‹ Histoire de FranceChapitre 29 sur 101 · LIVRK IV. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRK IV. CHAPITRE II

efaevécbé de Paris. Une contestation s'éleva entre loi et le corps des avocats, qui prit alors le nom d'ordre , et que soutenait le parlement. Le roi refusa d'entendre les magistrats ; un grand nombre furent exilés et rappelés ensui e sans aucun résultat décisif pour les deux partis. Les jansénistes, dans cette petite guerre fatale à l'Église, présentèrent à Tappui de leur cause des scènes étranges, dont le cimetière Saint-Médard fut le théâtre. Un diacre janséniste, nommé Paris, y avait été enterré en 1727; il fut préconisé comme saint, et le bruit se répandit qu'il se faisait des miracles sur son tombeau. Une afQuenee con»dérable s'y porta , et un grand nombre de malades éprouvèrent en ce lieu des sensations extraordinaires ; on assure que la contagion de la sympathie et l'ébranlement de l'imagination produisirent des e^ets réels, a C'est l'oeuvre de Dieu! » disaient les uns; « C'est l'œuvre du démon ! d criaient les autres. Les incrédules y puisèrent de nouvelles armes contre la fol. Enfin l'archevêque défendit d'adresser un hommage public au diacre Péris, sous prétexte qu'il n'était pas canonisé ; des avocats appelèrent de cette sentence comme d'abus, et le parlement admit leur appel. Le délire fut porté au comble : le cimetière devint le rendez-vous général de la foule, qui s'y pressait à toute heure, jusqu'à ce que le gouvernement en . eût fait défendre l'entrée.

Malgré les efTorts du cardinal de Fleury la paix fut Rapture rompue par suite de la mort d'Auguste P', électeur de * m?*** Saxe et roi de Pologne, survenue en 1733. Ce prince, fameux par ses prodigieuses débauches, avait été porté sur le trône de Pologne lorsque Charles XII avait cessé d'y soutenir Stanislas Leczinski. Celui-ci^ beau-père de Louis XV,* conçut l'espoir de recouvrer le sceptre qu'il avait perdu. Il se rend déguisé à Varsovie, où il est aussitôt proclamé roi , mais bientôt le comte Munich est envoyé en Pologne par la czarine Anne Ivanovna, nièce de

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Pierre le Orand et héritière de son trône : Munich fait élire Frédéric-Auguste, fils d'Auguste V^. Ce prince garantit la pragmatique de Charles VI, qui lui envoie des troupes ; la France ne peut faire parvenir que quinze cents Français à Stanislas^ assiégé par les Russes à Dantzig ; ils sont d'un secours inutile, malgré Théroîsme du comte de Plélo, qui se fait tuera leur tête : Dantzig capitule, et Stanislas , dont la tête est mise à prix , échappe à tra- Gum vers mille périls. Louis XV se venge de Tempereur en 'im-HM?' saisissant la Lorraine ; il s'allie avec T Espagne et avec la Savoie^ dont Victor-Amédée a abdiqué le trône et où règne son fils Charles-Emmanuel IIL fierwick et Villars conduisent une armée, Tun en Allemagne, Tautre en Italie. Berwîck prend le fort de Kehl , Milan tombe au pouvoir de Villars, et Fannée suivante ces deux illustres généraux finissent presque en même temps leur glorieuse carrière.

Le duc de Noailles et le marquis d*Asfeld remplacent Berwick, tandis que le maréchal de Coigny et le comte de Broglie succèdent à Villars dans le commandement de l'armée d* Italie. Les deux Belle-lsle, petits-fils du fameux^ Fouquet, et le comte Maurice de Saxe^ fils naturel d'Auguste P^, roi de Pologne, servaient dans Tarmée du duc deJNoailies, qui avait pour adversaire le prince royal de Prusse, âgé de vingt et un ans, et qui devint le grand Frédéric. Don Carlos, fils de Philippe V etd'Élisabeth Farnèse, s'empare de Naples et de la Sicile , et les Français, commandés par le marquis d*Asfeld , prennent Philisbourg sous les yeux d'Eugène. Ces succès furent suivis Journée* de la joumée de Parme , où Coigny fut vainqueur, et de ^^ e"™* celle de Guastalla, glorieuse pour le maréchal de Broglie. * TrViw ** La paix proposée en 1736 , époque de la mort d*Eugène, iTST-iTss!' fut conclue aux conditions suivantes : Stanislas renooçait au trône de Pologne et recevait en dédommagement les duchés de Lorraine et de Bar, réversibles à la France

de Bar.

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en pleine souveraiDeté. Le duc de Lorraine François- ^^J]^ Etienne échangea ces duchés contre celui de Toscane; Jf\^^ don Carlos, renonçant à Parme et à Plaisance, obtint de l'empereur la cession de Naples et de la Sicile, où il s*était fait couronner roi ; Charles VI rentrait en possession de Milan et de Mantoue, et la France, par un article formel, accepta sa pragmatique, s'engageant solennellement à la maintenir envers et contre tous. Ce traité ne fut signé qu'en 1738, et l'Espagne n*y accéda qu'en 1739. Pendant les négociations à ce sujet de grands troubles écla- Troobiet tèrent dans l'île de Corse, possédée par Gènes, et prépa- *"i7m"** rèrent sa réunion à la France. La cruelle tyrannie des Génois souleva cette île, où un aventurier de Westphalie, le baron de Neuhoff, se fit proclamer souverain et régna quelques mois sous le nom de roi Théodore! Jeté par la tempête dans le golfe de Naples , il y fut fait prisonnier. Les Corses appelèrent alors à leur secours les Français, qui envahirent Tîle et bientôt après l'évacuèrent, avant d'avoir tiré aucun profit de leur conquête.

L'empereur Charles VI mourut en 1740, dans la ferme Guerre espérance que sa fille Marie-Thérèse, reine de Hongrie, '""^pour""* hériterait de ses États ; mais à peine eut-il fermé les yeux d'Autriche, qu'une foule de princes élevèrent des prétentions sur son vaste héritage et vérifièrent cette parole d'Eugène , que (t la meilleure garantie , en pareil cas , serait une armée de cent mille hommes. » Parmi ces princes on distinguait Prrtendants. en première ligne Charles-Albert, électeur de Bavière, et rélecteur de Saxe Auguste III, qui réclamaient l'héritage entier, celui-là comme descendant d'une fille de Ferdinand I«s celui-ci comme époux de la fille aînée de l'empereur Joseph. Le roi d'Espagne Philippe V faisait revivre les droits surannés sur les royaumes de Hongrie et de Bohême, dans l'espoir d'obtenir, au moyen de transactions, des établissements en Italie pour les enfants qu'il avait eus de sa seconde femme, Elisabeth Farnèse. Le roi

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de Sardaigne Charles-Emmanuel réclamait le duché de Milan, et enfin l'illustre Frédéric II, roi de Prusse, convoitait la Silésie, qui appartenait , disait-il, par droit de réversion, au^ électeurs de Brandebourg. Possesseur d'uD riche trésor, chef d'uue armée nombreuse et parfaitement

Frédéric 11 disciplinée et fort de son génie, Frédéric lança d*abord ses

de la suésie. bataillous sur cette province ; puis il enjoignit à Marie- Thérèse de la lui céder, lui promettant son appui en échange de son consentement. Marie-Thérèse refusa. Frédéric poursuivit ses avantages , prit Breslau , gagna en

de'^îîSiwuz ^^^^ ^^ bataille de Molv^itz, et soumit la majeure partie

* ini^ ** de la Silésie.

La France ne se déclarait pas encore; elle s'était solennellement engagée à exécuter la pragmatique de Charles VI ; mais Louis XV , entièrement occupé de ses plaisirs, et le cardinal de Fleury, accablé par Tâge et d'ailleurs fort peu scrupuleux sur la foi due aux traités , avaient laissé Tambitieux comte de Belie-Isle prendre la plus grande influence dans le conseil. Celui-ci allégua pour prétexte l'éternelle crainte que la puissance autrichienne ne devint trop redoutable, et le conseil du roi, par un honteux détour, crut concilier ses engagements avec ses projets hostiles : il ne déclara pas directement la guerre à la fille de Charles VI, mais il conclut un traité avec l'électeur de Bavière, principal prétendant à la succession de Charles et à la couronne impériale. L'Espagne, qui convoitait les possessions autrichiennes d'Italie, entra dans cette alliance, à laquelle se joignirent successivement les rois de Prusse, de Sardaigne et de Pologne. Les partages étaient ainsi réglés : à Charles, électeur de Bavière, la couronne impériale, le royaume de Bohème, la haute Autriche et le Tyrol; à l'électeur de Saxe la Moravie et la haute Silésie; le reste de cette dernière province au roi de Prusse; enfin les possessions autrichiennes d'Italie au roi d'Espagne, pour y former un établissement à l'in-

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fiiDt don Philippe. On laissait à Marie-Tliérèse, qai avait épousé François de Lorraine , graod-dac de Toscane , la Hongrie, les Pays-Bas et la basse Autriche. Cette princesse n'avait d'autre allié que George II, électeur de Hanovre et roi d'Angleterre. Deux armées françaises, fortes chacune de quarante mille hommes, entrent en Aile- ûeuv^See. magne. Le comte de Belle-Isle, devenu maréchal, en corn- "^^ mande une; l'autre est confiée au maréchal de Maillebois, qui force dans cette campagne l'Angleterre à la neutralité, en l'inquiétant à l'égard du Hanovre. De grands succès pour les puissances alliées marquent les débuts de cette guerre : l'électeur de Bavière et les Français menacent Vienne ; Maurice de Saxe, alors lieutenant général au service de France, et le célèbre Ghevert s'emparent de Prague, où Pélecteur de Bavière est proclamé roi de Bohème ; un mois après il est élu empereur à Francfort sous le nom de Charles VIL

Cependant Marie-Thérèse, délaissée par tous, ne s'a- Mariebandonne pas elle-même : elle convoque les états de anx^éJu Hongrie, s'y présente en tenant dans ses bras son flls , - siicSs^ âgé seulement de quelques mois, et demande leur se- ses armes. tours. « Je remets en vos mains, dit-elle, la fille et le fils « de vos rois , qui attendent de vous leur salut. » Son discours, qu'elle prononce en latin, idiome des états, électrise tous les cœurs ; les nobles hongrois tirent leurs sabres et s'écrient : a Mourons pour notre roi Marie- Thérèse 1 B De prompts effets suivent ces paroles ; une armée se lève pour elle, reprend l'Autriche, envahit la Bavière, force le marquis de Ségur à capituler à Lintz , et l'électeur est dépouillé de tous ses États. Déjà le roi de Sardaigne s'était détaché de la ligue et déclaré défenseur de Marie ; le roi de Prusse traite à son tour avec elle, en obtenant la cession de la Silésie, et les Français se voient réduits en Bohême à trente mille hommes, serrés entre deux armées Prague est bloquée par les Autrichiens. Le

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maréchal de Maillebois, envoyé au secours de cette ville, ne peut pénétrer jusqu'à elle ; il est destitué et remplacé par le duc de Broglie, qui s'échappe seul de Prague pour aller prendre le commandement de Farmée. La défense de cette capitale est confiée au maréchal de Belle-Isle ; celui-ci , hors d'état de la conserver, l'évacué à la tête de douze mille fantassins et de trois mille cavaliers , et opère une brillante retraite sur Ëgra, au cœur d'un hiver rigoureux. Chevert , demeuré à Prague avec six cents malades, dérobe sa faiblesse à l'ennemi et obtient une honorable capitulation.

Le maréchal de Noailles reçut Tordre de surveiller sur le Mein l'armée anglaise et hanovrienne, commandée par lord Stair, et où s'étaient rendus le roi d'Angleterre George II et son fils le duc de Gumberland. Les Anglais s'étaient enfoncés jusqu'à Aschaffenbourg, au-dessus de Hanau , entre les montagnes du Spessart et le Mein, dont le cours, en amont et en aval, était au pouvoir des Français. Leur armée, déjà tourmentée par la disette et sur le point d'être enveloppée de toutes parts, revient sur ses pas ; le maréchal de Noailles l'observe de l'autre côté du Mein, où il se trouve, et suit tous ses mouvements. Il fait passer la rivière à des corps nombreux y en face du village de Dettingenet d'un étroit défilé que l'ennemi doit traverser; là le duc de Gramont, neveu du maréchal, caché avec toute la maison du roi dans un ravin profond, où il fallait que l'armée anglaise descendit, devait l'y attendre et loi fermer le passage, tandis que des batteries étaient disposées sur l'autre rive de manière à foudroyer le corps de bataille. L'armée anglaise allait être détruite ; la témérité de Gramont la sauva : avant qu'elle fut complètement cernée et que le marécharl eût ordonné l'attaque , Gramont quitte son poste, fond sur les Anglais, qui l'écrasent par leur artillerie, avantageusement postée sur une colline; il s'élance pour s'en emparer, mais en vain , et masque

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l'ennemi aux batteries françaises, qu*il oblige à cesser ieur feu. Tant de fautes sont irréparables : le maréchal oébtte emploie pour dégager son neveu les ressources qu'il dî-NMiue» avait réservées pour anéantir l'ennemi et fait passer son "**armée de Tautre côté du Mein, dans un champ resserré, incapable de la contenir. Enfin , après trois heures d'une mêlée sanglante et sans résultat , il ordonne la retraite, et le champ de bataille reste aux Anglais.

Cependant le maréchal de Broglie n'avait pu se soutenir sur le Danube devant le prince Charles de Lorraine^ frère du grand-duc François; la Bavière fut évacuée , et il fut impossible au maréchal de Noailles, après la retraite de Broglie, de se maintenir dans la Franconie, où il avait, pendant deux mois, contenu l'armée des alliés. Telle fut la fin malheureuse de la campagne de 1 743, qui reporta la guerre sur les frontières de la France. L'empereur Charles VII n'avait plus d'États, et cet infortuné prince signa un traité par lequel il renonçait à toutes ses prétentions sur l' Autriche , s'engageant, ainsi que l'empire, à demeurer neutre pendant la continuation de la guerre, et laissant jusqu'à la paix générale ses États héréditaires de Bavière entre les mains de Marie-Thérèse , qu'il s'était promis de dépouiller et qui, par le traité de Worms, resserra son.alliance avec l'Angleterre et le roi de Sardaigne.

La France avait perdu tous ses alliés dans une lutte dont elle n'avait aucun avantage à attendre. Fleury venait de mouilr âgé de plus de quatre-vingt-dix ans ; il s'était opposé à cette guerre onéreuse, et avait eu la faiblesse de rester en apparence à la tête du gouvernement après avoir perdu le pouvoir de maitenir la paix.

L'année 1744 vit toute l'Europe prendre part à la campagne guerre : l'Espagne, qui était déjà en lutte avec l'Angle- *' "*** terre pour des intérêts de commerce, unit sa marine à celle de la France, et les deux flottes réunies, fortes de

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trente vaisseaux, sous les ordres de Tamiral Court et dt Joseph de Navaro , attaquèrent Tamiral Matthews, qui, avec trente-quatre vaisseaux, bloquait le port de Toulon : la victoire fut balancée. Vers le même temps vingt quati t vaisseaux français sortaient de Brest pour transporter en Angleterre viugt-quatre mille hommes et le prince Charles-Edouard , héritier des Stuart : une tempête dispersa cette flotte, et [^expédition n'eut aucun succès.

Gênes, spoliée par le traité de Worms, se déclara contre rAutriche, et Frédéric II, inquiété pour la possession de la Silésie, promit de reprendre les armes. D'après le plan de campagne adopté par la France, le prince de Gonti devait commander dans les Alpes et y seconder don Philippe et les Espagnols , le maréchal de Coigny demeurer sur la défensive en Alsace^ et tout Teffort de la guerre être porté sur les Pays-Bas, où le maréchal de Noailles avait ordre d'assiéger les places fortes tandis que ses opérations seraient couvertes par le comte Maurice de Saxe, récemment nommé maréchal de France. Le roi se rendit à Tarmée; cent mille Français fondirent sur les Pays-Bas, et déjà une grande partie de la Flandre était conquise lorsqu'on apprit que le prince Charles, à la tête de quatre- vingt mille hommes , avait passé le Rhin à Spire, qu'il s'était emparé des lignes de Wissembourg et avait repoussé le maréchal de Coigny, trop faible pour lui résister. Il fallut changer de plan de campagne, porter les principales forces en Alsace, et se tenir eu Flandre sur la défensive. Maurice de Saxe n'y^ conserva que quarante-cinq mille hommes, tandis qu'avec le reste de l'armée le maréchal de Noailles se dirigea sur le RbiD. Le roi voulut l'y suivre ; mais une maladie dangereuse le retint à Metz.

Maladie Déjà, dcpuis plusicurs années, Louis XV, cédant à ses deLouisxv. penchants déréglés et aux perfides conseils de ceux qui spéculaient sur ses vices, s'abandonnait sans frein aux

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voluptés : quatre sœurs, du nom de Nesle, furent successivement ses maitresses; la dernière de cette famille reçut de lui le titre de duchesse de Ghâtauroux , et avait accompagné la cour à Metz, où le roi tomba grayement malade. Tandis qu'il était en danger et que le peuple, qui raffectionnait et le nommait encore le Bien-Aimé, adressait au ciel dans les temples des vœux fervents pour son retour à la santé • Févéque de Fitz-James , exerçant dignement son ministère , exigea et obtint Téloignement de la duchesse. Le roi se rétablit, Tévéque fut disgracié, la favorite rappelée, et Louis, plus surpris que touché de Tallégresse de la France, demanda avec raison ce qu'il avait fait pour être autant aimé. Il lui échappa toute fois de nobles paroles , durant sa maladie, dont il fit informer le maréchal de Noailles, opposé au prince Charles, a Écri- (' vez-lui, dit le roi, que, pendant qu*on portait Louis XIII a au tombeau, le prince de Goçdé gagnait une baa taille, d

Frédéric entrait alors de nouveau en Bohême et en Moravie , et en douze jours il fit capituler à Prague une garnison de dix-huit mille hommes. Le prince Charles quitta le Rhin en toute hâte et fut secondé par une diversion que fit le roi de Pologne sur les derrières de Tarmée prussienne; mais leurs efforts réunis ne purent empêcher l'évacuation de la Bavière par les Autrichiens et l'envahissement du Piémont par le prince de Gonti et don Philippe, après d'héroïques exploits dans des défilés impraticables. L'empereur Charles VII était rentré pour la troisième fois dans Munich, sa capitale, consumé par le chagrin et les n^ladies ; il y mourut Tannée suivante, Mon &gé de quarante-sept ans, laissant cette leçon au monde, rempêrrar dit Voltaire , que le plus haut degré de la grandeur hu- "w. maine peut être aussi le comble de la calamité. Son fils Maximilien-Joseph, instruit par les malheurs de son père, trompa l'espoir de ceux qui se flattaient de l'opposer à

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Marie-Thérèse; il traita avec elle, et lui promit sa voix pour le grand-duc François, son époux, qu'elle espérait faire élever au trône impérial. Louis XV, irrité de^cette prétention, continua la guerre.

Campagne C'était en Flandre et en Italie qu'il résolut de porter les plus grands coups ; son armée devait se tenir sur la défensive en Allemagne. Le maréchal de Saxe investît Tournay, défendu par une garnison hollandaise ; l'armée anglaise, sous les ordres du duc de Gumberland, s'ébranla pour secourir cette place. Le comte de Saxe se forme aussitôt en ligne de bataille au delà de l'Escaut ; le village de Fontenoy est devant son centre , celui d'Antoing à sa droite, et le bois de Bari à sa gauche. Tous ces postes sont défendus par de formidables batteries. Le 11 mai l'armée ennemie se porte en avant pour attaquer les Français dans cette forte position ,* les Anglais occupent le centre, les Autrichiens tiennent la droite sous le comte de Kœnigsberg, et les Hollandais forment la gauche sous le prince de Waldeck. Les deux armées comptentl;hacune environ quarante-cinq mille hommes ; mais le maréchal de Saxe est malade , incapable de monter à cheval, et se fait potter en litière dans les lignes. Louis XV est à l'armée avec le Dauphin, et son quartier général est établi dans le village d'Antoing. Après une longue canonnade sans résultat les Anglais marchent en avant et s'élancent pour emporter le village de Fontenoy sous le feu terrible qui leprotége. Mal secondés par leurs auxiliaires, ils changent de direction et s'avancent seuls contre les lignes françaises , qui s*étendent entre Fontenoy et le bois de Bari ; il se resserrent, pour offrir moins de prise à l'artillerie , en une formidable colonne , qui renverse les faibles corps qui lui sont opposés. Deux lignes d'infanterie française étaient percées ; encore quelques moments, et la colonne, hors de la portée des batteries , pouvait tourner sur la gauche et emporter An-

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