‹ Histoire de FranceChapitre 5 sur 101 · T&OISIBMB ÉPOQUE · texte numérisé non relu

T&OISIBMB ÉPOQUE

neste, elle convertit en dons et en pensions le trésor du feu roi, et, lorsqu'il fut épuisé, elle se vit dépourvue de force contre tous ceux dont elle avait excité l'ambition et la cupidité sans pouvoir les satisfaire. Jamais la haute noblesse ne se montra plus qu'alors dévorée de la honteuse soif du grain ; la France parut être livrée au pillage, et le grand nombre des déprédateurs assurait leur impunité. Les seigneurs établissaient des péages sur des passage libres et des octrois dans des villes franches; ils créaient des offices, des lettres de noblesse, des privilèges, dont ils recevaient le prix , et augmentaient sourdement les impôts et les gabelles.

Sully quitta un conseil complice de ces actes criminels ; il fut forcé de se démettre de la surintendance des finances et du gouvernement de la Bastille, ponservant la grande maîtrise de l'artillerie, avec les gouvernements du Poitou et de la Rochelle. Il ne ^int plus que rarement à la cour, et se retira dans ses terres, où il vécut respecté jusqu'à rage de quatre-vingt-deux ans (l). Les grands Lcs Gulsc et Ics Coudé, les Bouillon et les d'Épernon

SfouTeraent , .ai . •.

le royaume, restent alors seuls maîtres du royaume et rivalisent de cupidité, d'égoïsme et de violence. Mais au milieu de ces désordres, Marie de Médicis a porté son favori Goncini au faite des honneurs et de la fartune; il est maréchal de France sans avoir jamais porté les armes^ premier gentilhomme de la chambre, gouverneur d'Amiens, de Péronne et de plusieurs autres places; il a acheté le marquisat d'Ancre, dont il porte le titre, et dirige les volonté de la reine. Cette honteuse fortune excite plus .la jalousie des

(1) Ayant un jour été appelé auprès du roi Louis XIII pour quelques affaires , il s^aperçut que son costume antique excitait l'hilarité des jeunes courlisans. « Sire , dit-il au roi , je suis trop vieux « pour clianger d'iiabilude sur rien. Quand )e feu roi, votre père, de « glorieuse mémoire , me faisait Phonneur de m'appeler auprès de « sa personne pour s'entrelenir avec moi sur les affaires de l'État, « au préalable il faisait sortir les bouffons et les baladins. »

Élévation de Coneioi.

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grands qu'elle ne soulève leur indignation. Il se forme à la cour trois partis ; ceux de Coudé, de Guise et de Cou- * cini, tour à tour unis ou divisés suivant le caprice ou Tintérét de leurs chefs. On spécule sur les édits bursaux ; la signera Galigaî, femme de Concini, vend ouvertement les arrêts du conseil ; ceux du parlement sont depuis longtemps méprisés, et les crimes demeurent impunis ; on voit en plein jour, dans la rue Saint- Honoré, le chevalier de Guise assassiner le baron de Luz, soupçonné d'avoir trahi la maison de Lorraine. Le fils de la victime veut venger son père et périt comme lui de la même main, sans qu'une voix s'élève contre ce double crime.

Une révolte éclate enfin, mais ce n'est pas Texcès des Rébeu&on malheurs publics qni l'allume. Au commencement de i«i«. ' 1614, le prince de Condé, les ducs de Nevers, de Mayenne, de Bouillon et de Longueville, ligués contre Goncini, s'emparent de Mézières dans les Ardennes et lèvent l'étendard de l'insurrection. Condé est à la tète du mouvement et publie un manifeste qui flétrit l'anarchique administration de la reine; il lui reproche d'avoir rompu l'union projetée du jeune roi avec la maison de Savoie pour conclure deux impopulaires alliances avec la maison d'Autriche, faisant allusion au projet d'une double alliance d'ane part entre l'infante d'Espagne et Louis XIII, et, d'autre part, entfe la princesse Elisabeth de France et le prince des Asturies. Condé reproche encore à la régente de mal faire observer l'édit de Nantes, d'accabler d'impôts le pauvre peaple, et il attaque ouvertement les insolents étrangers dont l'influence domine dans le royaume.

Ce soulèvement des grands au nom des intérêts populaires inspire néanmoins peu de sympathies dans le royaume. Le peuple et les protestants, éclairés par Duplessis-Momay, démêlent, sous ce masque, les véritables passions et le but de ces mécontents ambitieux, et restent sourds à leur appel. Yilleroi conseillait à la reine d'atta-

Pali Malotrue.

étatii

généraux.

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quer sur-le champ les confédérés, et son avis était le meilleur; mais Concini préférait négocier. Son opinion remporta : le traité de Sainte-Menehould, nommé paix ma" lotrue^ fut conclue en 1614. Par ce traité la reine augmenta les dignités et les pensions des seigneurs rebelles, et promit une prompte convocation des états généraux. Louis XIII était dans sa quatorzième année et venait d'être reconnu majeur; mais longtemps encore il ne fut roi que de nom^ et, dans le lit de justice où sa majorité fut proclamée» le jeune Louis dit à sa mère : Je veux et « j'entends que vous soyez obéie en tout et partout, et qu'après moi vous soyez chef de mon conseil. » Médicis conserva donc le pouvoir, et, en exécution du traité de Sainte-Menehould, elle convoqua les états généraux pour le 26 octobre de cette année. Ces états furent les derniers qui s'assemblèrent avant ceux de 1789. Près de cinq cents députés des trois ordres les composaient. La reine et ses ministres s'étudièrent à paralyser leur influence en les divisant; ils y réussirent. Chaque ordre réclama dans son intérêt particulier : le clergé, dans les rangs duquel figurait un orateur déjà distingué et bientôt célèbre, Armand du Plessis, évêque de Luçon, demanda qu'on admit en France, sans restriction, les décrets du concile de Trente; la noblesse, que le droit de paulette (1) fût aboli, et le tiers état, que les pensions qui obéraient le trésor fussent supprimées ou diminuées. Cet ordre se vit cruellement humilié par les deux autres, c'était peu que, suivant l'usage, le prévêt des marchands Miron qui le présidait, ne fût admis à haranguer le roi qu'à genoux;

(i) Ce droit rendait héréditaires les offices de finance et de jadicature moyennant une taxe annuelle du soixantième du prix auquel on les avait aciietés. La noblesse était jalouse de riiérédilé de ces charges ou offices , qui étaient possédés par des membres du tiers état. La paulette avait reçu son nom de Charles Paulet , qui fut l'inventeur de cette contribution.

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on lui fit un reproche d*avoir comparé les trois ordres de l'assemblée à une grande famille, dont les membres de la noblesse et du clergé étaient les aines et ceux du tiers état les cadets. La reine elle-même traita les députés de cet ordre avec rudesse et arrogance» et cependant ce furent eux qui se montrèrent les plus ardents défenseurs de la prérogative royale. Ils demandèrent qu'on établit en principe qu'il n'était pas permis de déposer les rois pour cause d'hérésie, et exprimèrent le vœu que la couronne fût reconnue, par une loi expresse , indépendante du pouvoir spirituel. Le clergé , par l'organe du cardinal Dnperron, ancien ministre de Henri lY, combattit formellement ces propositions, et les états évitèrent de se prononcer.

L'assemblée fut dissoute Tannée suivante sans avoir produit aucun résultat important, et les députés n'emportèrent en se retirant que la vague promesse que le gouvernement examinerait leurs cahiers et prendrait ai con- utcawen sidération leurs demandes. Les cahiers du tiers état con- <*«■• «•«• tenaient en germe une partie des réformes accomplies à la fin du siècle suivant par une assemblée plus célèbre; c'étaient l'unité douanière et celle des poids et mesures, l'abolition des maîtrises et jurandes, la suppression des fermes générales des finances et des tribunaux exceptionnels, enfin la diminution des droits de gabelle et des aides. Mais, de tous ces vœux si légitimes et si sages, aucun ne fut alors exaucé.

Les états étaient impuissants à pacifier le royaume, où tous les abus restaient debout, et la première agitation partit du sein même du parlement, secrètement soutenu par les princes signataires de la paix malotrue. Ce grand corps judiciaire, dont plusieurs membres étaient députés du tiers état, saisit avec empressement l'occasion de venger cet ordre de ses humiliations et de grandir luimême en importance ; il invita donc, par^un arrêt, à venir délibérer avec lui sur les affaires publiques, les prin-

Célèbres remontrances du parlement.

Nouveaux

troubles

civils.

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ces, les ducs et pairs, tous ceux enfin qui avaient droit de séance, et parmi lesquels un grand nombre étaient ennemis personnels de Médieis. La reine vit dans, cette démarche, inouïe jusqu'alors, une attaque directe contre elle et une atteinte à son autorité; elle défendit la réunion. Le parlement adressa aussitôt au roi d'énergiques remontrances, qui furent lues devant lui, en présence de sa mère et de ses ministres. Il y était dit que ce corps tenait la place du conseil des grands barons de France, et qu'à ce titre il était de tout temps intervenu dans les affaires publiques. Il suppliait le roi de continuer, à Tintérieup et à l'extérieur, la politique de son père, de pourvoir à ce que la souveraineté fût garantie contre les doctrines ultramontaines et à ce que l'intérêt étranger ne s'insinuét par aucune voie dans les affaires d'État. Il blâmait la politique de la reine, les prodigalités de toute sorte, les entraves mises à la justice par la cour et la haute noblesse, l'avidité insatiable des ofQciers royaux et des ministres. Il demandait que tous les abus fussent redressés, qu'on n'exécutât aucun édit sans vérification des cours souveraines et enregistrement préalable, et qu'il fût permis au parlement de convoquer les princes chaque fois qu'il le jugerait convenable. Cette compagnie demandait encore l'autorisation de nommer au roi les auteurs de tous les désordres et de signaler leurs honteuses malversations. Ces célèbres remontrances excitèrent la colère et l'indignation de la reine, des ministres et des courtisans; dès le lendemain parut un arrêt du conseil qui les supprimait. Le parlement résista; puis, ayant reçu du roi des lettres de Jussiofi, il céda et ne donna aucune suite à son arrêt de convocation, sans néanmoins le révoquer.

Les mécontents , et surtout Condé, s'opposèrent vivement au mariage de Louis XIII avec l'infante. Ils alléguaient les maux dont l'Espagne avait accablé la France et la nécessité d'écraser la maison d'Autriche au lieu

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