‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 9 sur 103 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Suite du règne des HéroTJngieDS, depuis la mort de CloTis 1*'' jusqu'à celle de Dagobert l"*.

Coutumes des Francs. -»£tat de la Gaule sous les Mérovingiens.

Avant de poursuivre Thistofre des Francs sous la race de Clovis, il convient de jeter un coup d'oeil sur leur religion, leurs lois et leurs usages, et d'exposer les rapports des conquérants avec les peuples conquis.

Le titre de roi , dans la langue germanique, slgninait Kic«iion seulement chef; il était décerné par réiection. A la mort lean prtd'un roi , les Francs s'assemblaient pour procéder au choix '^"/^g.""' de son successeur ; et, lorsqu'ils l'avaient nommé, ils rinauguraîent en l'élevant sur un bouclier^ au bruit de leurs acclamations. Ce chef qu'ils se donnaient avait pour mission principale de les conduire à l'ennemi et an pillage ; il recevait la part la plus considérable du butin , composée souvent de villes avec leur territoire : c'était là ce qui constituait le domaine royale et le trésor avec lequel le i*oi récompensait ses anirustions ou tendes. On nommait ainsi les compagnons d'armes du prince, les hommes qui se dévouaient à sa fortune et lui Juraient fidélité. Ces leudes formaient une classe à part, dans laquelle la i^npart des officiers et des magistrats étaient choisis. L'anecdote suivante enseigne à la fois quelles étotent les

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limites et Tétendne da pouvoir des rois. Après la bataille de SofssoDs , CtovB voulat retirer da partage un Imtiii un vase précieux, réclamé par saint Rémi. Ses guerriers consentirent, hors un seul, qui, brisant le vase d'un coup de francisque ', dit brutalement au roi : «Tu n'auras, comme les autres, que ce que le sort te donnera. > Clovis dissimula sa colère ; mais l'année suivante, passant la revue de ses guerriers , il s'arrêta devant ce même soldat , et arracha son arme, qu'il disait mal entretenue : «Souviens-toL du vase de Soissons,» dit le roi; et il lui fendit le crâne d'un coup de sa hache d'armes.

Lorsqu'un roi venait à mourir, ses flis héritaient de son domaine, et, se trouvant plus riches que leurs compagnons d'armes, ils étaient plus propres qu'aucun autre à gagner les suffrages. C'est ainsi que l'autorité suprême se transmit de père en fils dans la race de Clovis, d'abord par l'âectiûn, ensuite par l'usage, qui fit loi.

Les fils de Gto vis , ayant tous été reeonnus rois, fixèrent chacun leur résidence dans l'une des principales villes Boyau- de leurs domaines. Il y eut dès lors quatre cours et quatre «um u ^P^^^^) 9^^ furent Paris, Orléans, Soissons et Reims "*. Gaule. Toutes CCS capitales, résidences des rois, furent choisies au nord de la Loire, dans un espace assez resserré, i^arce que les pays rà elles se trouvaient étaient seuls considérés terre des Francs. Les provinces du sud de laLc^re» remplies encore des souvenirs de Rome ; leurs grandes cités beaueoup plus riches et plus populeuses que celles du nord, et brillantes des restes de la grandeur impériale, fraf^alent les Francs barbares d'un étonnement stapide.

* Hache d'armes des guerriers francs.

^ cette <leniière vilte fut UentM remplaoâe ciniine eapttâle par c«Btdtlf0tx.

LIVBX f* CHJUKTAX I. 39

Us se troaTftSeiit gênés an méiiea àm débds dn moïkle ciTilJsé ; aussi n'y séjournaieiit-ito qn'aree r^ogeanee. ' Os abandonnaient Fadministration anx corps manicipaiix et aux évéficies, nA se contentaieiit d'oceoper n^litairement le pays par des eorps de troupes qai répandaient au loin la tfflrear, et le maintenaient dans Tobéissance.

L'Eglise était alors le seul pouvoir qui luttât contre la Égy^. barbarie, ^ l'unigue frein aux passons farondies des valBqaenrs. Ces bommes du Nord , qui , élevés sans loi rellgieiise el sans culte, n'avaient appi-is à espérer dans l'antre vie que des Joies tontes sensuelles, et qni se pro-^ mettaient poor snpi'ênie félicité d'y boire de la Inère ^ansle erâne de leurs ennemis, comprenaient bien mal l'esprit et la sidilîQÉité du ebristianisme, lorsqu'à i'exem-. pie de leur ebef ils se convertirent en masse avant raèn» de 6*étre fait instruire. Il fallait à ces bommes un culte extérienr %ui les épouvantât par des menaces cbarnelles , et qui les captivât par la majesté de ses spectacles ; et l'on eonçoit aisément que le caithoiieisme ait triomj^é alors des sectes rivales. Eu effet, les images dessamts, ks reliqnes des martyrs, la renommée des mirades qu'on disait opâeés par elle, la poo^ des cérénK>nies, saisissaient d'étonnement et de respect I imagination des barbares. Le pouvoir mil des éviqoes, la biérarebie c&té* rienie et visible du clergé, dont la tète était à Rome dans la vilie étaraaUe; sortent ce grand nom de Rome, respecté nsème par ses-cénquétants, tout eela donnait an clergé cathoUqne sor ces populations indomptées nue poissance bien sapérfenre à «oUe «pi'anraieoit pn ^ibtfenir tes pvètves de tente aiiti^ÉigUseelurélleBne. Le clergé dliilIcDissedi»* UngBaeneetaapspar degrandesvertos,etfi£deseffiR<s énergiques pour combattre les passions efirénéBs des pnn

40 PKSMIBBV ÉPOQUE.

plesft des rois ; mais ia barbarie était si grande encore^ qoe les hommes traitaient Dieu comme ils auraient voulu être traités eux-mêmes : Ils se flattaient de désarmer sa justice et de fléchir sa eolère en lui donnant de l'or, des bijoux, des chevaux, des terres, dont ils enrichissaient l'Église : ces richesses aidèrent le clergé à conserver sur i les vainqueurs convertis un ascendant nécessaire.

Monas- Les trois siècles pendant lesquels se prolongea té règne or^f de des Mérovingiens virent s'élever un grand nombre de <

itenoit. monastères : parmi les plus utiles fondations de ce genre, on distingue les établissements de l'ordre illustre des bénédictins , fondé en Italie, au sixième siècle, par saint Benoit, et qui étendit bientôt ses ramifîcations nombreuses dans toute rEurope. Les adeptes de cet ordre étaient assujettis aux trois vœux de chasteté, de pauvreté , d*ol)éissance ; saint Benoit leur avait encore prescrit la prière, l'étude , le travail des mains et l'instruction de la jeunesse . Aucun ordre religieux ne contribua davantage aux progrès des lettres et des sciences. Il fallait, au milieu des scènes perpétuelles de combats, de pillage et de forfaits , que les malheureux trouvassent quelque part des asiles contre la violence ; et lorsque le sol était hérissé d'hommes armés qui ne songeaient qu'à s'entre-déchirer, il importait que des associations considérables, animées d'un zèle pieux et intelligent, se dévouassent au soin pénible de dessécher les marais, de défricher les terrés, de recueillir les lùmièi*es éparses dans les mannsclrlts échappés à tant de dévastations, d'ouvrir des écoles et de transmettre à la postérité la connaissance des faits contemporains. Telle fut l'occupation louable des premiers i habitants des monastères : c'est ainsi qu'ils méritèrent le i respect «t la nconnaissanee des peuples.

IMITAS I. CHAPITRE II. 41

L*atitorité des rois était toate militaire, et le pouvoir A«cm^ législatif appartenait à la nation entière des Francs^ qui ^i^Snil'' s'assemblait en armes au mois de mars on de mai , d'où ^l^Sw^ ces assemblées ou comices nationaux ont été nommées assemblées du champ de mars et du champ nie mai. £\\es avaient lieu régulièrement chaque année, dans les premiers temps de la conquête ; mais lorsque les Francs^ devenus propriétaires , se farent rapidement disséminés sor le sol des Gaules , ils négligèrent de se réanir, les rois cessèrent de les convoquer régaiièrement , et le pouvoir I^isiatif passa dans les mains des monarques, de leurs officiers et des évéques. Chaque ville était administrée par sa propre municipalité, sons la direction de l'évéque. Celui-ci était élu par le peuple et par le clergé de son diocèse.

La justice émanait du peuple : tous les hommes libres j,„tice. dans chaque district , désignés sous le nom d'i^rAimanf ^^it ou de Rachimbourgs , avaient le droit d'assister aux plaids ou tribunaux ; ils y remplissaient les devoirs déjuges sous la présidence des officiers royaux , hommes comtes ou centurions. Aucune subordination n'existait entre les tribonatix divers y aucun appel n'était admis. Chacun des peuples qui occupaient le sol de la Gaule conserva ses propres lois : les Gaulois^Bomaios continuèrent à être régis, dans leurs relations civiles , par le code Théodosien : les Francs Saliens, les Francs Bipuaires et les Bourguignons avaient tous un code particulier.

La loi à laquelle obéissaient les Francs Saliens, et qui Loifldc5i prit d'eux le nom de hi salique^ ne fut rédigée qu'après composTla conquête ; mais elle le fut d'après des maximes fort j^^<^; antérieures à l'invasion des Francs dans les Gaules : cette loi établissait d'injurieuses différences entre la race des

42 SRBMfnS SPOQOB*

Francs et la race des GauMs-B^Miiaiiis. Celait aa poids de Tor que Von estimait la réparation des plus^rands crtmes ; en se soumettant à payer une eertaine somme, chacun pouvait impunément voler, tuer, incendier. Baoa ces sortes de«compo8itionSy la loi estimait toujours la vie d*un Franc ledouble decdle d'un Romain ; eelie-<;i n'étattgsère évaluée au-dessus du prix d'un taureau : cependant les hommes d'église étaient respectés et jouissaient de plusieurs privilèges. Sous les fils de Clovis, les lois pénales devinrent plus sévères, et la peine de mort ftit substituée en certains cas aux amendes. La loi des Francs Hipaaires, promulguée par Thierry P', établissait la compensation pour les offenses sur des principes semblables à eeax de la loi salique. La loi des Bourguignons , dite loi gombette, et dont Gondebaud fut le premier auteur, était plus favorable aux aneiens habitants que les lois des Francs Sallens et des Francs Ripuaires : semblable en cela à la loi des Visigoths , elle n^établissait , pour les offenses eommises envers les personnes, aucune différence entre les Bomaifls et les conquérants.

Toutes les lois des barbares prouvent que oes peoples avaient une foi sans boraes à Tinterveation immédiate et constante de la Divinité dans les intérêts humains. Les ^f^f« unes établissaient pour preuves judiciaires le serment ^tes ^^ amis et des pareuts de Taccusé ou du débiteur ; d'antres , révénemttnt d'un duel entre les parties; quelques-unes enfin prescrivaient les épreuves de l'ean et du feu. On oUigeait l'accusé à toucher un fer ardent, ou à plonger sa main dans Teau bouillante; son bras était ensuite soigneusement envdoppé; et après un certain nom)>re de jours, si la brûlure laissait des traces, le malheumix était puni comme coupable; sinon, son Innœenee était pro*

Livmm I. CHAViTBS II. 43

clamée. On croyait obtenir ainsi, comme par le duel , le jugement de Dien même.

Les Francs libres se distinguaient extérieurement des Hommes Bomains par leur longue chevelure. Lorsqu'un Franc en* «sciafea. trait dans TÉglise^ on lui coupait les cheveux , et dès lors il ne pouvait plus aspirer an trtae on an conmandement dtô armées. L'esclavage subsistatt ; les vainquears disposaient encore, après le oomhaty de la liberté des vaincus : dans le fartage an la vente des biens , les cnltivatenni étaient vendus avec le sol comme des troupeaux.

1js& biens territorianx se divisaieiit chez les barbares Sif»*^-

nions liXa

m d^ix espèces principales : ea aUeux et en bénéfiees on ^^^Sb^ fiefs. Les allevx étaient des biens libres de toute rede- ^^^ vance, et qai appartoiaient eu tonte proj^été, soit aux oonqniéarants, soit aux vaincus : ils ne pouvaient chez ks Francs, en vertu de la kâsaili|ae,étre transmis aux femmes. Les bénéfices étaient les terres que les rois détachaient dn domaine royal , pour en gratifier lenrs learies. La possession des bénéfices entraînait avec elle obligation de service militaire, et ne constituait point une propriété inaliénable. Leseharges de duc et de comte, possédées par les premiers seigneurs, n'étaient yas non plus tnmsmlssîbles par droit d'hérédité à leurs enfants: mais ^ dans la suite , les guerriers les plus braves^ earichis par la faveur royale^ formèrent une aristocratie redoutable ; ils devin* rent plus puissants à mesure que rantorité royale s'affaô^ blissait; et leurs prétentions s'étaat aocsruesavec leurs forces, ils rendirent lenrs domaines et lenrs titres hérédn taires dans leurs familles. Cette usurpation des grands fut une des causes principales qui amenèrent la chute de ia dynastie mérovingienne.

44 ' PREMIÈRE EPOQtrS.

La Gaule sous les fils de CloTis.

ctoSSfrc Des guerres fratricides et des forfaits atroces marquent

'i>eru^^~ le règne des descendants de Clovis. Les enfants de ce

ciodomir. pj,j^çg divisèrent entre enx ses États avec une ignorance

barbare, et ce grossier partage fut la source de sanglantes

querelles.

Tliierry résidait à Metz ^ capitale de la France orientale; Clothaire habitait Soissons; Ghildebert, Paris , et Glodomir, Orléans. Ces trois derniers se partagèrent en outre les terres et les cités conquises dans rAquîtaine. De leur vivant, un grand nombre de tribus germaines s'allièrent aux Francs, dont la confédération s*étendit jusqu'à TElbe. Les Frisons, les Saxons et les Bavarois y furent compris; les Thuringiens, réunis aux Varnes et aux Hérules, s'étaient répandus sur les bords de TEIbe et du Necl^er, où ils avaient formé une nouvelle monarchie. Souillés d'effroyables atrocités, ils résistèrent aux Francs; ceux-ci marchèrent contre eux sous Thierry et Clothaire , qui les vainquirent eh deux grandes batailles, firent assassiner les princes thuringiens , passèrent une partie de la nation au fil de l'épée, et réunirent la Thuringe à la monarchie des Francs.

Sigismond, fils deGondebaud, assassin de Chilpcrîe , père de la i^ine Gtottide, régnait alors en Bourgogne. Cette princesse, veuve de Clovis, après quarante années écoulées depuis ce meurtre, jura d'en tirer vengeance , quoique le meurtrier n'existât plus. Elle résolut de faire expier au fils le crime du père, et, réunissant ses enfants, j

LIYME I. CHAPITmS II. 45

elle leor fit promettre de venger la mort de ChHpéric. Ciodomir et Gotbaire entrent aussitôt en Bourgogne» ga- /^'^SSH'rgoeot une bataille, font prisonnier le roi Sigismond, et SSSnû^ le jettent dans un poits» avec sa femme et ses enfonts. '^omc!' Gottdemar, frère du roi vaincu, devient son vengeur. Il '^' défait l'armée de Glodomir à Véséronce, sur le bord du ^u^.'' Rbôoe, tue Glodomir, cbasse les Francs, et est reeonnu KmI* roi par les Bourguignons , sur lesquels 11 règne jus- "«mT '' qu'en 633. Glothaire et son frère Childeiiert l'attaquent (le nouveau; ils sont vainqueurs, et s'emparent de son royaume.

Ces deux princes se souillèrent d'un crime affreux après ^^j^^^^ la mort de leur frère Glodomir, qui avait laissé trois en- j;)'*"!! iautsen bas âge, élevés par leur aïeule Glotilde. Glotbaire ^^"*''' et Childebert convoitent rhéritage de leurs neveux; et, pour obtenir qa*ils soient livrés en leur pouvoir, ils s'engagent à les faire couronner. Les jeunes enfants arrivent fort joyeux près de leurs oncles, suivis de leurs domestiques et de leurs gouverneurs. Tout à coup ils en sont ^parés, on les enferme , et leur suite est plongée dans les cachots. Glothaire et Ghildebert envoient alors à Glotilde, leur mère, des ciseaux et un poignard , en lui ordonnant de choisir du cloître ou de la mort pour ses petits-enfants: ■ Plutôt la mort! » reprend Glotilde exaspérée. Les rois se rendent aussitôt auprès de leurs neveux : Glotbaire en i^^orge deux de ses mains , et tous leurs serviteurs sont massacrés. Le troisième fils de Ciodomir, nommé Glodoald, échappa à la foreur de ses oncles; il se fit reli-- ;;ienx, et fonda le monastère de Salnt-Gloud.

Thierry T', l'alné des fils de Glovis, mourut en 584, chikir.

. après avoir ravagé l'Auvergne, qui avait tenté de secouer ,,JfiJ",',

son joug. Son fils Théodebert lui succéda. ',|;.t^'

46 numùs evoqve. j

Partage L'empire des 6otks penciNrit alors vers son déeiia : le

pWdn grand Tfaéodorie n'était pins; ce priMC aTaît gotrvemé

»^f» l'Italie 9 l'Eusse et le midi de la Gaale; il aralt reeon-

doîric.^' 9>*s ^^ ^ Frsaes une grande parëe des provinces en-

^* levées aux Yisîgotfas après la bataille de Vonglé, et il

s'était efforcé de rétablir dans ses États les lois, les nsages

et les rafœurs de remj^re romain; mais un fils Ivi fat

reflisé pour recueillir son immense héritage; il n*ent que

detn ttles, Amalason^e et Théodegothe, et par elles

deux petitsofils, Aâialaric et Âmalarie, entre lesquels il

partagea ses États. Athalaric eut le royaume des Ostro-

gothsen Italie, avec les provlnees des Gaules jusqu'au

Rh6ne et à la Durance. Amalarie, liis d'Alarie II et de

Théodegothe, régna sur les Yisigoths en Espagne, et

dans les Gaules, du pied des Pyrénées, jusqu'au Lot et an

Rhône. Ce prince résidait à Narbonne^ et il épousa Glo-

tilde, fille de Glovis. Glotiide était catholique, au mîliec^

d'un peuple arien : outragée par la populace^ elle le fut

tt^ore plus cruellement par son mari; son sang eoola,

elle le recueillît sur son voile , et un serTlteur fidèle porta

aux rois francs, ses frères, ce voile sanglant, comme un

appel à leur vengeance. Enflammé de fnreur à cette vue ,

Ghildebert se mit en marche, et conduisit une armée de

Invasion» ^'^^^^ sur la frontière dc la Seplimanie»; il battît les

Frïncs Visigoths. Amalarîc, épouvanté , s'enfuit à Bafceidne, où

cbSSl- il périt assûssiné. Ghildebert livra Narbonne au pillage ,

iSïLl" ^^^ ^* wvint vers Paris , chargé des dépouilles de la riche

^'«[gjthe. province dont il négligea de s'assurer la possession , et qui

retomba au pouvoir des Yisigoths.

^ Le nom de Septimanie commençait à prévaloir sar celui de première Narbonnaise, donné par les Romains à la contrée qni est aujourcVhui le Languedoc.

I^ITSK I. CSANTEB II. 47

La niee de Théodorte eessa, ters la néme époqae, de Déca. Tégoer en Italie, oà son petit-^flls Athalaric mourat en bas *^it^ âge : les Ostrogolhs, après sa mort et celle é& son succès- dSToiT seorThéodat, second mari de sa mère Amalasonthe. se »^»?dumaerent pour maibre Yitigès , le plus habile de leurs généraux ; ils étaient alors en gaerre avec Temperear d'Orient JustiDien. Ce prince demanda Tappui da roi franc Théodeberl T', fils de Tiïierry, contre les Ostrogoths, et Théodebert fut également appelé par ceux-ci, comme leur libérateur , contre Justinien. Il passa les Alpes à la tête d'une armée nombreuse, reçut de Tor des deux parts; puis, an mépris de ses engagements , fit un carnage affreux des deux armées, mit la Lombardie à feu et à sang, brûla Gènes et Pavie, et se fit céder la Provence par les Ostrogoths, dont Teropire, déjà chancelant, acheva de succomber sons les coups de Bélisaire et de Narsès, illnstrès généraux de Justinien.

Théodebert méditait d'envahir Tempire d*Oiient, lors- chiUequ'il mourut en 548 , laissant le trône à son fils Théode- ^o^i'' bald , qui ne régna que sept ans : à la mort de celui-ci, jl^Si- Clothaire, son grand-oncle, s'empara de son royaume: »«.' son autre oncle Ghildebeort, jaloux de cette usurpation, ^y^ suscita contre Clotbaire Chramne, fils de ce prince, et ^fj^ lesoatiiit d'abord de ses armes; ^mais bientôt lui-même ^!'' tomba malade à Paris et mourut. Clotbaire recudllit toute cio.' la succession, poursuivit son fils rebelle, la prit et le fit ^^^^t^' brûler vif avec sa femme et ses filles. Il avait sueeédé seul à ses trois frères aînés, et réunissait sous son empire la Gaule romaine tout entière, dans laquelle se trouvaient comprises la Savoie , la Suisse , les provinces rhénanes et la Belgique ; son pouvoir s'étendait au delà du Bhin sur les duchés d'Allemagne , de Thuringe et de Bavière , et

48 PREMIKAE EPOQUEb

sur le pays des Saxons et des Frisons. Il ne fit aucun usag< de cette force colossale; et Taniqne souvenir qui resta de deux années pendant lesquelles il gouverna seul la mo uarchiedes Francs, fut le meurtre de son iils. Il succomba uu an après cette horrible exécution, et s'écriait, étoniK de mourir : « Quel est ce roi des eieux qui tue ainsi le grands rois de la terre? »

La Gaule sous les iils et petits-fils de Clotliaire V^ — Rivalité «le Frédégonde et de Brunebaut. —Épisode de OondeTald.

(art. Clothaire V laissa quatre fils, Caribert, Gontran, (i^n'nT^àn, Gbil^ ct Sigcbcrt, qui se partagèrent ses États. Carin jicYr bert vécut peu; il ne laissa point d'enfant mâle, et de sa r^iotbafre. ^^^^ ^^ ' ^^^^ ^^^ ^^^^^ frèrcs survivants, un non veau .M!!r['de partage qu*ii est important de bien connaîtra. La vaste «^n f. contrée située entre le Rhin et la Loire fut divisée eu No^eaa dcux pai^s, commc par une ligne qui se serait étendue i>artage. ^^ ^^^^ ^^ midi, dcs bouchcs de FËscaut jusqu'aux environs de Langres près des sources de la Saône ' : la partie située à Toccident de cette ligne fut nomm'ée la Neusirie; l'autre partie, située à l'orient, fut nommée Auêtrasie. La Neustrie échut en partage à Cbilpérlc,j l'Austrasie à SIgebert. La Bourgogne ou Burgondie formait la ti*oisième grande division de la Gaule; elle échut à Oontran. De vastes contrées postérieurement conquises étaient regardées comme des appendices de i'raopire franc ,

• Voyez carte n« 5.

l.IYmX I* CHAPITKB II. 49

et il était cOQvenu qu'on en ferait des partages séparés : c^étaient la Provence, rAqnitaine et la NovempopolaBle» La première fut affectée tout entière à la France orientale, à TAustrasie et à la Bourgogne, et partagée entre Sigebert et Gontran. La seconde fut divisée en trois parts réputées égales» dont chacune forma une petite Aquitaine; enfin , la iNoverapopulanie fut partagée entre Chilpéric et Sigebert, à l'exclusion de Gontran. Les provinces germaniqaes, gouvernées par des ducs que nommaient les rois , forent à peine considérées dans ce partage; elles échurent avec TAustrasie à Sigebert^ qui , afin de les mieux surveiller, transféra sa résidence de Beims à Metz, dont il fit sa capitale \ Les trois frères firent une convention bî* zarre à l'égard de la ville de Pam : chacun d'eux s'engagea, en raison de rimportànse de cette ville, à n'y entrer qu'avec le consentement des deux autres. Ce partage célèbre de Vhéritage de Clothaire V fut fait ep Tannée 567.

Chilpéric et Sigebert se signalèrent par leurs haines fra. ufmïûtricides, et furent surpassés ei». audace,, en ambition et en itanebarbarie par leurs femmes, dont les noms acquirent une Fr°édégrande et triste celebnte,

SJgebert avait épousé Brunebaut, fille du roi des Visi* . goths; et Chilpéric, surnommé le Néron de la France, jaloux de ralliance contractée par son fière, écarta les prétentions de sa maîtresse Frédégoude pour épouser Gai* sevinthe, sœur de Brunebaut. Il avait à cette époque déjà trois fils d'une première femme nommée Andovère, qu'il répudia , et enferma dans les prisons de Rou^n. Peu après

' sigebert suivit en cela l'exemple de Thierry, fils de Clovis, et de ses denx «ueeesseurs, dont Metz fnt la résidence et la capitale. T. 1. 3

5P FmanBMB àvoqm.

son secoBdiinanage, il fit étrangler Gataevkitbe, à l'instîgalion de Frédégonde,. et la prit elle-même pour femme. Brunehaut jura de venger sa sœur-: les laîmttiés de ces âenx reines firent couler des flots de sang.

Après nne guerre maiheoreuse contre «on frère Sigeberi, Chilpéric se soumit, donanda la paix, et accepta un traité qu'il viola presque aussitôt en reprenant les armes. Sigebert, furieux , marchesur Paris, met tout à fan et à sang autour de la ville, s*en eaipare, et forée Ghil- '^^de?'* P^^^ ^ s'enfermer dans Tournay avec sa femme et ses rfc'f.^' enfants : l'armée austrasienpe investit cette place, et Sigeberts'écriequMI tuera Chilpéric ; maisd'abord il veut se faire élke roi dé JVeustrie, et il désigne pour cette solennité le domaine royal de Vitry. L'évêque de Paris , Gennanus', essaye eaà win de fléchir Sigebert en excitant la pitié de ia reine Brunehaut , plus ardente encore à la vengeance que son époux ; il s'adresse au roi luî-niéme : « Roi Sigebert, dit-il , si tu renonces à mettre à mort ton frère, tu seras victorieux; situ as une autre pensée, tu mourras. » Sigebert persiste dans ses projets fratricides'; il arrive à yitry : là il est élevé sur je pftvois, on le proclame roi , sTgebert ^® Neustrie dans l'assemblée des Francs. Tout à coup, ^\'g^ au miliea des r^'ouissances de cette sdennité, deux jeunes , émissaires dePrédégonde frappent le rot de couteaux em- j poisonnés,* il meurt, son armée se disperse, et Chilpéric recouvre sa cooronne.

Sigebert avait eu de la reine Brunehaut un fils, encore enfant, nommé Childebert , et deux filles : à la nouveliô 4e sa mort, on retieitf sa famille captive au palais deâ

' L'Ëgliae le canonisa, et il est connu sotig lenom deaaiat Clermaia.

ïéimm d» jettne GhlMMert: Tenfant royal est desceadti gggjg^ dans m panier par uqe fenêtre da palais , un serviteur |£^

Tiierme»; mais Gondetend , seigneur aostrasien , assure

Goil ,

Ipéfle.

tuebel

fidèle le met en craape sur son ebeyal et l'emmène avec lai à Metz , où C%ildel)ert II est proclamé roi d*Austrasie en 57 s.

Bninehant tcMsbe avec ses deux filles au pouvoir de Frédégonde : le rd Teuvoie prisonnière à Bduen , oè elle inspire une violente passion à Mérovée ^ fils de Ohilpérte et de la malheureuse Andovère : Mérovée l'épouse et f arradie à sa prison. Frédégcmde alors persnade au roi que son fils y en s'unis^mt à sa rivale, a résolu de le détrôner : Ciûlpérie poursuit de sa vengeance les deux époux : Bru* nehaïut fuit en Austrasie^ Mérovée cherche un refuge à Tours dans la basilique de Saint-Martin. En vain Tévéque Gr^oire intercède pour tui ; Frédégonde est implaeoble : Mérovée se fait donner la mort , et tous ses serviteurs périssent dans kfi tortures. Un seul enfant nommé GloviSy du premier lit de Ghilpério, avait survécu; Frédégonde a résolu sa mort : elle Faeeuse, ainsi que sa femme , de sor* tôéges et de maléfices à l'égard de ses propres enfants ! la jeune femme est livrée aux bourreaux , Glovis est poi^geaitté à N<Hsy.

Les princes mérovingicBS, barbares parvenus aux Jouissances du luxe et de la civilisation romaine aVant d'avoir dépouillé leurs instincts sauvages, n'imposaient aucun frein à leurs passions désordonnées , et déjà Ton pouvait prévoir la fin prématurée vers laquelle toute leur race se pfédpitait. Un jour que Gfailpéric résidait dans son palais de Bralne, deux évéques gaulois, Salvius d'Alby et Grégoire de Tours y se promenaioit ensemble aujtour de la demeure royale; tout à coup Salvius s'arrête, et 4it à Grégoire :

52 PBEMlàAS EPOQUE.

« Ne voiS'tu rien au^-dessusdeee bàtim«it ? » L*évèqae de Tours répondit : « Je vois le belvédère que le roi fait oonstruire. — N*aperçois-tu rien déplus? — Non! Si tu vois quelque chose, dis-le-moi. » Salvios fit un soupir, et re* prit : « Je vois le glaive de la colère de Dieu suspendu sur cette maison. »

invaHion Ghiipédc, rétabli sur le trône, ne contint plus son am-

de Chil- * ' /

enfii^ar. ^^^^^ ^^ ^ cupIdité ; il cnvahit les Etats de son ft'ère Gon- ^ mSri. *r*îï » durant une guerre de ce prince contre les Lom- ^' bardSy et s'appuya , dans son agression, sur les peuples de rAquitaine. Une armée d'Aquitains , sous les ordres de Didier, comte de Toulouse, marcha contre la Bourgogne ; mais Gontran avait pour chef de ses troupes un grand capitaine, le patrice ' Mummoles: celui-ci, après avoir exterminé les Lombards , attaque les Aquitains , détruit kur armée, et reprend toutes les places dont Chiipérlc s'est emparé. Sixans plus tard , une nouvelle invasion des Neustriens en Bourgogne fut encore repoussée , et Chil* péric périt bientôt après, assassiné dans la forêt de Qielles par l'ordre de Frédégonde. De tous les enfants mâles qu'il avait eus de cette femme sanguinaire, un seul , en bas âge, nommé Glothaire, lui survécut : sa mère en prit la tutelle, et, menacée à la fois par tous les ennemis que ses criixies lui avaient suscités, elle se mit avec son fils sous la protection du roi Gontran.

^oSuSk? Gontran voyant deux enfants, Ciothairell et CbildecioihaVrê bertll, assis sur les trônes de Neustrie et d'Austrasie, Ml. espéra réunir en sa main toute la monarchie des Francs : mais les jeunes rois avaient pour mères, l'unFrédégoude,

* te patrice était , après le roi , le premier âigBîtaire chez les Burgondes ou ^urguignons.

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