‹ Histoire de FranceChapitre 28 sur 101 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Suite du règne de Louis XV, depuis le commencement du ministère de Fleury jusqu'à la guerre de Sept ans.

Louis XV était né avec une forte antipathie pour la représentation et avait montré dès sa plus tendre enfance un goût exclusif pour les détails de la vie privée. Fleury, son précepteur, eut soin de gagner son affection par une extrême indulgence , tandis qu'il cherchait à s'assurer un long ascendant sur lui en Téloisuant de tout ce qui pouvait élever son esprit et son âme. Le genre d'études du jeune roi, ainsi que celui de ses divertissements (1), achevèrent de dessécher son cœur, et contribuèrent, autant que son naturel insouciant et froid, à en faire un maître insensible. Le régent, soigneux de garder sur son pupille une Influence absolue après Fépoque de sa majorité, avait écarté le maréchal de Villeroi, son gouverneur, homme violent et opiniâtre ; Tévéque de Fréjus, plus souple et plus adroit, inspirant moins d'ombrage au prince , était resté auprès du jeune monarque , qa1l instruisait à une dissimulation profonde, et il s'insinuait chaque jour plus avant dans ses bonnes grâces. Il l'avait amené à ne plus voir que par ses yeux, à ne plus agir que par lui ; aussi , lorsque Louis XV eut déclaré, après le renvoi du duc de Bourbon , qu'il n'aurait plus de

(1) Les divertissements faToris de Louis XV étaient les jeux de cartes et le spectacle de chasses croelles dans de vastes salles , où des oiseaux de proie, lâchés au milieu de milliers de moineaux, en faisaient un hideux carnage. (Lemontey, Histoire de la Régence.)

160 TB0I81ÈMB BLOQUE.

Le eardiDâi premier ministre, et que Fleury eut été nommé cardinal ,

de Fleury, '^ ^ ^. , , . ^ ^ .

ministre, on put pressentir, malgré ses soixante-treize ans, que ce serait lui qui administrerait l'État et qui exercerait la plénitude de la puissance royale. Un de ses premiers soins fut de supprimer Fimpôt du cinquantième et de fixer la valeur du marc d'argent , qu'il porta à cinquante et une livres, et qui depuis n'a subi que peu de variations. Fleury s*empressa aussi d'ordonner de sages économies; mais nullement versé dans la science financière, il porta une nouvelle et dangereuse atteinte au crédit public en diminuant arbitrairement les rentes viagères. Tous les efforts du cardinal-ministre furent employés au maintien de la paix. Un congrès général s'était ouvert avec beaucoup de isolennité àSoissons en 1728 et s'était dissous Tannée suivante sans avoir rien produit. Fleury négocia tandis que les députés des puissances discutaient : il rapprocha T Espagne de la France, et, en 1 73 1 , de nouveaux traités né- La France gociés à Vienne entre la France, l'empereur, l'Espagne l'SxécutioQ et la Hollande, garantirent à Charles VI l'exécution de sa pragmatique pragmatique en faveur de sa fille, à don Carlos la poslemperdir. scssiou dcs duchés de Parme et de plaissance et la succession de la Toscane ; l'empereur promit de révoquer les privilèges de la Compagnie d'Ostende.

ouereiiea ' L'Europe était paisible, et la triste querelle entre les i7w*im" jansénistes et leurs adversaires les molinistes (1), continuait à scandaliser Paris et la"^ France. Fleury fit assembler un concile à Embrun, où fut cité et condamné Jean Soanez , évêque de Senez, l'un des quatre derniers évêques opposants à la bulle Unigenitus. De nouveaux troubles furent excités par le zèle intolérant de M. de Yintimille , successeur du cardinal de Noaitles à Tar-

(1) Od les nommait ainsi à caase du jésuite Louis Molina, théologien célèbre , <lont ils adoptaient les opinions. Molina écriv«il au seizième siècle.

Page 1