CHAPITRE IIL
Depuis le commencement de la guerre de Sept ans jusqu'à la mort de Louis XV.
La guerre qui éclata en 1756 entre l'Angleterre et la France embrasa bientôt toute l'Europe, et ses ravages s'étendirent dans le monde entier. Marie-Thérèse regrettait la Silésie , cédée à la Prusse , et , dans Tespoir de recouvrer cette province, elle s'unit à Elisabeth Pétrowna, impératrice de Russie, à Auguste III, électeur de Saxe et roi de Pologne, et au roi de Suède Frédéric- Adolphe. Louis XV, longtemps allié du roi de Prusse
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eoDtre Marie-Thérèse, n'avait à l'égard de ce prince aa- CQD motif de ressentiment; mais c'était surtout l'appui de la France qu'espérait la reine de Hongrie ; elle sut flatter madame de Pompadour, qu'offensait les railleries de Frédéric , et qu'elle traitait en amie. Sa conduite habile décida l'alliance des deux couronnes. Elles s'engageaient à se fournir réciproquement un secours de vingt- BnsageineDt quatre mille hommes , pour repousser les attaques dont ""V chacune pourrait être menacée. Bientôt toutes les forces , et"*?^ du royaume furent mises à la disposition de l'Autriche. i^m. Cette guerre funeste et déplorable , connue sous le nom Guerre de guerre de Sept ans , s'ouvrit sous d'heureux auspices iTM-iTeïï'' pour la France; le duc de Richelieu , qui jusque-là n'a* vait été célèbre que par ses galanteries , fit un moment oublier ses scandales et ses vices par la conquête de Mioorque, lie de la Méditerranée, dont les Anglais s'étaient emparés pendant la guerre de la succession d'Espagne. Le [gouvernement français préparait à Toulon un armement formidable destiné en apparence pour l'Amérique , mais en réalité pour Minorque. Au commencement d'avril tout fut prêt; le maréchal de Richelieu eut le commandement de l'expédition ; l'amiral de La Galissohière , avec douze vaisseaux, devait escorter les transports, protéger le débarquement et couvrir l'attaque. Le ministère anglais avait inutilement reçu de nombreux avertissements. Eclairé trop tard, il fit à la hâte d'insuffisants préparatifs de défense et envoya l'amiral Byngau secours Ide l'Ile déjà envahie. Lorsque Byng parut enfin, devant Minorque les Français assiégeaient la redoutable citadelle de Saint-Philippe , qui domine Mahon , la ca* pitale de Tile , et son magnifique port. La garnison était d'environ trois mille hommes , et en l'absence du gouverneur, son lieutenant, le vieux général Blakney, fit malgré son âge et ses infirmités, une opiniâtre défense. L'espérance des assiégés était dans la flotte de Byng,
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'Victoire navale
égale àpea près en nombre et en force à la flotte française. Elles forent en présence le 20 mai et engagèrent le combat. L'aile gaache des Anglais , sous l'amiral West , eut ^^^dSrîït*** d'abord l'avantage , mais fut mal soutenue. La ligne Minorqae. française, un moment rompue, se reforma, obéissant à une tactique supérieure , et soutint victorieusement tous les efforts de Byng. Celui-ci, perdant l'espoir de porter secours à la place investie, abandonna Minorque à- sa destinée et fit voile avec son escadre pour Gibraltar (i). Les Français redoublèrent d'ardeur et d'efforts. Richeliea ordonna l'assaut, et, animant les assiégeants de sod exemple sous le feu le plus meurtrier, il emporta , Tépée Prise à la main , tous les ouvrages extérieurs , fit capituler la port-MÎthon fortcrcsso, ct douna Minorque à la France. La victoire Richeliea. dc la flottc française devant Mahon coûta plus tard la vie à l'amiral Byng ; les Anglais imputèrent à tort sa défaite à la trahison : l'amiral fut déclaré coupable et fusillé.
Frédéric II n*attendit point l'attaque de ses ennemis; à la nouvelle de la ligue formée contre lui, il se hâte d'envahir la Saxe, et prend Dresde, d'où fuit le roi de Pologne. Il rencontre presque aussitôt , à Lowositz, le maréchal Brown à la tète de cinquante milleAutrichiens, et , avec des forces inférieures de moitié , il le contraint à repasser l'Éger; il vole ensuite à Pîma, où l'armée saxonne était bloquée , et l'oblige à capituler. Outre les vingt-^quatre mille hommes promis à rAutriche et corn-
opérations
navantes
de
Frédéric 11.
(1) L^amiral français suivit la flotte anglaise jusqu'à la hanteur de nie de Laire; il revint le 21 reprendre son poste à rentrée du port pour barrer les secours qui auraient pu, en son absence, chercher à entrer dans la place. Il écrivit au maréchal de Richelieu : « J'ai préféré votre gloire à la mienne, et le principal objet de notre mission à Tbonneur particulier que j'aurais pu retirer en poursuivant quelques vaisseaux ennemis qui m'ont paru très>maltraités. » ( Mémoires de RochambeaUf 1. 1". )
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mandés par le prince de Soubise , soixante mille Français entraient en Allemagne sous le maréchal d'Estrées et menaçaient Télectorat de Hanovre, province du roi d'Angleterre. D'Ëstrées bat Cumberland à Hastemberg, au moment où une cabale de cour lui donnait pour successeur le maréchal de Richelieu , qui suit ses plans de campagne , accule les Hano vriens pr^ de Stade sur i'Ëlbe, et force Cumberland à signer la capitulation de Gloster- oipttaiati«» sevea , qui renvoie une partie de Tarmée dans ses foyers, ^^ condamne Tautre à l'inaction , et met Télectorat de flanovre sous la main de la France.
Frédéric , vainqueur du prince Charles de Lorraine à la sanglante bataille de Prague , venait d'être battu ensuite par le maréchal Daun à Chotzemitz, et de perdre vingt-cinq mille hommes , lorsqu'il apprit plusieurs défaites consécutives de ses généraux > et enfin la fatale capitulation de Ciosterseven. Mais un échec était pour lui le prélude d'une victoire ; il multipliait en quelque sorte ses troopes en les faisant voler d'une extrémité de ses États à l'autre; vaincu et poursuivi, il se représentait en force là où il était le moins attendu. Cette guerre mémorable mit le sceau à sa renommée; il eut à combattre à la fois , et seul , les Français , les Autrichiens et les Russes /^commandés par d'habiles généraux ; il vit des armées deux fois plus fortes que les siennes envahir et percer ses États ; il perdit sa capitale et fut lui-même souvent enveloppé; mais , puisant dans les périls ses plus étonnantes inspirations, il sortit vainqueur de toutes ces épreuves, et sa puissance se trouva mieux établie après une lutte où elle aurait dû , selon les prévisions humaines , être détruite.
Accablé par les revers de ses généraux dans cette terrible campagne de 1 757 , et encore plus par la capitulation des Anglais à Ciosterseven , cerné dans la Saxe par plusieurs armées et tenu en échec par le maréchal Daun,
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Frédéric paraissait sans ressources et lai-mème se crut un moment perdu ; mais son génie ramena la fortune. W échappe au maréchal avec un art admirable , et va audacieusement reconnaître Tarmée française, commandée par Soubise , et celle des Impériaux , qui , réunies , avançaient pour l'envelopper ; il manœuvre habilement devant elles en paraissant vouloir les éviter, et va camper dans vietuire ^^^ posltlon avautageusc à Rosbach. Soubise tente de fii^^^. le surprendre et veut tourner son camp ; mais tous ses *''^^' mouvements sont devinés : Frédéric change de front à Finsu de Tennemiy dont il laisse approcher les colonnes, et, lorsque les Français et les Impériaux arrivent à la portée du canon, les tentes de Frédéric s'abaissent , et r armée prussienne apparaît en ordre de bataille entre deux collines d*où part un feu meurtrier. Les assaillants sont frappés de stupeur, et les troupes impériales s'enfuient sans combattre; leur exemple entraîne Tinfanterie française , qui se retire en désordre devant six bataillons prussiens , laissant derrière elle trois mille morts et sept mille prisonniers. Le marquis de Gastries, àla tète de la cavalerie , et deux régiments suisses firent seuls leur devoir dans cette journée , presque inouïe dans les fastes militaires de la France.
Frédéric ne prend aucun repos après cette victoire inespérée ; il vole dans la Silésie presque perdue et gape sur le prince Charles et sur Daun la sanglante bataille de Lissa , près de Breslau. Les Anglais rompent alors ta capitulation de Closterseven, etFarmée hanovrienne reparait sous Ferdinand de Brunswick , son nouveau chef, qui se dit étranger à cette convention militaire. Tels furent sur le continent les principaux résultats de cette première campagne, pendant laquelle le maître d*un royaume qui comptait à peine un demi-siècle d'existence soutint presque seul le choc de la France et de TAutriche et mérita le surnom de Grand en battant les ar-
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roées des deux plus redoutables puissances du continent.
Le comte de Glermont perdit, l'année suivante, la
bataille de Grevelt contre Ferdinand de Brunswick ; le