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les réunions prononcées par les chambres souveraines. C'est ainsi que Louis XIV, étendant ses conquêtes par des voies illégitimes, accumula sur lui de longs ressentiments qui devaient éclater au jour de Tadversité.
Tout pliait sous Teffroi de ses armes. Les vaisseaux espagnols baissèrent leur pavillon devant le sien ;' Duquesne purgea la Méditerranée des pirates qui l'infestaient et foudroya deux fois la ville d'Alger avec des galiotes à bombes nouvellement inventées. Alger^ Tunis Bombarde, et Tripoli se soumirent. Gênes fut accusée, à tort peut- "«"Géoêî*' être, d'avoir fourni des secours aux corsaires : quatorze mille bonibes écrasèrent ses palais de marbre, et son doge fot réduit à venir à Versailles implorer la merci de Louis XIV. Ce monarque était parvenu au faite de sa puissance et de sa gloire; son nom excitait en Europe la haine, l'admiration et l'effroi. La cour romaine, déjà trop hamiliée par lui, fut vaincue une seconde fois en 1682 au sujet du droit de régale (i). Ce droit, jusqu'à Louis XIV, ne touchait pas les églises de quelques provinces longtemps étrangères au royaume, telles que la Guienne, la Provence et le Dauphiné ; un édit du roi, rendu en 1673^ y soumit toutes les églises de France. Le pape Innocent XI s'opposa à son exécution ; la lutte fut longue, et enfin, en 1682, une assemblée du clergé de France rédigea, sous l'influence de Bossuet, les quatre fameux articles où fut exposée la doctrine de l'Église gallicane . Us portent en substance : t^que la puissance ecclésiastique n'a aucun p ouvoir sur le temporel des princes ;
(1) On appelait de ce nom te droit que possédèrent les rois de France, à Texcluçiion de tons les autres souverains, de jouir pendant la vacance des sièges épiscopaux et jusqu'à l'enregistrement du serment des non?eaux évêques, des revenus qui y étaient attachés, et de conférer encore divers l)énéfices dépendant de ces sièges à des sujets qui n'étaient point tenus de solliciter l'institution canonique des grands-vicaires.
Rédaction des quatre
aiticles
du clergé.
Pouvoir el grandeur
de Louis XIV.
AlMiBaement
de la noblesse
et des parlements.
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2^ que le concile générai est supérieur au pape, ainsi que l'a décidé le concile de Constance; 3® que Taxer cice de la puissance apostolique doit être tempéré par les canons et par les usages reçus dans les églises particulières; 4^ que le jugement du souverain pontife en matière de foi n'est infaillible qu'après le consentement de TÉglise. Le roi fit aussitôt enregistrer ces quatre articles dans tous les parlements , et les professeurs des écoles de théologie furent tenus d*y souscrire. Le pape les condamna et refusa des bulles à tous ceux qui avait été membres de l'assemblée de 1682. Les évéques nommés par le roi eontinuèrent cependant d'administrer leurs diocèses, mais seulement en vertu des pouvoirs qui leur furent conférés parles chapitres. Cet expédient, suggéré par Bossaet, prévint peut-être une scission complète entre l'Église de France et l'Église romaine.
Louis XIV, redouté de l'Europe, était roi absolu dans son royaume et pouvait dire avec vérité : « L'État, c'est moi. » Il avait détruit le petit nombre de franchises nationales qui jusqu'à lui s'étaient conservées, plus par l'usage que par les lois. Tous les ordres et tous les corps de l'État rivalisaient devant le monarque de dévouement et d'obéissance. Le Jiaut clergé, à qui Louis fermait son conseil et ne donnait plus de commandement dans les armées, avait perdu toute influence politique; ce corps s'estimait heureux de garder une ombre d'indépendance en acquittant, à titre de don gratuit, des subsides qu'il se croyait en droit de refuser co nme impôt. La haute noblesse, considérablement diminuée par tant de guerres et attirée à la cour, était domptée par les habitudes d'un brillant servage auprès du monarque et par l'attrait des plaisirs et des fêtes. La nombreuse noblesse de province, presque toute disséminée dans les armées, apprit qu'elle ne conservait de l'autorité dansTÉtat que par ses grades et qu'elle n'avait plus aucune influence sérieuse par ses
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privilèges héréditaires (i). Le parlement vit ses fonctions bornées à l'administration de la justice : tout pouvoir po* litique lui fut enlevé; le roi ne lui conserva que la £ftcoité dérisoire de lui adresser des remontrances sur ses édits huit jours après leur enregistrement. Le tiers-état perdit ses libertés municipales par rétablissement définitif des intendants et la vente des mairies perpétuelles. Les trois ordres furent enfin réduits à la nullité politique par les préventions du roi contre les états généraux et par son invincible résolution de ne les convoquer jamais. Les liens d'une administration centrale (2), le pouvoir Administnocculte de la police, nouvellement créée (3)» et l'entretien de k pouce. d'une nombreuse armée permanente, toujours sur pied, achevèrent de réduire le royaume à une obéissance passive. Le roi l'y maintint par l'éblouissant prestige de ses victoires et par les merveilleuses créations de son règne. Aspirant lui-même à toutes les renommées, il avait, au miliea de sa carrière^ obtenu celle de conquérant, et la gloire, beaucoup plus pure, de protecteur des lettres, des Travaux sciences et du commerce. Secondé par Colbert, il pro- **^**'"*'
(1) Elle n'avait gardé qu'une faible partie de ses anciennes juridictions seigneariales.
(2) t^our quelques détails sur radministration de la France sons Tancien régime , voir ci-après la réorganisation politique , administratÎTe et judiciaire du royaume, par FAssemblée constituante.
(3) Le roi nomma en 1667 un magistrat qui, sous le nom de lieutenant de police, fut chargé de veiller à la sûreté de Paris. Nicolas de la Reynie fut le premier lieutenant de police, et il eut pour successenr le marquis d'Argenson. Le guet et le corps de pompiers furent institués ; la police surveilla aussi les écrits, et multiplia l'emploi des lettres de cachet, qui, en supprimant les formes de la justice, enlevaient toute garantie à la liberté des citoyens. On appelait lettre de cachet une lettre écrite par ordre du roi et contresignée par un secrétaire d'État, en vertu de laquelle la police enlevait an particulier, de quelque rang qu'il fût, et le transportait dans une prison où il était détenu aussi longtemps qu'il plaisait au gouvernement.
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oonstruo- i
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matgua de céièbres ordonaances sur les eaux et forêts, sur la mariae et Tiodastrie, ainsi que sur les codes de procédure civile et d'instructioa crimiaeile. Ces règlements sont entachés des erreurs et des préjugés barbares du temps; mais ils séparèrent, dans des cadres spéciaux, des matières jusqu'alors confondues emsemble» et c'est surtout sous ce rapport qu'ils furent admirés et en partie adoptés par l'Europe.
Commerce. Le rol secoûda les efforts de Colbert en donnant une
eolonles,
activité prodigieuse à l'industrie et en mettant le premier en honneur à sa cour les produits des fabriques françaises. A sa voix les manufactures s'élèvent, nos vaisseaux couvrent l'Océan, et la France monte au premier rang des puissances maritimes. Elle n'avait point eu de colonies jusqu'alors; des Français avaient, il est vrai, depuis un siècle, fondé plusieurs établissements dans le Nooveau-Monde, aux Florides (1), au Canada, aux Antilles , dans la Guiane, au Sénégal et en Afrique; mais ceux-ci étaient demeurés indépendants de la France. Colbert acheta les établissements des Antilles au nom de Louis XIY, et mit sous la protection du gouvernement français une partie de la grande tle de Saint-Domingue, enlevée par des flibustiers français aux Espagnols. Une compagnie des Indes occidentales, créée par ses soins en 1664, acquit les possessions françaises en Amérique depuis le Canada jusqu'aux Amazones, et en Afrique depuis le cap Vert jusqu'au cap de Bonne-Espérance. Une autre compagnie, celle des Indes ùrientales, fut également créée à cette époque ; établie d'abord à Madaga^ car, elle quitta bientôt cette lie et se dirigea vers les Indes; elle créa un comptoir à Surate et fonda Pondiehéryy qui devint le centre de ses opérations dans rinde.
(1) ColigBi> le premier, envoya aux Plorides quelques vaistetdt montés par des calYioistes.
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Le génifrâe Louis XIV s'associe à toutes les créations grandes et utiles. Ses soins embrassent nos places, nos porto, nos routes, nos canaux. Inspiré par Colbert et Vauban, il défend nos frontières de F Est et du Nord par un trille rang de forteresses ; il commande d'importantes constructions à Brest» à Toulon^ à Rochefort; il adopte les plans de Biquet et fait creuser le canal de Languedoc, qui unit les deux mers ; il achève de paver la capitale et pourvoit à sa police et à son écliidrage pendant la nuit ; il agrandit et enrichit le Jardin des Plantes, fait tracer les boulevards, élève Thôteldes Invalides et TObservatoire, les portes Saint-Denis et Saint-Martin, et Tadmirable façade du Louvre, construite sur les plans de Claude Perrault. Il s'entoure de l'élite des grands hommes de son siècle, emprunte d'eux une partie de leur gloire et s'ho- Enconrâgenore lui-même en les récompensant. Ses bienfaits vont «axTciences chercher les artistes et les savants étrangers; il en ap- Académies.' pelle plusieurs en France , établit à Borne une école pour les peintres, et à Paris des académies de sculpture, de peinture et d'architecture. Sur la proposition de Colbert il fqnde l'Académie des Sciences et celle des Inscriptions, place la Bibliothèque royale dans un vaste local^ et porte de seize mille à quarante mille le nombre de ses volumes; enfin il commande les voyages de Tournefort et fait mesurer la méridienne de Paris. Sa renommée s'étend jusqu'aux extrémités de l'Asie, et le roi de Siam envoie une ambassade solennelle pour féliciter le roi de France et traiter avec lui.
Les créations de Colbert, de Louvois, de Vauban; les Grands conquêtes des Turenne et des Coudé ; l'éclat de la gloire dniècie. littéraire; l'éloquence de Bossuet, de Bourdaloue, de Fléchier et de Fénelon; les chefs-d'œuvre de Corneille, de Molière, de Racine, de Boileau, de La Fontaine et de tant d'autres hommes célèbres; les profonds écrits des
grands penseurs et des moralistes, tels quQ Pascdl^ Des*
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cartes, Malebranche, La firuyère» La Rochefoucauld ; les prodiges des arts, cultivés par les sculpteurs Girardon, Puget, CoysevoK et Goustou, par des peintres comme Lesueur, Nicolas Poussin, Claude Lorrain et Le Brun, par des architectes comme Perrault, les deux Mansard(l) et LeNostre (2) ; les découvertes scientifiques des grands mathématiciens de cette époque (â ), au premier rang desquels peut-être il faut placer Pierre Fermât ; les travaux enfio des astronomes Picard etCassini pour la mesure du globe donnèrent un lustre incomparable à la partie de ce règne dont le tableau rapide vient d*étre tracé, et contribuèrent à faire décerner au monarque par la postérité le nom de Grand (4) et au siècle où il régna celui de Siècle de Louis XIV.
Sous tant de grandeur cependant plusieurs vices et de nombreux périls étaient cachés. Louis XIV croyait posséder un droit absolu sur la vie et sur les biens de ses sujets et se disait lieutenant de Dieu sur la terre (5). Ébloui
(1) Il ne faut pas confondre François Mansard, aateur du Val-de- Grâce, avec son neveu Jules Hardouin Mansard, qui construisit Versailles, Marly, le grand Trianon , la place Vendôme, celle des Victoires et le dôme des Invalides.
(2) Le Nostre fut le créateur da genre français pour les jardins et dessina ceux de Versailles.
(3) Au nombre des grands géomètres qui s'illustrèrent par dMmportantes découvertes dans les sciences mathématiques et physiques sont Descartes et Pascal. Un mécanicien dont le nom depuis peu est devenu célèbre, Denis Papin, vécut aussi à cette époque. Ce fut lui qui songea le premier à employer la vapeur d'eau condensée comme force motrice, et il fit sur une rivière d'Allemagne, la Fulda, des expériences avec un véritable bateau à vapeur qui remontait le courant. L'importance de cette découverte et de la machine dite de Papin n'a été appréciée que de nos jours et ses résultats sont incalculables.
(4) L'hôtel de ville de Paris lui avait déféré solennellement en 1680 le surnom de Grand, décidant que ce titre seul serait inscrit sur les monuments publics.
\ (5) Mémoires et instructions de Louis XI V pour le Dauphin, pages 93, 301 , 336.
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par les prodiges de son règne, enivré de mille louanges, vainqueur de toutes les ^résistances, il en vint presque au point de se croire d'une nature supérieure à Tliumanité, de se persuader que sa gloire rendait légitime de sa^part ce qui devant Dieu était coupable de la part des autres liommes. On le vit, au milieu des splendeurs de ses fêtes, promener dans le même char, à la face du peuple et de l'armée, sa femme Marie-Thérèse et deux de ses mattresses, et les prestiges dont il couvrît ses amours adultères avec mesdemoiselles de la Yallière et de Fontange et madame de Montespan portèrent une atteinte presque aussi fatale aux mœurs nationales que les honteux désordres de son successeur.
n attacha son orgueil à triompher des difficultés et à entreprendre des choses impossibles. Golbert, qui encouragea son goût pour les bâtiments, vit avec effroi la fortune publique s'engloutir à Versailles dans des constructions stériles et gigantesques. Il était ;facile de prévoir tous les malheurs dont serait menacée la France si la volonté du prince, sans contre-poids, cessait de s'inspirer des conseils du génie pour écouter ceux de Tignoranoe et dafanastisme, si son orgueil indomptable pouvait s'accorder on jour avec les suggestions d'une dévotion étroite et mal entendue, si enfin ses préjugés, les intérêts de sa puissance et ceux de sa famille se trouvaient jamais en opposition avec les intérêts et les besoins de la France. Ces sombres prévisions des esprits supérieurs furent trop tôt justifiées. Golbert mourut en 1683, la même année ' Mort qae.la reine Marie-Thérèse ; dès lors s'arrêta le cours as- ^-mrèM' Cendant des* prospérités du règne. Déjà les prodigalités <>« couvert du roi et les charges de la dernière guerre, entreprise malgré les conseils de Golbert, avaient obligé celui-ci à recourir aux emprunts, à la vente d'une multitude d'offices, À des impôts vexatoires, qui firent murmurer le peuple; après lui les finai^ces retombèrent dans une ef-
ir
lOS TBOISIÈMB iPOQUK.
froyable anarchie, et Ton eût dit que ce grand ministre emportait dans la tombe la pins beile partie de la gloire et de la fortune de son maître.