‹ Histoire de FranceChapitre 26 sur 101 · LITRE IT. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LITRE IT. CHAPITRE I

vertir leur or en perles et en diamants, et eDfln, le 21 mai, parut un édit qui réduisait les actions de la Compagnie à la moitié de leur valeur. Dès lors toute illusion fut détruite ; en vain le duc d'Antin, beau-frère du régent, fit révoquer cet édit ; la confiance ne put renaître, et Law, arrêté^ fut sommé de rendre ses comptes, ce qu^il fit avec une elarté admirable, qui confondit ses ennemis. La direction de la banque et de la Compagnie lui fat rendue ; Lav7 refusa de reprendre le contrôle et pro* posa au régent, comme moyen de faire renattre la confiance publique, le rappel de son ancien adversaire, le Rappel chancelier d'Aguesseau. Il se rendit lui-même à Fresne, d'AgaesMau.

retraite de ce vénérable magistrat, et sollicita son retour. D'Aguesseau sacrifia son repos à son amour du bien public : ce jour fut le plus glorieux de sa noble vie. Mais cet homme illustre n'avait ni les lumières ni la force nécessaires pour conjurer Torage, et les malheurs se succédaient rapidement. La peste qui éclata en France ferma la plupart des ports à nos vaisseaux et accabla la Compagnie de pertes énormes ; le discrédit où celle«ci tomba lui fut encore plus funeste ; enfin le parlement rejeta, presque sans délibération, les derniers édits qui pouvaient faire espérer la liquidation de la banque. Dubois alors, quoiqu'il fût ennemi de Lav^, vengea le gouvernement de cette attaque hardie en faisant exiler le parle* ex» ment en masse à Pontoise, affront que ce corps n'avait parlement. point subi depuis son établissement.

L'agiotage fut défendu; mais il continua avec fureur sous les sabres et les baïonnettes. Il y eut des scènes de violence et de meurtre, et une population menaçante se porta au Palais-Royal, dont, à son approche, le régent fit ouvrir les portes. Le théâtre de cet odieux trafic fut transféré de la rue Quincampoix à la place Vendôme, puis dans les jardins de l'hôtel de Soissons. C'est là que le papier perdit la qualité de monnaie, et qu'on acheta.

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en septembre, pour un mare d'or^ neuf actions, qui une année auparavant se fussent vendues cent soixante mille livres eu argent. D'avides et adroits calculateurs négocièrent encore sur les ruines de fortunes anciennes et nouvelles, et l'on donna à leur affreux agiotage le nom de Mississipi renversé. Law offrit alors au régent de quitter la France et de lui abandonner tous ses biens, à la réserve de cinq cent mille écus qu'il avait apportés. Le prince ne le retint pas, et ce célèbre étranger, après s'être vu adoré comme un dieu, disparut du royaume en fugitif, et alla finir obscurément sa vie dans les jeux de Venise, ne laissant pour toute succession qu'un diamant de quarante mille livres, souvent mis en gage, et quelques tableaux. Le gouvernement cbercha, par une multitude d'édits violents, à rendre aux billets de la banque une valeur que le crédit seul aurait pu soutenir : tout fut inutile, et Nooireaa en 1721 le gouvememcnt eut de nouveau recours à To- *■»«• pération du visa pour constater la véritable dette de l'État et les titres de ses créanciers. Elle fut encore confiée aux frères Péris; deux milliards deux cent millions de papier furent déposés à leurs bureaux ; un tiers fut annulé, et le reste réduit à un taux désavantageux. Les capitalistes qui s'obstinèrent à garder leurs effets en portefeuille sans les faire viser perdirent la totalité de leurs créances : les agioteurs de profession, qui avaient fait d'énormes bénéfices, forent violemment dépouillés de la plus grande partie de leur gain. Les créances à liquider montèrent à dix-sept cents millions, et l'État se trouva beaucoup plus endetté qu'à la mort de Louis XIV .

Telle fut la fin du fameux système, dont l'ignorance et le despotisme du gouvernement, plus encore que les fautes de son fondateur, accélérèrent la cbute. 11 changea les mœurs publiques et la distribution des richesses, rendit le peuple Âpre au gain, entreprenant et hardi dans ses spéculations, et donna, eu l'initiant à l'usage des ban-

théologi-

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qoes, ane vie nouvelle au commerce, tan^s qu'il affermit les préventions du gouvernement contre toute idée neuve et contre tout projet d'amélioration.

La peste exerçait alors ses affreux ravages en Pro- ve»u vence. On ignore le nombre de ses victimes ; mais les 'niTiT»?^' quatre villes de Marseille, Arles, Aix et Toulon perdirent seules soixante-dix-neuf mille cinq cents de leurs habitants. Belzunce, évéque de Marseille, le chevalier Rose et les échevins Estelle et Moustier s'immortalisèrent par le dévouement le plus héroïque au milieu de cette affreuse calamité.

Les malheurs publics ne suspendirent point Tacharne- DispatM ment des disputes théologiques. Le cardinal de Noailles se montrait toujours à la tête des opposants à la bulle Vnigenitus du pape Clément XI, la regardant comme attentatoire aux libertés de l'Église gallicane, et le parlement refusait de l'enregistrer : Dubois brisa ce double obstacle. Déjà ce cynique intrigant s'était fait non^mer archevêque de Cambrai ; il ambitionnait encore la pourpre romaine/ et voulut gagner le chapeau en faisant accepter la bulle dans le royaume. 11 entoura le cardinal de Noailles d'adroits théologiens, et ceux-ci, par des raisons captieuses, obtinrent sa soumission, qui décida celle des nombreux évéques opposants. Il restait à soumettre le parlement, alors exilé à Pon toise; Dubois effraya ce corps par la menace d'un nouvel exil à Blois, tandis que Law^ encore au ministère, parlait de rembourser le prix des charges de la magistrature avec son papier décrié, et de reconstituer un corps de magistrats qui n'eût d'autres fonctions que cellesd'administrer la justice. Le parlement ne résista plus et enregistra la bulle, sans prétendre porter atteinte aux maximes du royaume sur les appels au futur concile ; il fut rappelé à Paris l'année suivante.

Après de longues intrigues le pape Innocent XIII fit

TBQISIÈMB EPOQUE.

Mort

du duc

d'Orléans.

Ministère

du duc

de Bourbon.

Dubois cardinal ; le régent, qui niéprfesait cet homme sans pouvoir se passer de lui, mit le comble à sa fortune en le nommant premjer ministre .trois mois avant le saere de Louis XV, qui fut déclaré majeur au parlement le 22 janvier 1723. La jeune infante d'Espagne, âgée de quatre ans, arrivait alors à la cour ; le régent la destinait au roi pour femme, tandis que sa propre fille se rendait en Espagne comme future épouse du prince des Asturies. En désignant Dubois pour premier ministre à l'époque de la majorité de Louis XV, le duc d'Orléans conservait l'entière direction des affaires; mais la mort trompa ses espérances : Dubois, après avoir fait quelques sages règlements, expira dans le cours de l'année, laissant une immense fortune. Le duc d'Orléans lui succéda dans sa charge, et mourut lui-même presque aussitôt d'une attaque d'apoplexie. Le roi, naturellement froid et insensible, regretta cependant son tuteur, et se montra ému au souvenir des témoignages de l'intérêt tendre et respectueux qu'il n'avait cessé d'en recevoir (1). Fleury, évêque de Fréjus et précepteur du jeune monarque» exerçait sur lui un ascendant absolu; d'accord avec le duc 4jB Bourbon, il engagea son élève à nommer ce prince premier ministre : Louis XV consentit par un signe de tête, et le gouvernement passa ainsi de la maison d'Orléans dans celle de Gondé.

Trois personnes seulement composèrent le conseil du roi : ce furent le duc de Bourbon, l'évêque de Fréjus et le maréchal de Villars. Une femme de mœurs scandaleuses, la marquise de Prie, maîtresse du premier ministre, dominait son esprit borné, abruti par la débauche et par une insatiable cupidité. Duverney , le plus jeune des frères Paris, fut choisi par elle pour ad-

(1) Voyez le remarquable portrait du régent dans VHistoire dtt dix huitième siècle , par Charles Lacretelle , livre IV.

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