‹ Histoire de FranceChapitre 12 sur 101 · LIVRE III. CHAPITBB II · texte numérisé non relu

LIVRE III. CHAPITBB II

la paix, le 27 juin , à Alais. Il reçut cent mille écus du soumfaMioD roi pour congédier ses troupes et se retira ensuite à Ve- ^ J^^jn.

De ce moment les protestants ne formèrent plus un '**\eM.***^ État séparé dans l'État : ils avaient été réduits à cette nécessité, si fatale au royaume, par les odieuses violences des fils de Henri II ; mais la France ne pouvait sans péril demeurer ainsi divisée en deux peuples , et la ruine des calvinistes comme parti politique fit justement honneur au cardinal de Richelieu. Ils cessèrent d*avoir un' gouvernement particulier et ne traitèrent plus avec celui du roi comme de puissance à puissance ; ils conservèrent d'ailleurs Texercice de leur religion et tous leurs droits , tels que Tédit de Nantes les avait établis.

La guerre fut bientôt rallumée en Italie; Tempire et Nouveuc l'Espagne avaient refusé de ratifier le traité de Suse, et .^vcT l'ambitieux duc de Savoie s'était hâté de seconder de vm^gat

et la Savoie

nouveau ses anciens alliés dans leurs projets sur le Man- le^SSioan touan et le Montferrat. Son fils, Victor- Amédée , époux uoiueïrat. de la princesse Christine, sœur de Louis XIII, lui suc- ***^céda en 1 630 sans changer de politique. La présence en Piémont d'une armé française commandée par Richelieu et la conquête de plusieurs places importantes , entre autres de Pignerol , ne put empêcher la prise de Mantoue, défendue par son souverain lui-même et par le maréchal d'Ëstrées. La capitulation de Casai suivit de près cette catastrophe ; Toiras, privé de secours, rendit la ville aux Impériaux et garda la citadelle. La paix signée à la diète paix deRatisbonne entre la France et l'empire mit fin à cette Rati^£>nne guerre de succession. L'empereur s'engageait à investir a^hérlî^. le duc de Nevers des duchés de Mantoue et de M onferrat. ****' La France promettait de restituer les conquêtes faites sur Victor- Amédée et de ne former aucune alliance avec les ennemis de l'empire. Le maréchal de Schomberg, prêt à livrer bataille aux Espagnols sous les murs de Casai , re-

28 TROISIÈHB SPOQUB.

fusa d*abord de se soumettre à ce traité, quand un jeune homme ^ simple secrétaire du nonce du pape, se jeta hardiment entre les deux armées, au moment de l'action, à travers une grêle déballes, et arrêta les Français , qui , brûlant de combattre , criaient : Pùint de paix^ point de Mazarin. C'était en effet le futur cardinal Mazarin. Il réussit à persuader leurs chefs» et le traité de Ratisbonne fut confirmé à Ghérasco par le marquis de Sainte-Croix pour l'Espagne et par le maréchal de Schomberg pour la France. • Louis XIII avait rejoint son armée en Piémont ; la paix signée , il revint en France et tomba dangereusement malade à Lyon : Richelieu se crut perdu. Le roi se rétablit et revint à Paris » où un égal péril menaça son ministre. La reine mère , toujours hostile au ministre et furieuse des résultats de la guerre du Piémont, entreprise contre Victor-Amédée, son gendre , demanda au roi, avec larmes et emportement, la disgrâce du cardinal en Journée sa préscuce, et elle Taccabla de sanglants reproches. **i6ïl!**'' Louis XIII, pour terminer une scène pénible, ordonna brusquement à Richeheu de sortir. Celui-ci s'estima disgracié ; la reine crut son triomphe certain : ce fut le bruit de toute la cour; et, tandis que le cardinal brûlait ses papiers et mettait en sûreté ses trésors, les courtisans se portèrent en foule chez Médicis , pour se réjouir et la féliciter. Le roi s'était retiré à sa maison de Versailles (i). Richelieu , avant de partir, encouragé par ses amis, résolut de tenter un dernier effort : il suivit Louis XIII, obtint une entrevue, se justifia, reçut l'ordre de rester au timon de l'État, et, lorsque déjà tous ses ennemis applaudis* saient à sa chute, il reparut plus puissant que jamais. Cette journée est connue sous le nom de la journée des Dupes. Arrestatton Le premier acte du nouveau pouvoir de Richelieu fut desMaruiAc j»j^,.jegt|j^jQn ^gs jjgux frèrcs MariUac, l'un maréchal de

(1) Versailles n'étaitjalors qu'un simple rendez-vous de chases.

d'Orléans

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France, l'autre garde des sceaux, qui devaient leur élévation au cardinal et s'étaient montrés ses plus ardents adversaires. Toutefois, avant de les punir, Richelieu voulut abattre ou désarmer ses puissants ennemis : il combla de grâces et de promesses les amis de Gaston d'Orléans, et en particulier Puy-Laurens et le président Le Coigneux^ confidents du prince, dont il cherchait ainsi à gagner la faveur ; mais , excité par les deux reines, Gaston se rendit chez le ministre à la tète d'une foule de gentilshommes, l'insulta en le menaçant de toute sa colère ; puis après cette scène violente et absurde , il quitta le cardinal, qui s'était cru en péril de mort , et se rendit dans son apanage d'Orléans, où il leva des troupes; mais à l'approche de l'armée royale il s'enfuit sans ré- ^j^^ sistance et passa en Lorraine.

Ce n'était pas encore assez ; tant que la reine mère , Imbue de l'esprit remuant , jaloux et vindicatif des Médicis, restait à la cour^ Richelieu n'était jamais sûr du lendemain. Se sentant assez fort pour tout oser, il dît au roi qu'il fallait choisir entre sa mère et lui. Le roi^ cœur sec et esprit faible, n'hésita pas. 11 se rendit à dessein à Ck>mpiègne, où Médicis l'accompagna ; il en repartit à son insu, et la laissa seule avec ses femmes dans cette résidence, où ses volontés lui furent signifiées.

Aveuglée par la colère, Médicis fit la faute de se retirer Noaveue dans la Flandre espagnole, dont Richelieu lui avait avec d^Se intention ouvert le chemin, et où, à la grande satisfaction ^ m?!^' du ministre, elle demanda asile et protection. C'était rompre avec son fils et avec la France, et le roi répondit à ses plaintes par cette lettre : a L'action que vous venez de iaire. Madame, ne me permet plus d'ignorer qu'elles ont été ci-devant vos intentions et ce que j'en dois attendre à l'avenir. Le respect que je vous porte m'empêche de vous en dire davantage. » Marie de Médicis ne rentra plus en France.

30 TBOISIÀME ÉPOQUS.

Libre alors d*écouter sa colère et de satisfaire sa vengeance^ Richelien n*usa plus de ménagements^ mais de rigueurs. Tous ceux qui balancèrent entre Médicis et lui furent contraints de quitter la cour et leurs charges, Jugement et le procès du maréchal de Marillac fut instruit à Ver-

et supplice , . » « ,

de MartuSc^ ^^^ ^^^ commlssion qui , trop lente à punir, fut dis- !•»• soute et remplacée par une autre, hostile au maréchal et présidée par le garde des sceaux Châteauneuf, son ennemi personnel. Ghâteauneuf était sous-diacre, et comme tel inhabile à siéger en qualité de juge ; il obtint une dispense de Rome. Marillac fut transporté à Ruel, dans la maison même du cardinal, où il fut jugé et condamné à mort, comme coupable de péculat, de concussion et de tyrannie dans Texercice de son pouvoir. Son crime réel était d'avoiressayé de perdre Richelieu, son bienfaiteur, en faisant échouer la dernière guerre du Piémont. Il fut décapité ; son frère, Tex-garde des sceaux, mourut en prison. De nombreuses proscriptions signalèrent encore la vengeance du ministre : le comte de M oret, le marquis de La Vieuville, le duc d'Ëlbeuf et de Bellegarde furent condamnés à perdre leurs biens et leur tète, pour avoir rejoint le duc d'Orléans et Médicis en pays étranger ; les biens de la reine mère furent également saisis, et Ton en fit l'inventaire comme si elle était morte. Kévoite Pendant que Richelieu poursuivait ainsi le cours de ses d'oriéan» vcngcances, Médicis et son fils émigré continuaient leurs morcncy. jntrigues au dedans et au dehors du royaume ; mais Gaston, héritier de la couronne et par là redoutable, ne savait que compromettre ses amis et les abandonner dans le péril. Il ne se signala en Lorraine que par sa ga* lanterie frivole, et, devenu veuf, il épousa secrètement la princesse Marguerite, sœur du duc Charles IV. Enfin, après avoir erré sur toutes les frontières du royaume, il pénètre en France à la tête d*une bande de déserteurs et d'aventuriers, et rejoint en Languedoc le maréchal duc

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de Montmoreoey. Ce dernier descendant des ooonétables de lifontmorency^ guerrier héroikiue et bean-frère de Gondé» se laissa séduire par le prince, et soit qu'il crût de son devoir de délivrer la France de Richelieu, sck qu'il voulût, en se faisant craindre , vendre sa soumission au prix de Tépée de connétable, il tenta de soulever en faveur de Gaston le Languedoc, dont il étcât gouverneur. Mais Richelieu prévint ses ennemis; les marédiaux de La Force et de Schomberg entrèrent en Languedoc, à la tête de deux armées royales , au moment où Gaston opérait sa jonction avec Montmof enc^.

Les deux partis furent en présence près de Gastelimn- ^f^^^^^ dary. Montmorency, fort inférieur en forces, engagea '^^^^ Faction en se précipitant sur Tarmée royale avec une faible troupe; il fut enveloppé, pris et emmené captif à la vue de Gaston, qui ne tenta aucun effort pour le délivrer, et dont Tarmée se débanda aussitôt tout entière. Ceux des amis et des partisans du prince que Ton saisit les armes à la main furent traités sans pitié ; on ménagea ceux qui restèrent près de lui, et entre autres Puy-Laurens. Richelieu voyait toujours en Gaston Théritier pré» somptif de la couronne; il lui permit de se retirer à Tours, Où ce prince arriva flétri par sa lâcheté plus que par sa rébellion. Montmorency fut traduit devant le par* lement de Toulouse, condamné à mort et exécuté : il supplice mourut en chrétien repentant et résigné. Une foule d'au- * rcncy?**' très portèrent leur tête sur l'échafaud, et Gaston, effrayé des rigueurs du cardinal, quitta de nouveau la France.

Le roi avait ignoré jusqu'alors le second mariage con- invasion tracté en Lorraine par son frère avec la princesse Mar- Lornûie guérite ; en rapprenant il refusa de le reconnaître; puis il lea Français, envahit le duché et voulut contraindre Charles lY à lui ***** livrer sa sœur. Celle-ci s*évada, et rejoignit son époux à Bruxelles, où Marie de Médicis raccuellit comme sa fille. Toute la Lorraine est envahie, et Nancy tombe aux

TBOISIÈAIB EPOQUE.

Le

parlement

de Paris

caue le mariage

du doc d'Orléans.

mains âes Français. LMnfortuné doc Gliarles (l) abdique en faveur du cardinal Nicolas-François , son frère , qui se hâta , sans consulter Rome ^ de déposer le chapeau et d*épouser sa cousine Claude. Bientôt après il se sauva lui-même avec sa femme abandonnant ses États au roi de France, qui établit partout des garnisons en attendant la remise de la princesse Marguerite.

Tandis que Louis XI 11 poursuivait ainsi par la force la rupture de cette alliance, le parlement de Paris, auquel il avait déféré la cause , déclarait le mariage de Gaston non valable , décrétait d'accusation le duc de Lorraine pour crime de lèse-majesté, comme coupable de rapt sur la personne du duc d'Orléans, et confisquait son héritage. Un an après, l'assemblée du clergé confirma ce jugement, en opposition avec la cour de Rome, qui reconnaissait la validité du mariage.

Monsieur était rentré en France; il avait abandonné sa mère aussi facilement que tous ses amis , et il vint à la cour, où Richelieu, au milieu de fêtes brillantes, chercha, mais en vain, à obtenir son aveu pour l'annulation de son mariage. Monsieur, dans cette circonstance, montra pour la première fois de la fermeté, et se retira à Blois avec Puy-Laurens, son favori , que Richelieu combla de grâces et d'honneurs. Il lui donna en mariage une de ses parentes, avec une dot magnifique , et le fit duc et pair dans l'espoir qu'il engagerait le prince à céder aux vœux du roi ; mais Puy-Laurens ne servant point Richelieu à son gré, celui-ci sut l'attirer à Paris, le fit saisir et jeter à la Bastille, où il mourut.

Son maître n'en resta pas moins inébranlable ; mais

(1) Charles IV était le vingt-quatrième duc de la 'maison de Lorraine issue de Gérard d'Alsace. Outre la branche régnante, cette illustre famille se divisait, comme on sait, en plusieurs branches, celle de Vaudémont j de Guise, de Mercœùr, de Mayenne, d'Aumale, d'Ëlbeuf, etc., etc.

LIYRB III. GHAPITBB 11. 33

un événement survenu trois ans après le réduisit à un rôle secondaire. Anne d'Autriche vivait séparée de Louis XIII et n'avait point d'enfants. On dit qu'une jeune fille, mademoiselle de La Fayette, aimée du monarque et cherchant au couvent de la Visitation un asile contre ses poursuites , combattit les préventions dont la reine était l'objet et rétablit quelque temps la bonne intelligence entre les époux. Quoi qu'il en soit, Ànue d'Autriche, après vingt-deux ans de stérilité, mit Natttanoe aa monde, le 5 septembre I638, un fils qui devint ^j^^^- Louis XIV.

Dans le temps où les rênes de l'Étaj; passaient ainsi, sous un roi toujours en tutelle, des mains de Goneini aux mains de de Luynes et de celles-ci à celles de Richelieu, d'où elles ne s'échappèrent plus, d'immenses événements s'étaient accomplis en Allemagne sans que la France y fût encore intervenue.

L'empereur Mathias, n'ayant pas d'enfants, avait choisi pour successeur son cousin germain, Ferdinand, de Styrie, petit-fils de Ferdinand P', frère de Charles- Quint, et l'avait, de son vivant, fait élire roi de Bohème. Ce prince, élève des Jésuites et admirateur de Philippe II, \eut retirer aux Bohémiens protestants la liberté de conscience. Ils s'irritent, portent plainte au conseil de Prague, et jettent par les fenêtres dans les fossés du château quatre officiers du gouvernement. Ce fut l'origine de la origine fameuse guerre de Trente ans. „ ^"^

. , . . Trente aos.

Mathias meurt sur ces entrefaites. La couronne im- *««8. périale est vacante, et Ferdinand, assiégé dans Vienne par les Bohémiens victorieux, ne peut la disputer. La diète était partagée entre les protestants et les catholique ; mais la défection de l'électebr de Saxe, fait pencher la balance en faveur de ces derniers, et Ferdinand Élection est proclamé empereur à Francfort le 28 août 1619. Les 080^11? états de Bohême répondent à cette élection en offrant leur lei». ' '

Frédéric V

reçoit fa couronne de Bohême.

Période

palatine

de la guerre

Trente ans.

Période danolM.

Diète

de

Batlsbonne.

couronne à l'électeur palatin (i) Frédéric V, gendre du roi d'Angleterre et neveu du stathouder de Hollande. Toute rUnîon évangélique ou confédération des États protestants d'Allemagne le reconnaît pour chef et se soulève contre l'empereur, que soutient la ligue catholique.

Frédéric, prince sans talents et sans énergie, perd, dans une sanglante bataille livrée en 1620 sur la montagne Blanche, près de Prague, sa nouvelle couronne et ses États héréditaires. Enhardi par ces succès , l'empereur, étroitement allié avec l'Espagne , porte la guerre dans le Palatinat et menace d'extirper le protestantisme de toute TAllemagne.

Pour sauver ses libertés , l'Union évangélique , sans chef depuis la chute du Palatin , choisit Christian IV , roi de Danemark et duc de Holstein (1625), et alors s'ouvre la seconde période de la Guerre de Trente ans dite période danoise. Elle ne fut pas moins fatale que la première à la cause protestante ; Christian, battu par les célèbres généraux impériaux Tilly et.Walstein, est rejeté dans ses îles, voit tout le Jutland, le Schleswig, le Holstein envahis par les vainqueurs, et, pour sauver les débris de sa couronne, est réduit à signer Thumiliante paix de Lubeck, en 1629. Toute l'Allemagne protestante est sous le joug , et la cause de la liberté de conscience semble désespérée.

Alors se réunit la diète impériale de Ratisbonne (l630) pour discuter les grandes questions qui, depuis vingt ai)s, agitent l'empire germanique. Mais là vient échouer la fortune de la maison d'Autriche : au lieu d'alliés Ferdinand ne trouve que des adversaires chez les électeurs catholiques eux-mêmes , alarmés de son ambition et de

(1) Le Palatinat, un des électorals d^AUemagne dans le cercle du Haut-Rhhi , s'étendait sur les deux rives du fleu?e et avait pour capitale Manheim.

ani.

Période •oédoise.

L1.TBB JII. CHAPITBB T1. 35

son despotique. Ils exigent de lai le Uoencfement de son armée de oMit cinquante mille hommes, désormais ioutile, et le renvoi de l'invincible général Walstein. C'est aussi à Ratisl>onne que fut réglée Taffaire de la suc* cession de Mantoue, dont l'empereur avait prétendu disposer comme fief impérial. Ce fut le second pas de la France dans les affaires de Tempire : Foccupation de la Yalteline avait été le premier.

Richelieu voyait avec inquiétude les progrès de la ^ Smem maison d'Autriche^ mais le moment n'était pas encore Trtntfa venu pour la France d'intervenir ouvertement. Richelien se borna à promettre comme subside 1,200,000 livres par an au jeune roi de Suède Gustave- Adolphe, déjà II* lustre par ses victoires sur les Moscovites et les Polonais, et vers lequel maintenant se tournent les regards de tous les protestants d'Europe. Ce roi de neige, comme l'appelait Ferdinand dans son profond aveuglement, se précipite sur l'Allemagne, Vainqueur à Leipzig en 1031, puis au passage du Leck, où Tilly perdit la vie, il rend à la ligue catholique tous les maux qu'elle a faits à l'Union évaugélique, et se prépare à frapper un dernier coup en attaquant Ferdinand dans sa capitale. L'empereur, épouvanté, rappelle alors l'illustre Walstein, qu'il avait disgracié. Les deux rivaux de gloire se rencontrent à Lutzen en 1632. Gustave fut victorieux, mais il mourut sur le champ de bataille , laissant le commandement de son armée à un autre héros, le duc Bernard de Saxe-Weimar. Celui-ci cependant, après de grands succès, perd, en 1634, la bataille décisive de Nordlingue contre l'archiduc Ferdinand, fils atné de l'empereur. Les conquêtes de Gustave- Adolphe furent compromises, et la maison d'Autriche redevint toute-puissante. Ici finit la période suédoise de la guerre de Trente ans et s'ouvre la quatrième et dernière époque, à laquelle on donne le nom de période française.

86 TBOISIBHB BPOQUB,

Au moment où Richelieu engage la France dans cette lutte sanglante, que termina, seulement en 1648, le traité de Westphalîe, il confient de jeter un regard sur Tétat de l'Europe en 1635.

Lvor^ Lltalie, occupée au nord et au midi par les Espagnols , maîtres du Milanais et du royaume de Naples, était sans force et sans volonté. L'Angleterre ^ où une révolution allait éclater, restait étrangère aux affaires du continent. La Hollande, à Texpiration de la trêve de douze ans, avait repris contre TËspagne la glorieuse guerre de l'indépendance. La reine Christine poursuivait avec les Suédois l'œuvre de son père Gustave- Adolphe; le Danemark, épuisé par la guerre de 1625, se tenait k l'écart. Quant à l'Allemagne , elle était plus que jamais divisée. L'électeur de Saxe avait, par la paix de Prague, abandonné la cause protestante ; mais les quatre cercles de la haute Allemagne, Franconie, Souabe , Palatinat et Haut-Rhin, et rélecteur de Brandebourg, la défendaient encore. La Bohême était écrasée, et tout le reste de l'empire obéissait à la ligue catholique , dont le chef nominal était le duc de Bavière, récemment investi du Palatinat, mais qui n'était qu'un instrument entre les mains puissantes de l'empereur Ferdinand. Ce prince, chez lequel une ambition indomptable s'unissait à un fougueux fanatisme, était toujours, malgré l'invasion des Suédois^ le maître de l'Allemagne, et poursuivait la ruine de l'Union évangélique, d'accord avec son cousin (l) Philippe IV, roi d'Espagne, ou plutôt avec son ministre OUvarez.

L'Espagne, à cette époque, était déjà bien déchue de sa

(1) On a TU que Charles- Quint avait partagé ses États entre sou frère Ferdinand, son successeur à Pempire, et son fils Philippe II. Ce fut là l^origine des àeuTL branches de la maison d'Autriclie^ Ynn Fc'gnant à Vienne, l'autre à Madrid. Ferdinand II était petit-fils de Ferdinand I*", et Philippe IV arrière» petit-fils de Cbar|<es-Quint.

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puissance sods Charles-Quint; cependant elle avait comquisun nouveau royaume, le Portugal, et Philippe IV régnait encore, au dehors de la péninsule, sur Naples, la Sicile et le Milanais en Italie, sur toute la Belgique, sur le Boussillon , la Franche-Comté, la Flandre et TArtois, frontières françaises, sur une partie de la côte septentrionale de TAfrique et sur tout le nouveau monde. Par son étroite alliance avec Tempereur, héritier du reste des États de Charles V (l), l'ancienne monarchie de la maison d'Autriche se trouvait reconstruite et pesait d'un poids trop grand dans les destinées de l'Europe, quand Riche* lieu jeta dans la balance l'épée de la France. Catholique et vainqueur des protestants en France , il les prit sous sa protection en Allemagne et s'appuya, dans cette contrée, sur l'Union évangélique pour battre en brèche la maison d'Autriche. Continuateur de la politique de Henri IV, Richelieu, pas plus que ce grand roi, ne vécut assez pour voir la France en recueillir tous les fruits ; mais avant de mourir il eut du moins la gloire de donner à sa patrie une nouvelle province. C'est l'histoire de la guerre de Trente ans de 1635 à 1642.

Richelieu prépare le succès de ses plans militaires par Début les plus grands efforts : il conclut avec TUnlon évangé- ^frîoç^e** lique, la Hollande et la Suède, une alliance offensive et **^ ^^f «"^^ défensive; il s'assure ainsi le concours de l'armée du nupoîmôn

militaires

prince d'Orange dans les Pays-Bas et de celle que corn- nj^,*J^ mandait sur le Rhin le duc Bernard de Saxe-Weiraar. i6m-i«w.' Il signe en même temps de nouveaux traités avec les ducs de Savoie, de Mantoue et de Parme, auxquels il

(1) Avec la coaronne impériale Ferdinand l'' reçut de son frère rarchiduché d'Autriche, héritage de leur père Maximilien. La Styrie, la Carniole, l'Alsace relevaient de cet archidoché. Les successeurs de Ferdinand l'*^ y joignirent les royaumes de Bohême et de Hongrie, le Tyrol et la Moravie. Telles étaient les possessions autrichioines au moment de la guerre de Treute ans.

38 • TROISliUS lÊpOQUE.

promet le partage du Milanais. Son plan de guerre embrasse à la fois la Flandre, le Rhin, la Valteline, et il forme quatre armées destinées à agir simultanément sur toutes ces frontières ; il porte ainsi tout à coup les forces militaires du royaume à un chiffre très-supériçur à celui qu'elles avaient atteint jusqu'alors. Se croyant aussi grand capitaine que grand homme d'État, le cardinal prétendait diriger du fond de son cabinet toutes les opérations de la guerre. A ses yeux, la première qualité des généraux qu'il choisit devait être l'obéissance , et il partagea le commandement de chaque armée, afin que les chefs se surveillassent mutuellement et qu'aucun d'eux ne se crût assez puissant pour agir par lui-même. ^«?Îm* L'armée du Nord, sous les méréchaux de Châtillon et de Brézé, devait joindre dans le Luxembourg celle des états généraux de Hollande, dans le but de chasser opérattoDR Ics Ëspaguols de la Belgique. Ceux-ci étaient commandés eiTsIiSliuê. par le prince Thomas de Garignan, qui avait pris parti pour la maison d'Autriche> tandis que le duc de Savoie, Yictor-Amédée, son frère^ était entraîné malgré lui à servir la France. Le prince de Garignan se porta hardiment, avec quinze mille hommes, entre les deux divisions de l'armée du Nord, afin de les écraser séparément. Sa témérité fut punie : elles Taccablèrent à la fois dans la plaine d^Avein, lui enlevèrent cinquante drapeaux, et opérèrent leur jonction devant Maéstricht avec les Hollandais , commandés par le prince d'Orange. L'armée réunie présentait cinquante mille combattants et aurait pu opérer de grandes choses ; mais elle se porta aux plus affreux excès; le sac de Tirlemont souleva les Belges, indécis jusqu'alors entre les Français et les Espagnols ; ils coururent aux armes et donnèrent ainsi le temps à l'armée impériale de Piccolomi/Ji d'arriver. Cette armée fit lever le siège de Louvain aux Français et les contraignit à l'inaction Jusqu'à la fin de la campagne.

UVBE m. GHÀPriBE II. • 39

L'armée franco-suédoise d'Allemagne, divisée en pla- ^aJJJgn^ sîenrs corps, sous le marécéal delà Force et le duc Ber* nard de Saxe-Weimar, avait en tête» d'une part, le due Charles de Lorraine, dont les États, depuis le mariage de la princesse Marguerite, continuaient à être occupés par des garnisons françaises, etFautre par le câèbre Gai las, qui bloquait dans Mayence nue partie de Tarmée de Bernard et tenait en échec ce grand général lui-même à Sarrebrùck. Richelieu confia une seconde armée de quinze mille hommes au cardinal de La Valette, qui réussit à joindre Bernard et à le dégager. Mayence fut débloquée ; mais la disette et les maladies fondirent sur cette armée; elle fit une retraite désastreuse et rentra dans Metz réduite de moitié. Le duc de Lorraine, quoique battu à Montbelliard par La Force, recouvra une partie de son duché, dont il fut bientôt après expulsé par une troisième armée, que Louis XIII commandait en personne. Le roi ne tenta aucune grande opération sur le Rhin ; il ne franchit point le fleuve, et les débris des trois armées dirigées sur cette frontière couvrirent la Champagne et la Lorraine, menacées par les Impériaux.

L'Italie était le troisième théâtre des opérations stra- ed iuu<^. tégiques de Richelieu. Les princes alliés de la France, les ducs de Savoie, de Parme et de Mantoue, devaient conquérir le Milanais, et le maréchal de Créqui, avec quinze mille hommes, avait Tordre de les seconder. De fréquentes altercations entre le duc de Savoie et le maréchal paralysèrent tous les mouvements de l'armée, qui, après s'être portée en avant, échoua à l'attaque de Frascarolo et fut contrainte à lever le siège de Valanza. Créqui se replia sur la France, abandonnant les princes alliés, dont les États furent aussitôt envahis.

Les armes françaises ne furent heureuses que dans la Dans Yalteline, où commandait le duc de Rohan, qui s'était fait une grande réputation militaire dans les guerres d-

la Valteline.

40 TBOISliSMB lÎFOQUE.

viles, et qui parviat à couper toute commuDication entre les corps impériaux de la Lombardie et de l'Autriche ; il tint tète avec cinq mille liommes, dans un pays insurgé, aux généraux Serljclloni et Fernamont, qui Tattaquaient avec des forces supérieures. Vainqueur à Morbégno, Roban repoussa Fernamont dans ie Tyrol, puis it cbassa Serbelloni et les Espagnols de la Valteline après le glorieux combat du Val de Presle. Sur ce point seulement la campagne de 1635 fut honorable pour la France; le commandement n'y avait point été divisé, et Tiotelligence qui conçut y fut toujours unie à la volonté qui exécuta, campsime Richellcu commença la campagne suivante avec autant d'armées que la précédente, et il essuya de grands revers. Il espérait conquérir la Franche- Comté, province espagnole sur laquelle il avait dirigé ses meilleures troupes, sous le prince Gondé; mais cette armée fut promptement rappelée pour arrêter les Impériaux, qui avaient eQvabi la France. Le cardinal infant, frère du roi d'Espagne, Piccolomini et Jean de Wert, général bavarois, étaient entrés en Picardie et en Champagne avec quarante mille hommes, invasion La ligne de la Somme est forcée ; Corbie dernière de i»pjj«n«« pjugg f^Y^Q gQP çg^g frontière, tombe aux mains des Imtafi^in! périaux, dont la cavalerie croate se montre sur les bords de rOise, tandis qu'une seconde armée, sous Gallas et le duc de Lorraine, pénétrait en Bourgogne. La terreur règne dans Paris, où la fureur populaire se déchaîne contre le cardinal, qu'on accuse de tous les maux de la France ; mais lui, supérieur à la crainte^ traverse sans gardes les flots du peuple irrité, et se rend à l'Hôtelde-Ville, d'où il appelle aux armes la noblesse et les corps de métiers, pour la défense de la patrie.

Un enthousiasme universel, comme on le revit plus tard en de plus sinistres jours^ saisit alors la nation ;

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l'argent, les vivres, les armes affluent de toutes parts; nobles, bourgeois, artisans s*enr61ent comme volontaires. Au bout d'un mois une armée de quarante mille hommes ' marchait pour chasser l'ennemi du royaume.

Les généraux impériaux n'attendirent pas le choc : leur armée^ chargée de butin, s'était affaiblie par la désertion et rindiscipline ; ils se hâtèrent de repasser la frontière, et toutes les places de la Picardie retombèrent au pouvoir des Français, pendant que la vaillante défense de Saint-Jean de Losne arrêtait en Bourgogne les progrès de l'invasion. Une troisième tentative des Es* pagnols du côté des Pyrénées ne fut pas plus heureuse, et le soi français fut délivré des étrangers. Ce n'était là cependant qu'une guerre défensive. En Italie, une sanglante victoire du maréchal de Gréquiet du duc de Savoie, remportée près du lac Majeur sur les Impériaux, n'avait eu aucun résultat.

L'année suivante (1637) fut marquée par la mort de Mort plusieurs souverains engagés dans la guerre. L'empereur ^^•JJjyj^J' Ferdinand II mourut après avoir fait élire comme son <i« s^^^oie successeur le roi de Hongrie son iîls, et la France perdit <*« ^Jff*^' ses deux alliés italiens, les ducs de Savoie et de Mantoue. La guerre avait continué sur toutes les frontières sans succès comme sans revers décisifs, et le seul fait militaire important de cette campagne fut l'évacuation de la Valteline par le duc de Rohan, chassé par les anciens alliés de la France, les Grisons, qui maintenant se tournaient contre elle.

La guerre continua en 1 638 avec des chances fatales ^«f Jg^ pour la France. Au nord il fallut lever le siège de Saint- Omer, et sur la frontière de l'Espagne, malgré les succès maritimes de l'archevêque de Bordeaux, Sourdis, les Français furent battus par l'amiral de Gastille et forcés d'abandonner le siège de Fontarabie. La victoire de leur allié, le duc Bernard de Saxe-Welmar^ compensa seule

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d£^ sur le Rhin tant de désastres. Le duc Bernard assiégeait wdSîS^ RWnfeld. Jean de Wert accourt au secours de la ville, * %'f'^ bat ï^ Weimariens et les force à lever le siège , quand tout à coup Bernard, qu'on croyait vaincu, reparaît sous les murs de Rhiofeld , surprend les Impériaux dans rivresse du triomphe, les taille en pièces et fait prisonniers leurs quatre généraux, parmi lesquels le célèbre Jean de Wert. C'est dans ce dernier combat que périt un héros, le duc de Rohan» Tancieu chef des calvinistes français, puis général de Tarmée de la Yalteline, et simple volontaire enfin dans Farmée de Bernard.

La victoire de Rhiofeld fut le dernier exploit du due de Weimar; Tannée suivante (l6&9) il mourut du typhus, à râgé de trente^six ans, laissant inachevés tous les vastes projets quMl avait conçus pour la grandeur de sa maison. La France acheta aux enchères ses conquêtes d'Allemagne et son armée, dont le commandement fut donné au duc de Longueville, qui^ de concert avec le comte de Guébriant, franchit le Rhin et tint la campagne durant deux années au delà du fleuve, sans avantages décisifs, mais aussi sans disgrâces. Opérations . En 1639 Ic roi voulut assistcr en personne aux opéraen Ftandre. tlons de l'armée de Flandre; mais les succès des Français se bornèrent à la prise d'Hesdin , que La Meilleraye , grand maître de'/ artillerie, emportasous les yeux du roi ; il reçut le bâton de maréchal sur la brèche pendant que Piccolomini battait près de Thionville une autre armée française commandée par Feuquières. Ainsi se termina dans le Nord la campagne de 1639. Elle fut plus brillante en Piémont. Cette contrée était alors un foyer d'intrigues. Le cardinal Maurice et Thomas, prince de Garignan, frère du feu duc, disputaient la régence à sa veuve Christine, fille de Henri IV. Les beaux-frères de Ghristine faisaient soutenir leurs prétentions par le roi d'Espagne, et promettaient à ce prince de lui livrer les

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places fortes dn Piémont. La régente implora les seoonrs du roi de France, son frère ; Bichelieu confia une armée au cardinal de La Valette, et celui-ci, sous prétexte de protéger le fils de Victor- Amédée, envahit la moitié de j/^*^„a, ses États, puis expira d'une fièvre contagieuse. Richelieu Jf ^„^<JÏ2te lui donna un habile successeur : ce fut Henri de Lorraine, en "pîSSom. comte d'Harcourt, qui ravitailla Casai, asiégé par les Es- ""* pagnols, et opéra ensuite une belle et difficile retraite de Chiari à Garignan, en présence desarméestrès-supérieores du prince Thomas et de Léganez, gouverneur espagnol du Milanais, qu'il vainquit au combat glorieux de la Rotta.

Les principales puissances belligérantes, la France, TEmpire , TEspagne, malgré quelques succès partiels, ne recueillaient aucun fruit de cette guerre désastreuse, à laquelle s^acharnaient les ministres dirigeants de Philippe IV et de Louis XIII, Olivarez et Richelieu. Les deux États étaient épuisés, et des deux côtés éclatèrent à la fois des soulèvements populaires dont l'issue fut bien différente.

L^impôt en France s'était élevé à cent millions depuis ^^ [J*î?y7„^ les dernières années : c'était le double de l'impôt au temps jP^^^JîJ^ de Henri IV. L'inflexible cardinal se montrait également redoutable à toutes les classes de la nation, aux pauvres et aux riches, aux faibles et aux puissants; il saisit les rentes sur l'Hôtel-de- Ville , renferma à la Bastille les rentiers qui osaient se plaindre, et défendit au parlement de les protéger. Mais c'était surtout le peuple que la guerre ruinait, et les taxes, dont la plus lourde part tombait sur les paysans, étaient devenues intolérables. L'impôt de la taille surtout se levait sur eux avec une effrayante rigueur. Ils étalent considérés dans leurs villages comme solidaires les uns des autres, et souvent, lorsque les malheureux s'étaient épuisés pour acquitter leur quote-part, ils voyaient tout à coup saisir leurs ré-

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