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CHAPITRE IV

De rétablissement du Directoire exécutif à la paix de Campo-Formio.

27 octobre 1795 (4 brumaire an IV) — 17 octobre 1797 (26 vendémiaire an VI) (1).

Les directeurs étaient tous, à l'exception de Garnot, lostaiiatton d'une capacité médiocre, et tout concourait à rendre leur £|«cioirr.

* f7 octobre

Situation fort difficile. Il n'y avait à cette époque, dans t^^ la république, aucun élément d'ordre et d'administration : gonîïrnel'anarchie et le malaise étaient partout; la famine se proioDgeait ; les armées manquaient d'habits, d'approvisionnements et de chevaux ; la Convention avait consommé un immense capital représenté par les assignats, et avait

(1) Nous avons donné par anticipation, dans le chapitre précédent, le tableau des opérations militaires jusqu'à la un de 1795, pour ne ^nt interrompre le récit de cette campagne.

ment.

QUATBlàMB ÉPOQUB.

Premiers actes

(tCH

(Itrectearsi.

Théoplillantbropte.

vendu près de la moitié du territoire de la république, a[H partenant aux classes proscrites, afin de subvenir à Tentretien des troupes et du peuple ; le papier monnaie, arrivé au dernier degré de discrédit, après l'émission prodigieuse de trente-huit milliards, détruisait toute confiance et tout commerce ; le trésor était vide ; les courriers souvent ue pouvaient partir faute d'argent ; enfin telle était la pénurie générale que, lorsque les directeurs entrèrent dans le palais qui leur avait été assigné pour demeure, ils n'y trouvèrent pas un meuble; Ils empruntèrent au concierge quelques chaises de paille et une table t)oitense, sur laquelle ils rédigèrent Facte par lequel ils se déclarèrent constitués (1).

Leur premier soin fut d* établir leur pouvoir, et ils réussirent en suivant d*abord avec franchise la voie constito tionnelle. On vit renaître en peu de temps le travail et le commerce; la circulation des subsistances fut assurée, et Ton abandonna les clubs pour les ateliers et les chanops. Le Directoire seconda de tout son pouvoir le retour vers Tagriculture, l'industrie et les arts; il rétablit les expositions publiques, créa F Institut national et des écoles primaires, centrales^ normales. L*un de ses membres, La Réveillère-Lépeaux, chargé de la partie morale du gouvernement, voulut alors fonder le culte déiste, sous k nom de théophilanthropie, mais ses efforts prêtèrent au ridicule et furent impuissants, La licence des mœurs signala cette époque ; les classes riches, si longtemps comprimées par la terreur, s'adonnèrent sans mesure aux plaisirs, et un luxe effréné parut tout à coup dans l« bals, les festins, les costumes et les équipages. Le voluptueux Barras favorisa le premier cette réaction dangereuse : chargé de la représentation du Directoire, son palais était le rendez- vous de la société la plus frivole et la

(1) Charles Bailleul.

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plus corrompue. Cependant les riches furent encore victimes, sous le Directoire, dé mesures violentes et spoliatrices : les besoins de la république étaient si vastes et si impérieux que pour y subvenir le gouvernement eut recours à un emprunt forcé ;\\ créa ensuite des mandats Empriint territoriaux, qui devaient être employés à retirer les assi- Mandat» gnats en circulation, sur le pfed de trente pour un, et à faire fonction de monnaie : ils eurent l'avantage de pouvoir être échangés sur-le-champ contre les domaines nationaux qu'ils représentaient, et fournirent à l'État une ressource momentanée; puis ils se discréditèrent, et leur chute conduisit à la prodigieuse banqueroute de trentetrois milliards.

La guerre n'était plus soutenue, dans l'Ouest, que par seconde quelques chefs, dont les principaux étaient Charette et ^"e"** Stofflet, affaiblis par leurs divisions. Hoche déploya dans nss-nw. cettenouvellecampagneune habileté profonde; il changea de système : séparant la cause royaliste de la cause religieuse, il neutralisa ainsi l'influence des prêtres, et les masses de la population ne répondirent plus à l'appel des chefs militaires. Hoche battit Charette et le lit prison- succès nier; Stofflet, trahi bientôt après, fut livré aux républi- ^^M^rt*'

•■■ %i / 11. Il* 1 / ^* Charette

cains. L'héroïque constance de r un et de lautre ne se dé- ^^ ^et^ mentit pas au moment du supplice; ils furent fusillés, le premier à Nantes et le second à Angers. Georges Cadoudal se maintenait encore dans le Morbihan : Hoche tourna contre lui toutes ses forces ; il étouffa ce nouveau foyer d'insurrection ; la plupart des chefs quittèrent les armes et cherchèrent un refuge en Angleterre.

Le Directoire était alors à Paris en butte aux violentes attaques des démocrates et des royalistes. Ses membres, après avoir participé aux excès de la Convention et aux événements de thermidor, étaient également en horreur aux deux partis contraires et en opposition directe avec l'opinion réactionnaire, qui éclatait de toutes parts. Ils

de Siofflet.

328 QUATBiiEMB BPOQUB.

frappèrent d'abord les démocrates, qui avaient rouvert leur club au Panthéon. Un fenatique, émule de Bobescompior. pierre, nommé Gracchus Babeuf, et qui se proclamait lui-même tribun du peuple, tenta de soulever la population en demandant la loi agraire, et en promettant d'établir le bonheur commun par la liberté, TégaUté et la constitution de 1793, Les conjurés gagnèrent la légion de police, pratiquèrent des intelligences avec les troupes du camp de Grenelle, et allaient marcher sur les Conseils et sur le Directoire lorsqu'ils furent trahis et saisis dans leur conciliabule. Gracchus Babeuf paya de sa vie son audacieuse entreprise. Un mouvement avait eu lieu en même temps sur le camp de Grenelle et fut arrêté par le commandant Malo ; ses dragons sabrèrent les insurgés, dont le Directoire fit traduire les chefs devant Conspiration des commissious militaires. Une conspiration royaliste s*ourdissait en même temps, conduite par Tabbé Brothier et Lavilleheurnois : elle échoua, et ses auteurs, reconnus coupables, furent condamnés avec indulgence par les juges, élus sous Tinfluence du mouvement insurrectiounel de vendémiaire. La lutte s'engagea dès lors entre le Directoire et les autorités librement nommées par les sections : le premier, se voyant vaincu par le pouvoir électoral, eut recours à la force militaire, et donna le dangereux exemple de provoquer son intervention dans les affaires de TÉtat.

imm^rUftlj.. u^tte année encore la gloire de la France appartint ° dï n»6*' ' tout entière à ses armées] Carnot avait conçu un plan de

commun accord^ en s* échelonnant et se soutenant Tune l'autre. Les deux premières étaient commandées par deux généraux déjà célèbres, Moreau et Jourdan; la troisiènoe fut donnée au jeune vainqueur de Toulon, audéfenseurde la Convention en vendémiaire, à Napoléon Bonaparte.

%\ln' j campagne par lequel les armées du Rhin, de Sambre-elde Carnot./ Mcusc et d'Italie devaient marcher sur Vienne d'un

LIVAS II. CHÀPinS IT. S39

Cette armée, privée de matériel, d'habits, de subsistances^ n'avait pu profiter de la victoire de Loano» et se trouvait, au printemps de 1796, en face des Autrichiens sous Beaptieiu et des Piémontais sous CoUi, dans unç situation à peu près semblable à celle où elle s*était vue l'année précédente avant sa victoire. Golli occupait, au camp retranché de la CéVa, le revers de l'Apennin du c6té du P6 ; Beaulieu s'étendait de la vallée de la Bormida et du col de Montenotte jusqu'à la mer, et interceptait la route de Gènes.

Bonaparte arriva le 27 mars à son quartier général à Arrivée Nice; il trouva l'armée dénuée de toute ressource en ma- **ù^"a"rmé?^ térieiy mais forte en courage et en expérience. Ses soldats r ma» liw. s'étaient aguerris 4ans des combats de géants aux Alpes et au^ Pyrénées ; ils avaient pour chefs Masséna, Augereau, La Harpe, Serrurier, Murât, Joubert. Les premières paroles du jeune général promettaient la victoire. <r Soldats, dit-il, vous êtes mal nourris et presque nus. a Le gouvernement vous doit beaucoup, mais ne peut a rien pour vous. Votre patience, votre courage vous a honorent, mais ne vous procurent ni avantage ni gloire, a Je vais vous conduire dans les plus fertiles plaines du « monde ; vous y trouverez de grandes villes, de riches « provinces ^ vous y trouverez honneur, gloire et ri- « chesse. Soldats d'Italie, manqueriez-vous décourage? » Bonaparte, qui n'avait que trente-six mille hommes contre soixante mille, comprit d'abord qu'il fallait, comme son prédécesseur, séparer les Piémontais des Autrichiens, pour les écraser tour à tour. Il transporte son quartier général à Savone, et dirige la division La Harpe le long de la mer, attirant de ce côté Tattention et tous les efforts de l'ennemi ; mais, tandis que la gauche des Autrichiens s'avance contre La Harpe, leur centre se dispose à fondre sur l'armée française par le col de Montenotte, Douze cents hommes seulement, sous le colonel Rampon, oc-

832 QUATBTàMB iPOQUX.

rhétiques pour tomber daps l'Adriatique» et qui protégeait la Lombardie contre l'Autricbe. Le moment est venu pour lui de faire sentir sa puissance aux gouvernements de ritalie sans d'ailleurs se préoccuper de leur conduite envers la France ou de leurs droits : il revient sur ses pas, ^de^GênîS!' **®Ç<>î* *cs sounaissions de la ville de Gênes et d'Hercule de^XlSî' d*Este, duc de Modène : ce prince donne dix millions et KsSîreot" n se retire à Venise. Le général Vaubois s'empare de Lide la Corse, youme, OÙ slx ccuts Corscs étaient réfugiés ; Bonaparte les envoie dans leur île pour Tinsurger contre les Anglais, et ceux-ci en sont cbassés. La cour de Naples, dominée par la reine Caroline, sœur de l'infortunée Marie- Antoinette et agitée d'une haine ardente contre la France, avait annoncé un armement formidable; mais elle tremble au bruit des victoires de Bonaparte et se résigne à la neutralité. Le pape lui-même est réduit à se soumettre : Bonaparte lui impose pour conditions de paix vingt etun millions et cent chefs-d'œuvre de ses musées. Munvemenis Cependant les Autrichiens avaient fait un nouvel efdi'Shin* fort, et l'archiduc Charles, frère de l'empereur, s'avançait de sambre- vcrs IcRhln à latêtedcsoixantè-dix mille hommes. Alors,

et- Meuse

Allemagne ^^ cxécution du plan de Carnot, lesarmées du Rhin etde "»*• Sambre-et-Meuse, sous Moreau et Jourdan, s'ébranlereut d'un commun accord et franchirent le fleuve, dans le but d'envelopper l'ennemi et de marcher ensuite, de concert avec Par méç d'Italie, au centre de la monarchie autrichienne. L'énorme distance qui séparait les deux armées, dont l'une effectua le passage à Dasseldorfet l'autre à Strasbourg, l'éloignement où elles allaient se trouver chacune de leur base d'opérations et les obstacles qu'elles rencontreraient dans un pays difficile et ennemi rendaient ce plan fort hasardeux ; pourtant il parut d'abord réussir. Moroau livra bataille à l'archiduc Charles de îîLr'eau ^ R^stadt, cutrc Ic Rhin et les montagnes Noires : la vieàRastadt. toire fut vivement disputée; mais enfin, les Français

LIYAB II. CHIPITRB IV. 333

étant parvenus à s'emparer des hauteurs et des débouchés dans la vallée du Necker, Tarchiduc craignit de se voir séparer des États héréditaires de la monarchie autrichienne, et pour les couvrir il se replia rapidement sur ^^'jÇf^'JiJ^® le Danube, entre Ulm et Ratisbonne, laissant Moreau J^J^'^je* s'avancer sur lui par la vallée du Necker et Jourdan par dJ DÏnSSc. celle du Mein. Ainsi, vers le milieu de Tannée 1796, nos armées, maltresses de l'Italie et d'une moitié de l'Allemagne jusqu'au Danube, menaçaient d'en envahir le reste.

Le vieux maréchal autrichien Wurmser renti'ait alors Bentrte

des

dans le Tyrol à la tête d'une nouvelle et formidable ^"*Ji^^J*°* armée de soixante mille hommes, et s'apprêtait à forcer ^"ISÎ*' les lignes de l'Adige, à débloquer Mantoue, et à écraser '*eui**^ notre armée d'Italie, de moitié inférieure à la sienne et ^'^tH^ enfermée dans un étroit espace entre le lac de Garde au nord, l'Adige à l'orient et le Pô au midi. Trois routes s'offraient à Wurmser : la première franchissait l'Adige à Rovérédo, au-dessus du lac de Garde, et tournait derrière ce lac en suivant sa rive occidentale , où le seu obstacle qu'elle eût à franchir était la position militaire de Salo; la seconde route passait entre le lac et l'Adige, en longeant les hauteurs de Montébaido, qui les séparent et que défendent les importantes positions de la Corona et de Rivoli; la troisième enfin, suivant la rive gauche de l'Adige, débouchait dans la plaine vers Vérone et aboutissait sur le front de notre ligne défensive. Jamais l'armée d'Italie ne s'était vue dans un péril si imminent, et déjà tous les partisans et sujets de Venise ou de TAutriche, qui voyaient avec douleur notre drapeau national en Lombardie, répétaient cet ancien et redoutable adage : LItalie est le tombeau des Français.

Wurmser fait filer vingt mille hommes^ sous Quasdanovitch, sur les derrières du lac de Garde, et lui-même ^'avance avec quarante mille hommes entre le lac et

QUATBIÀICK BPOQUB.

Warmser

partage

son armée

en deux

colonnes

d'attaque.

l^ur marche

respective.^

Victoire

de Bonaparte à Lonato

et

Castiglione.

l'Âdige. Bonaparte, dont le quartier géDéral est à CasteU Novo^ à la pointe méridionale du lac, apprend bientôt que les positions de Salo, de la Gorona et de Rivoli, qui en défendent les deux rives, sont forcées et qu'il va être enveloppé. Tous ses généraux, Augereau seul excepté^ opinent pour une prompte retraite ; Bonaparte résiste, il s'inspire de son génie et voit un coup décisif à frapper avant que les deux colonnes ennemies aient pu se rejoindre; mais il doit agir sur-le-champ et avec toutes ses forces : il sacrifie donc Mantoue, qui, faute de vivres, allait se rendre , et rappelle à lui en toute hâte la division Serrurier, employée au blocus de la place. 11 importe d'abord d^arrêter Quasdanovitch, prêt à entrer dans la plaine à Touest du lac pour fermer aux nôtres la retraite de Milan. De ce côté se dirige Bonaparte : il franchit le Mincio et se transporte avec le gros de ses forces à Lonato, où débouchaient les colonnes autrichiennes ; ud combat sanglant s'engage, l'ennemi est repoussé; 1rs Français reprennent l'importante position de Salo à l'ouest du lac. Quasdanovitch s'arrête, et une division suffit pour le contenir. Bonaparte fait aussitôt changer de front à son armée et revient sur les divisions qui ont tourné le lac par l'autre rive ; il fond sur elles comme la foudre et les disperse ; mais, quoique vainqueur, sa tâche n'est pas achevée : Wurmser, qui avec vingt mille hommes a débloqué Mantoue, rallie ses soldats et s'apprête à nous accabler. Les deux armées appuient une aile chacune au lac de Garde et l'autre aux hauteurs de Castiglione. C'est dans les célèbres plaines de ce nom que va se décider le sort de l'Italie. Bonaparte devine que Wurmser, dont la droite touche au lac, fera effort de ce côté pour se rapprocher de Quasdanovitch^ toujours contenu à Salo, et il ordonne à la division Serrurier de faire un détour et d'ouvrir l'attaque sur les derrières de l'ennemi. L'action commence, le 4 août, dès la pointe du

LiYBB iK cnàinnmE iv.

jour; Bonaparte laisse Wurmser affaiblir sa ligne en s'étendant par sa droite, et à peine a*t-il entendu le canon de Serrurier derrière les Autrichiens qu'il lance sur leur centre les divisions Augereau et Masséoa. Les enneinis, pris entre deux feux, reculent , et Wurmser ordonne la retraite : il rentre dans le Tyrol après avoir perdu vingt mil le hommes et Tltalie.

Peu satisfait d'avoir vaincu Wurmser, Bonaparte veut le détruire et s'attache à sa poursuite. Vingt jours de repos suffisent à son armée, qui entre aussitôt après dans les montagnes du Tyrol ; mais Wurmser a reçu des renforts et reprend rofiTensive. Les deux armées se rencontrent à Rovérédo, et Bonaparte triomphe encore; toute l'artillerie autrichienne et quatre mille prisonniers tomi)ent en son pouvoir. Wurmser se dérobe avec trente mille hommes et descend la vallée de la Brenta pour forcer TAdige et se jeter entre Tarmée française, engagée dans le Tyrol^ et Mantoue de nouveau bloquée. Bonaparte devine son dessein : il laisse dix mille hommes, sous Yaubois, à la garde du Tyrol ; il en prend vingt mille avec lui, suit Tennemi dans le bassin de la Brenta, Tattaque à Fimproviste^ et remporte une nouvelle victoire à Bassano avec les divisions Augereau et Mas* séna. Wurmser, qu'il espère réduire aux abois entre la Brenta et i'Adige , passe ce fleuve à Legnago, force la division de blocus devant Mantoue et s'enferme dans cette place avec quinze mille hommes. Bonaparte avait de nouveau tué ou pris en quelques jours vingt mille Autrichiens ; c'était la troisième armée qu'il détruisait ; Colli, Beaulieu^ Wurmser avaient tour à tour été vaincus, écrasés par lui depuis quatre mois; un immense matériel était tombé en ses mains, et son nom était répété partout avec admiration et terreur.

Bonaparte pressentant dès lors sa fortune inouïe ne négligeait aucun moyen de succès et de renommée. Dans

Retraite

des

Autrichiens.

Bonaparte

vainqueur

à Rovécédo

et à Bassano.

Wurmser s'enferme

dans Mantoae.

Conduite politique

de Bonaparte.

836 QUATBTÈMB BPOQUB.

riDtervalle des batailles 11 s'entretenait avec les savants et avec les hommes célèbres dans les lettres et dans les arts ; il s*occapait des détails de la poiitiqae et de Tadministration, développait sur tous les sujets des vues profondes, et déjà tout annonçait en Ini le futur dominateur de FEurope. Âfilable avec ses lieutenants et ses soldats, il témoignait aux directeurs une réserve hautaine et triomphait de leur jalousie en se niontrant indispensable à la tète de son armée victorieuse. S^appuyant des sympathies et des passioni^ populaires contre les gouvernements , il imposa la forme républicaine à ses conquêtes. II déclara le duc de Modène, qui s'était allié à T Autriche, déchu de sa souveraineté ; il réunit ses État$ aux territoires de Reggioet des légations de Bologne et de Ferrare, dont il

Fondation formaaù sud du Pô la république cispadane ; il constitua répubuques au uord dc cc fleuvc la Lombardie en république transpa-

capa^ane ^^^^ q^ deux républiques , Tannée suivante, n'en for-

transpadane. . , ■^, ,»w/...

merent quune sous le nom de République cisalpine. Toute l'Italie tremblait devant le vainqueur de l'Autriche ; ses princes, malgré les plus justes griefs, observaie&t scrupuleusement les traités avec la république française^ et, à la suite de la dernière campagne, la cour de N&ples signa en frémissant une paix trop tôt rompue (octobre 1796).

L'Allemagne était alors le théâtre d'événements presque aussi considérables , mais funestes pour nos armes, et il était à craindre que les revers des armées de Sambre-et-Meuse et du Rhin ne fissent perdre à la France les résultats inouïs de la campagne dltaiie.

Moreau était arrivé sur les bords du Dannbe dans les premiers jours du mois d'août, et Jourdan suivait la Naab , affluent de ce fleuve. L'archiduc Charles , après s'être fait battre par Moreau à Néresheim , concentra toutes ses forces sur le Danul)e et conçut un pian qoi lui assurait le gain de la campagne. Il résolut d'empé-

LIVBB II. CHAPITBB lY. 337

cher la jonction de Jonrdan et de Moreau , et de les accabler Tun après Tautre avec des forces supérieures. L'armée de Sambre-et-Meuse , sous Jourdan y était la plus faible. L'archiduc se porte d*abord au-devant d'elle, repousse son avant-garde^ commandée par Bernadotte , et l'oblige à la retraite. Jourdan s'arrête et livre bataille à Wurtzbourg; mais il est vaincu, et l'archiduc le ramène en désordre sur le Rhin, à son point de départ. Toutes ses forces se portent alors sur Moreau, qui avait continué une marcRe savante sur le Danube. Ce général approchait de Munich et occupait un immense terrain, lorsqu'il apprit .les derniers revers de Jourdan, qui seul aurait pu l'aider à s'y maintenir. L'archiduc revenait sur lui à marches forcées ; l'armée du Rhin, privée d'appui, était eo péril et devait se retirer à son tour. Moreau ordonna la retraite, et se couvrit de gloire en Texécutant; il traversa plus de cent lieues de terrain en présence d'une armée formidable , au milieu d'une population ennemie, et rentra en France après avoir gagné, dans les montagnes Noires, la bataille de Biberach et sans s'être une seule fois laissé entamer.

Cette retraite laissait l'armée d'Italie seule en butte aux efforts des Autrichiens et l'exposait à un grand danger. Davidovitch avait réuni environ vingt mille hommes dans le Tyrol , et Âlvinzi s'avançait avec quarante mille sur la Piave. Bonarpate , pour résister à leurs soixante mille soldats, n'en avait que trente-six mille, dont douze mille dans le Tyrol, sous Yaubois, dix mille sur la Brenta et l'Adige sous Masséna et Augereau , et le reste autour de Mantoue. Tous ces corps, accablés des fatigues d'une campagne si laborieuse, étaient en quelque sorte épuisés par leurs propres victoires. Les renforts promis par le Directoire et impatiemment attendus n'arrivaient pas, et Alvinzi approchait.

Le plan des Autrichiens était d'attaquer à la fois par

Belle manœuvre

de

rarchidcc

Charlefl.

Échec

des armées

du Rhin

et

de Sambre-

et- Meuse

en Allentagne.

Défaite

de Jourdan

a Wartz-

Célèbre

retraite

de Moreaa .

VIetoire de Moreau à Biberach.

d38 QUAtBiÀMB ÉPOQUB.

Nouveau les moDtagnes da Tyrol et par la plaine. Davidovitch

cam'^ame *^*^* ordrc de chasser Vaubois de ses positions et de

AttWchicM. descendre le long des deux rives de l*Adige jusqu'à Vé-

1796. r000. Alvinzi devait , de son côté , passer la Piavc et la

Brenta, puis se réunir à Vérone avec Davidovitch, pour

marelier de concert à la délivrance de Mantoue et de

Wurmser. Ce plan réussit d'abord : Vaubois, battu par

Davidovitch , avait reculé jusqu'aux positions de la Go-

rona et de Rivoli , et ce revers avait forcé Bonaparte ,

quoique vainqueur d' Alvinzi sur la Brenta, à se replier

dans Vérone. Alvinzi se hâta d'occuper en face de Cal-

diéroune position redoutable. Bonaparte pour remporter

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