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LIVAB IV. CHAPITRE II

en 86 déclarant pour œax qai semblaient plos propres à servir dans les Indes les intérêts dé la compagnie. L*état politique de ces contrées était alors très-propice an succès d'un pareil plan. L'empire du Mogol n'était plus qu'un fantôme : l'invasion de Thamas Kouli-Kan avait enlevé tout son prestige à la cour de Dehli ; une sorte de féodalité s'était établie dans les Indes; où les nababs ou gouverneurs vivaient presque aussi indépendants des soubadars ou vice-rois que ceux-ci l'étaient du Grand Mogol luimême, dont ils recevaient l'investiture. Le succès avait légitimé une foule d'usurptations ; de là des prétentions sans bornes et des conflits sans nombre. L'usurpation était partout, le droit positif nulle part; Dupieix.en profita; il résolut de transformer desimpies factoreries, des possessions faibles et précaires, en un vaste et puissant empire, et jeta ainsi dans les Indes les fondements d'un empire français; mais il ne fut soutenu ni par sa compagnie ni par son gouvernement, et succomba quelques années plus tard dans une lutte inégale après une héroïque résistance.

La guerre continentale absorbait alors toute l'attention et toutes les ressources du gouvernement français.

Le déplorable combat du col d'Ëxilles en Dauphiné, comiMt où le chevalier de Belle-Isle, frère du maréchal, fut tué coid'sîiUM avec quatre mille hommes, en voulant forcer une position "^'^' imprenable, fut balancé par la nouvelle et brillante victoire remportée à Lawfeld par Maurice de Saxe sur le duc de ii«taiiif Cumberland, et qui ouvrit à ce grand général le chemin '* 1747!^'^' de la Hollande. La conquête de plusieurs villes, entre autres celle de Berg-op-Zoom, fut le fruit de cette glorieuse Journée : le général Lowendahl emporta cette dernière place , qui avait résisté au duc de Parme et à Spinola. Mais les Anglais portèrent alors des coups terribles à notre marine : la flotte française, dans une lutte héroïque, fut écrasée en vue du cap Finistère. Quelques mois plus tard une seconde

TBOtSiiMB lÊPOQUB.

Patx d'Aix-la- Chapelle.

^u^p escadre, la dernière que possédât la FraDce dans rOeéan, dJeaue^uIe. succomba à son tour dans une Jutte inégale près de Belle- ^'^^'^' Isle, contre une flotte de quatorze vaisseaux de ligne, commandée parTamiralHawkes^ et fut prise presque tout entière. La France soupirait pour la paix, et Maurice de Saxe n'en voyait la conclusion possible que dans la ville de Maestricht; il se hâta de Tinvestir , et presque aussitôt les préliminaires de cette paix tant désirée furent signés à Aix-la-Chapelle. Le roi de Prusse demeura en possession de ses conquêtes. Don Philippe, frère dedon Carlos, obtint les duchés de Parme , de Plaisance et de Guastalla ; enfin les Anglais furent rétablis en Asde et en Amérique sur le pied où ils se trouvaient avant la guerre : ils recouvrèrent Madras dans l'Inde; ils restituèrent^ dans le nouveau monde, Louisbourg et le cap Bret(m, et se firent accorder toute l'Acadie. La France rendit la Savoie au roi de Sardaigne, les Pays-Bas à Timpératrice Marie-Thérèse, et aux Hollandais toutes les places conquises sur eux; un article secret interdit son territoire à Charles-Edouard, qui en fut expulsé par ordre du gouvernement, et le dernier résultat qu'eut pour elle cette guerre sanglante et injuste, qui avait duré tant d'années, fut l'énorme charge de douze cents millions dont elle accrut sa dette. La Prusse seule gagna dans cette guerre un considérable accroissement de territoire et d'influence, et prit rang tout à coup parmi les grandes puissances du continent.

Quelques édits salutaires parurent dans les années qui suivirent la paix d'Aix-la Chapelle. De ce nombre est Tédit de mainmorte^ qui interdit au clergé la faculté d'accumuler de nouveaux biens : ce fut le dernier que scella l'illustre d'Aguesseau. D'Argenson, ministre de la guerre, fils de l'ancien garde des sceaux de ce nom, institua , en 1751, l'École militaire pour cinq cents gentilshommes sans fortune, et Machault, contrôleur général, fit rendre la fameuse ordonnance pour la liberté du commerce intérieur

Édita royaux.

le deinmpôt.'

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des grains, Jusque-là soumis à mille entraves funestes à l'agriculture. MachauU, homme intègre et habile administrateur, fut sans contredit le plus grand entre les quatorze contrôleurs généraux qui se succédèrent sous le règne de Louis XV. Ce fut lui qui établit Timpôt d'un vingtième, destiné à fonder une caisse d'amortissement. Vivement frappé de tous les maux qui résultaient de VU de Mâchait négale répartition des impôts et des privilèges abusife des ^^j^'^^n deux premiers ordres, il se proposait de rendre perpétuel rimpôt du vingtième, et de le substituer, en lui donnant une grande extension, à la taille et aux autres perceptions inégales et onéreuses. Machault avait déjà vaincu d'énergiques résistances opposées à des vues si sages par les parlements, les pays d'états et le clergé, lorsque la maîtresse du roi, la marquise de Pompadour, dont Machault n'avait point su ménager l'amour-propre dans une circonstance importante, le fit renvoyer. Le clergé conserva le privilège dont il jouissait de discuter ses charges, et se maintint dans la liberté de n'acquitter sa part des impôts que sous forme de don gratuit.

Louis XV, presque uniquement occupé de ses plaisirs scandaleux, n'eut qu'une faîble part aux sages dispositions de son conseil. Madame de Pompadour exerçait sur lui une influence souveraine; ce fut elle qui, en flattant ses honteux caprices, composa en partie l'infâme sérail flétri sous le nom de Parc-aux-Cerfs et dont les dépenses absorbèrent des sommes énormes. Louis XV cependant se montrait scrupuleux dans raccomplissement des pratiques extérieures de la dévotion, et prenait une part activeaux querelles religieuses qui agitaient la France. Elles se renouvelèrent avec scandale par l'intolérance de M. de Beaumont, archevêque de Paris : ce prélat poussa la haine du jansénisme jusqu'à ordonnei* que l'Extrême- Onction fût refusée aux mourants, non-seulement convaincus, mais simplement soupçonnés d'adhérer aux opi-

TROISIÈME iPOQDB.

Qaereilet entre le clergé Paris

de

et le

EiU

dH

parlement.

nions condamnées par la bulle Vnigenitus. On exigeeiàes billets de confession des malades, et leur orthodoxie fat estimée d'après le nom de leurs directeurs. Le parlement, soutenu par l'opinion publique, protesta contre ces mesures ; il déclara qu'il y avait lieu d'interjeter appel comme parlement, d'abus, ct décréta d'accusation le curé de Saint-Étienne du

Mont pour refus de sacrements. Le conseil du roi cassa t ces arrêts et enjoignit de respecter la bulle comme loi de

l'Église et de l'État. De violentes discussions s'ensuivirent entre le parlement et l'archevêque, et, sur le refus de sacrement à une religieuse, le temporel du prélat fat saisi, lui-même cité à comparaître, et la cour des Pairs convoquée; le roi défendit aux Pairs de se rendre à cet appel, ordonna au parlement de surseoir à toute poursuite, refusa d'entendre ses remontrances, et l'exila. On établit, pour remplacer le parlement proscrit, une chambre royale, composée de conseillers d'Etat et de maîtres des requêtes; mais le Ghàtelet ne reconnut point sa juridiction ; les avocats , les procureurs, les greffiers refusèrent leur service, et le cours de la justice fut ainsi interrompu pendant quatorze mois.

Le roi sentit qu'il fallait transiger, et, le 23 mai 1754} au milieu des réjouissances occasionnées par la naissance du duc de Berri, qui fut l'infortuné Louis XVI, le parlement rappelé à Paris y rentra aux acclamations des jansénistes, des philosophes et du peuple. L'archevêque et plusieurs curés signalèrent alors avec plus de violence encore leur zèle inquisiteur. Admonestés par le conseil, ils se firent gloire d'appeler sur eux le martyre, et l'archevêque, à son tour, fut exilé avec deux autres prélats et le fougueux curé de Saint-Étienne du Mont. Le procureur général appela comme d'abus de la bulle UtUgenitîis elle-même, et le conseil du roi censura de nouveau le parlement. Celui-ci osa supprimer un bref modératâir du pape Benoit XIV; sa hardiesse croissant avec son ir-

SoB rappel.

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ritation, il refusa d'enregistrer les édlts pour de nouveaux impôts au début d'une guerre avec les Anglais ; puis il se ligua avec les autres parlements du royaume contre les atteinte du grand conseil, cherchant à former de toutes les cours supérieures de la magistrature française un seul corps^ partagé en différentes classes, imposant par sa force et en état de résister aux entreprises arbitraires de la cour. Le chancelier de Lamoignon insista^ dans le conseil du roi, sur le danger de ces résolutions hardies, et le 13 décembre 1756^ dans un lit de justice, le roi fit enregistrer trois édits dont les dispositions principales renouvelaient Tinjonction de respect à la bulle, privaient de voix délibérative tout magistrat avant dix ans de service, ordonnaient Tenregistrement des édits après les remontrances permises, défendaient d'interrompre le cours de la justice sous peine de désobéissance, et supprimaient la majeure partie des chambres des enquêtes et requêtes, foyers ordinaires des résolutions les plus violentes.

Ces actes du pouvoir royal, et surtout les derniers, frappèrent le parlement de stupeur. Le peuple, que les remontrances contre les impôts intéressaient fortement à la résistance des magistrats, encourageait leur opposition par les bruyants témoignages de sa faveur. Il s'enflammait pour la cause du parlement, se répandait en invectives contre les prodigalités et les scandaleux désordres du roi, et son exaspération fut portée au comble lorsqu'il apprit que tous les magistrats, à l'exception de trente et un membres de la grand'chambre, avaient donné leur démission. Telle était la situation des esprits dans la capitale lorsque, le 5 janvier 1 757, un malheureux, nommé i^sMssinat Damiens, assassina le roi aux portes du palais de Ver- '^i^^.^ sailles. La blessure était fort légère, mais on craignit que le fer régicide ne fût empoisonné ; le roi lui-même, saisi d'effroi, crut toucheràson dernier moment. L'opinion de la cour attribuait ce crime à l'effervescence allumée

178 TBOISIÈME éPOQUB.

dans le peuple par la violente opposition du parlement : les magistrats frémirent de leur péril ; la plupart des dé> missionnaires coururent offrir leurs services à Versailles et protestèrent de leur dévouement. Les débats du procès donnèrent lieu de penser que Tassassin n'avait pas de complices. La cour desPairs, formée des Pairs du royaume et des magistrats qui étaient restés sur leurs sièges, jugea le coupable et le condamna à l'effroyaJble peine des régicides : il eut le poing droit brûlé au feu de soufre^ on le tenailla avec un fer ardent, on versa du plomb fondu sur ses plaies ; puis enfin il fut tiré vivant à quatre cbevaux ; les lambeaux de son corps furent consumés, et leurs cendres jetées au vent.

Louis XV, à la suite de cet affreux procès, s'efforça de concilier les ei^rits : la plupart des magistrats furent rappelés, et le parlement reprit ses fonctions habituelles, u marquise La marquIsc de Pompadour, éloignée du palais penp<>™p»Jour dant que le roi s'était cru en danger, y revint triomeo faveur, phautc. Lc mluistrc Machault, qui avait contribué à sa disgrâce momentanée, et d'Argenson, qui s'en était hautement réjoui, furent sacrifiés. Ces deux ministres étaient les plus capables du conseil, qui demeura, privé de talents et de forces, sous l'influence directe de la marquise. ovtart Déjà à cette époque une guerre générale avait éclaté »«« ^'nj«» dans les deux mondes. Depuis longtemps les gouvemecomiïgDie» ïwcïits de France et d'Angleterre continuaient à se donner et frfn^tec. ^^ assurances pacifiques lorsque leurs agents se disputaient, en Asie et en Amérique, d'immenses territoires. Dupleix avait rempli de son nom l'Indeentière. La France, par son génie et son courage, dominait avec lui, dans le Deccan, sur trente millions d'hommes, du fleuve Khrisna au cap Gomorin. Les Anglais, dans toute l'étendue de ce magnifique territoire, ne possédaient alors que la ville de Madras avec ses environs et quelques forteresses, dont la principale était le fort Saint-David. Ghanda-Saêb,

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créature de Dapleix, était» soas 80i> autorité, reconnii naoïeii pour nabab du Garnatic; une seule ville, TrichfDopoly^ tenait eocore poar son rival Mahomet-Aly, protégé des Anglais et réfugié dans ses murs. Ghanda-Saêb vint l'assiéger avec son armée. La place investie résista, et là vint se briser la fortune de Dupleix et de la France : elle tomba devant le génie d'un seul homme, né pour donner un empire à l'Angleterre : il se nommait Robert Clive. Cet homme extraordinaire, après de premiers et brillants exploits, marcha au secours de Trichinopoly, qu'assiégeait une armée indienne et française ; par ses habiles manœuvres les assiégeants se trouvèrent eux-mêmes assiégés dans riie de Séringham, sur le fleuve Gavory, et furent contraints à mettre bas les armes. Le nabab Ghanda-Saêb se rendit à un chef indou et fut poignardé ; son rival Mahomet-Aly reçut sa tête ; Trichinopoly fut délivré.

Là s*arréte la première période de la brillante carrière de Glive. Les fatigues avaient gravement altéré sa santés et, après quelques autres opérations également heureuses, il revint, en Angleterre (t753)^ xm il reçut Taccueil qu'il méritait. Bien différente fut en France la conduite des ministres et de la Compagnie des Indes à l'égard de Dupleix. Gelui-ci, malgré les rudes échecs portés par les victoires de Glive à l'influence française dans le Garnatic, avait courageusement poursuivi sa politique habile et commençait à réparer ses pertes. Il profita d'une lutte survenue entre Mahomet-Âly et les chefs mahrattes et mysoriens , et fit , avec une activité infatigable et une générosité sans bornes, des efforts prodigieux. Son mobile n'était point Tamour des richesses; il aspirait à une grande renommée; il voulait pour son pays la puissance et la gloire, et prodigua, dans ce noble but, les restes de sa fortune. Il forme et discipline une nouvelle armée, nomme et soutient un second nabab du Garnatic ; il in-

•180 tboisiAmb bpoqos*

Yestit de noQveaa Trichinopoly et assiège Arcote , tandis que le plus illustre compagnon de ses travaux, Théroîque Bussy, continuait à combattre et à vaincre pour la France.

Si, dans ces circonstances, le gouvernement français et la Compagnie des Indes eussent donné à Dupleix quelque sérieuse assistance , la France aurait encore pu régner de la côte du Malabar à celte de Goromandei; mais Dupleix fut abandonné; la Compagnie, voyant diminuer ses dividendes par suite des troubles du Camatlc et des victoires de Clive, n'accueillit plus ses rapports avec confiance et se montra moins résolue à le soutenir ; d'autre part Topinion publique , exaltée d*abord jusqu'à Vivresse au bruit de ses succès presque fabuleux^ subit une réaction instantanée en apprenant ses premiers revers; elle prêta l'oreille aux plaintes éloquentes de La Bourdonnais , prisonnier à la Bastille ; elle ne vit plus en Dupleii, qui avait contribué à sa ruine , qu'un tyran jaloux et cruel. Enfin le faible gouvernement de Ijouis XV craignit de voir dans les Indes la lutte entre les compagnies rivales amener des hostilités entre tes gouvernements des deux nations , et d'être ainsi entraîné malgré lui dans une guerre avec les Anglais : il voulait la paix , il se flattait de la conserver par de timides concessions , et il était entretenu par le cabinet de Londres dans cette ikusse espérance (1). Dupleix l'inquiétait par son ambition , par son génie , par ses succès ; il avait peur de la merveilleuse puissance de cet homme et de la terreur qu'il inspirait aux Anglais , ceux-ci voyaient en lui le principal obstacle à leurs progrès ; ils voulaient que la France le sacrl- Diflgrftce fiÂt, et ils l'obtinrent. Il fut entendu entre les deux gouvernements , malgré les énergiques réclamations de la

(1) Ce fait est parfaitement éclairci dans le remarquable article déjà cité : La perte de VInde sous Louis XV, par M. de Saint- Priesf.

de DupleU.

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Compagnie des Indes , qae tout en Orient serait remis sur le même pied qu'avant les derniers troubles, et que les acquisitions réciproques de territoire, faites depuis la paix d'Aix-la-Ciiapelle , seraient restituées^ quoique les Anglais n'eussent presque rien acquis et que les conquêtes des Français , et surtout les concessions qu'ils avaient obtenues, fussent très-considérables. Ace prix T Angleterre fit espérer le maintien de la paix , et déjà cependant une escadre de guerre avait appareillé et faisait voile pour les Indes.

Il était temps encore de maintenir Dupleix dans ces contrées; il suffisait pour cela que le gouvernement français permit à la Compagnie de soutenir son gouverneur avec ses propres ressources, et rien n*eùt été définitivement compromis ni perdu. Clive était retenu à Londres , et nous avons vu Dupleix prodiguer toutes ses ressources avec une générosité incomparable et redoubler d'énergie et d'efforts pour réparer ses échecs. Trichinopoly, de nouveau assiégé, allait tomber en son pouvoir, et pour l'emporter il n'attendait qu'un renfort de douze cents hommes recrutés et soldés par la Compagnie et depuis longtemps annoncés. Ils arrivèrent enfin; mais avec eux vint un commissaire du gouvernement nommé Godeheu, chargé de traiter définitivement avec les Anglais, de remplacer Dupleix et de le renvoyer en France. Dupleix depuis longtemps pressentait sa*chute ; il obéit , résigna ses pouvoirs, et quitta pour jamais le théâtre d'une fortune inouïe comme sa disgrâce. Après avoir possédé d'innombrables trésors , étendu sa domination sur trente millions d'hommes et sur de vastes contrées , il revint en France dépouillé par ses propres maios^ pour avoir voulu donner un empire à son pays, il rappela en vain ses glorieux services, ses droits^ ses sacrifices immenses, et après peu d'années il mourut pauvre et délaissé, comme La Bourdonnais , son rival et sa victime.

182 TBOISIÀHB ÉPOQUB.

A peine eut-il quitté le sol des Indes qu'un traité îgooconvcDtion mluieux, ratifié plus tard en Europe, fut eouclu à Ma-

de Madras. ; . . , , #

^^ dras par les commissaires des deux gouvernements (octod?uupieu. ^^ ^^^'^) (i). Les principales clauses stipulaient : i^qae "^- les deux compagnies s'interdiraient à jamais d'iotervenir dans la politique intérieure de l'Inde ; 2^ que leurs agents n'accepteraient des gouvernements du pays ni dignités , ni charges , ni honneurs ; 3^ que toutes les places et territoires occupés par elles seraient restitués aa Grand Mogol, à l'exception des possessions qu'elles avaient avant cette dernière guerre; 4^ que les deux compagnies partageraient entre elles l'important district de Masnilipatam et que toutes leurs possessions seraient mises sur un pied d'égalité parfaite. Ainsi furent perdus en quelques jours les fruits de tant d'exploits , d'une si profonde politique et des- étonnants efforts d'un grand homme. L'Angleterre héntadans les Indes de toute Finfluence dont la France s'était elle-même dépouillée, et elle put librement et sans crainte jeter en Orient les fondements de sa grandeur future (2).

smutton L'état des choses n'était pas plus satisfaisant pour le des ABgiau maintien de la paix dans l'Amérique septentrionale, où, ***£"**** depuis cent cinquante ans, la France .et l'Angleterre ^ia^M^ avaient fondé des établissements considérables. D'une

an JNora. ,

17M17»*. part les limites de l'Acadie OU Nouvelle-Ecosse, cédée à l'Angleterre par le tiraité d'Utrecht, étalent mal définies; d'autre part, les Français , possesseurs du Canada, avaient remonté le Saint-Laurent jusqu'aux lacs Érié et Ontario 9 et voulaient maintenant, au moyen d'une chaîne de postes fortifiés^ sur les bords de TOhio et do Mississipi, faire communiquer leurs établissemetits du

(1) Berchoo de Penhoën, Histoire de la conquête et de la fondation de Vempire anglais dans Vlnde, t. 1, 485-486.

(2) Voyez, pour la première période de la dominatiuD anglaise dans les Indes, mon Histoire d^AngUterre^ t. IV, p. 372-396.

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hoitUttéii.

Canada avec ceux qu'ils avaient dans la Lousiane, tandis que les colons de la Virginie ou Nouvelle- Angleterre ré^ clamaient^ cctmme une dépendance de leur territoire , le vaste espace au sud du Saint -Laurent , depuis les monts Alléghanys ou montagnes Bleues Jusqu'aux rives de l'Ohio. De ces prétentions opposées sui^ssaient des rixes perpétuelles entre les colons des deux nations. Déjà en Tannée 1753 un major vii^nien, chargé de déloger les Français du fort Duquesne , sur l'Ohio , s'était vu enveloppé par une force supérieure , dans un lieu nommé la Grande-Prairie ( Great Meadows) , et avait été contraint à capituler ; ce major était George Washington , et cette première scène, où il apparaît dans l'histoire, devait être l'une des principales causes de la guerre qui mit bientôt le monde en feu.

L'année suivante , un officier français, M. de Jumonville, porteur d'une sommation pour l'évacuation d'un fort occupé par les Anglais , périt dans sa mission avec les trente hommes sous ses ordres, et cette catastrophe fat considérée en France comme une odieuse violation des lois de la guerre et du droit des gens.

Les colons français, alliés avec les sauvages indigènes , prirent bientôt une sanglante revanche contre un corps de douze cents hommes envoyés par le gouvernement anglais, sous les ordres du général Braddock , au

^j \^ . * v\ mort

secours de la Virginie. Braddock , téméraire et hautam , da Rénéni dédaignant les avertissements les plus nécessaires dans i76i. une guerre d'escarmouches , qu'il ne connaissait pas , fut assailli dans sa marche pour s'emparer du fort Duquesne , au milieu d'un défilé couvert de bois , par une troupe de Français et de sauvages. Ceux-ci , ennemis invisibles , firent feu de toutes parts sur sa troupe , exposée sans défense à leurs coups meurtriers. Braddock lui-même avec sept cents des siens fut tué dans cette embuscade. La mer fut moins propice aux Français. L'escadre de

Défaite et mort

184 TB0I8IÈM1 iPOQUB.

I*ainiral Boseayen attaqua une division française à la hauteur de Terre-Neuve et lui enleva deux vaisseaux. Peu de temps après , et sur un ordre de Tamirauté , fidèle à un système odieux , la marine anglaise fondit sor la marine marchande de France et enleva trois cents bâtiments de commerce sans aucune déclaration de guerre préalable.

Ainsi les espérances pacifiques de la cour de France se trouvaient partout déçues; le tmndeau tombait des yeoi du roi en voyant s'évanouir une à une les iiiusions auxquelles II avait sacrifié, dans les Indes , Tespoir d'an empire, en rappelant Dupleix et en abandonnant l'œuvre Immense de ce grand homme. Son gouvernement demanda compte au cabinet anglais des actes de violence dont la marioe d'Angleterre s'était rendue coupable par l'enlèvement de nos i)àtiments de commerce ; ses plaintes furent méconnues, et la guerre fut bientôt après ouvertement déclarée.

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