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\e Corse Aiéna était le principal auteor : les conjurés de* vaieot frapper le premier consul dans sa loge, au théAtre. L'entreprise fut arrêtée avant Texéeution , et les coupables furent punis de mort. Un autre complot plus dangereux ^fut ourdi par le parti royaliste, ^t Bonaparte échappa comme par miracle aux assassins. Le 3 nivAse ^^cvLM ils mirent un baril de poudre sur une charrette qulls firent stationner dans la rue Saint-Nicaise, au moment où le premier consul devait la traverser pour se rendre à TOpéra. Il dut la vie à Tbabileté de son cocher et à la rapidité de sa course : il avait dépassé Tendroit fatal lorsque la machine lit explosion 1 Beaucoup de per* sonnes périrent , mais Bonaparte n'eut aucun mal. Ce complot est fameux sous le nom de la Mœhine inferwUe^ et il causa une irritation profonde contre les hommes extrêmes des deux partis. Il fut d*abord attribué aux républicains , et le gouvernement proposa d'en déporter cent trente-deux d'une manière arbitraire; on eut recours, pour autoriser cette mesure, à un expédient dan* gereux emprunté au sénat romain à l'époque de la décadence de Rome, et un simple ^énatus consulte ordonna, acim sans jugement préalable , la déportation des cent trentedeux suspects (1). Après cet acte de violence, plusieurs des véritables conjurés furent découverts, et l'on reconnut en eux des émissaires du parti royaliste, agents de Georges Cadoudal. Fouché, ministre de la police, avait deviné la vérité; cependant il ne s'opposa point aux mesures violentes prises à cette occasion contre les repu* blicains, et le décret qui condamnait ceux-ci ne fut point rapporté après la découverte des vrais coupables. Un tel fait suffit pour caractériser une époque où le gouveme-

(1) Il est à remarquer que la violation des Cormes légales par un sénalus consulte, à laquelle Bonaparte eut alors recours pour afTeronir son pouvoir, fut renouvelée quatorze ans plus tard pour décréter «a décbéanoe. (Bichon, Histoire de France, )

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ment, dan« le bat de rétablir l'ordre et la sécarité, ne se faisait point scrapule de recourir à des moyens aussi peu conformes à la justice qu'à la loi. Bonaparte dès lors révéla dans plusieurs actes son caractère tuflexible et despotique, et un parti hostile à sou gouvernement i^ forma dans les grands corps de l'État ; ce parti avait à sa tète, dans le Sénat, Lanjuinais, Grégoire, Garât, Cabanis, et, au Tribunat, Isuard, Baunou, Andrieux, Ghéniery Benjamin Constant. Ceux-ci eurent tort de faire une opposition systématique au premier consul , de fermer les yeux à quelques-unes des plus belies conceptions de son génie , et de ne point reconnaître en lui le seul homme dont la France ne pût se passer.

Travaux Lcs clrconstanccs si difficiles au milieu desquelles s'é-

et gouver- *

n^^jj^nt levait son autorité rendirent quelque temps presque in- ^pTeîîiVr' dispensable en ses mains l'exercice de la dictature^ dont consul, ji fl|. ç^ général, à cette époque, un salutaire et glorieux usage. L'anarchie régnait partout, et partout il rétablit l'ordre, appliquant à toute chose sa volonté forte, son intelligence active et féconde. Il rétablit la régularité dans Code dTii. i'administration civile et militaire : le Code civil, dont il conçut dès lors le projet, fut un monument de génie et Tribunaux devint uu modèle de législation pour l'Europe. Bonaparte préftetom. rccoustitua sur des bases nouvelles l'ordre judiciaire; il remplaça les quatre cent dix-sept tribunaux correctionnels et les quatre-vingt-dix-huit tribunaux civils par un tribunal de première instance pour chaque arrondissement : ce tribunal devait connaître à la fois des matières de police correctionnelle et des affaires civiles ; l'accès de la justice était ainsi plus facile à tous les citoyens. Au-dessus des tribunaux de première instance forent créées vingt-neuf cours d'appel ; chaque département eut un tribunal criminel, et le tribunal de cassation reçut quelques nouvelles attributions. La France fut administrée d'après un mode meilleur : un préfet, ayant sous lui des sous-préfeta, i

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piaçaavec avantage les administrateurs des départements. L'instruetion publique , llnstitut, le commerce, i'indus- iDstmction trie, les routes, les ports^ les arsenaux attirent aussi Fat- ^^*^^tention et les soins du premier consul; il donne, secondé par Monge et BerthoUet, une organisation meilleure à l'École polytechnique» créée sous le règne de la Convention; il divise le Prytanée français en quatre collèges, conserve l'on à Paris, et transfère les trois autres à Fontainebleau, à Saint-Germain et à. Versailles; dans chacun d'eux il destine cent places gratuites aux enfants des hommes qui ont bien mérité de la patrie, soit dans la carrière des armes, soit dans les fonctions civiles. Secondé par Thabile ministre Gandin, il rétablit Tordre dans les finances; il nnaneet. créeuoe caisse d'amortissement et de cautionnements, confiée à rintelligente direction de M. MoUien : cette création a une heureuse influence sur le crédit public. Regardant le clergé comme un auxiliaire indispensable du pouvoir, Bonaparte s'efforce de le gagner à sa cause; convaincu d'ailleurs que la religion est le plus sûr appui de la morale, il rétablit le culte en France, et signe avec le pape Pie VII concordat un concordat par lequel la religion catholique est recon- ^^'^^ '*^'' nue pour celle de la majorité des Français ; les cent cinquante-huit sièges épiscopaux qui existaient avant la Révolution furent réduits à soixante, dont dix archevêchés et cinquante évéchés. Ceux qui en seraient pourvus devaient être désignés par le premier consul et confirmés par le pape. Après ce grand acte réparateur Bonaparte institua un même mode de récompenses pour les services éclatants, pour les belles actions et pour le mérite, dans quelque rang qu'il se rencontr&t, et il fonda ^ pour cet objet, l'ordre hiérarchique de la Légion d'honneur, dont Lé^j^„ il se déclara le chef. Cette création, qui blessait le senti- ''m^^'sm!' ment de l'égalité, rencontra une vive opposition dans le Corps législatif et dans le Tribunat, qui cependant l'adoptèrent.

aiST. Dt PBANCB. — T. II. 17

3S6 .QUATSIÈMB iPOQUB.

Le premier consul» en s'occapant d'une manière d active des intérêts nationaux, ne néti^ligeait rien pour raffermissement de son autorité; on a tu par quels actes arbitraires il crut devoir dompter ou prévenir les conspirateurs; il fit plus, il fitélimiaer par le Sénat les tribuns les plus énergiques, et, après avoir obtenu pour son consulat dix ans de prolongation, il fut nommé consul à vie;ll obtint en même temps le droit de grâce et le droit suprême roniititution de se choisir un successeur. Deux jours plus tard, laçons-

]< ther"nidor titutioudc Tau X fot décrétée par un sénatos-oonsaite oran X.

coDRuiat ganique : les électeurs furent à vie ; le premier consul put

Août iwt. augmenter leur nombre ; le sénat eut le pouvoir de changer les institutions, de suspendre les fonctions du jury, de mettre les départements hors de la constitution, d'annuler les jugements des tribunaux, de dissoudre le Corps l^islatif et le Tribunat. Le nombre des tribuns^ déjà restreint une première fois, fut réduit à cinquante, et Bonaparte se choisit en dehors du conseil d'État un conseil privé, peu nombreux, dont le but principal était la délibération des affaires qui exigent le secret. Tous les citoyens avaient été invités à donner leur opinion sur le consulat à vie. Les registres publics constatèrent 3,577,259 suffrages, et sur ce nombre il n'y eut que 8,000 opposants.

La France alors présentait un spectacle, jusque-là inconnu, de puissance et de gloire, et si TÂngleterre avait conquis, dans ces dix années, Tempire des Indes, la France avait changé la face du continent à son profit : 4e ""France ^''^ ^^^^ conquis toute la rive gauche du Rhin, depuis le o^?ûuit l'cûdroit où ce fleuve sort de la Suisse jusqu'à son entrée en Hollande, et la ligne des Alpes, y compris le Piémont ; elle avait d'ailleurs considérablement abaissé l'Autriche en lui enlevant, outre les Pays-Bas, plusieurs belles provinces, au nord de Tltalie, dont elle avait formé la République cisalpine ; son influence était dominante en Hollande, en Espagne, en Suisse, en Allemagne et dans

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loQte l'Italie du Nord^ et fat rendue trop manifeste peutêtre à cette époque par plusieurs actes politiques de la plus haute Importance.

En Janvier 1802 le premier consul convoqua les dépu- néonton tés de la Cisalpine, formée de la Lombardie jusqu^à TA- ranïuue dige, des Légations et de l'État de M odène ; il les réunit République à Lyon en assemblée constituante, nommée consulte, à la- *àTv*onf quelle il présenta une constitution nouvelle qui fut adoptée. Il reçut pour lui-même de cette assemblée le titre de président de la République italienne, nouveau nom qu'elle substitua à-celui de République cisalpine. Dans le cours de cette mém e année 1802, Bonaparte intervint comme paci- Médiation ficateur et médiateur dans la Suisse déchirée en factions ''"cS^sni"'^ et où dominaient tour à tour le parti unitaire et le parti ^MiSr^' oligarchique (i). Il fit accepter aux cantons l'acte célèbre de médiation, où prévalurent les principes de 1789 touchant l'égalité des droits, non-seulement entre les diverses classes des citoyens, mais aussi entre les différentes portions du territoire helvétique (3). L'acte de médiation conservait la souveraineté des cantons, tout en établissant une diète nationale pour régler les intérêts généraux de la confédération, et il constitua celle-ci à peu près comme elle est demeurée jusqu'à nos jours. Il fut malheureusement nécessaire qu'une armée française de 30,000 hommes in-

(1) Le parti iinilaire ou démocratique tendait à supprimer toutes les ooDSlitutions particulières des cantons suisses pour faire de ceux-ci on seul État compacte. Le parti oligarcliiqoe , au contraire, était le parti fédérai.

(2) Le territoire de la Suisse se partageait auparavant, comme on l'a dit ci-dessus, en cantons souverains et en pays subordonnés oa sujets; Tade de médiation forma de ceux-ci des cantons nouveaux. Le nombre des cantons, qui n*était que de treize en 1789, fut porté à dix-neuf par l'acte de médiation. Depuis cette époque les pouvoii-s de la diète cantonale o»t été fort étendus, et trois nouveaux cantons , y compris celui de Genève, ont été sjoutés à la con- Mdération.

ltS8 QUATRlàllE . RPOQUB.

tervint poar imposer à la Suisse, par la force, les avantages qu'elle retira de cet acte célèbre, et le premier oodsqI se donna, aux yeux de l'Europe alarmée, les apparences d'un vainqueur disposant de la Suisse comme d'un pays conquis. Mais ce fut surtout par son habile interveatioD dans les affaires d'Allemagne que le premier consul fit voir à quelle hauteur il avait élevé la France en Europe.

Par suite de la conquête, faite sur la rive gauche do Rhin, de beaucoup d'États dont la possession avait été assurée à la république française par la paix d'Amiens, une foule de princes s'étaient vus dépossédés, et parmi eux trois électeurs ecclésiastiques^ les archevêques de Mayence, de Cologne et de Trêves. Le principe des indemnités territoriales avait été admis par les puissances contractantes, et il n'était possible d'en donner qu'au moyen de la sécularisation d'un grand nombre d'États ecclésiastiques.

Ceux-ci formaient environ un sixième de la surface sécauri». totale de l'Allemagne. Déjà nos conquêtes avaient eu pour des États résultat naturel la sécularisation d'importants territoires ; rAUemagne. il s'agîssalt maintenant d'en séculariser beaucoup d'autres et de les répartir entre les souverains grands et petits dépossédés par la guerre, soit en Allemagne soit en Italie; il s'agissait en outre de remanier dans son ensemble la constitution de l'empire germanique, qui reposait tout entière sur les anciennes divisions géographiques de l'Allemagne, pour la plupart détruites ou gravement altérées. Ce double travail présentait d'innombrables difficultés, soit pour mettre d'accord ou pour contenir des prétentions innombrables, soit pour maintenir l'équilibre entre la Prusse et l'Autriche dans les partar gesàeffectuer/soitenfin pour faire respecter les intérêts de la France victorieuse. Le premier consul était le seul homme en état d'accomplir cette tâche laborieuse et d'intervenir avec autorité suffisante entre les puissances

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riyales. U obtint que la diète réunie à RatislKHine ae^* ceptét pour ces grands objets la médiation de la France et de la Russie, et il réussit, après une longue série de négociations difficiles, à faire voter par la diète Tacte ou kmm recez de Janvier 1 803, qui, en réglant les indemnités à ac- oe •« di«ie corder aux princes , donnait une nouvelle constitution à ^^,^l!|J][fJ|f Fempire germanique et modifiait d'une manière favorable g^;|U^{|]^ aux intérêts de la France la composition de la diète et celle **^du corps des électeurs pour l'empire. Le plus grand résultat de ce recez célèbre fut de faire pencher davantage du côté de la Prusse et du parti protestant la balance trop fortement inclinée jusque-là du côté de rÂutriche et du parti catholique.

La politique du premier consul embrassait déjà le monde entier, et il se crut assez fort pour prendre, à regard de la plus importante des colonies que la France avait conservées en Amérique, la Louisiane, une décision cension dont aucun des gouvernements précédents n'eût accepté touisune la responsabilité. Jugeant avec raison sa possession trop ^^^m^^* onéreuse à la France et craignant qu'elle ne tombât prochainement aux mains des Anglais, il la céda pour 80 millions à la république des États-Unis. Bonaparte intervenait ainsi dans les deux mondes par les actes de la paix aussi puissamment qu'il l'avait fait par ses victoireSy et il semblait alors, aux regards Jaloux des nations étrangères comme aux yeux éblouis de la Frimce,

avoir atteint Fapogée de sa fortune A cette époque,

dit l'historien de son règne, il pouvait encore faire illusion à la France et au monde. Seulement quelques-uns des conseillers qui rapprochaient et qui étaient capables d'entrevoir l'avenir dcms le présent, étaient saisis d'inquiétude autant que d'admiration en voyant l'activité infatigable de son esprit et de son corps, Ténergie de sa volonté, l'impétuosité de ses désirs. lis tremblaient même à lui voir fiiire le bien comme il le faisait, tant il était

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pressé de le filtre vite et de le faire immense. Le sage Tronchet, qui l'admirait et qui Taimait tout à la fois, qui le regardait comme le sauveur de ia France, disait cependant un jour avec chagrin au consul Cambacérès : a Ce jeune homme commence comme César; j'ai peur qu'il ne finisse comme lui (i). d

Déjà il nourrissait dans son cœur, à son insu peut-être, les germes d'une ambition sans mesure; son orgueil s'était accru en proportion des humiliations que l'Europe continentale avait subies, et la facilité même avec laquelle il la ployait à ses desseins lui donnait dans sa force luie confiance immodérée, cause première des malheurs da monde durant dix années et de sa propre ruine. Pour faire accepter avec résignation par l'Angleterre les chaogements considérables introduits dans l'état du continent depuis la signature des préliminaires de la paix d'Amiens, et qui pouvait affecter d'une manière grave les intérêts du commerce britannique , il importait que le premier consul mit beaucoup de modération dans ses rapports avec le gouvernement anglais et ménageât avee soin la susceptibilité jalouse de la nation. Il n'en fut pas ainsi, et il se plaignit avec hauteur et menaces des attaques auxquelles son gouvernement et sa personne étaient en butte dans la presse anglaise. Celle-ci, libre et audacieuse comme toujours dans son langage, habituée à caresser les passions populaires et à envenimer les actes qu'elle dénonce, se répandait, non sans raison, en récriminations ameres contre la politique envahissante de la France en Europe, tandis que les journaux rédigés à Londres par des émigrés français se montraient aussi lujurieux qu'agressifs à l'égard du premier consul. L'opposition enfin blâmait avec force au sein du Parlement la conduite du ministère, qui, disait^lle, avait négocié du-

(0 Thiers, Histoire du Consulat et de V Empire.

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mot plusieurs mois la paix à AmieDi», sans avoir élevé «ne seule réclamation sérieuse, soit contre les prétentions de la politique fraoçaise, soit contre ses envahissements en Suisse, en Italie et en Allemagne.

L'Angleterre cependant avait alors exécuté toutes les clauses du traité d'Amiens, à l'exception d'une seule. L'Ile de Malte n'était pas encore évacuée , et ce fatal retard avait pour cause l'omission par le gouvernement français d'une formalité nécessaire , et non un manque de foi prémédité de la part du gouvernement britannique (i). A tous les motifs de jalousie et d'irritation que le premier consul avait récemment donnés à l'Angleterre par son intrusion presque souveraine dans toutes les affaires du continent, il en joignit un autre en réunissant Réonton brusquement à la France le Piémont , conquis et occupé à ïa pranoe. depuis deux ans par nos troupes, sans vouloir accorder aucune compensation au roi Charles-Emmanuel, allié de l'Angleterre et dépouillé pour être resté fidèle à cette alliance. Un acte si arbitraire porta au comble l'exaspé- Grieh ration du peuple anglais , et bientôt les clameurs des <*« *ît*2J"^journaux et celles de l'opposition parlementaire , con- l'A^ngicterre. duite par Granville et Ganning, ne permirent pas au gouvernement britannique d'évacuer Malte avant d'avoir obtenu du premier consul des explications au sujet de ses actes si agressifs et de ses empiétements en Europe. Mais déjà celui-ci était monté à ce faite où le vertige est à redouter, où l'obstacle que la passion rencontre, loin de la contenir, Taccrott et l'enflamme. Après avoir complètement étouffé la liberté de la presse en France , Bonaparte ne la comprenait déjà plus dans un pays voisin

(1) Il était dit, dans le traité d'Amiens, que la Russie et la Prusse seraient invitées à en garantir Texécution avant que l'Ile de Malte fût évacuée par les Anglais. Le ministre des affaires étiangèrts, Talieyrand , avait oublié de solliciter cette garantie. Voyez VBis^ ioire du Consulat et de Vempire, par M. Thîers, livre XYI.

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et libre; il ne se disait pas qu'un gouvernement qui , par sa nature métne, est eu butte , dans les journaux, à des outrages souvent très-coupables qull est Impuisssant à réprimer, ne saurait être considéré comme responsable de leurs attaques contre les gouvernements étrangers (l), tandis que , dans les contrées où la presse est asservie ou contrôlée y Tadministration est toujours complice des violences qu'elle tolère. Il blessa au vif les justes sasœptibilités du peuple anglais en faisant insérer au Moniteur des articles pleins d'invectives et de menaces, et somma le gouvernement britannique de châtier les pamphlétaires, de retirer les pensions données aux chouans et aux émigrés vivant en Angleterre , et d'expulser les Bourbons d'un sol on le peuple anglais tient à honneur, depuis des siècles , d'offrir un asile à tous les proscrits ; il fit, dans son propre palais, une scène violente à ramirnssadeor anglais , lord Witworth , et il dicta enfin à son ministre à Londres des notes d'un style impérieux et te plus propre à envenimer les rapports et à rendre fort difficile , en ce qui touchait l'ile de Malte, l'exécution de la clause qu'il était en droit d'exiger (2). Trop faible pour braver la clameur populaire si imprudemment provoquée , le ministère Addipgton voulut temporiser et tenta d'obtenir la ocmcessioD de Malte en échange de nouveaux avantages accordés à la a France. Le traité, rien que le traité, » répondit le premier consul. A cette parole le gouvernement anglais répondit: a L'état de l'Europe avant le traité ; rien déplus, rien de auptare Hioins. 0 II fit cependant un dernier effort et proposa, d'Amiens^ pour satlsfairc l'opinion irritée , 4'accepter, en échange

ISOS.

(1) Ces Térités ont été de nos jours beaucoup mieux comprises par notre gouvernemeot. C'est un important progrès qu'il importe de constater.

(2) Voyez à cet égard, dans Touvrage de M. Thiers, Tome IV, ks dépêches transmises à M. Otto , ministre de France à Londres, par Tordre du premier consul.

LlVat III. GHAFITBE I. 398

de Malte , un Ilot dans la Méditerranée, en demandant y par un article secret , d*étre autorisé à garder Malte pour deux ans à titre provisoire, offrant ensuite de Tévacuer. Bonaparte demeura inflexible. L'honneur de la France , qu'il confondait déjà avec les exigences de son propre orgueil , ne permettait pas » disait-il , la plus légère concession. Il consentit de la sorte ^ pour la possession immédiate d'un rocher dans la Méditerranée , à déchirer le plus glorieux traité qu'ait signé la France , et l'Europe fut replongée dans les horreurs d'une guerre sans terme (1).

Ainsi fut rompue la paix d'Amiens , en Juin 1803 , événement désastreux d'où sortirent, durant douze années, tant d'effroyables tempêtes, et dont la responsabilité est partagée entre les deux peuples. Si l'Angleterre en supporte sa part pour n'avoir point exécuté une des clauses du traité , il convient de reconnaître que le gouvernement français rendit, par ses actes , l'immédiate exécution de cette clause à peu près impossible. Ce n'est pas cependant sur la France , prosternée alors aux pieds d'un maître 9 que retombe le plus grand poids de cette responsabilité terrible; c'est sur ce maître lui-même , enivré de la toute-puissance, né pour la guerre, incapable, comme l'avait été Louis XIV, de s'élever jusqu'au

(1) En rapportant les faits qui ont précédé la rupture de la paix d'Amiens y j'ai été amené , par Timportance qu'ils ont eue pour l'hisloire ultérieure de l'Europe, à entrer dans plus de détails que ne le comportaient les limites de cet ouvrage. On trouvera un exposé lumineux de ces faits dans le quatrième volume de V Histoire du Consulat et de Vempire; cependant , pour bien comprendre Tagitation extrême causée en Angleterre par les empiétements du gou* yernement français en Europe et par le langage violent et hautain du premier consul et de ses agents, il faut lire le récit des séances du parlement anglais à cette époque. jMnvite aussi le lecteur à parcourir, dans VAnnual Register de 1803, p. 220-260, les extraits des papiers d'État (Sto^e papers) tonchant les négociations des deut pays, et les fautes mutuelles de leurs gouvernements.

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dédain de pamphlets injurieux , dans l*âme duquel tous les avantages de la paix étaient plus que balancés par de trop funestes illusions , et qui déjà enûn rêvait pour laim^e et pour sa race la résurrectiou fabuleuse de Tempire des Gaules et de Charlemagne (1).

La guerre coromença des deux côtés par des actes sauvages , tout à fait indignes de nations civilisées. La marine; anglaise, d'une part, fondit spontanément, dans divers parages, sur les bâtiments du commerce français, avant que les hostilités eussent été ouvertement déclarées, et le premier consul , d'autre part , ordonna, par représailles, l'arrestation de tous les Anglais en voyage sur le continent, et dont un grand nombre demeurèrent prisonniers Jusqu'à la fin de celte longue et effroyable guerre.

C'était sur le sol anglais que Bonaparte avait résolu de vaincre l'Angleterre; il médita de nouveau d'y faire une descente, et rassembla dans ce but à Boulogne l'arn>ement le plus formidable, con^iration Une redoutable conspiration fut ourdie, à la même et**'" époque, contre la vie du premier consul et pour le rétaca<tou'£L blissement des Bourbons, par des chefs chouans et royalistes. A leur tète étaient Pichegru et Georges Gadoudal; JMoreau fut leur confident, mais non leur complice. La conjuration fut découverte en février 1804. Moreau et ensuite Pichegru et Cadoudal furent arrêtés. Cet événement agitait les esprits , quand tout à coup un bruit sinistre se répandit dans Paris : le sang d'un Bou^ bon avait coulé ; un prince français, le duc d'Enghien,

(1) L'opinion que j'exprime sur la rupture de la paix d'Amieiis ne se rapproche des conclusions de M. Tliiers que dans i'aperço rétrospeclif quM fait du gouvernement consulaire et impérial , à la fin da tome XYII de son ïwl ouvrage. Dans ce tableau rapide, les appréeialions plus rellécliies et plus calmes du célèbre historien diflèrent sur plusieurs points essentiels des jugements qu'il a émis dans les Tolumes écrits à une date très-antérieure.

UVftl m. ClIAPITBl I.

et rxécutioa

do duc

d'Engbiea.

venait d'être immolé à la vengeance du premier consnl. Abusé par de faux rapporte sur les projets du prince , instruit en outre qu'un rassemblement d'émigrés se formait sur la frontière du Rhin, dans le pays de Bade, Bonaparte résolut d'effrayer ses ennemis par un coup terrible : il viola , au mépris du droit des gens, le territoire badois, en y envoyant deux détadiemente de cavalerie; il leur EDièvement prescrivit, par des ordres détaiMés et rédigés dé sa main, une marche rapide sur Ëttenheim , où résidait le prince, qu'il fit enlever et transporter en France. Le due d*Enghien , arrivé à Paris le 20 mars , fut conduit à Vincennés , où, dans la nuit, une commission militaire le jugea et le condamna à mort : la sentence fut à l'instant exécutée. Bonaparte creusa , dans le fossé de Vincennes , la tombe du dernier des Condé : toute sa gloire n'a pu le faire oublier, et il faut reconnaître dans cette sanglante catastrophe la principale cause de la troisième guerre générale (i).

Paris, la France^ l'Europe était) encore émue d'un si grand attentat lorsque s'ouvrit le procès de Pichegru et de Moreau. Le conquérant de la Hollande, infidèle à sa renommée , était descendu au rôle de conspirateur ; les preuves étaient accablantes ; il prévit son sort. Son

dn

eoncplra-

teura.

(1) L'Europe, offensée et enliardie à la fois, regarda d'an œil nouYeaa la France et son chef. Au bruit de la fusillade de Vincennes, la Prusse , qui allait nouer avec nous une alliance formelle, recula, garda le silence et renonça à une intimité qui cessait d^étre honorable. L'Autriche , plus calculée , ne manifesta rien, mais profila de Toccasion pour ne plus observer de mesure dans Texécution du recez de 1803. Le jeune empereur de Russie , Alexandre , honnête et plein d'honneur, osa seul, comme garant de la constitution germanique, demander une explicaiion pour la violation du territoire badois. Napoléon lui répondit par une allusion injurieuse à la mort de Paul V". Le czar se tut , blessé au cœur, avec la résolution de venger son outrage. (Thiers, Hist. du Comuiat et de V Empire, tome XVII, p. S48.)

89e QUATKIÈKB BFOQUB.

àme forte, dit Bonaparte lai- môme (1), ne pot envisa- Mort ger Tinfamie du supplice. Pichegru désespéra de la démenée du premier consul ou la dédaigna : il s étrangla dans sa prison. Georges Cadoudal parut intrépidemoit devant ses juges et les étonna par Ténergique concision de ses réponses, a Où logeait-il? — Nulle part — Quel était son dessein en venant à Paris? — D'attaquer Bonaparte. — Par quels moyens? — Par la force ouverte. — Avec le |)oignard? — Non, à armes égales contre Fescortedu premier consul, d Mais celui qui alors attirait tous les reprocëft gards était le vainqueur de Hohenlindeny l'illustre Mo-

%^"im!^ reau , qui , soit par ambition , soit par jalousie» avait prêté Toreille aux conspirateurs. Il se flattait de succéder au premier consul , et , s'il eût conspiré , il l'eût fait pour lui-même» et non pour les Bourbons (2). 11 avoua qu'il avait connu les conjurés ; mais l'bonneur^ disait-il , ne lui pe^ mettait pas de les nommer, et il retrouva devant le tribunal la force d'âme qui ne lui fit jamais défaut sur les cbamps de bataille. Bonaparte désirait sans doute une condamnation capitale, afin d'accabler Moreau de sa clémence, et l'on eut soit d'insinuer aux juges qu'ils pouvaient aggraver la sentence sans aucun risque pour l'accusé , le premier consul ayant l'intention de lui faire grâce, a Et qui nous fera grâce, à nous? » demanda Tun des juges. Cette belle réponse était faite par le savant Clavier. Moreau fut condamné à deux années d'emprisonnement. Bonaparte commua la peine en celle d'un exil aux

^Sentence États-Unis. Sur quarante-cinq prévenus , dix-sept furent condamnés à mort, et parmi eux Georges Cadoudal, Cbarles de Bivière et Armand de Polignac : la peine des deux derniers fat commuée; le premier mourut comme il avait vécu ^ sans donner un signe de faiblesse.

(1) Mémorial de Sainte-Hélène,

(2) Thiers, Hist. du Consulat et de C Empire , liv. XVni.

des accusés.

LIVBB 111. CHâPITBB 1. 397

La gaem contre la Grande-Bretagne et la cmiq^fration de Pichegru aidèrent Bonaparte à s'élever du consulat à Fempire; mais d'abord il ajouta aux attributions du Sénat, déjà si étendues. Ce corps n'était qu'un instrument docile entre ses mains , et toute l'autorité qu'il acquérait en apparence était un gain réel pour le pouvoir do premier consul. A cette époque néanmoins^ comme Actes dans les premiers temps de son gouvernement, Bona- ét"ût!teSi parte ne négligea rien pour adoucir son joug en répon- A^oirhdant aux intérêts nationaux : il récompensait toutes les comXÎk. découvertes utiles , tous les services, tous les talents ; sa vaste pensée embrassait à la fois les objets les plus divers ; le jour même où il distribuait quelques pensions à d'anciens ouvriers, il instituait les prix décennaux comme encouragements à toutes les connaissances , à tous les arts qui embellissent et enricbissent les États. Il favorisa de tout son pouvoir la propagation de la vaccine , récemment introduite en France par le respectable duc de La Bochefoucauld-Liancoùrt , l'un des bienfaiteurs de l'humanité, et il n'y eut presque aucune branche.de Tadministration civile ou militaire où son génie ne développât quelque germe heureux d'amélioration. La France n'opposa aucune résistance à Bonaparte, parce qu'en lui l'ambition de la grandeur personnelle s'allia longtemps avec l'intérêt de la gloire et de la prospérité nationales , et il obtint les suffrages de ses concitoyens par ses travaux pacifiques autant que par ses exploits.

lorsqu'il eut ainsi triomphé de toute résistance , il se Éubii«ieflt prier par le Sénat de gouverner la république sous de Rïïpire le nom de Napoléon Bonaparte et avec le titre à'empe- constitution reur héréditaire. Camot, fidèle à la cause républicaine, ***ïm.^"' s'opposa vainement , dans le Tribuuat , aux vœux de la plupart de ses collègues ; l'empire fut proclamé le 2 floréal an XII. La constitution subit de nouvelles modifications, et, tandis que le trône se relevait, quelques

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