‹ Histoire de FranceChapitre 20 sur 101 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Suite et fiu da règne de Louis XIY.

La santé de Louis XIV éprouvait depuis 1682 une altération qui en aigrissant son caractère le disposa à s'ainflaence baudouner sans réserve aux suggestions fatales de LoudeïîiÎTou ^^^^ et de madame de Maintenon : celui-là, égoïste» ordein?dsine g^^eillcux, iusensibic, avait été l*ennemi personnel de Maintenon. Colbcrt; cellc-ci fit presquc oublier aux Français, par la sécheresse de son cœur et par son ambition, les qualités rares qui distinguaient son esprit. Petite-ûlle catholique du ebef protestant Agrippa d'Aubigné, veuve du poète Scarron et gouvernante des enfants de Louis XIV et de madame de Montespan, elle s*éleva bientôt de ce poste obscur au rang le plus élevé; il est hors de doute que le roi, écoutant des scrupules personnels autant que la voix de la morale publique, crut concilier sa passion avec le devoir en l'épousant secrètement; Tannée 1685 est celle qu*on assigne à la célébration de ce mariage clandestin. De ce moment Louis XIV parut s'être survécu à lui-même; de grands talents briiïèrent encore autour de lui et enfantèrent des chefs-d'œuvre; d'éclatantes victoires interrompirent le cours de ses adversités ; mais ses résolutions furent surtout inspirées par l'orgueil ou la superstition; la plupart précipitèrent la ruine de la monarchie, aucune ne fut conçue dans l'intérêt véritable de sa grandeur et de sa prospérité.

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RéToeatkm de redit de Vantei.

L'un deg premiers et des plus fanestes actes de la troisième époque de ce règne fut la révocation de Tédit de Nantes. Les protestants, depuis la prise de La Roehelle, vivaient paisibles et soumis au gouvernement ; ils se dis« tinguaient par la pureté de leurs mœurs et par leur activité industrieuse; mais Louis XIV s'offensait qu'on professât publiquement dans son royaume des opinions qui n'étaient pas les siennes, et les cruelles persécutions contre les réformés furent suggérées par son orgueil en* core plus que par sa dévotion. Depuis longtemps il avait médité la ruine de leurs églises ; de nombreuses conversions étaient obtenues par des menaces, par la violence, ou achetées au poids de Tor. Les malheureux protestants se virent successivement dépouillés de tous leurs droits et de tous leurs privilèges; jOu défendit à leurs ministres de porter l'habit ecclésiastique, d'entrer chez les malades^ de visiter les prisons ; à leurs professeurs d'enseigner les langœsy la philosophie, la théologie ; on détruisit leurs écoles, et l'on transféra aux hôpitaux catholiques les dons faits aux consistoires; la ruse et la force furent employées pour leur enlever la surveillance de leurs en* fants.

Repoussés des fonctions publiques ils s'étaient adon- \ K^ nés à l'industrie, qui leur dut ses plus rapides progrès; W Colbert les protégea, mais à sa mort Lou vois , son envieux rival y de concert avec Michel Le Tellier, son père, chancelier de France, et avec madame de Maintenon, exhorta Louis XIV à les sacrifier. Les coups nombreux que le roi avait déjà portés les avaient mis hors d'état de rien entreprendre pour leur défense, lorsque, le 32 octobre 1685, parut Fordonnance qui supprimait Tédit de Nantes ; elle interdisait dans tout le royaume l'exercice de la religion réformée, ordonnait à^tous les ministres de sortir de France sous quinzaine , enjoignait aux parents et aux tuteurs de faire élever leurs enfants et leurs pu-

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pilles dans la religion catholique. L'émigration fat interdite sous peine des galères et de confiscation des biens; des prédicateurs catholiques parcoururent les villes peuplées de protestants, et dans les lieux où les missions furent impuissantes à convaincre par la persuasion on renouvela les dragonnades pour convertir par la force. Déjà plusieurs fois avant cette ordonnance le gouvernement avait envoyé des dragons chez les relîgionnaires obstinés, avec licence de se livrer envers eux à tous les excès jusqu'à ce que leur conversion eût été obtenue. D'atroces et d'innombrables violences furent commises ; ceux qui résistaient à ces prescriptions barbares étaient condamnés au gibet et aux galères^ les ministres étaient rompus vifs. Cent mille familles industrieuses s'échappèrent de France; les étrangers, qui les accueillirent à bras ouverts, s'enrichirent de leur industrie aux dépens de leur pays natal. Cette ordonnance odieuse redoubla la haine des peuples protestants contre le roi et accrut leurs ressources et leurs forces en affaiblissant celles du royaume ; il se forma chez eux plusieurs régiments de réfugiés français, qui se montrèrent plus d'une fois terribles au monarque persécuteur.

La conduite de ce prince à l'égard des étrangers n'était ni plus juste ni plus prudente; il avait précédemment trouvé dans des médailles injurieuses un motif suffisant de guerre contre la Hollande, et lui-même souffrit que le maréchal de la Feuillade lui érigeât sur la place des Victoires, à Paris, un monument où un luminaire brûlait devant sa statue, au pied de laquelle les nations de TËurope étaient représentées vaincues et enchaînées. Il maintint à Rome, malgré le pape, les franchises ou le droit d'asile à tous les vagabonds ou malfaiteurs qui chercheraient un asile à l'ambassade française. Les autres puissances^ en possession du même privilège, avaient renoncé à ce droit scandaleux ; pressé par le nonce de

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les imiter en ce points Louis XIY répondit avec hauteur ff qu'il ne s'était jamais réglé sur l'exemple, de personne, et que Dieu , l'avait au contraire, établi pour servir d'exemple aux autres. » Son ambassadeur fut excommunié par Innocent XI, qui en même temps refusa de nommer à l'éiectorat de Cologne le cardinal de Furstemberg, candidat protégé par le monarque français; Avignon, ancienne possession des papes, fut aussitôt saisi. Louis XIY croyait racheter ses offenses envers la cour romaine par les rigueurs exercées contre les calvinistes ; mais ses usurpations récentes, appuyées par tant d'arrogance, révoltèrent toute l'Europe. Le prince d'Orange , contre l'aveu duquel la paix de Nimègue avait été conclue, était devenu l'âme d'une nouvelle ligue , qui prit le nom de lifftie d'Augshourg^ ville ou l'union des pui^ seconde sances fut résolue. L'empereur, l'empire^ l'Espagne^ la ^uc"* Hollande, la Savoie se coalisèrent contre la France, et boiuv!'

Louis envoya en Allemagne une grande armée, qu'il mit pg^^ sous les ordres du Dauphin, a Mon fils, lui dit le roi à i^^s-ieos. son départ, en vous envoyant commander mes armées. Je vous donne l'occasion de faire connaître votre mérite; allez le montrer à toute l'Europe , afin que , lorsque je tiendrai à mourir, on ne s'aperçoive pas que le roi soit mort. »

Cette campagme s'ouvrit à l'époque de la seconde ré- seconde volation d'Angleterre. Jacques II, frère et successeur de d'Angiel'immoral Charles II, s'était ostensiblement fait recon- ^^' naître pour catholique et avait soulevé contre lui ses sujets en essayant de rétablir dans son royaume la religion romaine. Le prince d'Orange, son gendre, appelé par les vœux du peuple anglais, passe la mer à la tête d'une armée hollandaises. Jacques II abandonne le trône, qui est déclaré vacant par les Pairs et les Communes du royannne. Les deux Chambres rédigèrent ensuite un acte célèbre dans l'histoire sous le nom de la Déclaration des

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Droits, et par lequel les anciens droits politiques et la liberté de r Angleterre furent définis et solennellement sanc- Tlionnés ; puis elles proclamèrent roi et reine d* Angleterre ; / Guillaume d'Orangé et Marie^ fille de Jacques II. Ainsi : / fut accomplie la révolution qui maintint en Angleterre l i Funion de TÉtat et de la religion protestante, qui consa- I ; cra de nouveau, d'une manière pacifique, les institutions ■ i libres existantes depuis des siècles dans le royaume, et I l qui prévint dans ce pays de nouvelles luttes de rautorité \ l royale contre la puissance parlementaire, en établissaDt d'une manière formelle et incontestable pour tous que la première tirait tous ses droits et toutes ses prérogatives du parlement et de la nation ( t ) .

Après avoir quitté un trône qu'il ne pouvait plus défendre, Jacques II chercha un refuge en France. Louis XIV Ty reçut avec une magnificence royale, et il embrassa aussitôt sa cause, malgré tous les ennemis qui au nord, à Test et au sud, menaçaient ses frontières. Déjà le Dauphin, secondé par Henri de Durfort, maréchal de Duras, et par Catinat et Vauban, s'était emparé de Philisbourg; cette place, abandonnée à ses forces, tombe au bout d'un mois devant l'armée française, et celle-ci, avant la fin de la campagne, s^empare encore de Mayence, de Trêves, de Spire, de Worms et d'une multitude d'autres places que lui livre le cardinal de Furstemberg dans l'électorat de Cologne. Ainsi, dès le début de la guerre, Louis XIY se voit maître des trois électorats eclésiastiques et d'une partie du Palatinat. Cette malheureuse province, sur un ordre de Second Louis, slgué par Louvois, est alors une seconde fois inhu- *"*Î;'*** mainement ravagée dans l'intention d'éloigner l'ennemi : ^mS^^ quarante villes et une multitude de bourgs et de villages devinrent la proie des flammes ; les cimetières eux-mêmes

(1) Pour les considérations sur la révolution de 1688, voyez mon Histoire d'Angleterre, t. III, p. 583-598.

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furent profanés; on livra' anx vents la cendre des morts. L'Allemagne jeta un cri d'horreur ; elle mit aussitôt sur pied trois grandes armées, dont le commandement fut confié au duc de Lorraine, Charles V, souverain sans États, mais doué de grands talents, au prince de Waldeck et à l'électeur de Brandeboui^. Charles V reprît Bonn et Mayence, rejeta en France le maréchal de Duras, et mourut au milieu de ses succès.Waldeck battiten Flandre le maréchal d*Humières. Luxembourg fut alors nom- cmniene mé au commandement de la grande armée du Nord ; ce uxemboan? grand capitaine, qui, par son génie ardent, par son coup etdecaiiMt d'œil juste et rapide, rs^pelait l'illustre Condé, dont il . <•••. était l'élève, justifia le choix du roi d'une manière éclatante.

Deux armées françaises couvraient la frontière du Nord ; Luxembourg avec l'une occupait en partie le bassin de la Sambre ; l'autre, sous le maréchal d'Humières, défendait celui de la Moselle. Le prince de Waldeck, avec des forces supérieures sur la Sambre, près de Fleurus, tenait Luxembourg en échec, et attendait l'électeur de Brandebourg pour attaquer et détruire successivement les deux armées. Luxembourg le devina et^ le prévint, victoin Fortifié par un renfort secrètement tiré de l'armée de la Laxembonrg Moselle, il présente tout à coup la bataille au prince; * ^S?"** puis, marchant à découvert sur un front égal à celui des Allemands, il porte, par une inspiration soudaine, toute sa ca%'alerie à Tune de ses ailes, sur le flanc de l'ennemi auquel une légère éminenee dérobe cette manœuvre. Waldeck, attaqué de front et en flanc, s'étonne de se voir débordé par une armée qu'il croyait inférieure, et le désordre qu'accompagne cette attaque imprévue devient une déroute; six mille morts, onze mille prisonniers sont les résultats de cette victoire, qui semblait devoir être décisive et qui n'eut aucune suite. Les restes de l'armée vaincue se réunirent à Bruxelles aux troupes de Pélecteur,

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taodis que Loav ois, Jaloux du vainqueur, lui enlevait une partie de ses forces. L'ennemi reprit ainsi sa première supériorité, et Luxembourg fut réduit à la défensive.

Gatinat gagnait alors en Piémont la bataille de Staffarde contre Victor- Amédée, duc de Savoie, dont les États furent perdus pour la France aussitôt que conquis. Le duc de Bavière et le prince Eugène (1), général au service de l'empereur, obligèrent Gatinat à repasser les Alpes.

Jacques II s'était rendu Tannée précédente en Irlande, dont la population catholique lui demeurait fidèle; il espérait recouvrer sa couronne avec l'aide de Louis XIV. Château-Renaud lui amena douze vaisseaux de ligne et huit mille soldatsfrançais^ que le ducdeSchomberg, protestant réfugié, tint en échec jusqu'à l'arrivée du prince d' Orange , déjà reconnu et proclamé roi d'Angleterre sous le nom de Guillaume UI. Vainement Tamiral Tourvllle, avec quatre-vingts vaisseaux de ligne, vainquit à Beachy la Baume flotte anglaise et hollandaise ; dès le lendemain la bataille i«9i.^"** décisive de la Boyne ruina les espérances de Jacques II, et l'année suivante le succès de la journée d'Aghrim assura la couronne sur la tète de Guillaume. camMgne, Louis XtV fit en Flandre, avec Luxembourg et La uob^iv Feuillade, la campagne de 1 69 1 , dont les seuls résultats de 1091- ' quelque importance furent la prise de Mons par le roi et le glorieux combat de Leuze, où Luxembourg, avec vingthuit escadrons, mit en déroute cinquante-cinq escadrons ennemis, commandés par le prince de \\'aldeck. Ges succès ne donnèrent aucun avantage durable à la France. La détresse du royaume était extrême; Glande Le Pelletier, puis Phélipeaux de Ponehartrain, successeur de

(1) Le prince Eugène était fils du comte de Soissons, de la maison de Savoie, et d'une nièce de Mazarin. Sur le refus que lui fit Louis XIV d'abord d'une abbaye, puis d'un régiment, il passa an service de l'empereur.

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Colbert au contrôle général, essayèrent en vain de combler le vide effoyable du trésor, occasionné par les prodigalités du roi et par Tentretien de quatre cent cinquante mille hommes sous les armes. On ouvre des emprunts pour six millions de rentes; on crée une multitude de charges, en obligeant les financiers à en faire Tacquisition ; des dons considérables sont demandés aux villes; le roi fait porter à la monnaie les meubles d*argent de Versailles; il redouble d'efforts et fait d'immenses préparatifs de guerre. Il marche lui-même en Flandre à la tète de quatre-vingt mille hommes; Luxembourg et le marquis de Boufûers commandent sous ses ordres^ tandis que Gatinat continue la guerre en Piémont. Louis XIV rencontre devant lui son illustre adversaire le roi Guillaume, qui était revenu commander son armée en Flandre après avoir assuré la couronne d'Angleterre sur sa tète.

Le roi prit en personne l'importante place de Namur, yicteires tandis que Luxembourg, sur les bords de la Méhaigne, Loxmboarg couvrait le siège et tenait tête à toutes les forces de Guil- d« cfanat. laume. Après cet exploit Louis XIV quitte l'armée et remet le commandement à Luxembourg, qui se couvre de gloire sur le champ de bataille de Steinkerque. Un espion Bateiiie avait été découvert dans le camp de Guillaume ; on le steinîfrque. force d'écrire un faux avis au maréchal de Luxembourg , et celui-ci prend aussitôt des mesures qui le mettent en péril. Son armée, presque endormie, est attaquée à la pointe du jour, et une brigade est d'abord mise en fuite. Luxembourg était malade^ mais le danger lui rend des forces. II change rapidement de terrain, rallie trois fois ses troupes et charge à leur tête. Plusieurs princes du sang se signalent dans cette journée mémorable. Philippe due d'Orléans, alors duc de Chartres et depuis régent du royaume, se distingue entre tous. A peine âgé de quinze ans il charge avec là maison du roi ; il est blessé et re-

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toarne au combat malgré sa blessure. Enfin les gardes anglaises du roi Guillaume cèdent te terrain ; Boufflers accourt avec sa cavalerie et achève la victoire. Mais Guillaume se retire en bon ordre et continue à tenir la campagne : son génie, fécond en ressources, tirait plus d'avantage d'une défaite que les Français n'en obtenaient souvent d'une victoire. L'année suivante (1693), à Nerwinde, Luxembourg remporta encore sur ce prince une victoire signalée sans pouvoir en tirer de fruit. Guillaume fit de nouveau une admirable retraite, et Louis XIV, qui autrefois avait fait tant de conquêtes presque sans combat, pouvait à peine achever celle de la Flandre après tant de sanglantes victoires. Catinat, non moins heureux que Luxembourg, triomphait alors h la Marsaille^ en Piémont; mais tous ces glorieux succès furent balancés par la désastreuse invasion de Victor-Amédée en Provence et "îfjfjjf par la fatale journée de la Hogue, où Tourville, obéissant de la Bogue. ^ ]'ordre formel du roi, attaqua l'amiral Russel avec des forces de moitié inférieures à celles des Anglais. Après d'héroïques efforts ses vaisseaux fuirent dispersés, plusieurs échouèrent^ et Russel en brûla treize dans les ports sans défense de la Hogue et de Cherbourg.

Cette guerre ruineuse se prolongea encore trois années, pendant lesquelles TEurope rendit à Louis XIY les maux qu'elle en avait reçus. Les Hollandais saisirent Pondichéry, colonie fondée à grands frais par Colbert, et ruinèrent le commerce français dans les Indes ; les Anglais détruisirent nos plantations à Saint-Domingue; ils bombardèrent le Havre, Saint-Malo, Calais, Dunkerque; la ville de Dieppe fut réduite en cendres.

Duguay-Trouin et Jean Bart vengèrent ces désastres aux dépens du commerce maritime des ennemis/et le chef d'escadre Pointis alla surprendre, presque sous la ligne, la ville de Garthagène, entrepôt des trésors que TEspagne tire du Mexique. Ces avantages réparèrent mal les gran-

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des pertes supportées par Ya France. Louis XI Y ordonna une refonte générale des monnaies, dont il changea le titre, portant de vingt-six livres quinze sous à vingt-neuf livres quatre sous la valeur du mare d'argent, opération qui rendit en quatre années quarante millions seulement au trésor; il établit Tiropôt de la capitation sur tous les chefs de famille, partagés en vingt-deux classes selon leur fortune, et s'ins«rivit lui-même au nombre des contribuables. Enfin, après les inutiles campagnes de Boufflers sur le Rhin et de Vendôme en Catalogne, Louis entama des négociations pacifiques. Il réussit d'abord, en 1 696, à détacher de la ligne le duc de Savoie Vîctor- Amédée, qui donna sa fille en mariage au duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XIV. Rassuré du côté de l'Italie le roi porta des forces considérables en Flandre, sous les maréchaux Catinat, Boufflers et Villeroi, et poussa la guerre activement en Catalogne, où Vendôme, après plusieurs succès, fit l'importante conquête de Barcelone. Ces derniers événements et surtout la défection du duc de Savoie hâtèrent les négociations pour la paix ; elle fut signée à Ryswtck le 20 septembre 1 697. Par ce traité le piu

de Ryswick.

roi d'Espagne rentra en possession d'un grand nombre de 1697. places dans les Pays-Bas; le prince d'Orange fut roi d'Angleterre, et Louis promit de ne point le troubler dans la possession de son royaume. La France fut confirmée dans celle de Strasbourg; elle abandonna Kehl, Philisbourg, Fribourg et Brisach, s'obligea à raser les fortifications d'Huningue et de Neuf-Brisach, et rendit toutes les réunions hors de l^ Alsace. L'électeur palatin rentra dans ses domaines, et le duc de Lorraine dans son duché, diminué de Longwy et de Sarrelouis, qui restèrent à la France. Enfin les Hollandais rendirent Pondichéry et signèrent un avantageux traité de commerce avec la France, qui garda ses colonies et conserva ses possessions À Saint- Domingue.

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1698.1700. La puissance de Louis XIV était 'tellement ébranlée par cette longue et sanglante guerre, qull ne put soutenir en Pologne son parent le prince de Conti^ élu roi de ce royaume, contre Auguste^ électeur de Saxe, son conipétiteur au trône. L^Ëurope jouissait enfin de quelque repos. La bataille de Zenta, gagnée par le prince Eugène, à la tète des Impériaux, sur les Turcs et sur le grand-seigneur en personne, fut suivie de la paix de CarlowitZj humiliante pour la Turquie. Il y eut alors pendant deux années paix générale en Europe. Le roi de Suède, Charles XII , et Pierre P% czar de Russie, furent les premiers à la rompre au nord ; le midi présentait aussi des signes de prochains désordres.

Testament Charles II, roi d'Espagne, languissait dans l'attente cbariSi n. de la mort ; il n'avait point d'enfants, et déjà les rois de France et d'Angleterre et l'empereur Léopold, convoitant ses vastes États, avaient fait secrètement entre eux une convention de partage, lorsque Charles, par un premier testament, institua, en 1698, pour son héritier le prince électoral de Bavière, âgé de six ans; ce jeune prince mourut Tannée suivante. Le monarque expirant, après avoir longtemps consulté le pape, les universités d'Espagne et son propre conseil, nomma pour son successeur Philippe, duc d'Anjou, petit-fils de sa sœur ainée^ Marie -Thérèse, et second fils du Dauphin de France. Si Philippe ne renonçait point à ses droits éventuels au trône de France, le duc de Berry, son frère cadet, lui était substitué, et ensuite l'archiduc Charles, second fils de Tempereur. Dans aucun cas le testateur ne permettait le démembrement de la monarchie espagnole. Il mourut en 1700.

Louis XIV savait qu'accepter ce testament c'était annuler la convention antérieure qu'il avait signée et exposer la France à une guerre nouvelle, en bravant l'Europe toujours prompte à lui reprocher d*aspirer à la

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monarchie universelle. Il ne résista point oependant au désir de placer une brillante couronne sur la tête de son petit-fils; après quelque hésitation il accepta,, reconnut roi le duc d'Anjou sous le nom de Philippe V, et l'envoya en Espagne en prononçant ce mot célèbre : // n'y a plus de Pyrénées. L'empereur protesta sur-le-champ, et ane année s'était à peine écoulée que déjà la Hollande, TAngleterre et l'empire faisaient cause commune avec lui contre Louis XIY. Ce monarque avait commis deux fautes énormes, Tune en envoyant à Philippe V des lettres patentes par lesquelles ses droits à la couronne de France lui étaient conservés, contre l'expresse volonté du testateur; l'autre en reconnaissant pour roi d'Angleterre, à la mort de Jacques II, le prince de Galles, son fils, malgré une clause formelle du traité de Rysvick. Les larmes de la veuve de Jacques et les instances de madame de Maintenon l'emportèrent auprès du roi sur Pavis unanime de son conseil. Les puissances coalisées se disposèrent aussitôt à la guerre terrible connue dans l'histoire sous le nom de guerre de la succession^ et à laquelle onerre le nord de l'Europe seulement, partagé entre Pierre le accession Grand et Charles XII, demeura étranger. Louis XIV et "m^'tw!* Philippe y n'avaient pour alliés contre cette ligue formidable que le roi de Portugal, le duc de Savoie et les électeurs de Bavière et de Cologne, les ducs de Parme, de Modène et de Mantoue.

A Tintérieur de nombreux signes de décadence étaient déjà visibles. Le roi, sexagénaire, devenu plus retiré, voyait les choses dans un trop grand éloignement, avec des yeux moins appliqués et fascinés par une longue prospérité. Madame de Maintenon n'avait ni la force ni la grandeur d'esprit nécessaires pour soutenir la gloire de l'État. Les grands ministres et plusieurs illustres capi'taines étaient morts, et Luxembourg, l'élève de Condé et que ses soldats réputaient invincible, avait suivi son

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maître an tombeau. Baii)ezleax,illset SQOcessenr âe Lou- Yois, avait fléchi dans la dernière guerre sous le fardeau de son emploi; il était mort à son tour, et madame de Maintenon fit réunir, en 1701, le ministère des finances ^inb%r* et celui de la guerre dans les mains de Chamillart, sa de i»pntrre créature, homme médiocre et qui devait roriglne de sa dtt floMMs. fortune au talent le plus frivole. Le roi, trop confiant en ses lumières et en ses forces, prétendait former ses ministres et tout conduire par lui-même ; il dirigeait avec Ghamillart, dans le cabinet de madame de Maintenon, les opérations militaires, et plus d'une fois des occasions heureuses échappèreot ainsi à ses généraux.

Ghamillart, inconnu aux armées, qu*il n'avait jamais vues^ affaiblit la discipline militaire, si rigidement soutenue par Louvois, en prodiguant aveuglément les dignités et les récompenses. Un grand nombre de jeunes gens achetèrent des régiments, à peine au sortir de Fenfance, et la croix de Saint-Louis, récompense inventée par le roi en 1693, fut vendae à vil prix dans les bureaux de la guerre. Le nombre des officiers et des soldats dans les corps cessa d*ètre au complet ; les approvisionnements, mal surveillés, furent faits avec négligence, et ces fautes, commises en face des plus grands généraux que TEurope eût encore opposés à la fortune de Louis XIV, firent craindre les plus grand malheurs. Le roi fit cependant des efforts prodigieux ; il recruta promptement ses armées, répara les pertes de sa marine^ et plusieurs chefs illustres, les Catrnat, les Berwick, les Villars, les Vendôme, se montrèrent dignes de succéder aux Turenne, aux Gondé, aux Luxembourg. Gette guerre désastreuse, commencée en Italie, s'étendit bientôt sur les deux continents, dans les Iles, et partout enfin où les Français et les Espagnols avaient des établissements. Elle dura onze ans, avec des alternatives continuelles de succès et de revers. Les premières hostilités éclatèrent dans la Lombardie,

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OÙ le prince Eugène commandait l'armée impériale, forte ^^ de trente mille hommes; le doc de Savoie, généralissime «» [^'''' des troupes françaises, lui était opposé ; Il avait sous lui rillustre Gatinat et Yilleroi, homme de cour plutôt que général et favori de Louis XIV. La déftiite des Français ^"^îjLi, à Ghiari, sur TOglio, fut le premier événement de cette * ^J^' guerre ; elle eut pour cause Timprudence de Vllleroi, qui donna Tordre téméraire d'emporter des Iretranchements inabordables, sans que le succès pût procurer aucun avantage décisif. Gatinat se Ht répéter trois fois Tordre d'attaquer; puis il dit aux officiers qu*ll commandait : « Allons, Messieurs 1 il faut obéir. » On courut aux retranchements, et une multitude d'hommes périrent inutilement dans cette attaque téméraire. Gatinat fut blessé; mais, voyant les soldats rebutés et Vil lerol éperdu, il dirigea la retraite et ramena les Françaisen deçà de TAdda. L'hiver sépara les deux armées.

L'année suivante Eugène surprit Grémone, où Villeroi , ^^^JJJJJjJj^ général en chef, fut fait prisonnier. Les Français repri- p«r E«gène. rent aussitôt la ville, et le roi nomma le duc de Vendôme, adoré du soldat, au commandement de Tarmée. Vendôme ranime le courage de ses troupes et signale son ar- jg\'2,^*JJ^ rivée par la victoire de Luzara. * laun.

Un redoutable ennemi de la France s'élevait alors en Angleterre : c'était Ghurchill, duc de Marlborough, favori de la reine Anne. Guillaume III était mort an commencement de Tannée; Anne, sa belle-sœur, seconde fille de Jacques TI et femme du prince de Danemark, avait été reconnue reine d'Angleterre; Marlborough la gouvernait, moins encore par la supériorité de ses talents que par Tascendant qu'avait pris la duchesse sa femme sur cette reine. La France n'eut point d'ennemi pins terrible. Dans la campagne de 1702 il battit en Reveni Flandre le duc de Bourgogne, héritier présomptif de la %n^l couronne, et le maréchal de BoufSers, et affranchit le ^ÎtoKîST*

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cours de la Meuse de la domination espagnole. Cette BQême année les flottes française et espagnole furent vaincues dans le port de Vigo, en Galice^ par l'amiral Rooke et le duc d'Ormond, qui s'emparèrent des riches galions de la Havane. Yillars^ en Allemagne, balança en partie ces revers ; il commandait en qualité de lieutenaut général un corps en Alsace. Le prince de Bade, à la tète de l'armée impériale, venait de prendre Landau et faisait des progrès ; il avait l'avantage du nombre et pénétrait déjà dans les montagnes du Brisgaw, qui touchent à la forêt Noire. Cette immense forêt séparait les Impériaux des Français. Catinat commandait dans Strasbourg ; il n'osa se porter au-devant du prince de Bade ; car, au milieu de tant de circonstances désavantageuses, nn mauvais succès eût décidé de la campagne et eût ouvert l'Alsace aux ennemis.

vic*ohj» Villars hasarda ce que Catinat n'osait faire : il marâ priedttng cha aux Impériaux avec des forces inférieures et livra la

de lïnani ^^*^**® ^® Fricdling. Des manœuvres habiles et rapides * spii*«ch. firent abandonner la défense du Rhin au prince de Baie, qui se replia sur les montagnes auxquelles il était adossé. Les Français passèrent rapidement le fleuve ; leur infanterie escalada les hauteurs et chassa les Allemands dans la plaine. La bataille était gagnée lorsqu'une voix cria : a Nous sommes coupés I » A ce mot les Français prennent la fuite. Villars court à ses régiments. La victoire est à nous? a s'écrie-t-ii; vive le roi! » Et il parvient enfin à rallier les vainqueurs. Une charge habile de cavalerie acheva la victoire, et Villars fat salué par ses soldats ma-* réchal de France sur le champ de bataille. Le roi lui décerna cette haute récompense, que Villars Justifia de nouveau par la victoire de Donai^er, qu'il remporta sur les Impériaux dans les plaines d'Hochstett, de concert avec rélecteur de Bavière. Tallard fut presque en même temps vainqueur à Spirbach, et le chemin de Vienne pa-

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rut ouvert aux Français. Là s'arrêtèrent nos succès. Le dac de Savoie venait d'abandonner la France et soutenait contre Pliilippe Y et ie duc de Bourgogne, ses deux gendres, le parti de l'empereur. Yillars semblait être, par son génie, Phorame le plus nécessaire à la tète des armées; sa mésintelligence avec Félecteur de Bavière, dont les forces étaient réunies aux siennes, occasionna son rappel. Le comte de Marsin lui succéda, et Yillars fut envoyé pour dompter les protestants réfugiés dans les Cévennes, poussés à la révolte par le désespoir. Le Portugal rompit alors son alliance avec Louis XIY pour s'attacher à l'Angleterre, et de cette époque data entre ces deux nations le fameux traité de commerce par lequel les vins de l'une et les laines de l'autre furent déclarés objets d'un échange perpétuel. Tant de disgrâces pour la France furent suivies d'un échec plus terrible. Le maréchal de Tallard avait conduit une armée en Allemagne, et s'était joint à rélecteur de Bavière et au comte de Marsin. Tous trois se trouvèrent à Hochstett en présence de l'armée ennemie, commandée par Eugène et Marlborough, et forte, comme la leur, d'environ quatre-vingt mille hommes. La bataille s'engagea presque à Tanniversaire de celle que Yillars avait gagnée au même lieu l'année précédente, mais cette fois le destin fut fatal à la France. Défaite Tallard tomba dans les escardrons ennemis et demeura & Hochs'tett.

prisonnier; l'électeur et le comte de Marsin firent aussitôt retraite, oubliant dans le villi^e de Blenheim un corps d'infanterie considérable et quatre régiments de cavalerie, qui mirent bas les armes. La retraite devint bientôt une affreuse déroute. Cette journée funeste coûta cinquante mille hommes à la France et cent lieues de pays ; rennemi pénétra en Alsace, où il prit Traerbach et Landau.

Les , frontières étaient entamées et la guerre des Ce- Guwe venues devenait chaque jour plus formidable à l'inté- Ç^ïJj-

Désastre sur mer.

il6 tBOISIBMB BROQ0S.

rieur; les rnootagnards calvinistes s*y organisaient en régiments réguliers, sous le nom de Camisards, Louis'XIV fit fléchir son orgueil Jusqu'à traiter comme de puissance à puissance avec leurs chefs échappés au:iL bourreaux^ et Fun deux, nommé Cavalier, célèbre par son invincible valeur et autrefois simple garçon boulanger, obtint da roi une pension et un brevet de colonel. Villars fat Fauteur de cette ui^ente pacification .

L'Espagne perdit à cette époque l'importante place de Gibraltar, dont les Anglais s'emparèrent et qui depuis est toujours restée en leur possession. Immédiatement après la prise de cette place la flotte anglo-hollandaise, maî- Batattie trcsse dc la mer, attaque, à la vue de Malaga^ le comte de°Mlîa|a. dc Toulousc, fils naturel de Louis XIV et amiral da royaume; celui-ci commandait cinquante vaisseaux de ligne et vingt*quatre galères. La bataille fut indécise; mais l'année suivante la flotte française envoyée , sous le maréchal de Tessé, pour reprendre Gribraltar, fut détruite par les Anglais et par la tempête. Ce jour fut le dernier de la marine de Louis XIV, et, malgré les exploits de quelques vaillants chefs d'escadre, parmi lesquels Daguay-Trouin fut le plus illustre, elle retomba presque dans l'état d'où ce prince l'avait tirée (i ). capituitiiton L'atittée Suivante^ conduits par Péterborough, Tun des B«r^tooe. hommcs lesplus remarquables et les plus singuliers que la Grande-Bretagne ait produits, les Anglais débarquèrent en Catalogne, et, de concert avec le prince de Darmstadt, ils attaquèrent Barcelone. La capitulation de cette place fut marquée par une circonstance inouïe. Tandis que le gouverneur traite aux portes avec Péterborough, on entend ce cri dans la ville : a Vous nous trahissez ,

(1) Entre autres actions étonnantes, Duguay-Trouin s'empara, après onze jours de siège seulement , de la place de Rio-Jaoeiro | Tune des pins fortes de r^mériqa^.

iiYBB m. cHAnnui v. ild

a et, tandis que noas capitalons, vos Anglais égorgent df dans la plaee. — Non, répondit Péterboroagh , ce ne « peuvent être que les Allemands dn prince de Darmsa tadt» Laissea^moi entrer avec mes Anglais, et Je re* « viens traiter. » Le ton de vérité de Péterborongh persuade le gouverneur; celui-ci ouvre la porte; les Anglais ehassent les Allemands, et Péterborough, maître de la ville, en sort et revient signer la capitulation. L'archiduc Charles fut proclamé roi d'Espagne dans Barcelone. Yen- ^"^^^j^mt dôme» en Piémont, vainqueur d'Eugène au pont de Cas- *^!{.'^sano, sur TAdda, interrompit seul le cours des disgrâces de Louis XIY et de Philippe Y.

L'année 1706 devient plus fotale encore à ces deux monarques, et cependant la campagne s'était ouverte au nord et au midi sous d'heureux auspices. Yendème avait gagné, en l'absence d'Eugène, la victoire de Calcinato sur les Impériaux , et marchait sur Turin, seule place importante qui fût demeurée au duc de Savoie. Yillars repoussait devant lui le prince de Bade sur la frontière d'Allemagne, et Yilleroi, en Flandre, à la tète de quatre- Mcatte vingt mille hommes, se flattait de faire oublier ses an- à &««ttH«sciens revers ; mais ses disgrâces n'avaient point abattu sa confiance en lui-même, et il avait en tête Marlborough. Yilleroi avait campé son armée près de la Méhaine, à Bamillies, dans une position désavantageuse, et voulut combattre malgré l'avis de ses généraux. Ses dispositions furent fatales ; il mit au centre des troupes de recrue et mal disciplinées, et posta sa gauche derrière des marais infranchissables, Marlborough voit cettefoute ; il dégarnit aussitôt sa droite, qu'il ne craint plus de voir attaquée, pour se porter à Bamillies, sur le centre de l'armée française^ avec des forces supérieures. Gassion, lieutenant général, supplie enfin Yilleroi de changer son (Nrdre de bataille; Yilleroi s'obstine , et déjà Marlborough force ses lignes. La. perte des Français estaffireuse; vingt

120 TfiOlSISMB EPOQUE.

mille hommes sont tués ou prisonniers. Toute la Flandre espagnole est perdue ; Marlborough entra victorieux dans Bruxelles, et Menin se rendit, a Monsieur le maréchal, « dit Louis XIV au maréchal vaincu, nous ne sommes a plus heureux à notre âge. » Il tira Vendôme d'Italie et l'envoya en Flandre, comme le seul homme capable de lutter contre Marlborough. Cette mesure, en privant l'armée du sud d'un bon général, entraîna un nouveau et terrible désastre. Déjà Eugène avait franchi le Pô, malgré l'armée française qui lui fermait le chemin de Turin, et il marchait au secours de cette place, que La Feuillade assiégeait avec des forces et un matériel considérables. Eugène opéra, auprès d^Asti, sa jonction avec le duc de Savoie. Le maréchal de Marsin avait succédé à Vendôme dans le commandement de l'armée, où se trouvait le duc d'Orléans^ et, ne pouvant plus arrêter Eugène, il avait rejoint La Feuillade devant Turin. L'avis des généraux était de marcher à l'ennemi; mais le maréchal ayant montré un ordre contraire du roi, rédigé par Ghamillart , il fallut attendre l'attaque des Impériaux dans des lignes d'une défense difficile. Eugène prend Tofl'ensive ; il fond Déroute sur Ics retranchements français, et les emporte. La dè- ^^e"n?' route devient générale : le duc d'Orléans est blessé, le 1706?' maréchal de Marsin est frappé à mort, soixante mille Français sont dispersés, la caisse militaire et cent quarante pièces de canon tombent au pouvoir de l'ennemi. Le Milanais, le Mantouan, et par suite le royaume de Maples, sont perdus pour Philippe V. Eugène marche sans obstacle sur la France, tandis que lord Galloway s'empare de Madrid, où il proclame l'archiduc.

L'empereur Léopold était mort l'année, précédente; Joseph P', son fils et son successeur, poursuivit la guerre avec vigueur. Fier, ambitieux et violent, il mit de son propre chef les électeurs de Bavière et de Cologne an ban de l'empire et les dépouilla de leurs électorats. La

LIYRB III. CHAPITBE V. 121

France n'avait plus d'alliés, elle était ouverte aux ennemis, quand Villars, remis à la tète de Tannée, enleva les lignes de StolhoiTenet pénétra en Allemagne; mais, faute de secours , il fut obligé de rétrograder et rentra en France. Le maréchal de Berwick, fils naturel de Jacques Il et Tun des premiers tacticiens du siècle, gagnait alors en Espagne la bataille d'Almanza, qui rouvrit à ^^ictoiK Philippe V le chemin de sa capitale, et le maréchal de » ^j*î«""- Tessé faisait lever le siège de Toulon au duc de Savoie et au prince Eugène.

Un nouvel effort fut tenté en 1708 par Louis XIY en faveur du fils de Jacques II; il fit embarquer six mille hommes sur huit vaisseaux de guerre et soixante-dix bâtiments de transport. Le chevalier de Forbin-Janson commanda la flotte et Matignon les troupes. Les Anglais prévinrent la descente; le chevalier de Forbin parut à la hauteur des côtes d'Ecosse sans voir les signaux convenus et ramena très-habilement la flotte à Dunkerque. Toutes les dépenses de Tentreprise furent perdues.

L'armée de Flandre , sous les ordres du duc de Vendôme, forte de cent mille hommes, était le dernier es- •poir de la France; Louis XIV y envoya son petit-fils le duc de Bourgogne, pour y commander conjointement avec Vendôme. Une funeste mésintelligence divisa les deux chefe ; elle eut pour résultat la défaite d'Oudenarde ^^^^^^ ^.^^ et la prise de Lille, malgré la belle défense de Boufflers. ^^°^*^' L'armée, découragée, laissa prendre Gand et Bruges, ^rm^' puis successivement tous les postes militaires. Le che-^ min de Paris était libre, et un parti hollandais, s'avançant jusqu'auprès de Versailles, enleva sur le pont de Sèvres le premier écuyer du roi, qu'il prit pour le Dauphin.

La guerre avait épuisé toutes les ressources de la France /û Détresse le crédit était anéanti, la dette publique s'élevait à deux r**t7w?"* milliards; il y avait pour cinq cents millions de billeti |

BIST. DE FRi^CE. — T. II. 6 '' V

122 TKOISltMB lipOQGB.

échus, les dépenses anouelles en exigeaient deux cents, et le revenu montait seulement à eeot vingt. Desmarets, successeur de Gliamillart au contrôle général, eut eo vain recours aux anticipations, aux emprunts, aux tontines et à i*imp6t du dixième pour Combler une partie de l'immense déficit. Quelques négociants apportèrent du Pérou trente millions, qu'ils prêtèrent au roi moyennant un intérêt de dix pour cent; ce fut un utile secours» mais le cruel hiver de 1709 mit le comble à la misère générale. Louis XIV et les grands seigneurs envoyèrent leur vaisselle à la monnaie; plusieurs familles illustres, à Versailles, se nourrirent de pain d'avoine, et Texempie en fut donné par madame de Maintenon. Le peuple, en plusieurs provinces^ périssait, moissonné par la famine; des révoltes éclatèrent; les impôts furent refusés ; la contrebande se fit à main armée par les troupes elles-mêmes; des bandes de paysans prirent d'assaut la ville àe €ahors, et un grand nombre d'habitants du Périgord et du Quercy , rompant tout lien avec le gouvernement, qui taxait jusqu'aux actes de mariage et de l>aptême, tombèrent dans l'état de nature, se mariant sans formalités et baptisant eux-mêmes leurs enfants. Louis XIV demanda la paix aux Hollandais, qu'il avait jadis si cruellement humiliés , mais son négociateur, le président Rouillé, ne trouva en Hollande que hauteur et mépris. On refusa longtemps de l'entendre; enfin on lui signifia qu'il fallait que le roi contraignit lui-même son petitfils à descendre du trône. Cette humiliante déclaration fut transmise à Versailles au conseil du roi, composé du Dauphin, du duc de Bourgogne, son fils^ du chancelier Pontchar train, du duc de Beauvilllers, du marquis de Torcy, de Ghamillart et du contrôleur général Desmarets. Le chancelier opina pour la paix, à quelque pdx que ce fût; les ministres de la guerre et des finances avouèrent qu'ils étaient sans ressources^ et Beauviiliers

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arracha des larmes au duc de Bourgogne en traçant le tableau de ia misère publique .

Torcy , habile négociateur, s'offrit à partager ia tâche cruelle du président Rouillé; il partit pour la Hollande, où Hfiliksius était alors gtand-pensionnaire. Autrefois miaistre de Guillaume en France, Heinsius avait essuyé plus d'un affront et s'était vu menacé de la Bastille par Louvois ; il se souvint de ces outrages. Le prince Eugène et Màrlborougb, qui tous deux n'étaient puissants que par la guerre, formaient avec Heinsius un triumvirat pour la. continuer ; ils rejetèrent les propositions de Louis XIV , qui offrait d'abandonner la monarchie d'Espagne et d'accorder au^c Hollandais une barrière qui les séparât de la France; ils exigèrent que Louis XIV rendit TAlsace et une partie de la Flandre , et insistèrent pour qu'il se joignit à eux contre son petit-fils. Le président Rouillé eut ordre de porter ces dernières paroles à Louis XIV et de quitter la Hollande dans les vingt qoatre-heures. or Puisqu'il faut faire la guerre, (( dit Je vieux monarque, j^aime mieux la faire à mes en- « nemis qu'âmes enfants. » Par son ordre les prétentions exorbitantes des^njnemis furent publiées dansle royaume; Tindignation réveilla le patriotisme, et la France redoubla d'efforts; maisVillars perdit en Flandre, contre Eugène et iVIariborough réunis , la sanglante bataille de Malpla- Défaite quet, quoiqu'il eûttué vingt mille hommes aux ennemis et ^^ ^i^'" n'en eût perdu que huit mille. Plusieurs places tombé- •***Ç!f\î^**rent au pouvoir des alliés, tandis qu'en Espagne la défaite de Saragosse obligeait Philippe à quitter une seconde fois sa capitale et à parcourir son royaume en fugitif.

Louis s'humilia de nouveau. Il avait nommé pour négociateurs en Hollande l'abbé de Polignac, l'un des plus beaux esprits de son siècle, et le maréchal d'Uxelles ; il proposa par leur bouche, au congrès de Gertruydenberg, congre» de ne donner aucun secours à son petit-flis, de icndre ^^^ISSiV

Strasbourg etBrisach, de renoncer à la souveraineté de l'Alsace, de raser toutes ses places depuis Bâle jusqu*à Pliilisbourg, de combler le port deDunkerque, enfin de laisser à la Hollande Lille, Tournay , Ypres et plusieurs autres places en Flandre ; il fléchit même Jusqu'à offrir un million par mois pour aider les alliés à détrôner son petit-fils. Tout fut vain; ils voulurent qu'il s'engageât seul à le chasser de PEspagne.

Des événements imprévus sauvèrent la France. Yendôme reparut en Espagne, où son nom fit des prodiges; de^veïdèmc ^^ victoirc de Villaviciosa détruisit l'armée de TarchivuutÎciom.' <1uc Charles et sauva la couronne de Philippe Y. Ce fat ^^"' après cette bataille que Philippe, excédé de fatigue , témoignant le besoin de dormir : a Sire, lui dit Yendôme, « je vais vous préparer le plus beau lit où jamais roi ait a couché. » Et il fit étendre à Tombre d'un arbre les drapeaux enlevés à rennemi.

Une révolution survenue dans la cour d'Angleterre fit encore plus pour la France. La duchesse de Marlborough offensa la reine Anne, et sa disgrâce entraîna celle de son mari, chef du parti des ^higs (l), alors tout-puissants. Les torys parvinrent au pouvoir, et, pour achever de ruiner le crédit de Marlborough, ils disposèrent la reine à la paix.

La mort de l'empereur Joseph seconda leurs desseins; Tarchiduc Charles, son frère, compétiteur de Philippe Y, obtint la couronne impériale et encourut à son tour le reproche d'aspirer à la monarchie universelle. L'Angleterre dès lors n'était plus intéressée à soutenir ses prétentions au trône d'Espagne et signa une suspension d'armes avec la France. Marlborough fut rappelé , et le duc

(1) Deux partis divisaient TADgleterre, celui des whigs et celui des torys ; les whigs étaient moins attachés que les torys aux prérogatiTes du trône et aux privilèges de l'Église anglicane; ils avaient •u la plus grande part à la révolution de 1688.

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d'Ormond, son successeur, eut l'ordre de rester neutre. Alamèmeépoque Duguay-Trouin, sans grade dans la marine et à la tète d'une petite flotte équipée à ses frais ^ s'empara de Rio-Janeiro, capitale du Brésil. Eugène ce- ^^ pendant faisait en Flandre de nouveaux progrès. Privé wo^jyciro du secours des Anglais, mais encore supérieur de vingt jîSuîi mille hommes à l'armée française, il était maître de BoDchain et du Quesnoy; de là jusqu'à Paris il n'y avait plus de place forte. Louis vit sa capitale menacée , et des malheurs domestiques s'unirent, pour l'accabler, dJSSSîSs aux malheurs de son royaume. Il perdit , dans l'espace loqu'xiv. d'une année, le Dauphin, son fils, le duc et la duchesse de Bourgogne et leur fils aîné. La mort du duc de Bourgogne, élève de Fénelon , fut une calamité pour la France. Vendôme mourut en Espagne. La cour et le royaume étaient frappés de terreur. Ce fut alors que Louis XIV, à qui l'on donna le conseil de se retirer derrière la Loire, parla de se mettre à la tète de sa noblesse, de la conduire à l'ennemi malgré ses soixante-quatorze ans, et de périr à sa tète. Villars fut le sauveur de la France.

Il tenait la campagne en Flandre avec cent quarante bataillons contre Ëugèoe^ qui en commandait censoixante, et qui, après s'être emparé du Quesnoy, assiégeait Landrecies. L'Escaut, la Sambre et la Seille couvraient l'armée d'Eugène, et celui-ci avait en outre un camp retranché à Denain sur l'Escaut. Le duc d'Aïbemarle, général des Hollandais, gardait des lignes qui joignait ce camp au fleuve. Villars se décide à les attaquer, pour forcer ensuite le camp de Denain. Il masque ce projet par des simulations d*attaque sur la Sambre , tandis que le reste de son armée passe TEscaut entre Bouchain et Denain et emporte rapidement les lignes d'Albemarle. Villars s'avance aussitôt contre lés redoutables retranchements de Denain ; il y courait lorsqu'on

126 TBOlStÈME ÉPOQVB.

aperçoit la tête des colonnes dn prince Eugène qui dâ)OBchent sur Tautre bord de FEscaut. Le temps pressait, et une voix ayant demandé des fascines pour combler les retranchements de Denain î Nos fascines, répondit Villars, seront les corps des premiers qui tomberont dans le fossé. MarchonsI» L'infanterie française reçoit sans plier un feu terrible; elle fond sur les redoutes et les emporte; de^vîrira ^^^^^^^ ^^^^^ vainqueur à Denain. Il dirige aussitôt le " i7« *"■ c^'"*® d^ Broglie sur Macbiennes, d'où l'ennemi tirait > ses approvisionnements de bouche et de siège , tandis qu'il poursuit lui-même les vaincus sur l'Escaut. Les ponts se rompirent sous la multitude des fu> ards ; tout fut pris ou tué , et Eugène ne put franchir le fleuve. Marchiennes , Douai , Le Quesnoy se rendirent successivement , et les frontières furent en sûreté. Pi»x Ce grand succès hâta la conclusion de la paix ; elle fat

tiîS. ' signée à Utrechten 17 1 3. Ses principaux articles décidèrent que Philippe V serait reconnu comme roî à'Espagne, mais que sa monarchie serait démembrée : la Sicile fut donnée au duc de Savoie avec le titre de roi ; les Anglais eurent Minorque et Gibraltar ; la France leur céda la baie d'Hudson, TAcadie, Terre-Neuve et Safnt- Christophe. Louis XIV garantit la succession au trône anglais dans la ligne protestante et prooiit de démolir le port de Dunkerque, qui lui avait coûté des sommes immenses ; il abandonna une partie de ses anciennes conquêtes dans les Pays-Bas, et recouvra Lille, Aire, Béthune et Saint- Venant. L^électeur de Brandebourg fat reconnu roi de Prusse et obtint la haute Gueldre, la principauté deNeuchâtel et plusieurs autres terres. L'empereur Charles VI refusa d'abord de coopérer à cette paix; Villars l'y contraignit en passant le Rhin, tandis qu'Eugène se retranchait dans les lignes d*EtIingen , où il s'attendait à être attaqué. Une marche forcée de seize lieues en vingt heures au delà du fleuve livra aux Fran-

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çais Spire, Worms et tons les passages dv Rhiii an* dessus de Mayeûce. Landau et Fribonrg forent investis et tombèrent an pouvoir de la France. Eugène cependant avait déjà reçu l'ordre de négocier ; un premier traité fut signé entre ViUars et lui à Rastadt , et le 7 septembre suivant la paix définitive ftit conclue à Bade entre la France, '■"^^Jj^l'empereur et Tempire. L'empereur obtint les Pays-Bas» le Milanais, le royaume de Naples, démembrés de la monarchie d'Espagne; il recouvra Fribonrg et tous les forts sur la droite du Bhin; la France conserva Landau et la live gauche du fleuve ; Félecteur de Bavière fut ré* tabli dans ses droits et dignités ; tous les princes soûve* raitts de l'empire rentrèrent dans leurs possessions. La Hollande obtint, par un troisième et dernier traité, qui fut signé en 1715, le droit de garnison dans plusieurs places des Pays-Bas , que la France rendit ; mais elle retint la principauté ^Orangey sur laquelle la maison de Nassau avait cédé ses droits à celle de Brandebourg. Telle fut la fin de cette guerre désastreuse de douze années. La France conserva ses frontières par la paix d'Utrecht ; mais' ses immenses sacrifices avaient ouvert un abime où la monarchie finit par s'en gloutir.

Les revers de la guerre et les cris de détresse de son peuple ne firent point renoncer Louis XIV aux rigueurs des persécutions religieuses, qui atteignirent même de zélés catholiques. Plusieurs de ceux qu'on nommait jansénisies refusaient de convenir que les cinq propositions attribuées à Jansénius et condamnées par le pape se trouvassent dans le livre de cetévéque; de ce nombre étaient les pieux solitaires de Port-Royal et les religieuses de cette maison célèbre. Le roi, s'irritant de voir sur ce point son opinion combattue , et cédant aiix insinuations de son confesseur le P. La Chaise et de madame de Maintenon ^cbassa de leur retraite les paisibles habitants de Port-Boyal , fit raser leur maison en 1 709 , et la^^charrue

138 TBOISIÀMB BPOQUB.

i^^^ne pi^sa sor ses fondements. Fénelon y Tillustre auteur du ''"'î'?».^*'* Télémaquey n'avait pas trouvé grâce devant lui. Bossuet lui reprocha de partager les erreurs de madame Guyon , dont les idées mystiques avaient donné naissance à lasecte du quiétisme, et fit condamner à Rome son livre intitulé Maximes des Saints, Fénelon se soumit à la décision du pape, et depuis lors il vécut , disgracié du roi , dans son diocèse de Cambrai. Le règne de Louis s'éteignit au milieu des querelles théologiques. Le P. Quesnel avait publié un livre de Réflexions morales sur le nouveau Testament; son ouvrage excita la colère et la haine du P. Tellier, fougueux théologien , qui depuis la mort du P. La Chaise gouvernait la conscience de Louis XIV. Dirigé par lui, le roi demanda au pape Clément XI la condamnation de Quesnel, dont cent et une proposi- ^ Boue tions furent censurées en 1 713 par la fameuse bulle Uni-

Unigenttas.

171S. genitus. Cent dix évéques obéirent au roi en acceptant cette bulle ; d'autres résistèrent , et avec eux le cardinal de Noailles. Louis combattit en vain leur opposition par des lettres de cachet et d'autres actes despotiques ; ces disputes misérables, suscitées par lui-même, se prolongèrent au delà de son règne et troublèrent celui de son successeur.

Tandis que le roi signalait ainsi son zèle intolérant pour la religion , il mettait, dans l'intérêt de sa race, sa volonté personnelle au-dessus des lois du royaume et de toute considération morale. Déjà il avait fait épouser plusieurs de ses enfants naturels par des princes et des princesses de sa maison, et, entre autres, mademoiselle de Blois par le duc d'Orléans, son neveu, alors duc de Chartres; déjà ses fils légitimés, le duc du Maine et le comte de Toulouse , tous deux enfants de madame de Montespan et nés d'un double adultère, avaient , par son ordre , obtenu le pas sur les premiers seigneurs du royaume. Louis XIV fit plus encore; par un édit de 1714

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