CHAPITRE II
l>e ravénement de Napoléon au trône jusqu^à la prise de possession de l'Espagne.
Si Napoléon, après la paix d'Amiens, eût préféré les intérêts de la France à ceux de son ambition, il aurait pu lui assurer les fruits de douze années de déchirements et de guerre et devenir le modérateur de l'Europe; mais il préféra en être le dominateur, et, tenant les yeux fixés sur la grande image de Gharlemagne, il se crut appelé aux mêmes destinées. Il voulut d'abord joindre au titre d'empereur des Français celui de roi d'Italie , et les représentants de la république italienne décidèrent que cette contrée serait érigée en royaume séparé. Napoléon partit aussitêt pour Milan, où il ceignit lui-même la
Troisième
coalitloo.
Premières bMtllUés.
40t QUATElAl» ivOQIIB.
eouronne de fer des rois lombards, déclarant qu'il ne la joignait que temporairement à la sienne, et il nomma Eugène de Beauhamais, son beau-fils, vice-roi d'Italie. L'établissement de ce royaume, la réunion violente et soudaine de la ville de Gènes et de la principauté de Lueques à l'empire, au moment où il venait de protester solennellement contre toute nouvelle adjonction de territoire; enfin les efforts inouïs du cabinet anglais, dirigé une seconde fois par le ministre Pitt, soulevèrent l'Autriche , réveillèrent le profond ressentiment excité en Europe par la mort du duc d'Enghien, et achevèrent de réunir contre la France , dans une troisième coalition, l'Angleterre, T Autriche et la Russie. La Bavière fit cause commune avec la France; la Prusse demeura d*abord neutre. L*Espagne ne se joignit pas non plus aux ennemis de la France : F Angleterre voulut voir une infraction à la neutralité dans le refuge que cette puissance donnait à quelques-uns de nos vaisseaux bloqués dans les ports du Ferrol et de Cadix ; elle somma le gouvernement espagnol de les expulser. Sur son refus y elle lui déclara la guerre, et commença les hostilités par la saisie de riches gallions chargés de piastres du Mexique. Elle Jeta ainsi l'Espagne dans ralliance de la France , et la réunion de la flotte espagnole à la flotte française accrut la confiance de l'empereur dans le succès d'une descente en Angleterre.
Napoléon avait suscité la coalition nouvelle, non-seulement en soulevant un sentiment universel de réprobation et d^horreur par l'enlèvement et l'exécution du due d'Enghien , mais surtout par la téméraire usurpation de la couronne d'Italie et par la violente réunion de Gènes et de Lueques à son empire dans le temps même où il méditait d'accomplir sa gigantesque entreprise contre l'Angleterre . 11 s'était rendu de nouveau dans ce but au camp de Boulogne , et il y achevait ses formidables pré-
LItBB III. CHAPITmi II. 40t
paratf Cl. Ses ordres avaient réuni sur cette eôte cent mille ^^^ hommes de la meilleure infanterie de l'Europe, quinze de Boulogne. mille de cayalerie et cinquante miile matelots; deux mille bâtiments légers, nommés chaloupes canonnières, avalent été construits et armés d'une masse énorme de l>ouches à feu. €ette flottille innombrable devait porter p^^et Timmense armée d'invasion et la débarquer sur la côte *"* *en**"** opposée. Mais une flotte anglaise défendait le détroit , et ^"«**^""'*plusieurs de ses divisions bloquaient nos escadres dans les ports de Brest et du Ferrol : une seconde flotte ennemie, sous les ordres de Nelson, croisait dans la Méditerranée et observait la nôtre, enfermée dans le port de Toulon. Pour que le passage de la Manche fût libre ou pût être tenté sans la certitude d'un désastre, il était indispensable qu'il se Ht sous la protection d'une flotte française; celle de Brest, commandée par Tamiral Gànteaume, était bloquée par les Anglais et trop faible pour défendre seule le passage. Mapoléon conçut la pensée de transporter dans la Manche la flotte de Toulon, à laquelle celle de Brest, profitant d'un vent favorable devait auparavant se réunir. La première eut l'ordre, après avoir franchi le détroit de Gibraltar, de rallier les bâtiments français et espagnols renfermés dans le port de Cadix, puis de se diriger sur la Martinique pour tromper l'ennemi sur sa direction véritable. Elle devait y attendre la flotte de l'amiral Gànteaume, revenir avec elle en Europe, déblo* quer le Ferrol, sur la côte d'Espagne, et rentrer enfin dans la Manche, en présentant aux Anglais une forée imposante de soixante vaisseaux de guerre et supérieure en nombre à la leur. Napoléon, en espérance , se voit ainsi maitre du détroit durant au moins vingt-quatre heures : c'était assez, dit-il, pour jeter son armée sur la côte opposée, et dès lors l'Angleterre serait sa conquête. Ce plan, quel que fut d'ailleurs le succès, était une conception de génie : un concours étonnant de cirocms-
404 QUATHIÈMB EPOQUE.
Goocoan tADCBS , daiis lesqaolles il est permis de recotinattre la
^iiSSJt main àe la Providence , le fit échouer. Il follait poor
^''unÏM*" l'exécuter un excellent amiral, ferme, actif et audacieux.
font MTorter ^iapoléou avalt trouvé cet homme dans La Touche-Tré-
ce projet, ^yj^^ ^^,.j ^^gigQj^ p^QP commander la flotte de Toulon
et pour la conduire dans la Méditerranée. Cet amiral mourut la veille de mettre à la voile, et bientôt après expira Tamiral Brueys, chargé du commandement de nos opérations dans la Manche. Une fatalité étrange fit remplacer La Touche-Tréville par Tamiral Villeneuve, homme plein d'honneur, de science et de bravoure, mais dépourvu des qualités les plus indispensables pour une semblable entreprise, le sang-froid, la résolution, et la confiance. Villeneuve exécuta cependant avec bonheur la première et la plus difficile partie de sa grande mission : il échappa à Melson dans la Méditerranée et rallia dans Cadix Tamiral Gravlna et l'escadre espagnole. Les flottes combinées touchèrent aux Antilles, où elles attendirent en vain l'amiral Ganteaume; elles revinrent ensemble en Europe, livrèrent un combat glorieux en face du Ferrol à la flotte anglaise commandée par Famiral Galder, et rallièrent enfin deux nouvelles divisions, l'une française et l'autre espagnole. Là s'arrêta la fortune de Villeneuve, et il se montra comme frappé de vertige au moment essentiel et si ardemment attendu par Napoléon. Une circonstance imprévue, inouïe même (l), avait retenu la flotte de l'amiral Ganteaume dans la rade de Brest; il avait att^du un coup de vent de Téquinoxe qui forçât la flotte anglaise à s'éloigner de ces parages : le temps, j (1) Ganteaaroe, par une sorte de phénomène dans la saison, n'avait pu trouTer uo seul jour pour sortir du port de Brest. Il ne s'était jamais vu , de mémoire dUiomme, que l^équinoxe ne se fftt pas manifesté par quelque coup de vent. (Thiers , Hist, du Consulat et de V Empire , liv. XXI. )... La Providence sans doute ne voulait pas qu'il réussit. ( Le même, p. 468. )
LIVRB III. CHAPITAK 11, 405
pour la première fois, de niémoire d'iiomme, fut toujours calme et serein. La sortie était devenue impossible , et Villeneuve avait reçu Tordre de cingler sur Brest, de débloquer le port et de dégager la flotte : sans cette manœuvre, toutes celles qui avaient précédé devenaient inutiles ; seigle, dans l'opinion de Napoléon , elle assurait le succès de sa gigantesque entreprise , car elle donnait aux Français, pour quelques jours du moins, une supériorité de force dans le détroit, a Arrivez avec toutes vos forces réunies dans la Manche, d écrivait Tempereur à Villeneuve ; a livrez bataille; perdez la moitié de la flotte, s'il le faut, et avec le reste assurez mon passage. ii> Villeneuve ne comprit pas qu'à tout prix il fallait obéir ; inquiet du mauvais état des équipages et du matériel de la flotte es* pagnole, troublé par la conviction de l'infériorité de nos marins dans la manœuvre, par suite du défaut d'exercice et d'habitude suffisante, persuadé enfin de la réunion des escadres ennemies dans la Manche, et voyant, dans l'événement d'une bataille , beaucoup plus la ruine de la marine française que la conquête possible de TAngleterre, il perdit toute confiance : au lieu de se diriger sur Brest et de là dans la Manche, il gagna la haute mer, et, tandis que l'œil ardent de Napoléon, dévorant l'étendue, brûlait de découvrir sa flotte accourant à l'horizon, Villeneuve la ramenait en arrière et faisait voile vers Cadix. A cette nouvelle, qui fait avorter la plus redoutable et peut-être la plus téméraire de ses conceptions , la colère de Napoléon fut égale à sa douleur, et elle éclata contre Villeneuve en expressions véhémentes et terribles. Jamais entreprise n'avait été conçue avec plus de suite, de profondeur et d'ensemble, et dans aucune la destinée ne se plut davantage à confondre les vains projets de l'homme et son génie.
/^C'était à Londres que Napoléon avait espéré vaincre la nouvelle coalition de la Russie et de l'Autriche, sou-.
406 QUATBEÈMS ÉFOQUB.
doyëe par TAngleterre , et à laquelle la Prusse , peu de Traité temps après , allait aussi s*unir par on traité secret si- ?nire gué à PotsdAm entre Alexandre et Fredéric-Guilet la^j^'r^- laume (t) : maintenant que le chemin de Londres lai était fermé , il fallait marcher aux Russes et aux Aucampagne trichlcns. Cent vingt mille Autrichiens s'avançaient en trois corps, sous les archiducs Ferdinand, Jean et Charles, \ers le Rhin et TAdige , et deux armées rosses étaient en marche pour les joindre. Napoléon, encore au camp de Roulogne, devine les mouvements combinés des ennemis ; son génie lui révèle les manœuvres nécessaires pour les vaincre , et il dicte sur-le-champ le plan d'une campagne immortelle. En vingt jours l'armée française passe des bords de TOcéan aux rives du Rhin. Napoléon franchit ce fleuve en octobre 1806 avec 160,000 hommes, divisés en six corps d*arniée , et s'avance par les Alpes et laSouabe à travers TAIlemagne. Le Danube à son tour est franchi, et les lieutenants de Napoléon livrent une suite de glorieux combats. Murât triomphe à Wertlngen et àGûnzburg ; le général Dupont, si malheureux plus tard, arrête avec 5,000 hommes 25,000 Autrichiens au combat de Hasslach et leur fait 5,000 prisonniers; Ney est vainqueur à Elchingen, et Farroée autrichienne du général Mack est refoulée dans la ville d'Ulm , où Napoléon l'investit, et le 20 octobre Gapitaiation Mackcapîtule et met bas les armes avec 30,000 hommes. d'uiin. Q^^^^ capitulation ouvre à Napoléon le chemin de Vienne, occupée par des forces trop inférieures pour Parrèter
(1) Par ce traité il fut stipulé entre les deux souverains que b Prusse offrirait en décembre sa médiation aux parties belligérantes à des conditions que L'on savait inacceptables par Napoléon , et que , s'il les rejetait , la Prusse se joindrait aussitôt aux coalisés en aUègoant la violation de son territoire par l'armée française. L'babîle ministre de la Prusse, M. d'Haugwitz, partit à regret avec ses iastructioDs pour le quartier général de Napoléon.
LIYJIB ni. GHAPITBK II. 407
longleaps. Cependant uneaotre armée aatrichienne sous Tarchiduc Charles oceapait la Lombardie et pouvait se rapprocher de l'armée française et Tattaquer avec succès en lui interceptant le chemin de la capitale. Le prince Charles avait en face de lui Masséna, qui, pour Parréter, lui livra la sanglante bataille de Gaidiéro. La victoire naunie demeura incertaine » mais rarohiduc fut contenu , rejeté au sud par Masséna, et il ne put arrêter la marche précipitée de Napoléon sur Vienne. La grande armée, après la reddition d'Ulm^ traverse la Bavière , franchit Tlnn, puis le Traun y en refoulant devant elle les faibles corps que r Autriche lui oppose : le 12 novembre enfin Napoléon, après s*étre emparé des ponts du Danube, fait son Entrée entrée à Vienne. * vienne.
Les Russes entraient alors en Moravie, où ils rallièrent les débris de l'armée autrichienne. Napoléon, marcha au-devant d'eux et les rencontra aux environs de Brunn» dans la plaine d'Austerlitz, où Tattendait un nouveau triomphe. Il établit, le l^*^ décembre, sa ligne de bataille entre Austerlitz et Brunn ; il appuie sa droite au lac de Ménitz et sa gauche aux montagnes, entre les bassins de la Schwartza et de la Marche : devant cette ligne est la colline de Santon, d'où Napoléon surveille tous les mouvements de son armée. Les Russes et les Autriehiens débouchent par Wischnaw et s'établissent entre la ligne française et le village d'Austerlitz. Napoléon les voit avec joie dégarnir leur droite, qui couronne les montagnes, et agglomérer toutes leurs forces à gauche pour couvrir la plaine et déborder son flanc droit : il a tout combiné pour les écraser s'ils abandonnent les hauteurs auxquelles chacune des deux armées appuie une de ses ailes, et , lorsqu'il voit leurs premiers mouvements vers la gauche, il s'écrie : « Avant demain soir toute cette armée est à nM>i. » Aux approches de la nuit Tempereur visite, sans être annoncé^ les bivouacs de se^ soldats ; ils le
408 quâtbièmb époqub.
reconnaissent, le saluent de leurs acelamations ; toute la ligne étincelle de (m\ : c'est l'anniversaire du conronnement que ses soldats célèbrent , et ce grand jov lai apporte un présage de victoire. Napoléon rentre dans sa tente et achève ses dispositions pour le lendemain. Bemadotte commandera le centre, Soult la droite, où l'effort doit être décisif; Lannes défendra la gauebe et la forte position de Santon, armée d'une batterie de dix-huit pièces. Davoust enfin contiendra l'aile gauche des alliés. Toute la cavalerie est sous les ordres de Murât; vingt des meilleurs bataillons formelront la réserve.
Le 3 décembre^ au moment où le soleil se lève sur d'Aasteriftz. Cette plaine fameuse, dans laquelle vont se heurter trois cent mille hommes et où doit se décider le sort de la monarchie autrichienne, Napoléon parcourt le front de ses régiments et dit ; « Soldats, il faat finir cette campagne par un coup de tonnerre. » Des cris d'enthousiasme lui répondent , et la bataille s'engage. Les ennemis, toujours résolus à tourner la droite de l'armée française, abandonnent, au centre de leur nouvelle ligne, les hauteurs de Pratzen. Souit reçoit l'ordre de s'en saisir et s'y porte aussitôt ; Kutusoff, général de l'armée russe, comprend sa faute et veut la réparer ; mais tous ses efforts sont impuissants ; les Français occupent ces hauteurs, qui partagent la ligne ennemie, et, tandis que Davoust arrête les coalisés adroite dans la plaine. Murât, Lannes et Bernadette emportent à gauche leurs principales positions. Mais alors la cavalerie de la garde impériale rosse s'élance sur le champ de bataille^ renverse plusieurs bataillons des plus braves et rétablit le combat. Napoléon voit le danger; il détache l'intrépide Rapp à la tète de la cavalerie de sa garde : après on choc terrible les Russes sont rompus et dispersés , et Rapp , le sabre brisé, le cheval tout sanglant, accourt au galop annoneer la vie-
UVBB III. GHAPITBB II. 409
toire. Les restes de Tarmée ennemie sont acculés an lac, dans un bas-fond, et cernés au milieu d*un cercle de feu; écrasés par la mitraille , ils veulent fuir sur la glace, qui se brise et les engloutit : quinze mille Autrichiens et Busses ont péri, Tîngt mille demeurent prisonniers, quarante drapeaux et deux cent pièces de canon sont les trophées de cette mémorable victoire.
Triomphante sur le continent, la France avait éprouvé sur mer de cruels désastres. Sa flotte, réunie à la flotte espagnole, sous le commandement de Tamiral Villeneuve, après avoir été battue au cap Finistère, perdit le 21 octobre la célèbre bataille de Trafalgar. Trente-trois vais- Hawiie seaux franco-espagnols et sept frégates furent battus par deTnfaigar. vingt-sept vaisseaux anglais et quatre frégates sous les ordres de Nelson : treize vaisseaux seulement échappèrent au désastre de la flotte combinée. Cette immense victoire, qui coilita la vie à Tamiral anglais assura la souveraineté des mers de l'Angleterre , et ce ne fut plus sur cet élément que Napoléon tenta d'ébranler sa puissance.
La victoire des anglais à Trafalgar eut les plus graves conséquences pour la cour de Naples, qui obéissait à Fimpulsion violente et vindicative de la reine Caroline, femme de Ferdinand I*'. Cette cour, intimidée par Napoléon, avait stipulé avec lui un traité récent de neutralité, et elle ne connaissait encore ni la journée d'Austerlitz ni la capitulation de Tarmée autrichienne à Ulm : elle apprit tout à la fois, pour son malheur, que la Prusse allait s'unir à la coalition et que la marine française avait été détruite à Trafalgar. Elle en conclut que Napoléon courait à sa perte, et appelant aussit6t dans le royaume les soldats de la coalition, elle y reçut 12,000 Anglais et 6,000 Russes, auxquels devaient se joindre 40,000 Napolitains^ avec le projet arrêté de soulever l'Italie sur les derrières de Tarmée firançaise engagée en Autriche. Cette
■m. 1»K FRAMCI. — T. II. 18
410 QUATBIEMB BPOQUB.
conduite provocatrice et tiéméraire cfiusa la. chute des Bourbons de Naples, qui furent f4>andQnnés par la Prosse, par la Russie et rAutriche dans 1^ négociations pour la paix que Fempereur François II vint en personne demander à son vainqueur après la journée d' Austerlitz.
Napoléon accorde une armistice aux Autricl^eDS et aux Russes et vient d'abord traiter pour la paix avec la Prusse. Il avait appris le traité conclu par cette puissance avec Alexandre au début de cette campagne, et» pour la punir en la brouillant avec TAngleterre , il résolut de rhumilier à ses propres yeux en la forçant d'accepter les dépouilles de son i|ncieune alliée. Çest ainsi Traitéi que fut signé le 14 décembre, à Sçhœnbrunn^ le traité
schœnbrann d'alliance offensive et défensive par lequel la France, la Ftloce considérant le Hanovre comme sa conquête, le cédait ' à la Prusse en échange du duché ^de Glèves, .de la principauté de Neuchâtel et du marquisat d'Anspach , que Napoléon échangea bientôt avec la Bavière coiitre le duché de Berg.
Piitx I)ix jours plus tardy le 25 décembre, Napoléon im-
presbourg posa à Fcmpereur François II Tonéreux. traité de PreslaKn'Sce bourg, par Icqu^cl F Autriche perdit l'Etat de Venise»
*' ^W5. ^' le Friouly IMstrie, la Dalmatie , territoiriss dans lesquels étaient enclavés Trieste et les bowjiesdu €attaro, si importantes pour la navigation et le oommerce. Il fut stipulé que toqs ces États seraient néujois au royaume dltalie, dont Napoléon portait la couronne. Geile-d devait être en principe séparée de la couronne de Franee; mais aucune époque xie fut fixée pour effectuer cette séparation.
L'Autriche cédait le Tyrol à la Bavière et recevait eu échange pour l'archiduc Ferdinand la principauté e^ clésiastique, de Wurtzbourg ; elle^ obtenait aussi, an profit d'un autre archiduc, la séettlarisatiou des bieos de l'ordre Tentoniqtte, évalués à 160,000 florins de
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revenu. Les deux électorats de Bavière et de "Wurtem- ^.J^ ^ berg forent érigés en royaume , et l'empereur François ^*i*^î*^*J';i abandonna aux trois souverains de ces deux états et au ^^^j^* grand duc de Bade les anciens droits de Tempire germanique sur la noblesse immédiate de leurs territoires. L* Autriche enfin eut à solder pour les frais de la guerre une contribution de cent millious, qui fut réduite plus tard à la moitié de cette somme.
Le traité de Presbourg , si glorieux à tant d'ég^trds ponr la France, ne fut cependant, comme la plupart des traités que signa Napoléon, qu'une balte dans la guerre. Il était impossible que l'état de choses qu'il créa sur la. continent fût jamais regardé comme définitif par la Prusse, beaucoup plus humiliée que satisfaite d'avoir reçu le Hanovre en éehange d'une de ses provinces; par l'Autriche, qu'il exaspérait en lui imposant . des sacrifices immenses ; par l'Angleterre enfin , qui restait en armes ainsi que la Russie, et qui perdait, avec le Hanovre, le patrimoine de ses rois. Napoléon se crut alors le maître de ^Europe, ^t, ne voyant point de limite à sa puissance, il n'en nnt aucune à son ambition.
De retour à Pans après sa brillante campagne de trois mois, Napoléon y excite un enthousiasme universel. Enivré de sa fortune , il s'occupe, d'abattre les derniers vestiges des Institutions révolutionnaires. Le calendrier républicain est définitivement remplacé par le calendrier grégorien , qu'un décret dote d'un nouveau saint en ordonnant «pie, le l^ août, la Saint-Napoléon sera céléi»rée dans l'empire ; un autre décret destine la basilique de Saintnûenis à la. sépulture des empereurs, le Panthéon est rendu au culte catholique, et le Tribunat cesse d'exister^ Napoléon, qui vient de créer, par la paix de Presbourg y les royaumes de Bavière et de Wurtemberg, déclare que la maison de Naples a perdu la cou-
313 QUATRTÀMV EPOQUE.
HapoiéoB ronne en châtiment de la part qu'elle a prise dans la la^téâéuee dernière coalition, et il transmet le sceptre napolitain à BoaJSou son frère Joseph : il érige en royaume la république des n^eraroiHM Provinces-Unlcs en faveur de son frère Louis, et nomme "^oMph" ' le prince Murat^ soa beau-frère, grand-duc de Glèves et nuau rot de Berg. Une seule république restait encore de toutes It îSa^ celles qui, sous le Directoire, avaient entouré la France; de H^^nde ^*®^^ *^ Suissc ; et Napoléon s'en déclare le médiateur. iMt- ' Il cherche à rétablir le régime militaire hiérarchique des temps féodaux, et transforme diverses provinces et prin- Grandi fleb cipautés cu grands fiefs de Tempire, qu'il donne en réde rcmpire. compense à ses ministres et à ses généraux les plus illustres. Ainsi furent érigés en duchés la Balmatie, l'Istrie, le Frioul, Gadore, Bellune, Conégliano, Trévise, Feltre, Bassano, Vicence, ?adoue, Rovigo, et en principautés Neufchàtel, Bénévent et Guastalla. Deux ans plus tard Napoléon porte le dernier coup aux institutions fiooTeiie républicaines en créant une nouvelle noblesse héréditaire, héréditaire, dans laquelle les anciennes illustrations prirent rting pour la plupart après les célébrités du jour. C'était se poser soimême comme principe et source d'un nouvel ordre social, revêtu néanmoins de formes anciennes , et ne point tenir compte de la consécration que les noms illustres ont reçue du temps et de l'histoire ; mais alors le blâme était muet, toute liberté de la presse était étouffée; Napoléon n'avait à craindre que ses adulateurs, et les lauriers, en couvrant ses fautes, les faisaient pardonner. De grands travaux furent exécutés ou commencés à cette époque, durant laquelle l'empereur fit aussi quelques utiles créations et d'importantes améliorations dans les diverses branches de l'administration générale et des services publics. Il donna une organisation nouvelle à la Banque et à la Trésorerie ; il modifia les attributions du conseil d'État et le compléta par l'utile adjonction des maîtres des requêtes; il créa, sous len<Mn d'UnlYenfté
UTU III. GHAPITBB II. 41 S
impériale» un corps enseignant chargé de l'éducation pn* ^ blique dans tout Tempire ; il fit enfin voter par le pou- ^u^^SS^ voir législatif an code de procédure civile rempli de dis- nô^ûa positions excellentes, en harmonie avec les lois simpli- ^ fiées et avec la nouvelle forme des tribunaux ^"^Sl^^
Tout sourit aux vœux de Tempereur dans Tannée 1806 : Pitt, son irréconciliable ennemi, était mort, et Fox, chef de Topposition parlementaire, lui avait succédé. Des négociations pacifiques furent aussitôt entamées entre les deux puissances et activement suivies par le ministre Talleyrand. Mais Torgueil aveuglait déjà Napoléon : il voulut achever la ruine des Bourbons de Naples, qui, chassés du continent, régnaient encore en Sicile; il exigea que cette lie fût réunie aux États de son frère Joseph, ety pour que TAngleterre ne s'opposât point à cette nouvelle conquête, il lui offrit en échange la restitution du Hanovre, cédé à la Prusse. Cette prétention, que rien ne justifiait, était trop contraire aux intérêts commerciaux et à rhonneur de TAngleterre pour être acceptée. Fox lui-même, malgré son penchant pour la paix, n'aurait pu, en la signant à ce prix» compter sur Taveu du parlement^ et bientôt les négociations furent suspendues.
Cependant Napoléon, poursuivant ses projets illimités de domination en Europe, achevait d'organiser son empire militaire en plaçant sous sa dépendance l'ancien corps germanique. Le 12 juillet 1806 quatorze princes du midi et de l'ouest de TÂllemagne se réunissent en con- coarédénfédération du Rhin et reconnaissent Napoléon pour ^"ism. protecteur. L'acte de confédération établissait qu'il y aurait, entre l'empire français et les États confédérés, une alliance en vertu de laquelle toute guerre continentale que l'une des parties contractantes aurait à soutenir deviendrait immédiatement commune à toutes les autres ; il conférait aux princes signataires les droits de la souveraineté sur la multitude de princes et de comtes quenour-
414 QUATBiteV Él^lH^m.
riflsait le territotre germanique, et qui, en qnalâé de mtmhresdt\9i noblesse immédiate, ne relevaient auparavant que de l'empereur d'Allemagne. La confédératioa a^iblit la Prusse et l'Autriche autant qu'elle ajoutait, en ap- [Mirence du moins, à la puissance de Napoléon : il cmt fortifier son empire en le couvrant, sur la rive droite daKhin, d'une ceinture d'États dont les chefs seraient d'autant plus dévoués à ses intérêts que lui seul pouvait leur garantir la conservation de ce que seul il leur avutdooné, et II oublia qu'il blessait profondément et soulevait d'avance contre lui, de la manière la plus dangerease, le sentiment national de leurs peuples. Allemands decœar, en les faisant entrer malgré eux dans une confédération toute fhinçaise. L'empereur François II était, entre les souverains de l'Allemagne, celui dont les droits étaient le plus lésés par la formation de la confédération du Rhin ; mais il était dans l'Impuissance d'y mettre obstacle : Il se soumit à la destinée qui avait prononcé à Austerlitz;
de i^ptK ^' abdiqua le titre d'empereur d* Allemagne, et oonserra sous le nom de François I^, le titre d'empereur d'Autriche, qu'il avait pris en 1804. Ainsi finit l'empire germanique, après mille ans d'existence. Napoléon vit alors la plus belle partie de l'Earope continentale ou enclavée dans la France ou vassale de son tr6ne : il crut avoir réalisé son rêve et fot, à ses propres yeux, empereur de t'Oocident et le véritable successeur de Charlèmagne.
Cependant le roi de Prusse Frédéric-iruillaume, Irrité contre Napoléon, qui, après lui avoir garanti la possession du Hanovre, avait songé à restituer cet électoral à l'Angleterre, était en outre alarmé avec raison des envahissements de la France et de son ascendant toujours croissant en Europe : il se décide à former en Allemagne
confédér.- une confédération des États du Nord, afin de l'opposer îiSd' * ** confédération du Rhin, et il envoie à l'empereur on ultimatum où il pose comme condition première damain-
germanûiue.
at»i
LIYBX III. GHAPITBB 11. 41S
tien de la paix la retraite en deçà da Rhin de tontes les troupes françaises cantonnées en Allemagne. Napoléon s'indigne d'une condition où Û voit une insulte ; il ne permettra point que la Saxe et les villes hanséatiques entrent dans la ligue du Nord ; il rejette Tultimatum de la Prusse^ et Frédéric-Guillaume se décide à la guerre. Ce prince envahit la Saxe; Tambassadeur firançals est insulté dans Berlin, et la jeune et belle reine de Prusse parcourt cette ville à cheval, en costume militaire, pour exciter Tenthousiasme l)elliqueux de la population, a II a semble, dit Napoléon en parlant d'elle, voir Armide, a dans son égarement, mettant le feu à son palais. » Ces paroles sont prophétiques. La France écrasera cette quatrième coalition, formée par la Russie, la Prusse, la ^^'JjJJJ* Suède et TAngleterre. La mort de Fox, survenue peu J»«après celle de Pitt, avait détruit tout espoir de conciliation entre cette dernière puissance et Tempire français.
Napoléon entre en campagne, le 28 septembre, à la tête de cent quatre-vingt-dix mille hommes, et marche à la rencontre de Tarmëe prussfenne, qui avait déjà envahi la Saxe. Cette armée, à laquelle se joignirent les troupes saxonnes (l)', était forte d'environ cent quatrevingt mille soldats, qui la plupart se croyaient invincibles, comme héritiers de la tactique et de la gloire du grand Frédéric : elle était commandée par le vieux duc de Brunswick, célèbre dans la guerre de Sept- Ans : une grande partie des troupes obéissait au jeune prince d'Hohenlohe, que le roi avait rendu presque indépendant du général en chef.
Napoléon manœuvra avec une extrême célérité, de fa- campagne çon à envelopper rennemi, à couper ses communications *** ^^' et à lui fermer sa ligne de retraite. Les Prussiens sont
(1) Les Saxons formaient dans Farinée prussienne un corps de Tingt mille homnies.
416 QU4TBIÈI1S iPOQCB.
vivement repousses d'abord à Sehleitz et à Saalfeld. Le dernier de ces deux combats coûte la vie an jeune prinoe Louis de Prusse, l*an des plus ardents instigateurs de cette guerre si désastreuse pour son pays. Peu de jours après, i*armée française, prête à francbir la Saaie sur trois points, rencontrée léna une grande partie de Tarmée prussienne et saxonne sous les ordres du prince d'Hohenlohe, à qui Brunswick a prescrit d'éviter une action générale et de se retirer sur TElbe. Il est trop tard pour exécuter Batames cet Ordre : Napoléon commande l'attaque et engage la d'Âvenudt. b^^^^^* ^^ victoire est aussi grande que rapide ; les Prussiens perdent^ en peu d'heures, douze mille hommes tués ou blessés, quinze mille prisonniers, une multitude de drapeaux et deux cents pièces de canon. Le même jour, à quatre heures d'intervalle, le maréchal Davoust, occupant une forte position à Averstadt, eut à soutenir, avec vingt-cinq mille hommes et quelques batteries, l'effort de soixante mille Prussiens commandés par Brunswick. lise défendit avec héroïsme, battit complètement l'ennemi, enleva presque toute son artillerie et mit dix mille hommes hors de combat. Ces deux grandes journées décidèrent de la campagne. Une partie de l'armée victorieuse marcha rapidement sur Ërfurt, qui capitula, et où les Français recueillirent six mille blessés et neuf mille prisonniers. Un corps de réserve, sous le prince de Wurtemberg, fut surpris et complètement battu à Hall par le général Dupont. La désorganisation de l'armée prussienne était déjà complète; ses différents corps marchaient comme au hasard et dans des directions diverses sous leurs principaux chefs, le duc de Weimar, Blucher et Kalkreuth. Le roi, après la journée d' Averstadt, où le duc de Brunswick reçut une blessure mortelle, avait donné le commandement suprême au prince d'Hohenlohe; mais celui-ci avait vu son armée dispersée ou détruite : il en dirigea de faibles débris sur Magdebourg.
LITBB III. GHAPTTfiB II. 417
Rien n'arrêta pins Napoléon dans sa marche olIènsiTe ^^ {^*>^^„ et victoriease : il oeeupa successivement Leipzig, Wit- qJ^^temberg et Dessau, franchit l'Elbe sur trois points^ et le 28 octobre, à la tête de l'armée, entre les maréchaux Bertbier, Duroc, Augerau et Davoost, il fit son entrée triomphale à Berlin (l). La ligne de l'Oder fut promptement occupée. Murât avec sa cavalerie^ Soult, Lannes, Bernadotte, avec leur infanterie invincible, achevèrent la conquête de la Prusse occidentale et septentrionale jus* conquête qu'aux rivages de la Baltique. Le prince d'Hohenlohe ^^iJ^^jjf capitula et mit bas les armes avec seize mille hommes %^^^ à Prenzlow ; Blucher chercha unjrefuge dans la ville libre de Lubeck, qui fut emportée de vive force, et se rendit à Murât avec son corps d'armée ; les places de Stettin, de Custrin et de Magdebourg ouvrirent leurs portes. Les restes de la grande armée prussienne y furent i-pris avec un immense matériel de guerre, et, des cent soixante mille hommes qui composèrent cette armée au début de la campagne^ aucun ne repassa l'Oder. L'infortuné Frédéric-Guillaume s'était retiré à Kœnigsberg, où il rassemblait ses dernières réserves, et la monarchie despotique et militaire du grand Frédéric parut ainsi eu un mois aux trois quarts anéantie.
(1) Il respecta la ville de Berlin et eat les plus grands égards pour les habitants de cette ville, où il s'honora par un grand acte de clémence, n avait laissé Tautorité municipale aux mains des magistrats prussiens , à la tête desquels était le prince de Hazfeld, gouverneur eivil de Berlin. Celui-ci transmit par écrit au général Blucher quelques renseignements sur la situation des troupes françaises. Sa lettre fut interceptée , et le prince , par Tordre de Napoléon , fut livré à une commission militaire pour crime d'espionnage et de trahison. Sa mort semblait certaine, lorsque sa femme, la princesse de Hazfeld , informée du péril , accourut et se jeta aux genoux de Tempereur. « Reconnaissez-vous l'écriture de votre mari? » lui demanda Napoléon en lui présentant la lettre ; et comme elle gardait le silence et semblait anéantie... « Jetez au feu cette pièce, lui dit l'empereur, et la commission , faute de preuve , ne pourra condamner, n
418 QUATBTÈHR ^OQUE.
Napolé<m partout victorieux paraourat le diamp de bataille de Rosbaeb, où sa préseneeelfeça Taffront sobi par les armes de la France dans le dernier siède ; il visita à Potsdam le tombeau de Frédérie «t s>mpaia de sa glorieuse épée ; puis il usa des droits du vainqueur, et ses décrets disposèrent des couronnes. L'électeur de ' Hesse» avant la guerre, avait reftisé de désarmer à sa demande, et, sans se déclarer ouvertement contre Napoléon, il n'avait attendu qu'un revers des armes impériaks pour Joindre ses troupes aux années prussiennes : Piapoléon le punit en le dépossédant. L'électeur de Saxe, prince digne d'estime, et dont les États étaient en quelque sorte dépendants delà Prusse, avait été forcé de suivre la fortune de cette monarcbie : c'est à regret qu'il avait pris les armes contre la France , et après la guerre il adhéra à la confédération du Rhin; l'empereur éédxin >^^e ses États indépendants de la Prusse et les érigea en
en royaume. royaUffi^.
C'était peu: de soumettre le continent à sa puissance : sa victoire, quelque glorieuse qu'elle fût, ne pouvait avoir de résultats durables qu'autant que l'Angletterre serait contrainte à recevoir la paix : cette puissance l'eût acceptée si Napoléon eût sincèrement voulu imposer quelques sacrifices à lui-même ou aux princes de sa famille, et céder des territoires dont la possession, sans offrir aucun avantage réelpourla France,, était en ses raaios une cause perpétuelle d'humiliation et d'outrage poor les souverains de l'Europe : il préféra recourir à un despotisme nouveau, à une conception inouïe, pour réduire du'ÏSSii ^'-^g^^^^rre. Le 21 novembre parut ii Berlin le décret Xv'^fflM^* f^™^^^ sur ^® blocus des lies Britanniques. Ce décret établit d'abord la violation du droit des gens par FAngleterre, l'abus du droit de conquête qu'elle étend sar mer aux bâtiments et marchandises de commerce, celui du droit de bloeus par lequel cette puissance empêche à
UTB15 m. CHAPITBS II. 419
son gré les oommunieatioDS roaritimes entre les penj^les ; puis, dans se» dsiposilio&& principales» il déehire les Iles Britanniques elle^-mèmes en états de blocus ; il interdit avec elles tout commerce, toute correspondance; il ordonne la saisie des personnes et des marchandises anglaises qui seront trouvées dans les pays occupés par la France ou par ses alliés. Toute nation qui n'adhérait point au système établi par lé décret dé blocus était con- considérasidérée comme ennemie de l'eihpiire français. Ainsi fût •arced<icret. établi le système nommé continental, parce que les obligations qu'il imposait devaient peser sur le continent tout entier. Il froissait les intérêts de tous les peuples, et cachait un vice profond que Napoléon ne sut point assez recmmaltre': prétendre, en effet, repousseriez marchandises anglaises de tous les ports de l'Europe, c'était obliger les Anglais à fermer, par représailles^ la mer dont ils étaient les màttres,^aux vaisseaux de toutéis les nations; c'était vouer à la misère les populations du Nord et du Midi, pour lesquelles le commerce avec TAngleterre était une nécessité vitale; c'était enfin semer les germes d'une résistance opiniâtre etd'une haii>e implacable. Ce système fit sans doute un tort immense à l'Angleterre ; il la jeta dans des dépenses qui grossirent outre mesure sa dette, déjà prodigieuse ; mais il ne mit point cette puissance à la discrétion de sa rivale, comme l'espérait Napoléon, et il entraîna, au contraire, celui-ci à une suite de mesures violentes et d'opérations gigantesques qui précipitèrent sa chute.
Frédéric-Guillaume, quoique vaincu et presque entièrement dépossédé, n'avait point perdu toute espérance. Il avait rassemblé, entre Thorn et Kœnigsberg, sous le général Lestocq, environ trente mille hommes, ses der- ^ nières ressources, et les Russes, commandés par le vieux général Kranninskî, arrivaient à son secours à travers la Pologne. Divisés en deux grands corps sous les généraux
420 QUITBIKMB BPOQUE.
Benningien et BantofdeD, iU approchaient de la Vistale, et ils auraient attaqué les Français de concert avec l'armée prussienne s'ils n'eussent été prévenus par leurs mouvement rapides. Vainqueurs aux champs d'Iéna et d*Averstadt, Napoléon avait résolu d'aller à la rencontre des ^■Jïtre " Russes dans les plaines de la Pologne. Accueilli avec enen Pologne, thousiasme par les Polonais, surtout dans le duché de Posen, il méditait de réparer la grande iniquité du dernier siècle et de rétablir l'antique royaume de Pologne: il ne se dissimulait pas néanmoins les nombreux périls de cette entreprise, trois puissances, la Russie, la Prusse et l'Autriche, étant intéressées au maintien de l'acte de partage et de l'ordre existant. Les Polonais eux-mêmes paraissaient divisés ; la haute noblesse de Varsovie semblait peu d'accord avec la noblesse des provinces et ne se ûait qu'avec crainte et réserve à la durée des dispositions de Napoléon ou au succès de ses efforts; ellevoulaity avant de s'engager et de provoquer un mouvement populaire , que l'empereur consentit à proclamer l'affranchissement delà Pologne et qu'il lui donnât un roi de sa famille; l'empereur, au contraire, exigeait que l'insurrection en masse de la population précédât la déclaration qu'il ferait de son indépendance : n'ayant pu l'obtenir, il crut pru* dent de renvoyer à d'autres temps Taccomplissemeut de ses desseins sur cet ancien royaume.
Deux armées françaises, fortes chacune d'environ quatrevingt mille hommes et divisées en neuf corps principaux, marchent sur la Vistule dans les premiers Jours de novembre. Murât, Davoust, Augereau, Lannes commandent la première ; Napoléon dirige en personne la seconde, formée des corps de Ney, de Souit, de Bernadette, de la garde et des réserves. Et le 2 décembre, anniversaire du couronnement, il adresseces paroles àson armée : a Soldats, ily a au aujourd'hui un an, à cette heure même, que vous éties « sur le champ mémorable d'Austerlitz. Les bataillons
LIYU III. CHIPITBS II. 491
9, époavantés, fuyaient eo déroute, ou, euTeloptf péSy rendaient les armes à leurs vainqueurs. Le lendea main ils firent entendre des paroles de paix ; mais elles a étaieut trompeuses. A peine échappés aux désastres de a la troisième coalition, ils en ont ourdi une quatrième; a mais Taillé sur la tactique duquel ils fondaient leur a principale espérance n* est déjà plus. Ses places fortes, a ses capitales, ses magasins, ses arsenaux, deux cent c quatre-vingts drapeaux, sept cents pièces de bataille, a cinq grandes places de guerre sont en notre pouvoir... a Tout a fui à votre approche. C'est en vain que les Russes « ont voulu défendre les capitales de cette ancienne « et illustre Pologne : Taigle française plane sur la Visa tule... Nous avons conquis sur l'Elbe et l'Oder les a établissements anglais des Indes, le cap de Bonnea Espérance et les colonies espagnoles. Qui donnerait a le droit aux Busses de renverser de si justes destins? c £ux et nous, ne sommes-nous pas les soldats d'Ausa terlitz? j> Cette proclamation si fière annonçait qu'entre l'Angleterre et Napoléon aucune paix n'était possible.
Une multitude de combats partiels, où les Français eurent presque toujours l'avantage, marquèrent les premiers jours de cette campagne. Et le 6 décembre ils remportèrent une victoire signalée à Putulsk, où le maréchal Lannes, avec vingt-trois mille hommes et quelques pièces de canon, battit et repoussa le corps d'armée de Benningzen, deux fois plus nombreux. Les rigueurs de la saison et la cantonnenature fangeuse du sol, que les pluies et les neiges rendent ^e i armée impraticables pour l'armée, forcent Napoléon à s'arrêter en '^ Pologne. en Pologne, où il prend ses quartiers d'hiver. Il établit et échelonne ses différents corps en avant de la Vistule, entre Elbing, près de la Baltique, jusqu'à Varsovie. Il fait en même temps attaquer les principales forteresses de la Silésie, qui tombent successivement en son pouvoir, tandis
de 1607.
Marche des Rumet
iir tourner le» poiitlons de l'armée française.
poi le»
Napoléon
reprend
l'offensive.
Bataille
d'Eylau.
F^vr. 1807.
422 QUATBIÀKB BPOQDfl.
qu'un dixième œrps soqs les ordres da mavéchal Lefebvre doit iDTdstir Dantaick.
Le générai russe Benningzen par sa liardiesse et son activité trompa l'attente de l'empereur : il osa poursuivre une eampagne d*hi ver et tenta de surprendre Tarmée française dans ses cantonnements en tournant ses positions sur le littoral de la Baltique et en franchissant la Yistule avec le corps prussien du général Lestocq, entre Thorn et Marienbourg. Son projet est deviné et confondu. Ney découvre les Russes et Beruadotte bat leur avant^ârde à Mobrongen. Benningzen hésite alors et concentre ses forces à Lubstadt; puis il se porte en arrière d'Allenstein, dans la forte position de Joukorvo, où il se retranche, taudis que Napoléon lève ses camps et reprend l'o^ fensive avec cent mille hommes. L'empereur remonte la Narew et se dirige ensuite à travers les affreux marécages de la Pologne sur AtlensteJD, afin de tourner à son tour la gauche des Prussiens et des Russes et de les refouler dans la mer. Il atteint l'ennemi dans ses retranchements redoutables à Jonkorvo. Mais Benningzen n'ose l'y attendre et se retire devant les Français, qui descendent le cours de l'Aile à sa poursuite et livrent à l'armée russe et prussienne plusieurs combats sanglants. Benningzen s'arfète au delà d'Eylau et prend position, résolu à attendre le général Lestocq et les Prussiens et à livrer bataille.
L'action s'engagea devant le front des deux armées par une effroyable canonnade, et l'artillerie française surtout fit d'affreux ravages dans l'armée russe, qui présentait en face dTylao une masse formidable et compacte. Napoléon, ayant le corps de Soult à sa gauche, dans la ville même d'Eylau, et Bavoust à sa droite, tenait avec sa garde le centre de la position et occupait de sa personne un cimetière défeindu par quelques bataillons. Bavoust tournait déjà la gauche de l'ennemi, lorsqu'une masse
LITBB m. CHAFRES II. 498
énorme d'isfenterie roMese détadia dn corps de bataiHe et se porta sur le centre des Français. Napoléon prescrit à Saint-Hilaire et à Augereau d'arrêter cette redoutable colonne avec leurs divisions. Mais la neige tombait à flots; ses rafales aveuglent les soldats d* Augereau : ceux-d s'égarent et s'écartent des divisions qui doivent les soutenir. Les Russes se précipitent dans les intervalles et démasquent soudain quatre- vingt* dix bouches à feu, qui, tirant à mitraille et à bout portant, couchent à terre la moitiédu corps d' Augereau. La colonne ennemieavanee en masses serrées, et une courte distance la sépare du cimetière où se tient Napoléon. L'empereur, toujours calme dans cet instant critique, lance sur les Russes toute sa cavalerie, commandée par Murât et sous lui par Grouchy, d'Hautpoul et Lepic. Murât, à la tète de quatrevingts escadrons, fond sur l'ennemi avec fureur et enfonce les premiers régiments; ceux qui suivent sont refoulés sur le corps de bataille et dans les bois voisins avec un carnage affreux.
Le péril des Français est ainsi conjuré. Leur aile ganche, sous Davousty achevait de tourner les Russes quand les Prussiens se montrent et Tarrètent. La nuit approchait : Benningzen avait perdu le tiers de son armée et il hésitait encore à se retirer; mais Ney, qui suivait les Prussiens, parut à son tour sur le derrière de l'armée russe, et celle-lcî aussitôt opéra sa retraite. Elle emmena avec elle quinze mille blessés, laissant plus de douze mille hommes couchés sur le terrain et plusieurs milliers de prisonniers aux malins du vainqueur. La perte' des Français, outre leurs blessés, était d'environ dix mille hommes.
La plaine d'Eylau, sur laquelle l'incendie des hameaux et des villages voisins projetait de sombres lueurs, demeura jonchée d'une infinité d'armes , de projectiles, de débris de toute sorte, épars au milieu d'une immense
494 QUATBtÀHB ÉPOQUE.
nmltitiiâe d^hommei et de cheraux morts oa agontoants dans une neige sanglante ; et le lendemain, quand le Jour se leva sur ce champ funèbre, il éclaira un spectacle d'une incomparable horreur et dont Tâme même du conquérant parut s'émouvoir.
Napoléon poursuivit les Russes jusqu'à Kœnigsbei^ et au delà de la Pregel ; puis il revint prendre ses quartiers d'hiver en avant de la basse Vistule, entre Elbîng et st^ Thorn, afin de couvrir le siège de Dantzick, qu'il fit JSnUSutok P^^^^^ ^^^ ^^ P^u^ grande vigueur. Cette place, la plus twi. importante de la monarchie prussienne, fut assiégée durant près de quatre mois, et malgré tous les efforts de Benningzen pour la délivrer, elle capitula et se rendit le 24 mai 1807 au maréchal Lefebvre, que Napoléon créa duc de Dantzick.
La Turquie était alors le théâtre de graves événements. L'ambassadeur français à Constantinople, le général Sébastiani, s'efforçait d'entratner dans ralliance française le sultan Sélim, sur lequel la puissance et la gloire de de vtm tre ^^P^'^^ exerçaient uu grand prestige, lorsque les Busses, tare menacé au nombre de quarante mille, franchirent tout à coup le les postes Duiestcr, frontière turque, sous prétexte d'assurer i'exé- '^iM^I*''* ^^^^on des traités, mais avec Tintention de donner la main aux Serviens révoltés contre la Porte. Cette subite invasion de la Turquie avait été résolue d'accord avec le gouvernement anglais, qui méditait lui-même de faire franchir à sa flotte le détroit des Dardanelles, et,'.le sultan ayant donné i'ordreau représentant de la Russie de quitter Constantinople, le représentant de l'Angleterre protesta et menaça de faire bombarder Constantinople par la flotte anglaise si cet ordre n'était révoqué, et si le sultan, en expulsant Tambassadeur Sébastiani, ne s'unissait sorle-champ à la Russie et à l'Angleterre contre la France. Cette menace indigna le sultan ; mais il hésitait à affronter un si grand péril, lorsque Sébastiani ranima son courage
LIYBB in. CBÀPITBB n. 436
et déploya une activité prodigieuse pour armer Gonstan- J^^^^tinople de batteries formidables : et lorsqu'en mars 1807 p.^j;5,'J,^ la flotte anglaise, après avoir franchi les Dardanelles, se tnn^L présenta devant Constantinople, un feu terrible la con* ^*iïS?"'traignit à repasser le détroit, fortement endommagée. La France néanmoins tira peu d*avantages de ce succès et des dispositions favorables du sultan : une révolte des janissaires éclata peu de mois après à Gonstantinople ; elle fut secondée par les ulémas, et Sélim fut déposé.
La guerre continuait en Pologne et dans la Prusse orientale, où les Russes, sous les généraux Benningzen et Bagration, ouvrirent de nouveau la campagne au printemps avec cent trente mille hommes, et Napoléon, après la chute de Dantzick, reprit encore Toffensive. Il marche Marehe sur Kœnigsberg ; ses généraux culbutent Tennemi aux ^^* ^m^^^ combats de Gudstadt et de Spanden; à Heilsberg sur **"'*'***^'** l'Aile trente mille Français commandés par Murât et par Soult soutiennent sans reculer Teffort de quatre-vingtdix mille Russes. Benningzen bat en retraite.pour couvrir Kœnigsberg : Napoléon le suit, et le 14 juin, anniversaire de Marengo, l'armée russe débouche par le pont de Fried- sataiiie land sur l'Aile et présente la bataille. Napoléon l'ac- ^;;^j^<'|2Jf cepte; il assigne leur place à ses lieutenants et aux divers corps de sou armée : à la droite est le maréchal Ney, soutenu par la cavalerie de Latour-Maubourg, au centre le maréchal Lannes, à la gauche Mortier et la cavalerie de Grouchy : la garde impériale et le corps de Victor forment la réserve. Les Russes appuyaient leur gauche à Friedland, et leur droite se prolongeait au loin dans la plaine. Napoléon ordonne d'enlever la ville : ce succès permettra d'écraser les Russes de front et de flanc ; la prise de Friedland sera le gain de la bataille. Le corps de Ney, à l'aile droite, s'ébranle le premier, culbute la cavalerie ennemie et pénètre, à la suite des Russes, dans Friedland, où Tincendie annonce son succès.
4S6 QUàTBiAVB BVOQUB.
Lannes, Mortier^ Victor chargent alors avec vigueur; i'enDemi, attaqué par eux de fh)nt, est enveloppé à sa gauche par la division victorieuse du maréchal Ney ; il fuit en désordre, et une moititudé d^hommes, rejetés sur les Iiords de l*Âlle, périssent dans tes flots. L'armée russe perdit à Friediand quatre-vingts bouches à feu et vingtcinq mille hommes tués, ou noyés, et dont les corps couvraient lesdeux rives de i' Aile. Koenigsberg, après cette sanglante Journée, ouvrit ses portes, et il ne resta plas rien de la m(marehie prussienne.
Napoléon se dirigea vers le Niémen à la poursuite des Russes, et le 19 juin il les rencontra sur les bords de ce fleuve, qui coulait entre les deux armées. Là s'arrêta sa
Entrevoe marchc victoricuse. Alexandre, vaincu, demanda la paix tfAkMiMire ®* exprima le désir de voir son vainqueur. Un radeau
à T^^ut- fut construit près de Tîlsitt, sm* le Niémen ^ pour Tcnt revue solennelle du czar et de Tempereur, et celle-ci eut lieu en présence des armées en bataille sur les rives du fleuve. Les deux souverains s'abordèrent avec les marques d'une estime mutuelle; ils convinrent d'arrêter les bases d'un traité de paix et de séjourner à cet effet quelque temps ensemble à Tilsitt. Le roi et la reîne de Prusse y sont appelés; mais Napoléon se montre peu touché de leur infortune; tous ses efforts tendent à amener à ses vues le jeune Alexandre, dont il stimule l'ambition, et qu'il fascine par le triple ascendant de son génie, de sa gloire, et par l'appât de quelques provinces depuis longtemps convoitées. Alexandre, ébloui, sacrifie tout autre intérêt au désir de voir Napoléon sanctionner un jour l'incorporation à la Russie de la l^inlande (1), pro-
(1) M. Charles Lacretelle, dans son Histoire du Consulat et de V Empire^ a flétri en ces termes raccord secret des deax souTeniu au sujet de la Finlande : « En échange de la Pomérmie, qui ne l>i
appartenait pas, Alexandre demanda la Finlande La morale ne
pouvait être plus grièvement offensée. Ainsi Alexandre s'adjugeait
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vJnee suédoise, de la Moldavie et de la Yalachie, provinces de l'empire turc (1) ; ii défend faiblement la eause le son malheureux allié le toi Frédéric-Guillaume, et Napoléon tient rigueur à ce prinee, qu'il regarde comme le j^ovœateur de cette guerre sanglante ; il ne lui rend que là moitié de ses Ëtats, et frappe les contrés qu'il lui laisse d'une énorme contribution de guerre. La paix est Paix enfin conclue à Tiisitt par des traités signés entre la Fran- im?. ce, la Russie et la Prusse. Les principales clauses de ces traités étaient : la restitution à la Prusse, en considération de l'empereur de Russie, de la vieille Prusse, de la Poméranie, du Brandebourg et de la Silésie; la cession à la France de toutes les provinces à la $rauche de l'Elbe pour en composer, avec le grand*^uché de Hesse, un royaume de Westphatie ; l'abandon du district de Posen et de Varsovie pour enformer un État polonais qui, sous le titre de grand-ducbé de Varsovie, serait donné au roi de Saxe et ferait aussi partie de la confédération du Rbin; la reconnaissance de cette confédération par la Russie et la Prusse ; celle des frères de Napoléon , Louis, Joseph et Jér6me, en qualité de rois de Hollande, de Naples et de Westpbalie. Quelques clauses secrètes forent ajoutées au traité conclu Articles avec la Russie; elles stipulaient, entre autres choses, la restitution des bouches du Gattaro à Tempire français, et l'engagement formel, de la part de la Russie et de la France, de faire cause commune contre la Porte si celle^ ci n'acceptait pas la médiation de la France, et de réduire, dans ce cas, l'empire ottoman en Europe à Gous-
déjà l'un des joyaux les plus précieux d'ua royaume infertile la
dépouille d'un roi son allié, son ami... Une transaction diplomatique de cette sorte trouve à peine un modèle dans celles de la France et de lltalie au quinzième siècle.
(Chap. xv,t. IV, p. 45.) (I ) Napoléon apprit le 24 juin à Xisitt la révolte des janissaires et la déposition de son allié, le sultan Sélim. H se crut dès lors en droit de disposer d'une partie des provinces de l'empire ottoman.
498 QUATBiixS JPOQUB.
tantinople et à la Roamélie, et enfin de sommer en eaa^ man toutes les puissances européennes d'adhérer au blocus continental, c'est-à-dire de fermer leurs ports à TAngleterre et de lui déclarer la guerre. coMiwrt- Tels furent les célèbres traités de Tilsitt, qui créèrent iet traités ^^ Ënrope et au profit de la famille Bonaparte trois dcTiteiti. royaumes vassaux de l'empire et portèrent la confédération du Rhin Jusqu'à la Yistule , aux dépens de la Prusse et de rAutriche. Napoléon, en s'obstinant à créer ainsi une Allemagne nouvelle où n'entrait aucune de ces deux puissances et qui serait subordonnée à son propre empire^ abandonna la sage politique du Consulat , qui avait consisté à balancer en Allemagne l'infiluenoe de l'Autriche par celle de la Prusse, en respectant les intérêts des peuples et des princes séculiers , et il blessa profondément le sentiment national de toutes les populations allemandes , qu'il réunit contre lui dans une haine irréconciliable et commune. L'édifice qu'il élevait ne reposait que sur l'alliance de la Russie et sur Pamitié de son jeune souverain. Mais il était difficile que celle-ci fût durable, n'ayant pour base qu'un état de choses qui stimulait l'ambition d'Alexandre sans la satisfaire. Les deux grandes parties contractantes ne s'étaient expliqué qu'à demi sur leurs projets ultérieurs, et chacune était intérieurement résolue à ne point permettre ce que l'autre méditait d'accomplir, savoir : d'une part la chute de Constantinople et d'autre part l'entier rétablissement de la Pologne. Mais les écueils dangereux pour ralilance formée à Tilsitt furent alors à peine entrevus. Alexandre, en quittant Napoléon , parut entièrement fasciné par son génie et par ses caresses , et l'empereur revint à Paris enivré d'une gloire immense et de sa prodigieuse for> tune.
L'Angleterre vit avec douleur la Russie échapper à son influence. Voulant garder à tout prix un pied sur la
LIYBB m. GHA.PITfiE II. 439
mer Baltique , elle exigea du, Danemark une alliance offensive et défensive, et, pour garantie , la remise de sa flotte ainsi que de sa capitale ; le roi refusa , et Gopenha- Bombardegue subit, le 2 septembre 1807, un effroyable bombarde- "d?^ ment, qui mit en cendres trois cents maisons : la flotte da- '^^pâ?^* noise , composée de cinquante-trois bâtiments de guerre; imt.' tomba au pouvoir des Anglais. Victime de cet acte de violence inique et barbare , le Danemark se vengea en adhérant sur-le-cbamp au système continental , à Texemple de la Russie. La Suède, seule dans le Nord, avait gardé les armes après le traité deTilsitt; son ûiible roi, Gustave IV, se déclarait le vengeur de l'Europe contre Napoléon ; mais, dépouillé par la Russie, naguère son alliée, il vit enlever sous ses yeux Stralsund et Tile de Rugen, et s'aliéna , par son fol orgueil , Taffection de ses sujets. Tout le littoral de la Baltique subit le Joug de la France. Il ne restait , à la fin de 1807 , sur le continent, qu'un seul État qui fût soumis à Tinfluence directe de la Grande- Bretagne : c'était le Portugal; et Napoléon, qui , par le Traité décret dii blocus continental, s'était arrogé le droit de dis- ^Deb!!»»!' poser à son gré du sort de tous les peuples , signa le 27 ou p^i^ai. septembre 1 807 , à Fontainebleau , un inique traité avec ['Espagne , par lequel le Portugal , en châtiment de son illiaoce avec l'Angleterre , devait être partagé presque ^out entier entre le roi d'Étrurie et Godoï, prince de la Paix , qui gouvernait la monarchie espagnole. Ce traité *econnaissait le roi d'Espagne Charles IV pour suzerain les deux États formés par le démembrement du Portugal. Une proclamation annonça, le 18 décembre 1807, lue la maison de Bragance avait cessé de régner. Vingt- Embarquetuit mille Français , sous les ordres de Junot , furent ^'^i.'j!^^ hargés d'exécuter cette sentence , et avant leur arrivée Je.'^raïSte Lisbonne le prince régent de Portugal s'embarqua pour * "^ûm. * Brésil, abandonnant à l'armée d'invasion sa capitale t sa
430 QUA.TBlil£B BPOQDB.
msneiMioDs Ce rapide succès et les scandaleuses divisions des mem-
daDA
, i»^a«^ue bres de la famille royale d'Espagne enflamment TambidEspagne. tion do Nspoléon , et il s^hal»tue à regarder la Péninsule comme sa conquête. Le faible Charles IV , entièrement subjugué par Godoî , prince de la Paix , fayori de la reine, s'étoit rendu méprisable aux yeux de tous ses sujets^ dont Ferdinand^ son fils, prince des Asturies , était devenu Tidole en se déclarant Tadversaire de Todieux favori. Napoléon ^ au faite de sa fortune , objet de Tadmiration et des respects de Charles IV et de son fils, avait déjà été pris pour arbitre de leurs différends , et le prince des Asturies avait sollicité Thonneur de s^allier à sa famille : Tempereur pouvait exercer sur l'Espagne , par des voies pacifiques , une influence souveraine , et profiter avantageusement pour son système delà haine que de nombreux désastres maritimes avaient inspirée aux Espagnols contre les Anglais ; il voulut davantage, et, tandis que tous les r^ards de la famille royale espagnole sont tournés vers lui avec espérance, une armée fran- Entrée çalsc passc les Pyréuécs sous Murât , grand-^duc de Berg, erl!p!^e! et tout à coup le bruit se répand à Madrid que les plaees de Barcelone , Figuières , Pampelune et Saint-SébastîeD sont occupées militairement par les Français. Koit^ après , Napoléon , oi]d)liant le traijté de Fontainebleau, demande la réunion à Tempiredes provinces de la rive gauche de TÈbre. Charles IV et la reine sont frappés de stupeur ; Godoï leur conseille dlmiter le prince régent de Portugal et de s'embarquer pour aller régner en Améh rique; Sou avis est écouté : tout se dispose pour le départ; mais Ferdinand y met obstacle , il appelle aux armes la soBierement populatlou d^Araujuez , lui dénonce comme de nouvelles à'^Aran'ï^z. pcrfidics les lAehes consdls de (rodoL Un soulèvement éclate 9 les troupes y participent , et Ferdinand le ^rige; il fût arrêter Godoï , tient son përe captif, et le oootraint à abdiquer ; puis il fait dans Madrid une entrée
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triomphale, ^i qualité de roi des Eipègnes. Mais le lendemain, 23 mars, Murât , sans attendre l'ordre de l'empereur, entre dans cette capitale avec son armée. Charles lY proteste contre son abdication £nreée, et Mnrat refuse de reconnaître la. royauté de Ferdinand ; Napoléon seul prononcera entre eux. Uempereiir vient à Bayoni^, Napoléon, où il invite le roi Charles et son fils à se rendre , afin 'c^sIim'i v^ qu'il 4écide comme arbitre suprême de leurs différends V^°pare et de leurs destinées» Ils arrivent: Napoléon, maître de |a. couronne
, , . « d'Eapagne.
leur personne, se prononce pour le roi; il contraint Fer- i^oo. dinand. à renoncer an trône , à rendre sa couronne à son père , et il obtient que celui-ci la lui cède à lui-même. Charles lY reçoit pour habitation le château de Compiègne, et son fils est retenu captif dans celui.de Yaleneay. Ainsi fut consommé, an moyen d'une ruse perfide, un acte odieux d'usurpation , dont les résultats devinrent funestes à son auteur et portèrent la première atteinte à sa fortune* Mural; cependant tenait Madrid en son pouvoir, et, dominé par rinfluenoe française , le conseil de CastUle: demanda pour roi d'Espagne Joseph, frère aîné de Napoléon* .
Une assemblée de notables espagnols fut aussitôt convoquée à Bayonncy où l'empereur organise une junte chargée du gouvernement provisoire. Joseph cède à Joa- Joseph chim Murât la couronne de Naples;il quitte sur-le- ^reçotr^
. .^ .^1 . 1 . . X «> la couronne
champ eette capitale, arrive le 7 juin a Bayonne, et est ^^fj^^^ reconnu w» d'Espagne par le duc de l'Infantado et par ^eiîeïfroi une députation.des graaidset des divers corps de l'État. **« f^Ç^^- L'assemblée de Bayonne vote une constitution, à laquelle Joseph prête serment, et le 9 juillet il est en marche pour l'Espagne. Mais déjà les Espagnols, indignés et furieux, avaient pris les armes : le clergé donnait l'exemple de la révolte, montrant le Ciel intéressé dans la cause de Ferdinand et désignant Napoléon comme l'Antedirist; Tarmée tout entière s'était soulevée; une junte provisoire
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du gouvernement^ assemblée à Sévllle, combat et annule Soulèvement les actes de la Jante de Bayonne. Le jour de la Saint- Fer- BRpa^ois dinand de nouvelles Vêpres siciliennes sonnent contre les proclament Frauçais daus toute l'Espagne ; leur escadre est prise à vil- Cadix, les équipages sont égorgés : les Espagnols signalent leur vengeance, dans un grand nombre de places, par des massacres et des atrocités; ils déclarent une guerre à mort aux Français, et les Portugais suivent leur exemple. Cependant Bessières est vainqueur à Médina de Rio*Secco : sa victoire ouvre les portes de Madrid au roi Joseph, qui fait son entrée dans cette capitale le 20 juilcapituiation Ict; prcsquc aussitôt le général Dupont capitule honteu- 'oSton?' sèment à Baylen et met bas les armes avec vingt-six àBayien. ^.^^^ goldats. Ce terrible échec ébranle l'autorité des Français dans la Péninsule et redouble l'audace des Espagnols; Joseph est obligé de quitter Madrid huit Joun après son entrée solennelle.
sonièvemeRt Le Portugal aussi se soulevait ; une armée Anglaise y oSûéSHqw débarque sous le commandement de sir Arthur Welles- »g£dM. ley, qui fut depuis lord Wellington. Junot, avec dix mille hommes seulement, risque la bataille de Vimeiro contre caoïtoiatton viugt-six mille Anglais et Portugais ; il est vaincu , et à ctotra! bientôt après il signe la capitulation de Cintra, qui do moins lui permet de rentrer en France avec honneur. Le Portugal* est évacué; Joseph n'a déjà plus en Espagne que Barcelone, la Navarre et la Biscaye; les Anglais, naguère, les ennemis des Espagnols , sont accueillis par eux à bras ouverts. Napoléon frémit en apprenant les revers de ses armes dans la Péninsule ; il ressent avec une douloureuse colère ce premier affront qu'aient sabi ses aigles ; il veut que ses meilleurs lieutenants , que ses légions d'Allemagne et d'Italie franchissent les Pyrénées pour effacer la honte de Baylen, pour étouffer dans son berceau une insurrection si menaçante et si imprévue; U les rappelle des bords du Niémen, de la Sprée, de
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TElfoe et du Danube, et, dans une proclamation adressée à ses braves, il fait entendre ce cri de guerre et de yengèance : <r Soldats, j'ai besoin de vous... Portons a nos aigles triomphantes Jusqu'aux colonnes d'Hera cule : là aussi nous avons des outrages à venger. « Vous avez surpassé la renommée des armées modera nés; mais avez-vous égalé la gloire des' armées de a Rome, qui, dans une même campagne, triomphèrent a sur le Rhin, et sur l'Euphrate , et sur le Tage? Une a longue paix, une prospérité durable seront te prix de «c vos travaux. 'Un vrai Français ne peut , ne doit pas « prendre de repos jusqu'à ce que les mers soient ou- (V vertes et affranchies. Soldats , tout ce que vous avez «r fait, tout ce que vous ferez encore pour le bonheur a du peuple français et pour ma gloire sera éternelleo ment dans mon cœur, d
Quoiqu'un' but d'intérêt général soit invoqué dans ces fières paroles comme Tunique prétexte de cette guerre, il est trop évident qu'un autre motif l'a suscitée et qu'elle est née d'une ambition toute personnelle. Si Napoléon, en effet, n'avait voulu que fermer l'Espagne au commerce anglais, il y serait parvenu, soit qu'il eût laissé Ferdinand régner sous sa tutelle, soit qu'il eût affermi le sceptre dans les mains débiles de Charles IV. En les dépoaillant l'un et l'autre il souleva contre lui les passions ardentes d'un peuple enthousiaste, il raviva l'animosité des cabinets européens, qui s'alarmaient avec raison de cette usurpation inouïe et ne voyaient plus de terme à ses envahissements. Napoléon allait se lancer aa hasard dans une carrière sans limites où il s'égara et rencontra un précipice; déjà, au point de son histoire où nous sommes parvenus, son astre commence à pâlir, et le prestige de l'invincibilité de ses armes est détruit.
HI8T. DB rRANGB. — T. H. It
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