‹ Histoire de FranceChapitre 16 sur 101 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Suite du règne de Louis XIV , de la mort de Mazarin à celle de Colbert.

Louis XIV était né avec l'instinct de la grandeur^ de Tordre et du pouvoir. Son caractère participait du caractère national par un insatiable besoin d'admiration,

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et att ramn^t où il prit en main le gouvernement, il y eut une heureuse et remarquable coinddenoe entre les inclinations particulières de son génie et les voeux de son peuple. Après les fléaux de la guerre civile et de la guerre étrangère, la France, sans administration intérieure, sans finances, sans crédit, avait surtout besoin d'un pouvoir centralisateur, qui achevât de dompter les fiactions et qui fit servir les immenses ressources de son territoire non plus à la satisfaction de quelques ambitieux, mais à la gloire et à la prospérité de la nation. Louis XIV fonda ce pouvoir sur Tadmiration et la crainte; il rétablit Tordre dans rÉtatyCt, aussi longtemps que les exigences de son orgueil furent d'accord avec les intérêts du royaume, son règne offrit une suite non interrompue de merveilles et de triomphes ; il éleva la France à un degré inouï de puis*sance et de splendeur.

Les premiers actes de son gouvernement révélèrent le prince jaloux de sa puissance et décidé à tout voir, à tout faire par lui-même. 11 déclara d'abord, en suivant l'avis de Mazarin, qu'il n'aurait point de premier ministre. Son conseil, formé par le cardinal, était composé du chancelier Séguier, garde de sceaux; de Le Tellier, ministre de la guerre ; de Lyonne, ministre des affaires étrangères, et de Fouquet, surintendant des finances. Le roi, convaincu par Colbert des exactions criminelles de ce dernier, et peut-^tre encore plus blessé de son faste et de sa magnificence que de son infidélité, médita de le faire saisir au milieu d'une fête somptueuse que donnait le surintendant à sa campagne de Vaux^ le jour du mariage de Henriette d'Angleterre, sœur de Charles II, avec le duc d'Orléans , frère du roi. Il se contint cependant , et Fouquet fut peu après, sur son ordre, arrêté à Nan- otegrâce tes et traduit devant une commission. Condamné au ban- i^i. nissement par. ses juges, il le fut par Louis XIY à une détention perpétuelle. Son ami Pélisson s'illustra par son

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ooarage à le défendre , mais ne put le sauver. Les finances conlSSteùr ^^^^^^ confiées à Colfoert avec le titre de contrôleur génédeg^fl^?ce«. rai » et de ce moment l'ordre remplaça le chaos dans ton- ^'"- tes les branches de radministratlon publique. hïttffi ^"** ^^^ ^ montra jaloux jusqu'à l'excès de Thonuuis XIV. '^^^r ^e ^ couronne et impatient de rendre k la France le rang qu'elle avait droit d'occuper en Europe. L'embassadeur d'Espagne ayant , dans une cérémonie publique à Londres, usé de violence et de ruse pour prendre le pas sur le comte d'Estrades, ambassadeur de France , Louis, irrité, menaça aussitôt Philippe IV de la guerre; il le contraignit à faire une réparation publique et à renoncer à toute concurrence avec lui sur le pied derégalité. Tl poussa plus loin encore sa vengeance à Fégardde la cour de Rome. Par suite d'un affront fait à son ambassadeur par la garde corse du pontife, il exigea et obtint que cette garde flit cassée, que le nonce du pape vint en France lui demander pardon , et qu'une pyramide élevée h Rome rappelât en même temps l'offense et la réparation. Quelques expéditions militaires donnèrent à l'extérieur une autorité nouvelle aux paroles du monarque. Élevé par Mazarin dans les principes de l'école italienne, imbu de ce préjugé, si funeste au bonheur de l'humanité, que la force doit seule faire loi en politique, Louis XIY soutint avec succès le Portugal contre l'Espagne, au mépris du traité des Pyrénées. Il prêta un secours plus honorable à l'empereur Léopold contre les Turcs; un corps français , sous les comtes de Goligni et de La Feuillade , se couvrit de gloire à la journée de Saint-Gothard , où Montécuculli défit complètement le grand-vizir ; cette victoire procura une trêve de vingt ans entre la Turquie et l'Autriche.

Le roi , conseillé par Golbert , conclut une utile alliance commerciale avec la Hollande, et soutint cette république contre l'Angleterre jusqu'à la paix deBréda, en 1667. Tl confiait, à la ment époque» une flotte au duc de Beau-

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fort, qui purgea la Méditeiranée des pirates barbaresques et porta jusqu'auprès d'Alger la terreur des armes fraiçaises. Ces expéditions éloignèrent et moissonnèrent en partie les veilles bandes indisciplinées du temps de la Fronde. Louis créa une armée nouvelle, et, secondé par son mînis* organiuuon

de ramiée

tre LpuvoiS) fils et successeur de Le Tellier, il donna à par lootoi». cette armée une organisation qui fut pour l'Europe un sujet d'admiration et d'envie. Les gouverneurs des provinces perdirent le pouvoir de lever des troupes et d'en disposer arbitrairement; les grandes charges militaires furent supprimées et le grade toujours distinct de l'emploi; la nomination et l'avancement rentrèrent dans les attributions spéciales du monarque; les troupes reçurent l'uniforme; toutes les branches du service , et surtout l'artillerie, le génie, les subsistances et Taraiement de l'infanterie, furent régulièrement administrées. L'armée cessa d'être uq instrument dans les mains des facétieux; elle n'eut que le roi pour chef, contribua puissamment à fortifier son autorité dans un temps où il fallait surtout que le pouvoir royal f&t fort pour que la nation fût grande.

La France commençait aussi à goûter les fruits des Admimstnsoins vigilants de Colbert; ce grand ministre, sorti d'un decoLn. comptoir et fils d'un marchand de laines de Reims , réussit dans ses réformes difficiles et dans l'exécution de tous ses plans par une volonté forte et par un travail infatigable. Il établit une chambre de justice chargée de poursuivre les anciens traitants accusés dé bénéfices énormes et de réduire les rentes acquises à vil prix, mesure le plus souvent injuste et toujours populaire; il supprima une multitude de charges inutiles , qui enlevaient des contribuables à la taille , et réduisit , dans le cours de son ministère, cet impôt onéreux de cinquante-trois millions de livres à trente-deux millions ; il dressa les premiers tableaux statistiques qu'on ait vus en Europe, réduisit Tin-

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térêt légal de l'argent au denier vingt, et soumit les comptables à une discipline rigide. C'est ainsi qu'il opéra une immense amélioration financière. Â la mort de Mazarin les revenus étaient de quatre-vingt-quatre millions, les charges de cinquante-deux , et trente-deux millions seulement entraient au trésor royal ; mais à la mort de Goibert les revenus s'élevaient à cent seize millions , les charges n'en absorbaient que vingt-trois , et le trésor royal en recevait quatre-vingt-treize. Golbert ouvrit à la France de nouvelles sources de richesses et fonda sa prospérité sur le commerce et l'industrie ; il fit fabriquer les points de France, les glaces de Cherbourg, les draps fins de Louviers, d'Abbeville et de Sedan, les tentures des Gobelins, les tapis de la Savonnerie, les soieries de Tours et de Lyon. La France doit à ses soins le perfectionnement de l'horlogerie, la restauration des haras, la culturede lagarance ; il s'occupa d'assurer des débouchés aux produits des manufactures ; il fonda des colonies , et créa les chambres de commerce, les chambres d'assurances, les entrepôts, les transits et un nouveau système de douanes favorable aux exploitations commerciales. On lui reproche néanmoins avec justice d'avoir trop sacrifié les intérêts de l'agriculture à ceux de l'industrie^ non-seulement en défendant l'exportation des grains , mais en prohibant leur libre circulation à l'intérieur.

Il fallait une marine pour protéger le commerce : Colbert fit voir en peu de temps à l'Europe étonnée cent vaisseaux de guerre et une armée de matelots; il fit creuser le port de Roehefort sur la Charente, et agrandir ceux de Brest et de Toulon , que Vauban fortifia. Ce fut lui qui créa pour le recrutement de la flotte ^inscription maritime ou le système des classes, encore aujourd'hui en vigueur, et qui assujettit la population maritime des côtes, en retour de plusieurs avantages que lui fait l'État , au service de la marine militaire durant un certain nombre

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d'années (l). Son administration enfin fournit an roi les moyens de conyrir nos frontières du Nord et de l'Est d'une triple ligne de forteresses, et d'acquérir Dunlcerque, cette ville nécessaire à la défense du royaume, et qui fut honteusement vendue à Louis XIV par Cliarles II» au mépris des intérêts de l'Angleterre.

Le roi perdit Anne d'Autriche, sa mère, en 1669. Philippe ly, son beau-père, était mort l'année précédente, et Louis, sans tenir compte de la renonciation formelle de la reine Marie-Thérèse, fit aussitôt valoir, en son nom, de prétendus droits sur la Flandre , à l'exclusion de ceux de Charles II, fils mineur de Philippe IV. II donnait pour prétexte que , la dot de la reine n'ayant point été payée , sa renonciaton était nulle, et invoquait sur cette contrée un droit de dévolution qui résultait d'une coutume en vigueur dans quelques provinces des Pays-Bas , coutume qui donnait Théritage paternel aux enfants du premier lit de préférence à ceux du second. Marie-Thérèse, sa femme, était du premier lit, tandis que Charles II était du second ; il revendiqua pour elle la partie des Pay&-Bas qui admettait le droit de dévolution , et ne Payant pas obtenu, il eut recours aux armes. Il gagna l'empereur Léopold en lui faisant espérer le partage des dépouilles de Charles II, et se mit en campagne à la tète de son armée. Turenne commandait sous lui ; Vauban et Louvois l'accompagnaient. L'Espagne, affaiblie, était alors gouvernée par un jésuite, le P. Nithard, confesseur de la reine ; elle n'opposa que peu de résistance aux armes de Louis XrV. Ce prince , en trois semaines, se rendit maître de laFlandre française. La conquête de la Franche-Comté, province gouvernée par l'Espagne avec des formes républicaines, fiit sur-Ie-<;hamp résolue, et achevée en un mois.

(0 Cette popalation est distribuéf , d'après l*âge de chacun et sa position de famille, en diverses classes qui sont insensiblement appelées selon les besoins.

Guerre

pour

lOiértuge

de

la Flandre* 1661-1668.

CoDquéte

de la 47lan(lre

et de la Franche-

Comt*.

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