GOUVERNEMENT CONSULAIRE ET IMPÊRUL
ÊTABUSSEIIEZIT DU CONSULAT. — CAMPAGNES DE 1800 EN ITAUE ET EN ALLEMAGNE. — VICTOIRES. — PAIX D*AMIENS. ~ CONSPIRATIONS. — ELEVATION DE NAPOLÉON BONAPARTE A L*EMPIRB. — TROISIÈME ET QUATBIlfeME COALITION. — CAMPAGNES DE 1805, 1806, 1807, EN AU- TRICHE, EN PRUSSE, EN POLOGNE. — TRIOMPHES MlUTAIRES. — CON- QUÊTES. — GUERRE FUNESTE D'ESPAGNE. — CINQUIÈME COAUTION. ~ CAMPAGNE DE 1809 EN AUTRICHE. ~ NOUVELLES VICTOIRES. — SYS- TÈMR CONTINENTAL. — SIXIÈME COAUTION. — GUERRE DE RUSSIE. — DÉSASTRES. — CAMPAGNES DE 181S ET DE 181^ EN iLLEMAGNE ET EN FRANCE. — ABDICATION DE NAPOLÉON. — SON DÉPART POUR L'ILE D^LBB.
(10 novembre 1799 — 20 avril 18U.) CHAPITRE PREMIER.
Consulat.
(10 novembre 1799 -~ 18 mai 1804.)
La révolution de brumaire fut un attentat contre les KraMtowlois ; mais, après de si fortes secousses et de si cruels dé- du ^tÛiaf. chirements , la France , épuisée , sans crédit et en proie ^^ "**""• "*•* à Tanarchie, sentait le besoin d'un pouvoir central fortement constitué et exercé par une main habile : elle pardonna beaucoup à celui dont elle attendait tout. Chacun d'ailleurs espérait trouver en Bonaparte Thomme de son propre parti : les royalistes l'exaltaient comme un nouveau Monk, comme le restaurateur futur de la monarchie; les républicains modérés aimaient en lui le héros
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né de la Révolutloo, et se flattaient que par lui la liberté s'établirait sur des fondements solides et durables. Toutes ces causes aveuglèrent les esprits, et, quoique Bonaparte eût fait voir ce que son ambition pouvait entreprendre, on était, en général, peu en garde contre elle ; la licence effrayait plus alors que le despotisme, et l'on ne soupçonnait pas encore à quel point il subordonnerait Tintérét de la liberté à celui de sa propre grandeur. Cette illusion fut de courte durée.
Ceux des membres des deux Conseils qui étaient complices de Bonaparte ou favorables à la révolution de bramaire se hâtèrent d'établir le nouveau gouvernement. Trois consuls furent nommés provisoirement, Bonaparte, Sieyès et Roger-Ducos ; on nomma en même temps deux commissions législatives chargées de préparer la constitution et un ordre de choses définitif. Les premiers actes du gouvernement provisoire et consulaire furent l'abolition de l'odituse loi des otages et de celle de Temprunt forcé. La première rendait les parents des Vendéens et des chouans responsables des actes commis dans les provinces révoltées; elle frappait les uns de détention, les autres de déportation. Bonaparte vint lui-même à la prison do Temple, où un grand nombre étaient détenus, et il les rendit à la liberté. Les prêtres et un grand nombre d'émigrés furent autorisés à rentrer en France, et , dans le même temps, des mesures arbitraires et très-rigoureuses furent prises à l'égard de cinquante-huit républicains ardents; mais elles furent adoucies, puis révoquées.
p^j^ Le caractère absolu de Bonaparte se révéla dans la di»coBfufottoii cussion de la constitution nouvelle, dont Sieyès avait répar^ilfjAt. digé le plan. Le principe de Sieyès était que la confiance vient d'en bas et le pouvoir d'en haut : il connaissait d'une part les graves inconvénients et les dangers inséparables du suffrage universel ou des votes de la malti-
LIVHS III. CHAmiB l. S69
tade, toujonn aveagle on passionnée ;rd'autre part il sentait aussi le besoin de donner une large base à la hiérarchie des grands pouvoirs publics, et, en appelant tous les citoyens actifs à concourir, dans une certaine mesure, à la désignatiqp de ceux qui en seraient revêtus , il eut recours à l'élection à plusieurs degrés pour la formation des listes supérieures des candidats aux hautes fonctions de l'État. Il y eut ainsi trois listes de candidature. La première, nommée liste de la notabilité cornmtcna^e,. était formée d'un dixième des citoyens actifs : ce dixième était élu par le suffrage de tous. La seconde liste, dite liste de la notabiliié départementale^ était formée par le vote de tous les membres de la liste précé* dente, dont elle ne comprenait qu'un dixième ; enfin les candidats portés sur la liste départementale choisissaient sur cette liste un dernier dixième qui devenait la liste de la notabilité nationale (l).
Les grands pouvoirs chargés de la rédaction et du crandii maintien des lois étaient le conseil d*État, le Tribunat, ^p^nViulfr le Corps législatif et le Sénat. Le conseil d'État» origine de celui qui existe aujourd'hui, rédigeait les projets de loi, les présentait au Corps législatif et envoyait trois de ses membres pour les discuter et les scHitenir devant cette assemblée. Le Tribunat , formé de cent membres , discutait en public les projets de loi , puis il émettait un vote uniquement pour savoir s'il en poursuivrait l'adoption ou le rejet, et dans ce dernier cas il députait trois de ses membres devant le Corps législatif pour y discuter les projets de loi contradictoirement avec les envoyés du conseil d'État. Le Corps législatif , composé de trois cents membres, entendait discuter les lois, ne pre-
(1) £d admettant qa'il y eût en France' à cette époque cinq mil- Hors de citoyens actifs , la première liste aurait compris cinq cent fDÎlie noms, la seconde cinquante miJIe et la troisième cinq mille seu- Ument.
te.
Tyrannie
379 QUATlliMB ÉPOQUE.
gleterre ; mais cette puissance refusa. C'était surtout et presque uniquement dans Tintérét de son commerce qu'elle crut devoir prolonger la lutte : elle voulait, dans le monde entier, un monopole pour ses produits ; elle voyait avec crainte et jalousie la France maîtresse de la Belgique, et redoutait la concurrence de l'industrie et du commerce de cettecontrée. Âbusantde la supériorité de ses flottes, TAnfADRieierrc gletciTC cxcrçait uuc véritable tyrannie sur l'Océan et vioaar l'Océan. ^^^^ impunément toutes les maximes du droit des gens; à ses yeux le pavillon des puissances neutres ne couvrait point les marchandises sorties d'un port ennemi, et elle s'en emparait de vive force, exerçant sans limites, contre les neutres mêmes, le droit de blocus et de confiscation. C'est ainsi que, régnant sur les mers par le droit du plus fort et comprimant par la terreur le commerce des puissances rivales, elle croyait trouver dans Textension da sien un ample dédommagement aux immenses charges d'une guerre européenne soldée par son gouvernement. L'Angleterre avait alors pour premier ministre poimaoe le célèbre Willam Pitt, qui, portant toute rénergic de wuftaœ ^.^^^ volouté inflexible dans son animosité contre la France, persévérait avec acharnement dans cette politique violente ; il entretenait avec habileté la haine et la crainte qu'inspirait le premier consul aux rois du continent j il leur montrait un danger perpétuel pour leurs couronnes dans une république qui chaque jour croissait en force et en étendue sur leurs frontières ; il les séduisait enfin par l'appât de subsides énormes dont il soldait leur dévouement à son système exterminateur contre la France. C'est ainsi qu'il s'assura longtemps l'appui de la Russie et de l'Autriche. Cependant la première de ces puissances, indignée de voir l'Angleterre ne reconnaître sur l'Océan d'autre droit que celui de la force, l'abandonna dans la campagne de 1800, et vers la ftn de la même année Paul P% touché d'un procédé généreux de Bona-
LIVIS m. CHAPITRE I. S7S
parte, qui lui avait renvoyé ses prisonniers sans rançon, et entrainé d* ailleurs par son admiration chevaleresque pour les talents guerriers du premier consul, se déclara son allié contre l'Angleterre. Profondément irrité des nombreux actes de piraterie commis par les flottes anglaises, il se lit le chef d^une confédération maritime où coniMéraentrèrent la Suède, le Danemark et la Prusse. Ces puis- roariume. sances agirent de concert avec la France et les États-Unis et renouvelèrent la célèbre déclaration de la neutralité armée^ signée en 1780 (1) dans le but de défendre la liberté du commerce et d'affranchir l'Océan de la tyrannie des Anglais. L'Autriche seule persévéra, sur le continent, dans la lutte contre la France, et l'or anglais soudoya son armée.
Bonaparte porta toutes les forces de la république sur tiouveau le Rhin et aux Alpes. Moreau eut l'armée du Rhin ; le ^^"^ premier consul se réserva celle dltalie. La campagne *'""3F* avait pour but de conquérir les deux bassins du Danube ^"^j^^"®et du Pô, et, au lieu de chercher à déborder l'ennemi en prenant l'offensive sur tous les points à la fois, Bonaparte concentra les mouvements de ses armées. Ses premiers efforts tendent à séparer le baron Kray, chef de l'armée autrichienne d'Allemagne, du feld-maréchal Mêlas, qui commande en Italie cent trente mille hommes, contre lesquels l'intrépide Masséna défend Gènes et les Alpes maritimes avec une poignée de braves. Moreau reçoit l'ordre d'envahir les défilés de la foret Noire; il enlève l'importante position de la Stockach, récemment perdue par Jourdan, et remporte successivement plusieurs victoires. Le baron Kray, trompé par la vigueur et la savante tactique de ses manœuvres, se persuade que le principal point d'attaque des Français est sur le Danube, que c'est là que se porteront les coups décisifs, et, réunis-
(1) Voyez ci-des6as , page 212.
374 QUATBltMS iPOQUB.
sant toutes ses forces, il se met dans rimpoissance de secourir Farinée autrichienne en Italie. Alors Bonaparte^ qui a tout mis en œuvre pour abuser Tennemi en désignant Dijon pour le point de réunion d'une armée de réserve, exécute un projet gigantesque : il quitte Paris et court prendre le commandement des troupes réunies à riroproviste sur le Pé, entre Milan, Gènes et Turin : la base de ses opérations sera sur les revers du Simplon et du Saint-Gothard ; il veut surprendre les défilés des Alpes pour tomber sur les derrières de Mêlas, dont les forces sont disséminées de Gènes aux bords du Yar. Le passage é^eVTxpU de Farmée et de sa formidable artillerie s'effectuera par fraDcaiae. la crètc dcs Alpcs, à plus de douze cents toises au-dessus du niveau de la mer. Les cartouches, les munitions de toutes sortes sont portées à dos de mulet; on démonte les affûts, on creuse des troncs d* arbre pour les canons ; cent hommes s'attellent à chaque pièce, et le signal du départ est donné. Le 1 7 mai, trente-cinq mille Français, conduits par Bonaparte, abordent le Saint- Bernard. Moncey marche vers le Saint-Gothard avec quinze mille hommes, pour descendre à Bellinzona; deux autres corps sont dirigés, Tun sur le Simplon, Tautre sur le mont Cenis. Lannes conduit Tavant-garde. Nos soldats déploient sur le bord des précipices, au milieu des glaciers et des neiges éternelles, une constance héroïque ; tous s'excitent par des chants belliqueux, et, lorsqu'un obstacle presque insurmontable se présente, on bat la charge, et l'obstacle est vaincu. Enfin, après des efforts Inouïs, Tinfenterie, la cavalerie, les bagages, les canons atteignent les sommets des Alpes, et bientôt l'armée se trouve réunie au pied du Saint-Bernard, sur le revers opposé, tandis que Mêlas, sans défiance, occupe avec une partie de ses forces la ligne du P6. Dix-sept mille Autrichiens sont sur le Var, en France, et le général Ott, avec vint-cinq oiille hommes, presse le siège de Gènes, qui tient encore^ intré-
LIVBB III. GHAPITBX I. 3 76
pldement défendue par la faible armée des Alpes maritfnies, &oas Masséna, Soult et Suchet.
Le pas de Suse est bientôt franchi par l'armée française, et Bonaparte se dirige rapidement vers le Pô, entre l'emboucliure du Tésin et le confluent du Tanaro et de la Bormida. Il culbute divers corps ennemis qu*il rencontre sur son passage, s*empare de Bergame et franchit TAdda. Instruit enfin par les revers de ses généraux de Forage prêt à fondre sur lui» Mêlas appelle en hâte sur le Tanaro ses lieutenants, au moment même où la famine oblige Gènes à capituler. Mais Bonaparte poursuit sa marche, et, sans attendre que toute son armée ait franchi le Pô, il attaque à Montébello le général Ott avant sa Jonction avec Mêlas et remporte une première victoire. Lannes eut la plus grande part au succès de cette journée, dont le nom glorieux fut dans la suite attaché au sien.
1.6 13 Juin les Français traversent les plaines de San- victoire Giuliano et prennent position entre la Bormida et le Bonaparte village de M aren go, qu'ils allaient rendre si célèbre. Le is juin^^'tlaô. lendemain, dès Taurore, les Autrichiens débouchent par le pont de la Bormida et fondent sur les deux ailes de Tarmée française, où commandent Lannes et Victor ; elles pliaient déjà Tune et l'autre sous le choc impétueux de quarante mille hommes, lorsque le premier consul lance dans la plaine, vers la droite^ huit cents grenadiers de la garde consulaire : ils se forment en carré, arrêtent seuls les colonnes ennemies, qui se brisent contre eux, et méritent le glorieux nom de redoute de granit^ que leur décerna le vainqueur. Leur résistance admirable donna le temps à d'autres divisions d'entrer en ligne. Desaix, récemment revenu d'Egypte et détaché la veille sur un autre point, avait été rappelé en toute hâte sur le champ de bataille; il se montre enfin, il accourt avec sa division et quinze pièces de canon, et une action nouvelle s'engage^ avec furie sur toute la ligne. Cependant cinq mille Au-
S76 QCATIIIÈMI BPOQUB.
trichiens se détachent en colonne serrée pour écraser la gauche des Français et lui fermer la retraite : Desaix s'élance pour les prévenir, il tombe frappé d'une balle; ses soldats, pour le venger, se précipitent sur la redoutable colonne et Tébranlent, tandis que le général Kellermann la prend à revers avec sa cavalerie, la brise et la disperse. Électrisée par ce succès, toute la ligne française se porte en avant et refoule Tennemi au delà de laBormida ; en vain Méias tente de défend reMarengo; le village est emporté et donne son nom à cette célèbre victoire, qui nous rend ritalie. Mêlas consterné demande à traiter, et bientôt Convention la couvcntion d'Alexandrie restitue à la France tout ce ^ drièf*' qu'elle a perdu depuis quinze mois^ a l'exception de *^ Mantoue.
Ce traité n'était qu'une convention militaire ; il fallait
que Tarmée du Danube contraignit par ses triomphes FAq-
vietoirei tHche à le ratifier. Moreau force le passage du Lech,
à^Ho^hstedl s'empare d'Augsbourg, rétablit, après un siècle, la gloire
l ^^o!fem!a- de nos armes dans les plaines célèbres d'Uochstedt» et
Novembre rcmpoitcà Neubourg (l) uuc nouvcllc victoire. L'Au-
et décembre ^ . . n * * i ... • ••
1800. triche appelle aux armes toute sa population virile; l'Angleterre la soudoie encore et ne lui permet pas de signer la convention d'Alexandrie, l'iusieurs armées sont en mouvement : l'archiduc Jean marche avec cent vingt mille hommes au-devant de l'armée triomphante de Moreau et la rencontre entre l'Inn et l'Iser. Il s'avance sur Hohenlinden, et cherche à arrêter les Français dans les vastes plaines d'Anzing, où son armée, très-supérieure en forces, pourra les envelopper. Moreau, pénètre sa pensée, et, par une suite de belles manœuvres, il resserre l'ennemi sur unthéâtreplus étroit^ entreles déillésdu Tyrol, le vil-
{\) La Tour (T Auvergne, proclamé par Bonaparte le premier grenadier de la république , périt au combat de Neubourg. Jusqa'en 1814, La Tour d'Auvergne fut nommé chaque jour à Tappel de ma régiment, et une voix répondait : Mort au champ d'honneur.
LITBB Iir« CHAPITBX I. S77
lage et la forêt de Hoheolinden; puis il s'assure la victoire en faisant tourner les Autrichiens par la division Ricbepanse, de manière à les prendre entre deux feux dans les déflléSy sans qu'ils puissent se déployer et tirer avantage du nombre. Le C décembre la bataille s'engage; au plus fort de l'actiou Richepanse s'élance de la forêt avec la quarante-huitième demi-brigade et porte le désordre et la terreur sur les derrières de Tennemi; trois bataillons hongrois se rallient et veulent l'arrêter, a Grenadiers de la quarante- huitième, dit Richepanse en montrant les HongroiSy que dites- vous de ces gens-là? — Ils soot morts! i» répondent les grenadiers; et ils les culbutent , tandis que Ney enfonce les Autrichiens dans Hohenlinden : leur centre et une partie de leur gauche sont détruits; onze mille prisonniers et cent pièces de canon tombent au pouvoir des Français.
Cette brillante victoire et la prise de Saltzbourg ouvraient à Moreau la route de Vienne ; le vainqueur pour- iiooTeaax soit sa marche et remporte une nouvelle victoire à de'MOTMu Schwanstadt ; les lignes de Tlnn, de la Salza, de la Aiiem^ne. Traun sont franchies; la place de Lintz est enlevée ; les Français ne sont plus qu'à quelques marches de Vienne. Dans ce péril extrême Tarchiduc Charles, en disgrâce depuis le traité de Campo-Formio, est rappelé à la tète des armées impériales ; mais il est trop tard : déjà la ligne de TEns» dernier rempart de la capitale, est menacée. Le prince demande une trêve, et ne Tobtient qu'àcoudition que r Autriche séparera sa cause de 1* Angleterre. Telle fut cette mémorable campagne de ISOO, où la gloire de Moreau fit presquepâlir celle du vainqueur de Marengo : en vingt-cinq jours il avait conquis quatre-vingt-dix lieues de terrain, forcé quatre ligne formidables, battu deux fois cent mille . hommes, pris cent pièces de canon et fait vingt-cinq mille prisonniers; il avait réduit l'empereur à demander merci dans sa capitale menacée, et 1* Autriche était contrainte
378 QUATlltaB ÉPOi^UB.
à réptidler rallianoe de rAngleterre. La paix fàt le résultai des journées de Marengo et deHohenli&deo. Pals Cette paix, signée à Lunéville le 9 février 1801, entre
^FéTT. i8m!' la France, rAutriebe et FEmpire, assurait à la France la possession de ta Belgique et celle desprovinces allemandes de la rive gauche du Rhin. Le thalweg de ce fleuve, depuis sa sortie du territoire helvétique jusqu'à son entrée sur le territoire batave» formait la limite de la France et de rAUemagne, et il fut dit que les princes héréditaires qui auraient fait des pertes sur la rive gauche du Rhin seraient ultérieurement indemnisés. L'empereur abandonnait le Milanais à la république cisalpine, il conservait les États vénitiens jusqu'à l'Adige, et perdait la Toscane, érigée en royaume d'Étrurie pour la branche espagnole de Parme. Des traités particuHers furent signés ensuite par la France avec les cours d'Espagne et de Naples, qui s'engagèrent à exclure de leurs ports les bâtiments anglais ; celle d'Espagne promit en outre de leur interdire par la force les côtes du Portugal^ et elle accueillit dans ce but une armée fràbçaise, que le premier consul mit aux ordres du gouvernement espagnol.
L'Angleterre se vit ainsi seule en armes contre toute
les puissances maritimes ; mais, tandis que l'Italie et
l'Allemagne étaient de nouveau les théâtres glorieux de
sitDstton nos victoires, les plus rudes coups étaient portés à notre
^rH^pîî!* influence en Egypte. Kléber et Desaix s'y étaient d'alwrd maintenosen maitres, et le second, estimé pour sa justice, commepour son courage, avait achevé la conquête delà haute E^pte; mais l'armée, décimée par les maladies, ne recevait de France ni approvisionnements ni renforts. Kléber adressa des plaintes énergiques au gouvernement et peignit sa situation et celle de ses soldats sous des couleurs sombres et exagérées ; il témoigna enfin l'inten- I tion d'évacuer l'Egypte. Cette lettre tomba aux mains
des Anglais, qui crurent la situation de l'armée française
LITHB III. CHAPITHX I. 879
désespérée. Un traité fût alors cobcIo entre Kléber et le grand Yizir : le négociateur du côté de la France fut Desaix, surnommé le Sultan juste en Egypte : il signa, par conTantioa la convention à'El- Arisch, Tévacuation de TÉgypte, u\w^ mais à des conditions honorables pour Tarmée : celle-ci ^'^' rentrerait en France avec ses armes, bagages et effets ; les places et positions qu'occupaient les troupes françaises seraient successivement remises dans des délais déterminés. L'armée n'abandonnait qu'à regret sa conquête ; cependant Kléber, fidèle à sa promesse, fait exécuter la convention : il désarme plusieurs forts et remet les autres à l'ennemi.
Le bruit se répand alors qu'une flotte anglaise bloque les ports de l'É^ypte, et bientôt l'amiral Kdth écrit à Kléber que l'Angleterre refuse de reconnaître la convention d'EI-Arish, conclue sous ses auspices, et qu'elle ne consentira à aucune capitulation si l'armée française ne met bas les armes et ne se rend prisonnière. A cette non* velle Kléber recouvre sa brûlante énergie et redevient un héros ; sou ordre du jour est la lettre même de l'amiral» à laquelle' il ajoute : a Soldats » on ne répond à de telles insolences que par des victoires; préparez-vous à combattre. ;> Le grand vizir Joussef-Pacha s'avançait, au mépris du traité, à la tète de quatre- vingt mille hommes ; Kléber en compte à peine dix mille; c'est assez, il saura vaincre. 11 rencontre l'ennemi sur les ruines d'Héliopolis : victoire la bataille dure vingt^quatre heures ; l'armée turque est A^Héiio^^us. détruite et poursuivie jusqu'aux limites du désert. Le ^ "*"* Caire s'est révolté; un corps nombreux de mameluks y exalte le fanatisme d'une populace furieuse : la ville est le théâtre de nouveaux exploits; Kléber s'en empare après un affreux carnage. Il recouvre bientôt en Egypte tout le terrain et toute l'influence qu'il a perdus, et déploie une activité merveilleuse pour organiser le pays re* con<iuis et s'y créer des ressources nouvelles. Mourad-Bey
880 QUATBIÈMB ÉPOQUS.
admire son vainqueur; il traite avec lui^ et Kléber.fait partout aimer sou administration et sa justice. S*îl eût vécu, rÉgypte aurait pu devenir un établissement stable pour la France, et sa mort fit perdre tout le fruit de la victoire d*Héliopolis : Kléber tomba sous le poignard d'un fanatique le jour même où Desaix , son rival de gloire, expirait à Marengo. Le général Menou hérita du commandement en chef; mais , dépourvu de talent et de force, il ne sut faire que des fautes sans jamais en réparer aucune, et se laissa cerner par une armée anglaise. Bataille Après la malheureuse bataille de Gauope, le Caire capî- A^rulsof: tula; Alexandrie, où Menou s'était renfermé, eut bientôt ÉTacuation après Ic même sort, et l'Egypte entière fut perdue. gypte. £^.jjj,m^g française obtint un libre retour en France avec armes et bagages. Les savants qui avaient accompagné Bonaparte en Egypte conservèrent , malgré le vœu des Anglais, leurs manuscrits et leurs collections précieuses, et l'expédition d'Egypte ne fut féconde en heureux résultats que pour la science.
L'Angleterre avait remporté d'autres victoires en Asie,
où elle avait achevé la conquête des Indes. Ses flottes
s'étaient emparées des belles colonies hollandaises de
Smnamari, de la Guiane, du Gap de Bonne Espérance et
de Geylan, et de nos propres colonies : Malte enfln était
tombée en son pouvoir; l'amiral Nelson avait porté un
coup terrible à la ligue maritime des puissances neutres
Passage cu frauchlssant le passage du Sund avec sa flotte pour
et*attaque attaquer Gopenhague , et en incendiant avec une prodi-
coi»enbagae gieusc audacc les batteries flottantes des Danois , aux-
par Nt'lson. ^ '
1801. quels il dicta une suspension d*armes. «Un événement
aussi tragique qu'imprévu acheva de ruiner la lif^edes
iuaaasinat ucutres ; le czar Paul P^ son plus puissant soutien, périt
pïtir?'. assassiné, et son jeune successeur Alexandre adopta une
politique différente. La ligue fut ainsi dissoute par la
force des choses, et l'Angleterre demeura souveraine sur
LIYBB m. CHAPITRE I. 38t
rOoéan, quoique la marine française commençât à renaître sous la puissante impulsion du premier consul et fit respecter son pavillon dans la Méditerranée , où l'amiral Lioois^ avec trois vaisseaux seulement, en avait battu six au glorieux combat d'Algésiras. De puissants d'AigéSSiis. motifs néanmoins portèrent l'Angleterre à désirer la ^^' paix : elle souffrait depuis deux ans d'une cruelle disette, elle était écrasée sous le poids des taxes : déjà sa dette s'élevait à plus de douze milliards de francs; elle se voyait enfin , avec une inquiétude extrême , menacée d'une invasion formidable. Le premier consul avait réuni Formidable*
* ». prépârallfâ
dans ce but à Boulogne une immense flottille de cha- ^ ^^^/'^^^ loupes canonnières que Nelson avait attaquée sans avoir ""« invasion pu ni la détruire ni la disperser; une armée française Angleterre. enfin se préparait à franchir le détroit. Toutes ces causes rendaient la paix aussi désirable pour l'Angleterre qu'elle rétait pour la France, et la démission de William Pitt, remplacé à la tête du cabinet anglais par Addington , permit de la négocier : l'Angleterre l'offrit et le premier consul l'accepta.
Les préliminaires en furent signés en septembre 1801 par les deux gouvernements. Il fut convenu que l'Angleterre reconnaîtrait les limites continentales de la France telles qu'elles avaient été reconnues par les traités de Lunéville, et qu'elle restituerait toutes les conquêtes qu'elle avait faites sur la France et sur ses alliées, l'Espagne et la Hollande, à l'exception des iles de Geyian et de la Trinité, qui lui demeuraient acquises. L'Angleterre restituait ainsi aux Hollandais la colonie de Sinnamari , du Gap et des Antilles; aux Français la Guadeloupe et la Martinique; aux Espagnols Minorque; Malte enfin à l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Elle conservait le vaste continent de Tlnde et l'Ile de Ceyian, son appendice naturel. L'Egypte enfin devait être abandonnée par les troupes des deux nations et rendue à la Porte. L'in-
QUATRIÀKB iPOQVS.
Paix d*Amtena.
.NanlMt.
Expédition
de Satat-
Domtninie.
isoi.
Amnistie.