CHAPITRE m
Miatetèro de Richelieu.
Les grasdes plaies du royaume étaient la falMesse moaHntie '^ ^ ^^ 9 i'ambitioii des membres de la famille royale, SSat^?- qui tous rédamaient une part dans le gouvernement ; l'or- {!Sû gueil et Ta'vidité des grands, habitoés à faire aeh^^r leur M^éissanee et leurs services, et eértains d'aecrottre leur puissauee et leur fortune s'Hs savaieat se rendre indispen* sables à quelque prince chef de parti , ou redoutables à la loyauté. Les lérces de la France étaient donc sans cesse divisées , le gouvememient ineertaib , 4e trésor au piUage, le royaume en proie a ranarcfaie. LesBspagnols profitaient de ces calamités pour dominer èe oonseti ; et leur puiftsaote influence politique tenait le parti protestant dans une akmneeontiouelle, sans pourtant l'abattre ; elle i'babituait à'se regarder oomme ou peupie'À part dans ia nation : de là un redoutable fléau de plus -pour la France* Pinmeurs plaees fortes appartenaient aux ealvîniasta^ et Tesemple beureux des Proivénees-Unies leur inspirait le^désir ebimérique de se constitaer euxHoiémes en une jrépubiique, dont la Bochelle eât été le boulevard et la capitale.
Tout changea de face en France au moment où Blefaelieu Êa^p» dHme main fenue ht direction des affaires. On garda le secret du oanseil, dottt lesEspagnois savaient au*
. Livmz m. c»A»mtB m. Sl<
paravsBt toutes les résolsiioiis; les ambassadeurs eurent poigiy ocdfe de parler et d'agir avec hardiesse : celui de Rome ^^^ IndiqBalt au cardinal les détours qufl fallait prendre dans •es négocieilionsavec cette-cour: Rieheiiea répondit : « Le « roi im*i«iitiplis 4lre amusé; tous direz au pape (jfu'on ".enyerra une armée dans la Yaltdine. ^ L'effet suivit la iB^aaee, et Fambassadeur fut remplacé par>le comte de Béthune, calvMsle. Le cardinal de Rlehelieu soutint aus*tftôt les Grisons 9 peuple protestant^ contre les Valtelins, nssaux catholiques de ce peuple. Le comte de Faentès» OBt Espagnol gouverneur de Milan^ si longtemps acharné contre Henri IV et la France, avait construit des forts au iéiwoché de ces vallées, dont il comprenait l'importance im'lftaire; et le pape, d'aooord avec l'Espagne, y gardait un corps d'armée pour les défendre contre la France. Le marquis de Cœuvres, d'après Tordre de Richelieu, arrive farosqoement dans la Yaiteline avec des troupes, repousse ttUes du pontife , et s'empare rapidement des forts et de tsutes les places. Le nonce du pape éclate en plaintes; il Beeuse le cardinal de Tappui qu'il prête aux Grisons pi^otestButs : « Vous devez être bien embarrassé, lui dlt^l, de «^soutenir au eonsdl de semblables résolutions. ^ Poiift du > tout, rendit le cardinal ; quand j'ai été fait ministre , «le pape m'a doBné un bref qui me permet de dire et de « faire > «n sûreté de conscience, tout ce qui est utile à "l'État. — MaiS) reprend le nonce, s'il s'agissait d'aider •> les béi^iques? -— Je pense, r^artit Richelieu , que le « bref du |>ape s'étend jusque-là. »
Les Espagnols se vengèrent en promettant leur appui aux calvinistes : ceux-ci se plaignirent de ce que les conditions de la paix de MoBtpellier étaient mal observées, et de ce qu'on élevait de nouveaux forts autour de la Ro«
512 TROISXSatB l^OQUE. •
ide chelle; et cette fois ils far^Dt les agresseurs. Sonbise, avec BStxiii une flotte, s*einpara de Tllede Bé: Rohan soaieva le Lan-
CODtK les '
''flloS.' £^^^^^* Richelieu envoie contre eux d*Ëpernon, Thémînes **m, et Montmorency : ce dernier disperse leur flotte; Thoiras emporte l*lle de Ré, qui faisait la s4reté du port de la Rochelle; et le ministre accorde une nouvelle paix aux vaincus. La olameur publique lui reprocha de ne pas avoir dès lors apéanti le parti calviniste, qui semblait écrasé ; on le désigna sous le aom de cardinal de la Rochelle^ ou de pontife des protestants.^ l\ faut, dit à cette occasion Ri* « chelieUy que je scand2\lrse encore une fois le monde anpa- « ravant. » Il faisait allusion, par ces paroles, a sou alliance avec les Grisons et avec les Anglais, ainsi qu'au mariage qu'il fit conclure entre Madame % sœur du roi, et Théritier protestant du trône d'Angleterre, si malheureusement célèbre sous le nom de Charles T'.
IS^at ^^ guerre de la Yalteline contre les Espagnols et le pape '*^ fut terminée par le traité de Monçon, en Aragon, traité qui ne fut pas désavantageux à la France. Richelieu se bâta de le conclure , pour faire face à Torage qui se formait contre lui à la cour et dans l'intérieur du royaume; les deux reines surtout étaient jalouses de son ascendant sur l'esprit du roi, et condamnaient sa politique, ennemie du pape et de TËspagne. Gaston d*Orléans, frère du roi, haïssait Richelieu, qui lui refusait place et autorité dans le conseil; et les courtisans, à qui Richelieu fermait le trésor public et l'oreille du roi, se répandaient contre lui en invectives et en outrages. Ce fut contre cette ligue redoutable qu'eut à lutter le cardinal. Il entrait dans sa po-
* On donnait , en France , le nom de Madame à la pins proche parente dn roi , et celni de Monsieur da premier {iriBce du sang royal.
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litiqne de combler de grâces et d'honneors les seigoears de haute naissance et d*un mérite distingué; mais ensuite i s*ils se montraient encore ses ennemis, ils ne trouraient plus en Richelieu ni égards^ ni miséricorde. Le colonel Or^ nano, gouverneur et confident de Gaston, en fit le premier l'épreuve : Richelieu, dans l'intention de se ménager un appui auprès de l'héritier présomptif du trône , donna le bâton de maréchal au colonel; mais Omano excita l'am» bition du prince , et voulut le marier contre la volonté du roi; Richelieu le fit enfermer, et le retint captif jusqu'à la mort.
L'imprudent et coupable Chalais fîit le second exemple de la justice sévère ou de la vengeance du cardinal. Déjà une première fois le jeune téméraire avait, de concert avec ^}^iul' Gaston, attenté aux jours du ministre, qui lui pardonna; ^dieu.*' il entra dans une nouvelle et plus vaste conspiration. IL ***^"**' aioiait la jeune duchesse de Ghevreuse, veuve du duc de Luynes; et il fut l'âme de la ligue où entrèrent Gaston d'Orléans, le comte de Soissons, le duc de Vendôme, gouverneur de la Bretagne, le grand prieur de Vendôme, son frère, tous deux fils naturels de Henri IV, la reine Anne d'Autriche elle-même, et une multitude de complices subalternes, au nombre desquels on peut compter l'abbé Scaglia, ambassadeur de Savoie, et un agent de l'An* gleterre, créature du frivole duc de Buckingham. Ce duc, favori de Jacques P' et de Charles son fils, avait été envoyé en France pour épouser Henriette, sœur du roi, an nom de Charles V^^ qui venait de succéder à son père. Il déploya, dans son ambassade, une magnificence inouïe et * une galanterie audacieuse, dont la reine elle-même devint Tobjet. Richelieu, soupçonné d'une inclination pour cette princesse, vengea le roi ou lui-même par des procédés hur
&14 THonnaiB ÉroQin.
miUaiils poor BvekîDghani, qui en^oonsemi ma pniibiid reMeotimeat, et entra daos la eabife aoitlevée eontre M : le bat de eette ligue était de i^avcrarr le miaigtre : on »> eafiaeeaxqalla fonBèrant d'avoir voulu déposer le roi, eouPODoer Gaston d*OrléaDS , et lui Uite épaoser Anne d^AvtrioiM.
Instrait de ce vaste eomplot, IUdi6lieu en informe Lauis Xfii et sa mère; pais il feint de eéder à iV)rage , de fenanear au minîatèrey et se retira à sa campagne de Lumours^ Hi seul élait eapabie de débronik^ tes ^s d'âne intrigue si compliquée. Le roi le rappelle, lui donne toute sa couêanse, et i'Snvestll d\m pètia pouvoir. Les deux geances Vendôme aottt biei^ât attirés à Blols^ arrêtés et eondnits ^iS^* an ehâtonn d'Amimie; aastoa d'Orléans, kiëmidé par ***^ niebeyeii,se soumet à épouser mademoiselie de Montpc»sierctalMHidonne ses amis; Ghalais est reconnu eoapaUe, par tes lettneia à la tediesse de Cbeweuae, d'avoir insoilé le iPOf, et donné dss eonseiki aiditienx à Gaston : it est eondanmé à mort par comonssiaii, et exéeiilé ; le marédial Omano aoenit à Yineennes, et le grand prieur à Ambaise; le duc de Vendôme ne sort de prison qu^après avoir fait tous les aveux qu'on exige dre lui. Le n»i faiteomparidtre Anne d'Autriebe en son conseil, et Ini reproche durement d'avoir voulu un nouveau maii en Cbaston d'Orléans : Je n'aurais pas assez goffné au changey dit-elle sans s'émouvoir. On lui imposa une étiqoette sévère, et l'entrée deses appartemeuts fut interdite aux hommes en l'absence du roi« Un ^and nombre dte seigneurs ftirent disgraeiéa, ' et paraai eux on dîslîngua Baradas, favori du monarque» et dont la ehuAe fut aussi étrange et rapide qoe l'avmt été son éiévation. Louis Xill destitua le garde des aeeaux 4'Aligre, et ei^la maduase de Cbevnuse en LomlAe :
«e gaiHe de momRpieCaliies fax chmnée «i «arâtmal, a^c kl ville de Broua^, eomme plaee de sArelé. L'isme ée eiltte gfMide kitrigoe accrat le pouvoir d«i minMre, ift M Ait iB^rupconaé d'avoir à dessein soulevé eontre lui cift •mge, comme «nevecasioti de ponir et débattre tous ms
CHUt' lAIS •
l^icfaelieu, éehttppé à ce péril, eoirvoque aux TditefM^ .otie assemblée de notairres, fui fat (mverte f«r le diseoara ■»^'^* du dranceller Harfllac, garde des sceaux. Elle approota toos les actes du cardinal, la suppression des grandes* dkargesy le rachat des domaines royaux, aliénés à vil prix, la réduction des pensions, la démolllien des forte- Fesses à Tintérienr, et loua le ministre de txmtes ses sages éemiomies. ETIe ne le contredit que sur un potot, et son opposition apparente jht encore on acte de condescen'danee. Bidiélieu avait fefnt de souhaiter ^*on aboHt fa peine capitale pour délits potitttpies : l'^aisemMée pénétra sa pensée, et insista sur la nécessité des châtiments exem* pMres. Le roi à cette époque supprima les charges de connétable et de grand amiral, et créa Bichelien surintendant dn commerce et de la navigation.
L'année it>27 ttst marqoée par nn Atft exIiMrdlnalre dans les ftistes de notre histoire. François de Montmo^ mioy, courte de Boutevtlle, avait tué en doet le comte de Bossy ; il ftrt Jugé et condamné à mort atee François de Bosmadee, comte des Chapelles, son second, en vert» de raift rendu par Henri IT contre les combats singulleni ^ meurtriers pour lanobtesse. Leur soppliee donna l'exemple , presque nnlque en France , de grancb seigneurs punis pour avoir manqué, non au prince, mais aux tête.
*Siri, Mémoires.
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De nouveaux complots éclatèrent bientôt contre Richelieu. La duchesse de Chevréùse conspira encore, et, de concert avec Tabbé Scaglia et avec lord Montaigu, confident de Buckingham, elle tenta de soulever les calvinistes. Sa correspondance ayant été saisie, elle se réfugia en Angleterre. Buckingham se présenta devant la Rochelle avec une flotte formidable ; les Rochellois lui fer- /mèrent leur port, et il débarqua dans Tile de Ré, que le marquis de Toiras défendit glorieusement contre lui : Richelieu fit passer dans File de nombreux détachements, sous le maréchal de Schomberg; Buckingham remit à la voile et s'éloigna.
Le moment était venu, pour le ministre, de détruire siège mé- on perpétuel foyer de guerre et ie boulevard du parti '"dé'k^ protestant; il mit le siège devant la Rochelle , et comw-m1 manda les opérations en personne. Des deux parts ce siège fut remarquable par un courage et une persévérance héroïques.
Rohan, guerrier illustre et chef du parti, était alors absent de la ville. Sa mère et sa sœur encouragent les habitants par leurs discours et par leur exemple. Pleins d'enthousiasme pour leur religion et pour leur liberté, ils avaient fait choix d'un maire nommé Guiton, qui, avant d'accepter la magistrature et le commandement, leur présenta un poignard, et dit : «Je n'accepte l'emploi de votre «maire qu'à condition d'enfoncer ce poignard dans le « cœur du premier qui parlera de se rendre; qu'on s'en «serve contre moi, si jamais je songe à capituler. » Les Rochellois attendaient par mer, de la part des Anglais, un renfort de munitions et des troupes : Richelieu leur enlève cet espohr par une construction gigantesque : il fait jeter dans la mer une digue de quatre mille sept cents pieds de
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longueur'. Les assiégés laissaient fake, comptant sur .les vagues pour la renverser : deux fois elles emportent l'ou- Tiage; le cardinal le fait recommencer une troisième fois etTachève. Louis XIII anime ces travaux par sa pr^ésence. Une flotte anglaise, commandée par Buckingham^ se disposait à secourir la ville ; mais, au moment où le âne s'embarque, un Anglais nommé Felton Tassassine. La flotte cependant met à la voile y elle canonne en vain la digue, et ne pouvant forcer le passage, elle s'éloigne ; les assiégés sont en proie aux horreurs de la famine. Le maire Gaiton répond à leurs plaintes douloureuses : « Lors*- « qu'il n'y aura plus qu'un homme dans la ville, il faudra > qu'il ferme les portes.» Enfin, après une année entière * d'une résistance admirable, les Rocheilois, sans espoir et chute sans ressource, consentirent à se rendre : leur ville perdit Rocbeiie, ses privilèges» mais les habitants conservèrent le libre exercice de leur culte.
Ce n'était pas seulement le parti protestant que Richelieu frappait en prenant la Rochelle; ce coup de vigueur tombait également sur les princes et les seigneurs factieux, qui s'avouaient vaincus dans cette ville plus encore que les huguenots. Richelieu avait enlevé à la rébellion , sous quelque drapeau qu elle osât se montrer, une place forte réputée imprenable, et une communication libre avec l'étranger; il ôrait ainsi aux partis armés des ressources sans lesquelles ils ne pouvaient plus se promettre aucun avantage durable.
La France, délivrée de la crainte d'une guerre. civile, • désirait la paix avec ardeur ; mais la fin des entreprises périlleuses et difficiles eût été le terme de l'administra- .
' f\le fut GODsUuite par les ingéikieurs Hétézeau et Tiriot.
SIS TBonaoHB voqto.
lioii de H Chili WL> UnA XIH tuppotHit son joeg wf^^ iB(»ticsQe; nfftMMTS le presMient de renvoyer son iiiî> ' ■istre et de govTeraer fMur hiinnéiBe; il promit de se ré- •Midie à ffégMT seul. Le roi Toaloit être affranehi àa «■nlmiTat dQ meincDt : l'intérêt de BichelJeii était donc de M créer sans eeMe des emiiarn» noaveaox, et de le tirer d*one gnerre pour le jeter aoisitit dans «ne atttre. L W gueii national de Bidielieo était en cela d*aceord avae ■01) intérêt propre : héritier des projets de Henri lY contre la maison d*Antriche, il Tonlnt que sa nation fftt pr^ndérante en Borope, et il erat sineèrement qnHl importait non-seolement à la sécarSIé de la FraRoe , mais eneore à son honnenr , qne les antres États ftissent abaissés et hamlUés devant elle. Un prétexte de guerre se présenta bientiVt à roecarion du second mariage de Gaston d*Or^ iéans. La première femme de ce prinee était morte en loi donnant nhe fille , qui fut la célèbre mademoiselle ée Montfensier. La rdne mère, tonjoars oceopée des istérêlB de sa Himille» vonlnt lai faire épouser une princesse florentine, tandis qne Gaston était épris de Marie ée G^nMoguBj fille dn doc de Nevers, héritière de Mantooe
Guerre cC de MoRftferraty prinolpauté sur laquelle le doc de Savoie mhin ^^^^^ ^^ préteatioBs , soutenues par l'emperenr et le
cb^êtM ^^ d'Espagne. Richelieu décide le roi à secourir le due
ITto^! de Nevers contre rAutriehe , et s'attire ainsi la bidne de '*** Médieis , qui dès lors médite de lai ôter la surintendanœ de sa maison.
(^een Le roî cntfe en campagne; les maréchaux Toiras, Gré-
"^ qui, Bassomplerre et Schomberg commandent sons hri
' f armée, dont Richelieu surveille lui-même les opérations.
La reine mère satisfait aussitôt son ressentiment contre
Marie de Gonxagoe, en la renfermant à Ylneennes, on elle