice.
L'arrêt du parlement et la mort méritée du maréchal portèrent un coup funeste aux espérances qu'entretenait encore dans le royaume l'ancien esprit féodal. La reine Elisabeth envoya féliciter Henri IV à ce sujet ; Philippe III désavoua toute part dans les complots du comte de Fuentès, et lit complimenter le roi sur l'issue de ia conspiration. Les deux souverains n'eu demeurèrent pas moins ennemis : Henri secourut toujours les Hollandais contre l'Espagne, et Philippe, suivant l'expression d'un contemporain', continua d'arroser en France « les mauvaises ra- « cines qui n'étaient pas encore mortes. » Adminis. Le royaume prospérait par l'attention vigilante du roi, uînruv^ par son économie, et surtout par les soins de Sully. C'est suuj. un lionneur immortel pour la mémoire de Henri IV d'avoir doQué toute sa confiance à ce ministre austère, et peu indulgent pour les faiblesses de son maître. Il n'avait trouvé dans son royaume, après la signature du traité de paix, , ni armée organisée, ni commerce, ni industrie : des ma- j
* Canaye. 1
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récages et des forêts couvraient encore d'immenses parties du sol, où ne circulaient ni routes, ni canaux : une dette énornae grevait le trésor; des pensions considérables avaient en outre été accordées aux chefs de la Ligue, et le crédit de la France était anéanti. Sully, grand maître de l'artillerie et surintendant des finances, créa en peu d'années UQ imposant matériel de guerre , et mit l'armée sur un pied redoutable : il déjoua toutes les fraudes des traitants^ qui faisaient à peine entrer au trésor le dixième des revenus publics, supprima les sous-fermes et une multitude d'offices de finances, cassa tous les anciens baux, et en fit d'autres beaucoup plus avantageux à la couronne, il établit enfin, dans toutes les branches de l'administration, l'ordre et la plus sévère économie, revisa les ci*éances de l'État, et s'empressa d'abolir plusieurs impôts vexatoires. L'agriculture devint l'objet de ses soins particuliers ; il per- Agricuimit l'exportation des grains, et doubla presque le prix des ^ terres en faisant tomber, par la sécurité qu'inspirait son administration, l'intérêt de l'argent du denier dix au denier seize. « Le labourage et le pâturage, disait Sully, voilà « les deux mamelles dont la France est alimentée , les « vraies mines et trésors du Pérou. » L'industrie attira mdMtrie. aussi l'attention de Sully : il lui donna une impulsion puissante en suppriihant l'impôt du sou pour livre sur toutes les marchandises vendues; mais ce fut contre son avis que le roi encouragea la fabrication des étoffes de luxe. H^uri établit des manufactures de tapisserie de haute lisse en laine et en soie rehaussée d'or; il fit venir en France un grand nombre de mûriers, et bientôt les soieries de Lyon acquirent une heureuse célébrité. On commença, vei*s la même époque, à faire en France de petites glaces dans le goût de Venise. Le roi aimait te haae des. palais et des jai>>
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dîDS, flans négliger aneim de» travaux oClies à l'État : par 96f sotos et par eeux de SoUy, de nombreases eomoHiBfeations forent étabiies dans le royaume; on eonatrvisit des ponts, on répara les routes, Paris fut agrandi et embelli; Henri lY joignît le fauboarg Saint-Germain à la ville et ie fit paver; il eonstmisit la plaee Royale, acheva le Pont-Neuf, commença le canal de Bilare, et conçut le projet de joindre les deux mers. Le peuple ne tarda point à goûter les fruits d'une administri^on si »^e; ses (Marges flvent allégées de quatre ndilions, et l'on ne peut se rappeler sans émotion cette parole si connue du bon roi : «Si « Je vis, disait-iU il n'y aura pas de paysan qui ne mette « le dimancâie une poule en soo pot.»
Tant d'utiles travaux et de sages réformes ne s'exéeutèrtnt pas sans une iriolente opposition de la part de tous oeBx qui avaient intérêt aux dilapidations des deniers pubtics. De nonAreux orag^ se formèrent à la cour contre Solty. Un jour, à Fontainebleau, le roi parut branlé : il prit à part scm ministre avant de partir pour ta cbftsse, et provoqua une explication : bientèt son amitié remporta sur ses soupçons; il fit connaître à Sally ses ennemis, lui montra leurs dénonciatiotis écrites, et l'entretint avec toQte l'effusion de aoà coeur. Sully» profondément ému, ae jetait à ses genoux pour ks emltarasser : « Que faites-vous, « mon ami ?» lui dit le rai en lai montrant les comrtisans à quelque distasiee» « ils croiraient que je vous pardonne.* Pttis^ si'avançant var» eux: «MessieorSy teor dit^il, sachez « tous que j'ainae Rosoy plus que jamais, et qu'entre loi et « nsd c'est à la vie et à ta mort.»
Au miHcu des prospérités croissantes de l'État, de nouvelles fsdblesaes fellUrent ètve fatales au monarque. Il de» itat épris, à TAge 4e'«i«|«aiUe ans, de la plus jeune fille
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en oonle d'Eatragnes^ sœar de ta marquise de Yerneail • Il se travestissait pour ia voir» et aecoorait, la nuit et près qse 9e»l, à travers les bois, aux roMlez-voas qu'elle lui assigmdt Le eomte d'Eutragoes^ qui ne voyait daus cette conspiraiKWvelle passidfi du roi qu'on moyeu d'élévation pour sa comte^ famille et pour lui-même, trama de nouveaux complots, dragues Ses priiieipaux complices furent le comte d'Auvergne, les P^'^èt'^"' ducs de Bouillon , d'Épernon et de Bellegarde, et le con- ^f^ nétable de Montaoreucy. Ils comptaient tous sur Tinter- ^ration armée du générai espagnol Spinola et du duc de Savoie : le comte d'Entragues devait faire enlever le roi dans une de ses courses aventureuses; le trône était promis au fils aîné d'Henriette. Henri fut en effet attaqué ao milieu d'un bois par des hommes masqués, et dut son sakit à sa présence d'esprit et à son courage. La conjura* tioii fttt découverte: on arrêta les comtes d'Entragues et d'Auvergne, avec la marquise de Verneuil et un grand oosubre de conspirateurs subalternes. Le roi fit grâce de la vie aux deux comtes condamnés à mort; il accorda son pardon à Henriette, mais se sépara d'elle : la justice des lois tomba sur leurs complices, et la tète des conspirateurs en sous-ordre paya, dans cette occasion comme presque toujours, pour le crime des chefs. Le duc de Bouillon fit bientôt aprês sa soumission ; et Henri fut alors an Mte de sa gloire et de sa puissance. Maître d'un royaume florissant, d'une épargne de quarante millions, d'une armée nombreuse et de la plus belle artillerie de TEiirope, il se vit respecté de tous les souverains. Le pape Paai y lui-même eut recours à lui pour terminer ses différends avec la république vénitienne. Henri prononça entre esx comme arbitre, et les réconcilia. H jouissait depuis einq années de la faveur de la cour romaine, et l'avait ga-
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xmd gn^ en aecordant le rappel des Jésuites en France aux ^^ vives instances da P. Gotton, son confesseur.
Les derniers temps de ce règne furent moins lieurenx. Marie de Médicis, d*une humeur hautaine et jalonse, irritée des infidélités de son époux, n^entret^ait avec lui qu6 des relations sans cesse aigries par le souvenir de ses injures. Les Italiens de sa suite avaient toute sa confiance, et formèrent un parti puissant à la cour; leur faction était dirigée par la célèbre Galigaî et par Goncini son mari^ tous deux d'une naissance obscure, et redevables de leur élévation à leurs intrigues et à la faveur de la reine, dont ils flattaient lorgueil et entretenaient avec art les ressentiments. La plupart des vieux compagnons de Henri IV avaient disparu : les uns étaient morts, d'autres s'étaient montrés rebelles; plusieurs enfin, mécontents de lui, s'éloignaient de sa cour; et dans ce nombre il voyait avec peine le brave Duplessis-Mornay, qui venait de compromettre sa dignité dans une dispute théologique avec l'abhé Doperron. Le roi avait aussi perdu sa fidèle alliée, la reine Elisabeth, morte en 1602 ; et le faible Jacques P^, son successeur, ne la remplaçait ni dans l'estime de ses sujets ni dans celle de Henri IV : mais Sully lui restait, et ajoutait chaque jour à l'éclat de son règne. Le roi eut encore la gloire d'être, en 1609, médiateur entre l'Espagne et la Hollande : la marine naissante et longtemps formidable de cette république attaquait dans les Indes les établissements espagnols et portugais, tandis que ses armées triomphaient sous le fameux Maurice : Henri IV ménagea entre les deux nations une trêve de douze ans, qui fut signée en 1609.
C'est alors qu'il commit la faute la plus grande de son règne, celle qui porta la plus forte atteinte à son repos et
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à sa gloire. Éperdument épris de Charlotte de Montmo* rency, quMI avait lal-méme fait épouser au jeune prince de Gondé, il ne put maîtriser sa passion funeste. Gondé ^^^^ inquiet prit la fuite, abandonnaleroyaurae avec sa femme, prin^^ et demanda protection à l'archiduc Albert , gouverneur ^^i^^ des Pays-Bas. A cette nouvelle inattendue, Henri éclate en menaces, et somme l'archiduc de lui renvoyer les fugitîfis. Gondé quitte la Flandre et se rend en Allemagne , tandis que l'archiduchesse Glaire-Eugénie prend à Bruxelles la jeune princesse sous sa sauvegarde et la dérobe aux émissaires du roi, qui somme le prince de rentrer en France, et déclare soudain la guerre à l'Espagne et à l'Autriche.
Depuis longtemps il voulait abaisser ces deux puissances, et se disposait à leur porter un coup terrible; mais cette subite déclaration de guerre, dont le motif apparent ^%l était une vengeance personnelle et le désir de satisfaire i^S^l^^ une passion coupable) fit pousser un cri général contre lui. ^triche?* Henri forma néanmoins d'utiles ai liances. Jean-Guillaume, '^^ dernier duc de Glèves et de Juliers, venait de mourir sans enfants: plusieurs prétendants se disputaient son héritage, et l'empereur Rodolphe H avait évoqué la cause à son tribanal. Les princes protestants le récusèrent pour juge, et formèrent contre lui à Hall une célèbre ligue, connue sous le nom d'Union évangélique. Ils réclamèrent l'appui de ^^^n^, la France et l'obtinrent. Henri IV s'unit également au duc '{JJde Savoie, aux petits souverains d'Italie et aux Grisons. Philippe lU, justement alarmé, parle de paix, et offre l'infante, sa fille, au Dauphin : Henri rejette cette proposition pacifique ; il sent ses torts, il en souffre sans se justifier et sans les réparer; il se trouble et s'irrite au nom de la jeune princesse qu'il poursuit, et hâte les préparatifs de la guerre,
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impatient de ocMnauinâer son armée et de mâreher vert la friMittère de Flandre»
Il destinait , pendant cette campagne , la régence à la reine; et , soit qu'il cédât à ses prières., soft qu'il vonlâjt M donner nne antorité plos imposante, il ordonna qu'elle Mt couronnée : cette cérémonie eut lieti le 13 mai. Le roi fbt tonte la Journée triste et inquiet. Depuis longtemps l'ékrignemeiit de ses anciens compagnons, les complots sans cesse renaissants autour de lui , l'ingratitude et la méchanceté de ceux qu'il avait comblés de bienfaits, abreo- ▼aient son cosur de ciiagrina ; quelquefois il méditait de punir SCS ennemis; mais bientôt sa bonté lui inspirant d'autres pensées , il se contentait de dire : a Quand Je n'y « serai plus, on verra ce que Je vaux. » Le 14 mai, sa tristesse augmenta; Il ftit agité de douloureux pressentiments, dont ses amis ne purent le distraire. Après son dfoer , vers quatre heures, l'exempt de ses gardes, qu'il avaât fMt appeler, lui dit : « Sire, Vostre Majesté est toute « pensive; il vaudroit mieux prendre un peu falr, cela la « reirjonf roit. — C'est bien dit, reprit le roL Faites appres- « ter mon carrosse^ j'irai à l'Arsenal voir le due de Sally» « qui est indisposé '. » Le roi sortit du Louvre, suivi seulement d'un petit nombre de gentilshommes et de valets de pied. Le carrosse était ouvert de chaque côté, parce qu'il faisait beau, et que le rrâ voulait voir les préparatifs qu'on fiiisait dans la ville pour rentrée solennelle de la reine. En entrant dans la rue de la Ferronnerie , on embarras occasionné par deux voitures^ obligea le carrosse à s'arrê* ter , et les valets se dispersèrent : dans œ moment » vm homme, t^pfeïéFrimçoisRavaiUaef monta sur la roae^ et
< L'tstoUe.
porta, am roi «n eoop de eoaleam entre la seeonâe et fa troisiène eôte; Henri e'éeria : « Je sais Messéî » naos le eeélérat , sans se troubler, redoubla et le frappa d'un se^ cond coup dans le cœur, dont le roi mourut aussitôt, en ^JJJfv. jetant «n grand soupir. Le monstre se tint sur la phce, im- **^ mobile , eomme pour se faire voir et se glorifier du plus grand des attentats '.
Ainsi pérft Henri IV, à Vége de eincpiante-sept ans. On soupçonna du crime l'empereur , le roi d'Espagne , la reine de Franœ, le due d'Épernon, les jésuites, parce que tous en profilèrent ; mats l'assassin déclara qu'il n'avait point de complices. L'idée du meurtre lui était venue des sermons qofil avait écoulés : 11 croyidt le roi buguenot dafDS TAme^ et pensait rendre un grand service à la France, en la délivrant de ce monarque. Condamné au supplice des régicides^ son étonnement fut extrême lorsqu'il vit le peuple prêt  le mettre en pièces , et offrir des chevaux pour le déchirer. Jamais fa mort d'un roi ne causa une telle stupeur, et ne fit couler plus de larmes : fa France parut plongée dans le deuil ; le eommeree fut suspendu dass Paris , tes travaux de toute espèce cessèrent ; les gens de la eampagne se transportaiem: partout sur les grands cbemins pour savoir des nouvelles; et quand ils furent certains de leur malheur, ils s'écrièrent avec des sanglots : Notts avons perdu notre père! Henri était digne de ce grand et doux nom de père du peuple^ car le bonheur de ses sujets fot i'e^[M>lr de son coeur et le but de toute sa vie : il adoudt leur "Sort^ eréa pour eux de nouvelles soarees de richesses ^ et rendit son royaume aussi florissant «qu'il pouvait le devenir en idouze ans, après les bor-
> L'Estoile.
492 immsiiius woqob.
ribles ofthinités des guerres de religioiu La sage admiiiistratioD de ce bon roi, autant que ses qualités héroïques y lui valurent le surnom de Grand, que la postérité loi décerna.
ÉtatOM L€S lettres et les arts firent des progrès en Francesous '^'^^^ son règne, et il les encouragea. Les présidents de Thon et Jeannin, les cardinaux d'Ossat et Duperron, faisaient par-
'~[i? tie de son conseil; Pierre Pithou, l'un des auteurs de la satire Ménîppée, écrivit le traité sur les libertés de TÉglise gallicane; Jérôme Bignon commença ses grands travaux de jarisprudence; Arnaud et Etienne Pasquier étaient la gloire du barreau; Régnier se distinguait avec verve dans la satire. Henri fut le véritable fondateur de la Bibliothèque royale; il donna une forte Impulsion aux travaux d'architectare ; il agrandit et décora les résidences royales de Saint-Germain , de Monceaux, de Fontainebleau , et surtout le Louvre; il donna des logements daas le palais^ sous la longue galerie qui est son ouvrage , à des artistes en tous genres ; Paris enfin dut à ses soins de nombreux embellissements. Quand don Pèdre de Tolède fut envoyé par Philippe III en ambassade auprès de Henri IV, il ne reconnut plus cette ville, qu'il avait vue autrefois si malheureuse et si dégradée : « C'est qu'alors le père de famille n n'y était pas, loi dit le roi; et aujourd'hui qu'il a soin de « ses enfants, ils prospèrent. »
Henri IV eut jusqu'à la fin de ses jours a se reprocher des faiblesses coupables, dont il porta craellement la peine : l'histoire doit rappeler qu'il en gémissait, et qu'il sut quelquefois les surmonter. On connaît ces paroles à Gabrielle d'Estrées : « Sachez, madame, lui dit-il en présence de « Sully qu'elle accusait, sachez que je consentirois piutost
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tt à perdre dix maîtresses comme vous qu'on seul serviteur « comme lui. »
L'usage barbare des duels était à cette époque une des plaies du royaume, et coûta , dit-on , en une seule annéC) quatre mille geutiishommes à la France. Henri lY rendit à ce sujet des édits sévères. li condamna les duellistes à la peine de mort, et ordonna que le tribunal des maréchaux de France statuerait sur les différends entre les gentils* hommes: il ne put néanmoins triompher qu'imparfaitement d'un préjugé féroce trop enraciné dans les mœurs nationales. D'après le témoignage de son ministre, il méditait^ à la fin de son règne, de nobles plans pour le bonheur de l'humanité : il songeait , après avoir abaissé la maison d'Autriche , à fonder une paix perpétuelle en Europe^ en créant un mode légal d'obligation mutuelle pour les souverains dans leurs relations entre eux : la mort prévint l'accomplissement de ses généreux projets. Plusieurs reprochent k Henri d'avoir fait une abjuration peu sincère, par un motif d'ambition toute personnelle, et sans une nécessité absolue. Ce reproche est trop rigoureux. Il est probable que François T^ s'il eût adopté la religion protestante, aurait pu continuer à régner sur la France; mais lorsque ceux qui ne devaient inspirer au peuple que des sentiments de tolérance et de charité chrétienne , lui eurent persuadé que des hommes, en différant de culte, devenaient par cela seul ennemis mortels; lorsqu'ils eurent excité catholiques et protestants à se jeter les uns sur les autres comme des bêtes féroces, et à s'entre-déchirer pendant près de quarante années, les funestes défiances et les In^lacables ressentiments qu'ils firent ainsi naître, rendirent pour longtemps toute réconciliation impossible : il y eut comme deux nations sur le même sol, et jamais la plus
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fMMe n'atiralt pQ imposer son chef à la phis forte : ff fallait donc, après la mort de Henri de Valois, qne Henri de Boarbon se fit catholiqtre , on qne la guerre cfyfle n*eût poiwl de terme. La yie entière de Henri IV nous autorise à «rotre que son abjuration lui fàt dictée surtout par l'amour qu'if portait à son peuple. Si cet acte eut de moins . Bibles tnefift, si sa sincérité est douteuse, c'est à Dieu seul qu^jl appartient de prononcer un jugement sévère : la France ne peut avoir qu'une voix pour absoudre et pour bénir le meilleur des monarques.