‹ Histoire de FranceChapitre 14 sur 101 · LIVBB III. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVBB III. CHAPITRE II

et son faste il foula impitoyablement les peuples, et les seules dépenses de sa maison s'élevaient à plus de quatre millions; mais il accrut la puissance du loyaume eu organisant ses forces militaires sur un pied formidable , en créant la marine royale et en écrasant le parti politique des protestants français sans les attaquer dans leur croyance religieuse. H rendit le premier la France prépondérante en Europe ; elle lui dut, entre autres couquètes, celle du Roussillon au midi, et au nord celle de la principauté de Sedan , perpétuel foyer d'intrigues, et rétablissement de colonies florissantes au Canada et dans les Antilles. Ce fut lui qui, en soutenant les protestants d'Allemagne contre TAutriche, consolida le fameux système d'équilibre en Europe; mais si, à beaucoup d'égards, sa politique extérieure fut habile et ferme, on lai reproche avec justice d'avoir négligé toutes les occasions d'alléger pour les peuples l'intolérable &rdeau de tant de guerres en signant une paix honorable. Non-seulement Richelieu voulait que l'équilibre européen fût maintenu, il voulait encore que les autres nations fussent humiliées^ et il est le véritable auteur de cette politique violente et agressive trop bien suivie par son successeur Mazarin, par Louis XIV, etde nos jours par un conquérant à jamais fameux, et qui fait consister la gloire d'unenation dans l'abaissement et dans l'humiliation ddtoutes les autres : politique toujours fatale à la longue, source de réactions terribles et de guerres perpétuelles; car l'amour de la patrie, de l'indépendance et de la dignité nationale est dans le cœur de tous les peuples; pour eux comme pour les individus, la liberté, l'honneur sont les plus précieux des biens^ et^de la part d'une nation humiliée ou esclave, accepter une trêve, signer une paix, c'est ajourner la vengeance*

Bichelieu, par la protection éclairée qu'il accorda aux lettres, aux arts, à l'industrie et au commerce, contribua

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beaucoup à rémancipation du tiers état et aux progrès que fit la bourgeoisie en importance et en considération. Tandis que d*une main il abaissait les grands , il sut de Fautre élever le m érite personnel et le distinguer dans les rangs les plus humbles. C'est par là que sa mémoire est chère surtout à une école qui a trop confondu la liberté avec régalité ; elle Ta loué sans mesure pour avoir affermi la puissance royale sur les ruines de la féodalité; mais Louis XI, avant. Richelieu, avait écrasé la haute aristocratie, et, parmi les successeurs de ce monarque , tous ceux qui surent régner furent des rois absolus. Henri IV lui-même, du jour où il fut reconnu roi par la France, ne rencontra pliis de limites à son autorité. Si Louis XIII avait eu quelque fermeté dans l'âme , il eût aussi régné sans obstacle et sans partage; mais on sentait qu'il n'était roi que de nom et que Richelieu régnait pour lui. Ce fut contre le ministre que la plupart des (Conspirateurs dirigèrent leurs complots, avec l'intention de l'abattre et de lui succéder. Ce n^était pas le trône qu'ils attaquaient; ils disputaient , pour ainsi dire, la régence à Richelieu , sous un roi qu'ils savaient trop faible et trop incapable pour jamais sortir de tutelle. Ridieliea porta sans doute aux factieux des coups terribles et leur éta pour un temps les moyens de résister avec succès ; mais , en leur enlevant aussi toute chance de pardon, i) les jeta dans des entreprises extrêmes et désespérées ; il eut à lutter contre les révoltes jusqu'à la fin de ses jours, et sa mort fut suivie de troubles aussi grands que ceux qui avaient précédé son ministère.

Ce n'est donc pas Richelieu qui fortifia l'autorité royale d'une manière durable, ce n'est pas lui qui courba les princes et les grands devant la seule majesté du trône , quel que fût le monarque : ce but ne pouvait être atteint que par le double ascendant d'une grande gloire et d'une longue habitude, et pour y parvenir il ne fallait rien

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moins que rimposanl caractère de Louis XIV, la durée de son règne et ses étonnants prestiges. Entraîné par la passion pour l'autorité, pour Tunité de la France et pour la grandeur, Richelieu franchit toutes les limites dans lesquelles il convient que l'action de TÉtat soit contenue. S'il importe en effet que la puissance publique soit forte et les factions réprimées , il n'est pas moins nécessaire , pour que le corps social conserve longtemps sa vigueur» que la vie circule librement et abondamment dans tous ses membres. Richelieu méconnut ce principe et contribua plus que personne à fonder en France cette centralisation redontabie dont l'excès est un grand péril pour plusieurs peuples du continent. Son testament politique est le code du despotisme ; en comprimant sous le niveau d'un pouvoir sans bornes les franchises municipales des villes et en violant les droits des provinces agrégées à la couronne, Richelieu renversa les digues salutaires qui, sagement maintenues, auraient pu empêcher Tautorité royale d'abuser d'elle-même. Il foula également aux pieds l'autorité des parlements, et n'eut recours, pour assurer la paix de l'État, qu'aux armes et aux supplices. Il travailla ainsi beaucoup plus pour le présent que pour l'avenir; les troubles qui ensanglantèrent la France pendant presque toute la durée de son ministère, et surtout ceux qui éclatèrent avec violence après sa mort, prouvent que pour discipliner une nation la terreur ne suffit pas; qu'aucune force ne supplée à des institutions sages , protectrices des droits véritables et des intérêts légitimes; qu'enfin les rois ou les tuteurs des empires peuvent diffidlement fonder à l'aide des soldats et des bourreaux un ordre de choses stable après eux lorsqu*ils ont négligé d'appeler sur les lois le respect de tous en les respectant eux-mêmes.

Ijà raison et l'esprit de convenance n'avaient pas en- ^ut «ociai core sous Louis XIII réglé les attributs distincts dechaque la Ftaoee.

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nistre Augustin Potier^ évéque de Reauvais y homme in- <»pid)le et totalement étranger aux affaires ; elle invita ensuite le parlement à casser le conseil de régence. Des promesses flatteuses gagnèrent les partisans de Richelieu ^ Lit et leurs adversaires, et dans un lit de justice tenu le 1 8 mai Le par le jeune roi, âgé de cmq ans , la reme fut reconnue

parlement -f ^ , . , , .. <.

reconaait régente du royaume et libre de composer son conseil a sa ***Voï?*** volonté. C'était la seconde fois que pendant une minorité isïSîliw. ^^ parlement était appelé à désigner la main qui devait exercer la puissance suprême. Les états généraux cependant avaient seuls hérité des droits politiques des anciens parlements ou assemblées générales des hommes libres de la nation^ tenus sous les rois des deux premières races ; le parlement de paris, quoique les Pairs siégeassent dans son sein, n'était qu'une simple cour de justice et n'avait aucune autre attribution supérieure à celles des parlements de province. Marie de Médicis et Anne d'Autriche, en se soumettant d'avance à sa décision, contribuèrent à lui donner une opinion exagérée de son importance politique ; il en résulta de grands troubles et des périls sérieux pour l'État.

Le cardinal Mazarin, membre du conseil de régence, avait été d'avis qu'il fût cassé : la reine récompensa son dévouement; elle le nomma premier ministre, et sa faveur fut le prétexte de nouvelles intrigues. Ceux que Richelieu avait proscrits étaient revenus en foule à la cour, où ils se plaignirent de ce que la régente, jadis persécutée

Fronde la Régente 6ta la charge de gouveroeor aa dac de Vendôme et eji investit le maréchal de Yilleroi. Sous ses ordres on avait placé comme précepteur près du roi le spirituel abbé Péréfixe de Beau mont ; mais les gnerres civiles nuisaient à cette éducation , et le royal élève ne se perfectionna que dans les exercices du corps, où il excellait. « Il se plaisait cependant, dit Voltaire, aux vers et aux romans qui, en peignant la galanterie et la gran leur flittaient en secret son caractère. »

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àvec eux, ne les avait point comblés d'assez de grâces. Augustin Potier, jaloux de Mazarin, entra dans leur ligue, qu'on nomma la cabale des Importants^ et dont cauic les chefs furent les Guise, les Vendôme, les d'Épernon, >«»«*«««• la fameuse duchesse de Ghevreuse et sa belle-mère, la dachesse de Montbazon. Celle-ci , ayant offensé la duchesse de Longneville, sœur du duc d*Enghien, déjà célèbre, fut disgraciée par Anne d*Autriche^ et fit partager au duc de Beaufort ses désirs de vengeance. La régente sévit contre eux et contre leurs partisans ; elle en exila plusieurs de sa cour, fit enfermer Beaufort à Vincennes, et renvoya Tévèque de Beauvais dans son diocèse. Elle détruisit la cabale des Importants par ces mesures rigoureuses et donna toute sa confiance au cardinal Mazarin. La France dès lors jouit de quelque calme à Fintérieur pendant trois années.

La guerre contre FEropire et l'Espagne continuait glo- opénHons rieuse pour la France sur toutes les frontières. Louis de seis-iei! Bourbon, ducd'Enghien, si célèbre sous le nom de grand Condé^ avait gagné en Flandre, cinq jours après la mort de Louis XIIT , la bataille de Rocroi sur les Espagnols, ^^JJ;J[fJi. commandés par don Francisco de Mélos. Là périt le fa- ^wi. meux comte de Fuentès et fut détruite la redoutable infenterie espagnole, invincible depuis Charles-Quint. Le vainqueur ne dut son succès qu'à lui-même; il avait vingt-deux ans. L'importante prise de Thionville fut le premier fruit de cette victoire, que suivirent de près la mort du maréchal de Guébriant et la défaite du comte de Bantzau, son successeur, battu à Buttlingen par le duc de Lorraine et par deux illustres généraux, Jean de Wertb et Mercy . Il ne resta que cinq à six mille hommes d'une armée qui longtemps avait fait trembler l'Empire; le maréchal de Turenne fut envoyé pour en recueillir les débris.

De brillants succès effacèrent ce revers ; d'Enghien,

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Batatiies avec Tureiine sons ses ordres^ vainquit Mercy à Fribourg* *^ et!te"'^ Leprince, pour aaimer ses soldats dans cette grande

^leûf*^ journée^Jeta son bâton de commandement dans les re* tranchements ennemis et le reprit Tépée à la main. Il marcha Tannée suivante au secours deTurenne, surpris et battu à Mariendal, et gagna le bataille de Nordiingue ; la mort de Mercy décida la victoire. Le grand talait de Gondé consistait à prendre en un instant les résolutions les plus hardies et à les exécuter ensuite avec prudence et rapidité. Le duc d'Orléans, oncle du roi, et le comte d'Harcourt avaient heureusement aussi soutenu la guerre, Fun en Flandre , l'autre en Catalogne. Le premier, aidé du maréchal de Gassîon, s'empara de Gravelines et de Gourtray , et prit Mardick à la vue d'une armée ennemie . La mer ne fut pas moins favorable aux Français : vingt de leurs galères battirent en 1646 la flotte espagnole sur les côtes d'Italie, et la même année le duc d'Enghien, secondé par le célèbre Tromp , amiral hollandais, donna Dunkerque à la France. Il vola ensuite en Espagne, où il échoua devant Lérida , dont il fut obligé dé lever le sjnwvenwiit siège. Naplcs se soulevait alors à la voix du pécheur Ma- Mazanfeiio ^aniello. Le duc de Guise, appelé par les Napolitains^ se jeta dans^ ses murs ; mais la France ne le soutint pas : il fut fait prisonnier par Jean d'Autriche, fils naturel de Philippe IV, et Naples retomba sous le joug espagnol.

Les années 1647 et 1648 furent fatales à la maison d'Autriche. Turenne, aidé des Suédois, gagna la bataille de Sommerhausen; le général Wrangel prit la Petite-

Bataiite Prague, et la hataille de Lens termina la guerre ; le duc 1648. ' d'Enghien, devenu prince de Gondé, la livra, en 1648, à l'archiduc Léopold, frère de l'empereur. Il marcha à l'ennemi en prononçant ces seules paroles : a Soldats , sou- (( vénèz-vous^e Rocroi, de Fribourg et de Nordiingue. a Il mit en déroute les Impériaux et les Espagnols, prit cent ^drk^éâux et trente-huit pièces de canon ; sa victoire fut

de Mnnstrr

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complète» et Léopold demeura sans armée, accablé de tant de revers, Ferdinand III consentit à traiter, et la paix fut enfin signée à Munster, en Westphalie. Par elle la France conserva une grande partie de TAlsace , les weS^aiie. Trois Évôchés et les deux places de Philisbourg et de ^'^' Pigneroly clefs de TAllemagne et du Piémont. Les principaux articles du traité» relatifs aux alliés de la France, proclamèrent la souveraineté des divers États de TAllemagne dan&l'é^ndue de leur territoire, précisèrent leurs droits aux m^ g^érales de TEmpîre , et admirent les calvinistes à Jouiroes mêmes avantages que les luthériens. La Suède obtint une partie de la Poméranie, plusiears places fortes et cinq millions d'écus. Les cantons suisses furent déclarés indépendants de fempire germanique, et Ton reconnut égtfêmenÇU'indépendance des Provinces-Unies à l'égard de cet empire et de TEspagne. La paix de Westphalie termina en Allemagne la sanglante guerre de Trente ans. L'Espagne seule refusa d'y accéder» et la guerre continua entre ce pays et la France.

A l'époque où ce traité célèbre fut signé» de grands troubles agitaient le royaume à Tintérieur. Mazarin» Âdministntout-puissant, soulevait contre loi une haine et une indi- de B^Mnii. gnation presque générales. Ce ministre unissait à des talents distingués beaucoup d'indolence et de frivolité. Ridicule par son accent et par ses manières» et odieux comme étranger, il fut en butte à de nombreuses cabales; il voulait» comme Richelieu» que Tautorité royale fût absolue» et son despotisme souleva autant d'ennemis que celui de son prédécesseur; mais Richelieu, par ses cruautés» remplit les siens d'épouvante et en retint beaucoup dans l'obéissance; Mazarin, au contraire» par l'emploi perpétuel du mensonge, par sa politique tortueuse» ajouta dans l'àme de ses adversaires le mépris à la haine et les enhardit tous à le combattre. On accusait haute-

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ment la régente d'avoir donné toute sa coofianee à un Italien qai ne connaissait ni le génie ni les lois de la nation, et d'aY<rir composé son conseil moins selon les besoins de l'État que selon les désirs de son ministre. Un Siennois, Partîcelli d'Emeri, homme méprisable, à qui Mazarin confiait les finances, indignait les Français par son luxe^ par ses débauches et par ses odieuses ressources fiscales. Il créa des charges ridicules, qu'il mit à l'enchère; il éleva le tarif des droits d'entrée, et exhuma un édit de 1648 qui défendait d'agrandir Paris et infligeait pour peine aux infracteurs la démolition des bAtiments construits an delà de l'enceinte désignée et la confiscation des matériaux. Un grand nombre de particuliers, en contravention avec cet édit depuis longtemps oublié, payèrent de fortes sommes pour sauver leurs propriétés. L'opération ordonnée à cet égard par le gouvernement était nommée le toisé; elle excita de grands murmures. Le parlement informa, et l'édit fut retiré.

Mazarin veut alors retenir quatre années de gages aux membres de toutes les cours souveraines, à l'exception du parlement de Paris, et il menace de supprimer le droit dit de Paulette, qui assurait dans les familles des magistrats l'hérédité de leurs charges. Cet acte arbitraire soulève une clameur générale. Le grand conseil, la cour des comptes, la cour des aides se récrient et remontrent au parlement que la décision qui l'excepte de cette mesure n'a été prise que dans l'intention de les désunir. Le par- Édit lement s'assemble et rend le célèbre édit d'union, qui

a union * a ^ ^

i™ll!l***. ^^ ^^^ ^^^^ conseillers choisis dans chacune de ses la chambre ^"®'"*^^^ coufércrout avcc Ics députés des autres coropasainNUuu. 8"^®*' ^^^ Tintérêt de toutes. Mazarin déclare qu'un arrêt semblable est attentatoire aux droits de la couronne; Anne d'Autriche veut punir sur-le-champ tous ceux qui l'ont signé. Cette reine, disaitMazarin, était bravecomme un soldat qui ne copnatt pas Iç dt^nger, et ce fut avec

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peine qu'elle contint sa colère. Le parlement, dont les jeunes magistrats des enquêtes stimulaient le zèle» donnait tout son temps aux affaires deTÉtat, et se conciliait la faveur publique en invoquant les lois et en adoptant plusieurs résolutions populaires. La chambre de Saint- Louis vota vingt-sept articles qui devaient être proposés à l'approbation du parlement et à la sanction de la régente. Dans un grand nombre d'articles les magistrats laissaient percer leur jalousie contre les financiers et leur ignorance des affaires publiques et de tous les principes du crédit; mais les principaux consacraient d'utiles réformes ou de sages mesures : les uns assuraient aux particuliers le payement de leurs rentes sur THôtel-de-VilIe, affranchissaient le commerce de monopoles odieux, et réduisaient d'un quartVimpôt accablant de la taille, qui âe tombait que sur les roturiers; d'autres articles défendaient, sous peine de la vie, de lever aucune taxe autrement qu'en vertu d edits vérifiés avec liberté de suffrage aux cours souveraines , et interdisaient de détenir aucun sujet du roi plus de vingt-quatre heures sans l'interroger et le remettre à son Juge naturel. Les propositions de la chambre de Saint-Louis jetaient les bases d'une constitution nationale; la bourgeoisie les accueillit avec enthousiasme, le peuple vit sa propre cause dans celle des magistrats qui les adoptaient, et le parlement en délibéra, malgré la défense de la régente, qui nommait tous ces articles autant d'assassinats contre l'autorité royale. La cour, l'armée, la multitude se partagent en deux factions, celle des mazarins et celle des frondeurs (1) ou partisans du «tIS'"* parlement. Le premier président Matthieu Mole, homme im».

(1) Les magîstratft opposés à la cour forent, dans rorigioe des troubles, comparés à des écoliers qui se battaient à coups de fronde dans les fossés de Paris et qui se dispersaient à rapproche du guet et de l'autorité. Le mot fit fortune et demeura , quoique son applicatioa eût bientôt cessé d'être jnste.

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d'an grand caractère, s'interpose en vain entre les partis ; sa modération, son amonr pour la concorde et la paix le font insulter par tous. Parmi les plus ardents à exciter les magistrats se montrent les membres de Tancienne cabale des Importants, l'ex-garde des sceaux GbAteauneuf, avec Montrésor et Saint-Ibal, qui tous deux autrefois s'étaient offerts pour poignarder Rihelieu ; Chavigny, auteur de la faveur de Mazarin et disgracié par lui ; Fon- Paul trailles , et au-dessus de tous le fameux Paul de Gondî,

de Gondl, ' '

uîîiîe c^adjuteur de rarehevéque de Paris et connu plus tard û^êti ^^^^ ^^ ^^^ ^^ cardinal de Retz, homme habile, doué d'un esprit juste et profond, et qui ambitionnait surtout la renommée et le pouvoir d'un chef de parti. Depuis longtemps ses magnifiques aumônes lui avaient gagné le cœur du peuple; il offrît, au commencement des troubles, son appui à la régente, qui eut l'imprudence de le dédaigner; il passa aussitôt dans les rangs des parlementaires. ^/ Anne d'Autriche, déterminée à repousser toute atteinte à l'autorité absolue de la couronne, se contenait en frémissant dans l'attente d'une occasion favorable, et le parlement poursuivait avec courage ses délibérations sur les articles de la chambre de Saint-Louis» lorsqu'on apprit la célèbre victoire de Condé à Lens. La reine crut trouver, au milieu de l'enthousiasme excité par le triomphe des armes royales , un moment propice pour éclater, et, pendant le Te Deum pour cette victoire, elle donne de sa bouche au lieutenant de ses gardes l'ordre de saisir trois des membres les plus factieux du parle- Arrestation n^ent, les présidents Gharton en Blancménil et le con- Bianeménii sciller Brousscl : le premier s'échappe, les deux autres de Bronsset. sout arrêtés ; le bruit s'en répand^ et le peuple se soulève ; popSuirc. il tend des chaînes dans les rues, dresse des barricades,

poursuit la voiture du cardinal et massacre des soldats au cri de Bromsel et liberté l Le parlement se rend en corps au Palais-Royal; il représente énergiquement à la

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reine le danger qui la menace, et, secondé par Mazarin, il obtient la liberté des deux magistrats* Le traité de Westphalie n'était pas encore signé; le trésor était vide , et la cour se voyait sans ressources pour soutenir à la fois la guerre contre l'étranger et la lutte à l'intérieur. Mazarin avait compris que la modération était nécessaire. Guidée par ses conseils, Anne d'Autriche dissimula, et sanctionna, le 24 octobre 1648, dans une déclaration célèbre, la plupart des articles de la chambre de Saint-Louis. Ce même jour la paix fut signée à Munster avec l'Empire. L'Espagne seule restait en guerre avec la France. Quelques régiments furent aussitôt rappelés de Flandre aux environs de la capitale.

Z' A la suite d'une querelle avec le duc d'Orléans le prince de Condé s était rapproché de Mazarin, qu'il détestait, et lui avait promis son appui; Anne d'Autriche se crut alors en état d'accabler ses adversaires. Accom- cômneneepagnée du cardinal, elle quitta subitement Paris pour de ujnerre Saint-Germain; elle dénonça les magistrats du parlement ie48.' comme coupables de conspiration contre l'autorité royale et d'intelligence avec les ennemis de l'État, et elle fit avancer des troupes contre la capitale. Le parlement, de son côté, leva de l'argent et des soldats ; il rendit un arrêt qui déclara Mazarin perturbateur du repos public et lui enjoignit de quitter le royaume sous huit Jours : c'était le début de la guerre civile.

/ Condé commandait l'armée royale ; la plupart des'prin- Dispositions ces et les plus grands seigneurs du royaume, Conti, Lon- leis. gueville, Nemours, Beaufort, dTlbeuf et Bouillon, embrassent la cause de lamagistrature et de la liberté; ils n'étaient guidés en cela ni par l'amour des lois ni par le respect des droits des citoyens : l'intérêt, Tarobition ou les caprices d'un amour insensé pour quelques femmes d'un rang illustre, d'une beauté brillante et de mœurs faciles, avaient décidé leur choix. La plupart affichaient le plus

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profond dédain pour la booi^eoisie et le peuple et n'avaient nul souci des libertés publiques ; mais le souvenir de l'indépendance dont les grands avaient joui dans les temps féodaux était toujours présent à leur pensée ; ils détestaient un despotisme qui pesait sur eux-mêmes ; ils consacraient leurs richesses à Tentretien d'une multitude de gentilshommes qui devenaient ainsi leurs cUents, et qui regardaient comme un devoir de servir contre le roi lui-même ceux qui se les attachaient par des favears* L'enthousiasme pour la royauté , le dévouement loyal à la couronne, dont Louis XIV fit plus tard une sorte de religion pour la noblesse, étaient alors presque ignorés, et la plus grande preuve de ce fait se tire de l'exemple donné par un des hommes qui ont le plus honoré la France : Turenne se déclara pour le parlement contre la cour ; il oublia tout pour plaire à la belle duchesse de Longueville, sœur de Coudé , et y après avoir tenté sans succès de faire soulever son armée contre Anne d'Autriche, il la quitta en fugitif et se joignit aux Espagnols.

La France présentait alors un ^speçtacle^ déplorable : Tanarehie était partout, et il y avait dans les esprits une confusion égale à celle qui se montrait au dehors dans les faits. D'un côté l'on invoquait les prérogatives de la couronne, et nulle part les droits de l'autorité royale n'étaient légalement et clairement définis; du cêté opposé l'on faisait appel aux droits des citoyens et des magistrats, et aucune loi positive^ incontestable, ne les établissait d'une manière absolue. La conduite que tinrent alors les plus illustres magistrats qui élevèrent la voix pour soutenir leurs privilèges et les libertés publiques témoigne de leur incertitude sur la justice de leur cause : le pre- \ mier président Matthieu Mole , l'avocat général Omer \ Talon, éloquents et nobles interprètes du vœu national \et défenseurs ardents de leur ordre, croyaient qu'il existait des lois que l'autorité de la couronne ne pouvait en-

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freindre; mais ils portaient en même temps beaooonp plos loin que la noblesse le respect pour le prince au nom duquel ils rendaient la justice; lis virent à regret le peuple s'armer pour la cause parlementaire, et n'entrèrent qu'arec une extrême répugnance dans une lutte ouverte contre la couronne. Le parlement de Paris d'ailleurs ne représentait point la nation, comme celui d'Angleterre; Tamour-propre de ses membres et l'orgueil de leur corps ne les empêcbaient pas de sentir que les états généraux auraient eu seuls un caraetère légal pour régler, de concert avec la régente , les grands intérêts de l'État, et qu'ils ne pouvaient se substituer à eux dans cette grande tâche. Ils voulaient donc ce qui est impossible : ils voulaient que l'autorité royale reçût d'eux des limites sans être eux-mêmes fermement résolus à recourir aax moyens extrêmes qui seuls auraient pu assurer leur triomphe. Ils devaient succomber, et leur défaite acheva d'enlever aux sujets toute garantie, toute sécurité pour leurs biens et leurs libertés; elle contribua beaucoup à l'établissement durable du régime arbitraire en France, le pouvoir en effet étant toujours porté à s'agrandir et à franchir toute limite après des efforts impuissants pour le restreindre ou pour le contenir.

L'absence presque générale de toute conviction pro- ^ Guem fonde dans les cœurs durant les troubles de la Fronde influa grandement sur la conduite des deux partis; la frivolité des motifs qui mirent les armes aux mains de la plupart des chefs se trahit souvent par une étrange légèreté de langage, que la multitude imita. Cette guerre désola le royaume et ût couler des Hots de sang, et pourtant les événements les plus sérieux'éteient chansonnés et j tournés en ridicule : le duc de Beaufort, dont les manières toutes familières enchantaient la populace, fut surnommé le roi des Halles; le coadjuteur de Paris, évêque de Gorinthe in partHms^ leva un régiment que le peuple

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appela régimeDt de Corinthe; les troupes de la reine le mirent en déroute : on nomma cet échec la première aux Corinthiens; le coadjuteur portait un poignard à sa ceinture : Voilà, disait-on, le bréviaire de notre archevêque. Les Parisiens sortaient gaiement de leurs murs, ornés d*écharpes par les mains des duchesses de Longuetille et de Bouillon, et quelques soldats royaux suffisaient pour les mettre en fuite.

Un premier accommodement eut lieu , sans résultat décisif , à Tavantage du parlement. La reine et le cardinal , après être rentrés dans Paris , se voient insultés par d*affreux libelles ; ils en sortent de nouveau avec le Blocus jeune roi , et se décident à bloquer la ville et à la réduire

de Paris. J ' ^

en l'affamant. G)ndé dirige contre Paris les opérations militaires, et Mazarin envoie au parlement une lettre de cachet qui l'exile à Montargis ; le parlement répond par un arrêt qui déclare Mazarin ennemi du roi et de l'État, perturbateur du repos public , et lui ordonne de quitter le royaume sous huit jours. Déjà cependant les Parisiens étaient las de la guerre et de la disette ; les troubles civils tournaient à l'avantage des Espagnols , ligués pata avec la Fronde , et les partis firent la paix à Rueil le u ^'^leès!"' mars. Cette paix ne satisfit personne ; le parlement demeura en liberté de s'assembler, et la reine conserva son ministre.

Gondé , tirant avantage de ses glorieux services , se rendit insupportable à la reine par ses hauteurs et ses prétentions exagérées ; il imposa d'odieuses obligations à Mazarin y exigeant que le comte d' a lais, son parent, gouverneur de la Provence et coupable de violences atroces, fût soutenu contre le parlement d'Aix , et que le duc d'Épernon, qu'il haïssait, fût condamné par celui de Bordeaux. Le prince s'entourait d'une multitude de gentilshommes et d'aventuriers attirés près de lui par sa haute réputation militaire , et dissimulait peu le projet

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de se rendre indépendant en France; il s'aliéna ainsi la régente et son ministre. Les frondeurs cherchèrent inuti« lement à se l'attacher : il les méprisait » et intenta un procès au coadjuteur, au duc de Beaufort et à firoussel, qu'il accusa d'avoir voulu Tassassiner. Mazarin se rapprocha du coadjuteur, et choisit le moment où Gondé s'était rendu aussi odieux aux frondeurs qu*à lui-même pour le frapper ; une insulte que le prince fit à la reine détermina celle-ci à user de rigueur. Il signa lui-même , sans le savoir, Tordre de son arrestation ; attiré au Pa- j^TJJUJSf lais-Royal le 18 janvier, sous le prétexte d'un conseil, il &««• fut arrêté avec son frère le prince de Gonti et son beaufrère le duc de Longueville. Un détachement de cheveau-légers les conduisit à Vincennes, d'où ils furent transférés à Marcoussi, puis au Havre.

La duchesse de Longueville vole en Normandie, espérant faire soulever cette province, dont le duc» son mari, était gouverneur; Mazarin la prévient; elle échoue dans son projet et se rend à Stenay, près de Turenne, qu'elle arme encore une fois contre la cour. Ce grand homme , uni aux Espagnols , est battu à Rethel par Duplessis-Praslin. La jeune princesse de Gondé , secondée par les ducs de Bouillon et de La Rochefoucauld, est plus heureuse en Guieone : elle entre à Bordeaux, qu'elle fait révolter, et soulève la province. Mazarin détermine Anne d'Autriche à s'y transporter avec le jeune roi ; la rébellion est comprimée , mais Bordeaux demeure attaché aux princes. La nécessité seule avait rapproché Mazarin du coadjuteur et de ses amis, qui le détestaient ; pendant son absence de nouvelles trames furent ourdies contre lui. Le parti des princes, qu'on nommait la petite Fronde, Lesdeox s'unit à la Fronde du parlement ou grande Fronde par ^^^ u°^ôa les soins de la princesse palatine, Annede Gonzague, Mazarin. seconde fille du duc de Mantoue , femme née pour l'intrigue; le coadjuteur, très en faveur auprès de Gaston

IfÛ tHOISlÀMB BPOQO&.

d'Orléans y attache oeloi-ci aux parlementaires, et lorsque Mazarin rentre à Paris il trouve uue ligue formidable armée contre lui. Le peuple l'accueille avec des murmures; le parlement, excité par le coadjuteur, demande à la reine la mise en liberté des princes captili», et le duc d'Orléans exige Téloiguement de Mazarin. Anne d'Autriche songeait à livrer bataille pour le défendre ; mais le cardinal cède à Torage : il quitte Paris et se rend au jDéiivrance Havrc, OÙ 11 délivre les princes , qui le traitent avec méde'nlmrin. P™* ^^^^^ ^ perpétuité par le parlement , il refuse Tai«i. sile que lui offrent les Espagnols, et se retire chez Télecteur de Cologne, à Bruhl, d'où il gouverne encore la reine et l'État.

Les ennemis de Mazarin cessent bientôt de s'entendre : Gondé domine le parlement et offense de nouveau la reine par ses hauteurs et ses soupçons ; il l'accuse de se laisser encore diriger par Mazarin , lui reproche de conserver pour ministres Le Teilier, Lyonne, Fouqoet, créatures du cardinal , et exige leur renvoi. Anne d'Autriche , irritée , mande le coadjuteur auprès d'elle et le supplie, par les sollicitations les plus pressantes , d'employer son influence en faveur de Mazarin contre le prince. Gondi, ennemi mortel du cardinal, résiste à toutes les séductions de la reine et refuse de l'aider à rappeler son favori ; mais il promet de faire éloigner Gondé, soulève contre lui le peuple de la capitale, et réussit à diviser de nouveau la grande et la petite Fronde. Les deux rivaux de puissance se présentent au parlement le 2tl août , chacun accompagné d'une troupe nombreuse de partisans armés ; ils se menacent ; des milliers d'épées et de poignards sont tirés du fourreau dans l'enceinte du palais, et le coadjuteur est sur le point d'être assassiné. Le parlement se prononce en sa faveur ; Condé voit contre lui la reine, la Fronde et le peuple; il quitte Paris en se dirigeant vers la Guienne; l'orgueil et l'ambitioa

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le portent à des extrémités criminelles, et» de concert condé^ottie avec l'Espagne, il se prépare à la guerre. Presque toutes ^ Çsi^^., les provinces au delà de la Loire, la Guienne, le Poitou, ^^SuSSS^ la Saintonge, rAngoumois, se déclarent pour lui. Turenne ^'^ et leduc de Bouillon, son frère, cèdent aux instances de la reine et lui sont fidèles. Anne d'Autriche quitte encore une fois Paris, afin de ramener dans l'obéissance les provinces révoltées; elle se rend à Bourges, d'où elle envoie au parlement un édit qui déclare Gondé rebelle et traître envers le roi et la France. Le parlement enregistre cet édit ; car, bien qu'il fût en lutte avec la régente , il avait à cœur de repousser tout reproche d'intelligence avec les ennemis de l'État

Éloignée des adversaires du carcKual, Anne d'Autriche trahit de nouveau sa faiblesse pour lui ; elle s'environne de 8es créatures et l'exhorte à revenir en France. Il y rentre Recow accompagné d^une armée de sept à huit mille hommes, im. dont les officiers portent ses couleurs et que commande le maréchal d'Hocquincourt. Le coadjuteur sent aussit6t la faute qu'il a commise en permettant à la cour de s'éloi* gner ; il soulève le peuple contre les partisans de Mazarin et de la reine. L'hôtel de Matthieu Mole, premier président du parlement et garde des sceaux, est assailli par une troupe de furieux ; Mole leur fait ouvrir les portes , s'a- Nobie vance seul et sans armes , en menaçant de les faire pen- ^I^S^eu dre , et leur impose par le seul ascendant de son caractère et de son langage. Il rejoint la cour à Poitiers , et le parlement met à prix la tête de Mazarin. Celui-ci continue sa marche Jusqu'à Poitiers; le roi et son frère se portent au-devant de lui et raccueillent avec distinction ; Anne d'Autriche s'empresse de remettre entre ses mains le fardeau des affaires publiques ; il revient plus puissant que Jamais. Gaston d'Orléans , le plus faible des hommes et Jouet tour à tour de tous les partis , que son âge et son nom l'appelaient à contenir^ se déclare de nouveau

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contre la régente, se réconcilie avec Condé, alors en Guienne , et Joint aux troupes de ce prince , commandées en son absence par le duc de Nemours , toutes les forces dont il dispose. Le parlement ne révoque point son arrêt contre Gondé : dès lors , hostile à tous les partis , cette compagnie ne sait ni ce qu'elle fait ni ce qu'elle veut, et ne montre plus qu'irrésolution et faiblesse.

Nemours , à la tète d'une armée composée de douze mille Français , Allemands et Espagnols , se dirige vers la Guienne , que défendait alors Gondé contre d'Harcourt . Son intention était de mettre la cour entre deux armées , tandis qu'Anne d'Autriche , cherchant à rentrer dans Paris, approchait d'Orléans. Mademoiselle de Montpensier, envoyée par Gaston d'Orléans , son père , à la défense de cette place, s'y introduit par un égout, se présente à Timproviste devant la bourgeoisie, occupée à délibérer, entraine les suffrages et fait fermer la ville au roi.

L'armée royale, sous les ordres de Turenne et d'Hocquincourt, remonte la Loire et passe le fleuve àGien, aux environs deBleneau, presque en face des rebelles, commandés par deux princes désunis , Nemours et Beaufort. Le maréchal d'Hocquincourt, contre l'avis de Turenne , dissémine ses troupes dans plusieurs villages autour de Bleneau ; Turenne s'établit et se retranche à Gîen , où sont le roi et la cour : il voyait avec inquiétude les fautes de son collègue , mais il se rassurait en comptant sur la désunion et sur l'inexpérience des chefs del'arriiéeencombat nemic. Tout à coup^ au milieu de la nuit, l'armé royale de Bi^«aa* ggj; attaquée avec ensemble et vigueur; les villages sont en feu , et cinq des quartiers du maréchal d'Hocquincourt sont successivement emportés; il voit ses troupes écrasées, dispersées , et les rallie avec peine à Bleneau. Turenne, averti de ce désastre, monte à cheval, court au galop sur une éminence voisine; il Juge, à la lueur des flam-

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mes, les mouvements de Tennemi^ et, avec Finstinct sûr du génie, il s'écrie : a Monsieur le Prince est arrivé I c'est lui qui commande cette armée. » Il ne se trompait pas : le prince de Gondé s'était transporté avec une rapidité merveilleuse des bords de la Garonne sur ceux de la Loire, et, lorsqu'on le croyait à cent vingt lieues, il était là en face de Turennc. 11 emporta Bteneau et marcha sur Gien; mais son redoutable adversaire l'y attendait. Gondé vit ses dispositions savantes et s'arrêta devant ce dernier obstacle; Turenne lui enleva le prix de sa victoire : il sauva le roi et l'armée. La cour gagna Sens et s'établit aux environs de la éhpitaie.

Gondé suit l'armée royale et se rapproche de Paris; il brave l'arrêt du parlement qui le condamne et qui ferme la ville à ses troupes , et y entre de sa personne avec ses principaux officiers , Beaufort , Nemours , La Rochefoucauld ; il transporte ensuite son quartier général d'Étampes à Saint-Gloud; puis il rentre lui-même encore une fois dans la capitale , et, de concert avec Gaston d'Orléans , il a recours à la violence pour obtenir de l'argent et des soldats. Tous deux soudoient une bande de misera- La prinoet

, . , rebelles

mes, qu ils nomment ironiquement les égorgeurs du par- ^^^^^ lement, et font insulter et frapper les magistrats qui cootreieroL résistent à leurs volontés. La famine désolé Paris , l'armée royale est aux portes. Les princes et leurs partisans donnent leur temps aux bals et aux festins. Le maréchal de La Ferté, fidèle au roi, approche de la ville avec des troupes , dans l'intention de se réunir à^ Turenne; campé à Saint-Denis , Gondé craint d'être enveloppé et veut se rabattre sur Gonflans, en longeant les murs de Paris , à rinsu de l'armée royale. Turenne aperçoit ce mouvement et fond avec ses forces sur les troupes du prince , engagées dans le fauboui^ Saint-Antoine; il s'y livre un combat sanglant, où les deux grands capitaines font

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