LIVRE IT. GHAPITBE T
ministrer les affaires, et le due de Bourbon reçat directement de sa main ce ministre, auteur de quelques sages mesures, et qui fut aussi le complice et rinstrument d'o- Aetesodienx dieuses yiolences. Les premières lois rendues sous le roi- minuttre. Distère ainsi composé sont insensées et atroces : la valeur légale des monnaies est diminuée de moitié, et Tintérêtde l'argent réduit au denier trente. Duvemey veut que les habitudes de la nation changent aussi vite que les arrêts du conseil : les troupes font main basse dans Paris sur les ouvriers qui défendent leurs salaires ; les prisons se remplissent ; on mure les boutiques de ceux qui n'ai)a!ssent pas leur prix aux taux des lois monétaires. Dans la suite on s*aperçut des effets désastreux de cette mesure, et, après avoir mis le royaume en confusion, on rendit aux monnaies leur valeur primitive. La France fut encore frappée à cette époque, et pour la dernière fois, de l'onéreux impôt de joyeux avènement, qu'avait sagement rejeté le due d'Orléans, et qui fut affermé vingttrois millions ; elle paya, outre ses innombrables charges, le cinquantième denier imposé sur toutes les productions du sol.
Ce fut du sein de la débauche et au milieu des ruineuses fêtes de Chantilly^ brillant séjour des Gondés, que surgirent ces édits spoliateurs ; c'est aussi de là que sortirent des ordonnances barbares contre les protestants; elles admettaient, comme les édits de Louis XIV, la supposition mensongère qu'il n'y avait plus de protestants en France, et traitaient en conséquence comme relaps tons ceux qui étaient convaincus d'hérésie; elles flétrissaient les mariages entre calvinistes, autorisaient l'enlèvement des enfants, l'envahissement des successions, et punissaient de la mort et des galères la fuite, l'hospitalité et les actions les plus généreuses. Ces ordonnances dépassaient même en cruauté celles du feu roi; car elles rendaient inutile rintervention d'un officier de justice et
156 TfiOISlÈMB lépOQUE.
abaDdonnaient les victimes à la discrétion de leurs en- Demis.
Les denx mobiles des actes du duc de Bourbon étaient la cupidité et Tambition. Ce fut dans l'intérêt de sa fortune qu'il soutint la Compagnie des Indes, fortement ébranlée à la chute du système de Law et dont il possédait un grand nombre d'actions ; ce fut par une haine jalouse pour la maison d'Orléans, et dans la crainte qu'elle n'héritât de la couronne, si le roi mourait sans hériter direct, qu'il rompit le mariage projeté entre le roi et une Renvoi princesse en bas âge. Il renvoya l'infante en Espagne^ ^Loliiïxv^' appelant au trône, en sa place, Marie Leczinska, fille ^LerifndL^^ de Staulslas, autrefois couronné roi de Pologne par Charles XII, et qui, déchu des grandeurs royales, vivait dans une retraite obscure à Weissembourg. L'affront de cette disgrâce fut vivement senti en Espbuippe V pagne. Le faible Philippe Y, victime des étroits scrupules ^^rêS^Kod de sa conscience et jouet de ses confesseurs, avait ablaoouronoe. ^j^^^ |g ^^^^j^ Tannée précédente, cédant aux conseils de son confesseur, le jésuite Bermudez. Son fils, âgé de seize ans, lui succéda sous le nom de Louis F*^ ; au bout de sept mois de règne il mourut de la petite vérole, et, si Philippe ne remontait sur son trône, sa couronne allait appartenir à son second fils, Ferdinand, âgé de dix ans, tandis qu'une régence composée des grands d'Espagne gouvernerait le royaume. La cour de France redoutait de semblables dispositions, et son ambassadeur, le maréchal de Tessé, employa toute son influence pour que le roi révoquât son abdication. Des théologiens, appelés par la reine Elisabeth pour combattre Bermudez, décidèrent que le roi devait reprendre le sceptre sous peine de péché mortel. Laura Pescatori, sa nourrice, leur porta un énergique secours par l'audace de son langage ; et enfin Philippe, le 5 septembre 1724, consentit à ressaisir son sceptre. Il apprit peu de mois après la rupture du mariage
LIYHE IV. CKAPITSB T. U7
projeté entre Louis XV et sa flile. A cette nouvelle sa eo- 1ère fut extrême; il renvoya sar-le-champ les deux filles du régent, dont l'une était veuve du Jeune Louis V^^ et dont l'autre, mademoiselle de Beaujolais, devait épouser Tinfant don Carlos. C'était peu pour sa vengeance : un de ses émissaires, l'aventurier Riperda, conclut en son nom on traité avec Terapereur Charles VI, irrité des obstacles opposés par les puissances à l'établissement de la compagnie d'Ostende et à sa pragmatique, Pragmatique règlement par lequel il appelait à sa succession^ à dé- ^\^r^^ faut d'enfants mâles, Marie-Thérèse, sa fille aînée. Alarmées de ce traité, la France, TAngleterre et la Prasse signent, en 1725, celui de Hanovre, fondé sur la base
d'ane garantie et d'une alliance mutuelles. ^ ^im.""^
Le moment approchait où Philippe allait être vengé de l'injure faite à sa famille. Le duc de Bourbon cherchait à se dérober à l'importune censure de l'évêque de Fréjas, et avait, à cet égard, entraîné la jeune reine à seconder ses desseins. Cependant la misère du peuple était au comble ; de toutes parts il s'élevait un cri réprobateur coDtre le gouvernement, et l'on suppliait Fleory de mettre un terme aux malheurs publics. La clameur publique fut entendue^ et la révolution ministérielle s'opéra. Le 1 1 juin le roi, partant pour la chasse, dit au duc avec un gracieux sourire : a Mon cousin, ne me faites pas attendre pour souper ; » et peu d'instants après le duc de Charost Renvoi iai remit de la part du monarque une lettre fort sèche, qui de Bl>urbon. lui ordonnait de se retirer à Chantilly sous peine de * ** désobéissance. Le prince obéit sur-le-champ. Les Parisiens apprirent sa chute avec des transports inexprimables. Les frères Paris furent renvoyés ; Duverney fut renfermé à la Bastille, et la marquise de Prie exilée. Le roi déclara que désormais il n'aurait plus de premier ministre et qu'il gouvernerait lui-même. Ainsi se terminèrent les dix années pendant lesquelles nous avons vu se
158 TBOISIÈMV iPOQUB.
prolonger la totelte de Louis XV sous les chefs desdeai branches collatérales de sa famille.
Au milieu des violences, des scandales et des calan^tés
qui signalèrent cette époque, on adopta quelques sages
mesures, on entreprit plusieurs travaux utiles. Duverney
Mtttce. fut le véritable fondateur de la milice nationale, établie
nationale. , , ., . , ......
par lui sur un excellent pied , et portée a soixante mille hommes désignés par la voie du sort; Tentretien do soldat ne pesa plus sur Thabitant, et près de cinq cents casernes furent construites dans cette courte période. La Régence conçut pour les routes un vaste et beau système dont «Ile confia l'exécution à une administration particulière ; elle seconda enfin les vues philanthropiques de l'il- Écoles lustre Père Delasalle, fondateur des Écoles chrétiennes.
chrétieDDes. , , , . «
La moralité publique reçut une funeste attemte des mœurs de la Régence : la fureur du jeu surtout, dont les princes donnèrent le fatal exemple , s*empara des'coeurs et porta la ruine et le désespoir dans une multitude de familles, uttérature^ Lc régent, doué lui-même de nombreuses connaissances, s'honora comme protecteur des lettres et des sciences ; celles-ci jetèrent peu d'éclat par leurs découvertes, celles-là comptèrent plusieurs noms illustres et quelques chefs-d'œuvre. Fontenelle et la Motte étaient alors les arbitres du goût en littérature ; Rollin écrivait son excellent Traité des Études; Vertot, ses Révolutions romaines; Girard, ses Synonymes. Destouche, Marivaux et Boissy se distinguaient sur la scène comique ; Grébillon et Jean -Baptiste Rousseau écrivaient encore, et MassilloD s'immortalisait par la prédication de son Petit Carême. Mais déjà s'annonçaient Voltaire et Montesquieu; deux ouvrages célèbres^ la Henriade et les Lettres persanes, n'avaient cependant fait pressentir qu'une très-faible partie de l'immense talent de ces deux auteurs et de la prodigieuse influence qu'ils exercèrent sur leur siècle.
UTBE IT, CHÀÏITBB II. 159