CHAPITRE III
Depuis Tentrevue d'Erfurt jusqu^à Tabdication de Napoléoo, à Fontainebleau.
coDTcntion Napoléon , résolu à dompter l'Espagne , affermit à Er- NaigiéoD furt, en septembre et en octobre 1808 , son alilanoe avec à^Brfort. Alexandre, et les deux empereurs parurent à cette entrevae célèbre d'aotaut plus portés à s'entendre qu'ils avaient à obtenir Tun de l'autre une haute et mutoelle garantie pour des usurpations récentes » impatiemment supportées par le reste de l'Europe. Les troupes d'Alexandre avalent conquis la Finlande, au nord , sur la Suède, et avaient envahi au sud les provinces turques de la Moldavie et de la Valachle, tandis que les troupes françaises occupaient l'Espagne* Les deux souverains conclurent un traité par lequel I^apoléon recommt les trois provinces envahies par la Russie comme partie intégrante de cet empire ; Alexandre, en retour.» reconnut la dynastie napoléonienne en Espagne, et, -en cas de guerre avee l'Autdche ,. ils s'engagèrent à prendre de concert les armes contre cette puissance. Ce traité, à la rédaction duquel toute considération morale était étrangère, ne reposait que sur les intérêts de l'ambition des monarques signataires et ne pouvait subsister qu'autant que ces intérêts ne changeraient point; Il était difficile qu'il sub^stât longtemps. Néanmoins » assuré des dispositions pacifiques d'Alexandre, Napoléon rejoignit luimême ses légions en Espagne.
Palafox , Castanos , Blake commandaient l'armée ennemie, forte de cent quatre- vingt mille hommes , et qui
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S étendait depuis les côtes de Biscaye jusqu'il Saragosse ; mais Napoléon marche accompagné de ses grands capi- «l'b^ne. taines, à la tète de ses vétérans : la victoire est assurée. ^^"^ Soult triomphe le 10 novembre à Bargos» où il enfonce le centre des ennemis; le lendemain Victor écrase leur gauche à Espinosa, sous le général Blake ; leur droite est enfin mise en fuite par 1q maréchal Lannes à Tudéla. Le passage étroit de la Sommo- Sierra est désormais popr Tarmée française le seul obstacle Jttsqu*à Madrid : seise pièces d'artillerie foudroyaient ce défilé, qui semblait inexpugnable; Napoléon fait cliarger ses lanciers polonais, et la batterie est enlevée au galop. Le 3 décembre Tarmée française fait son entrée dans Madrid. Un corps de l'armée anglaise de Portugal , sous les ordres de sir John Moore, était en marche pour couvrir cette capitale; mais, à la nouvelle des désastres des armées espagnoles , il battit en retraite, devant Napoléon, sur Astorga et la Gorogne. Le maréchal Soult eut ordre de le poursuivre jusqu'au lieu de son embarquement, et, selon les paroles de Napoléon, a de le jeter dans la mer, l'épée dans les a reins. » Il le chassa devant lui jusqu'à la Gorogne ; là» occupant une position forte, sir John Moore livra bataille, fut vaincu et mourut en héros ison armée s'embarqua le lendemain. L'Espagne, hormis quelques villes, foyers principaux d'insurrection, paraissait soumise; Napoléon avait ramené son frère, le roi Joseph, à Madrid, et il crut gagner les Espagnols en abolissant l'Inquisition, en leur parlant de frandiises, en leur promettant l'abolition de la féodalité ; mais il s'adressait à un peuple qui le comprenait à peine, qui n'écoutait que la voix de ses prêtres, et dont l'héroïsme frémissait sous le joug de l'étranger; c<9 peuple répondra bient6t aux promesses libérales de Tusurpateur par des eris de rage et par une nouvelle et plus redoutable insurr^ection^
Cependant l'Autriche s'est enhardie par Tabsenee de
436 QUATBiim EPOQUE.
Napoléon, par réloignement de ses vieilles troapes et par rinsurrectioD des Tyroliens contre les Bavarois , nouveaux maîtres que la France leur a donnés ; elle forme aoquMme avcc TAngieterre une cinquième coalition. L'archiduc In Frï?" Charles accepte le commandement des troupes , qui s*éiM». lèvent à cinq cent mille hommes, divisés en huit corps : Tun deux, soos l'archiduc Ferdinand, doit envahir la Pologne ; trois autres, sous l'archiduc Jean, marcheront en Italie et dans le Tyrol , dont ils soutiendront l'insurrection ; les autres corps, rassemblés sur la frontière de Bohème, se dirigeront sur le Rhin en soulevant toute l'Allemagne, où plusieurs sociétés secret^ , dont la plus célèbre est celle du Tungenbund, en Prusse , n'attendent qu'un signal pour courir aux armes et affranchir leur pays. Les troupes françaises dans ces contrées ne s'élevaient alors qu'à cent trente mille hommes , disséminés de la Baltique au Danube, sous le commandement de Bemadotte, Davoust et Oudinot : Eugène occupait, avec quelques divisions, le Piémont et l'Italie.
Au premier bruit des projets de l'Autriche et du mouvement de ses armées, Napoléon quitte l'Espagne et arrive à Paris; de là il dirige des forces nombreuses eo Italie et en Allemagne. Le vaste terrain de ses opérations s'étend de la Pologne, on commande Poniatoveski , Jusqu'en Italie, où Eugène compte soixante mille soldats ^us ses ordres. Napoléon quitte Paris le i o avril ; il est sur le Danube le 17 ; mais ses ordres pour la coneentration de ses forces, mal compris par le maréchal Berthier, major général, n'avaient pas été exécutés : l'empereur, eo arrivant, trouve son armée divisée en plusieurs niasses, dont les deux principales sont à trente lieues l'une de l'autre : la première, sous Davoust, à Ratisbonne ; la se- ^1?ÎÎm!^ conde, à Augsboorg, sous Masséna. Entre ces deux Allemagne, poluts , au ccutre, statlouneut nos alliés les Bavarois , les Wurtemberge(4s et le reste de l'armée de la confédération
UYBB III. GHAPITBB III. 487
du Rhin; mais ces troapes auxiliaires sont faibles, insuffisantes et incapables de résister au choc de l'ennemi , qui s'apprête à fondre sur elles après avoir débouché par Landshuty à droite du Danube. L'intention de Farchiduc est de forcer le centre de l'armée française en passant entre les corps de Davoust et de Masséna. Napoléon voit le péril et déploie toutes les ressources de son génie ; il profite de l'hésitation que montre l'ennemi à son arrivée, et le tient deux jours presque immobile , en lui cachant la fiiiblesse des forces dont il dispose , au centre, en face de lui ; il ordonne à Davoust et à Masséna de se rapprocher en hâte, et de s'unir à l'armée de la confédération, aux environs de Neustadt, de manière à menacer le front et le flanc gauche de Tarchiduc Charles, qui , étonné de ces rapides et savantes manœuvres, n'ose se hasarder plus avant et se rapproche de la rive droite du Danube, vers Ratisbonne, que Davoust vient d'abandonner et dont l'ennemi s'empare. Vainqueur au combat de Thann, Davoast opère ^sa jonction avec le centre, et le 19 avril Napo- ' léon voit toute son armée rassemblée sous sa main. Les quatre jours suivants sont marqués par quatre nouvelles victoires : à la bataille d'Abensberg l'empereur rompt la combata ligne de l'archiduc; à Laudshut il occupe sa base d'o- de^L?<uhnt pérations, met sa gauche en fuite, enlève ses parcs et ses d'EdunUbi. magasms ; à £ckmùhl, le 22 avril , il bat toute l'armée et la refoule entre User et le Danube ; les Autrichiens s'échappent par Ratisbonne, que Napoléon emporte le len- ^^ demain après une sanglante bataille, où il reçut une ble»- i^*"*^»»' sure légère au talon. Le prince Charles se retire sur la frontière de la Bohème , et les Français se dirigent sur Vienne.
Un jour, durant cette marche rapide, tandis que Napoléon s'entretenait avec Lannes et Berthier, un guide leur montra le château de Dirsteim, où Richard Cœur de Lion avait été renfermé à son retour de la terre-sainte :
488 Q04ïBT:àm vpoQint.
l'empereur s'arrêta ; il considéra longtemps ces raîBes célèbres y et dit en poursuivant sa route : c< Celui-là aussi <r avait été guerroyer dans la Palestine et la Syrie; it « avait été plus heureux que nous à Saint-Jean d'Acre, « mais non plus vaillant que toi , mon brave Lannes. Il « avait battu le grand Saladin.. . et cependant, à peioe cr rentré sur les rivages d'Europe, il tombe entre les a mains de gens qui ne le valaient pas; il est vendu par « un duc d'Autriche à un empereur d'Allemagne... Le « dernier de sa cour, Blondel, seul lui resta fidèle; mais « sa nation fit beaucoup de sacrifices pour sa délia vrance (l). » Napoléon tourna de nouveau les yeux vers ces tours gothiques , et y rappelant ses procédés généreux envers les rois qu'il avait vaincus, il ajouta qu^un souverain dans les temps modernes échapperait à la destinée du roi Richard ; puis il tomba tout à coup dans une mélancolie profonde et silencieuse. Peut-être, réfléchissante la haine de ses ennemis, révoquait-il secrètement en doute ce qu'il venait d'affirmer; peut-être il pressentit que le sort de Richard pourrait un jour devenir le sien, et qu'un nouveau Blondel ne l'y soustrairait pas. Mais son heure était loin encore; de nouveaux triomphes lai étaient réservés; et le 13 mai, un mois après l'ouverture Seconde de ccttc brillante campagne, il entra pour la seconde fois de NapoiéoD dans la capitale de l'Autriche. La guerre cependant n'é- 1809?^ tait pas finie : l'empereur François «'était retirée Znaîm avec des forces imposantes, et l'archiduc Charles se rapprochait de la capitale, ^n longeaAtavec son armée la rive gauche du Danube; bientôt il prit position en foœ de Vienne, dans les fameuses plaines de Wagram. Napoléon, pour terminer la guerre, pour dicter la paix, devait écraser cette armée ; mais les 'ponts du Danube avaient été détruits; le fleuve, divisé en plusieurs bras,
(1) Mémoires sut là' guerre de lS(](p, par M. le général Pelet
LITE« ni. GHAPITHV III. 439
roulait ses laides ondes ODtre les deax armées , et pour atteindre reDDcmi il fallaitd'immenses travaux, de grands et périlleux .efforts.
Des tles nombreuses partagent le Danube aux environs de Vienne ; la plus grande est Tlle de Lobau , de quatre lieues de tour, presque en face de la ville , dont deux branishes du ffôuve la séparent ; la première a trois cents mèMs de largeur, la seconde environ cinq cents. En faiee de cette tie, sur l'autre rive, sont les villages d'Aspern et d'Es&ling; le Danube entre eux et l'Ile de Lobau n'a plus qu'environ cent mètres de large : c'est à travers cette grande lie que Napoléon ordonne le passage. Le 19, les ponts sont jetés à Ëbersdorf, le 20 l'Ile est emportée : là Napoléon réunit ses troupes et surveille les derniers travaux des ponts. A peine trente mille hommes^ sous Lannes et Masséna, ont-ils passé sur la rive gauche du fleuve qu'ils s'emparent des villages d'Essling et d'Aspern , où ils soutiennent pendant deux jours le choc de cent mille Aotricdiiens; les villages sont cinq fois pris et repris, et donnent leurs noms à ces terribles journées. Enfin une autre partie de l'armée fi^anèhit le fleuve et rejoint les corps intrépides de Lannes et de M asséna. Celui de Davoust va les suivre; Napoléon ne l'attend point, et, dans son ardeur impétueuse, il prend l'offensive contre un ennemi deux fois plus nombreux. Sa parole et son exemple électrisent ses braves; il se précipite, comme autrefois aux journées d'^rcole et de Lodi , sur les Au- Batatiie tricblens, qui s'ébranlent et reculent; l'intrépide Lannes <*'*^"*»« enfonce leur centre; déjà rarehlduc est en pleine retraite, et Napoléon poursuit sa victoire. Tout à coup il apprend que le corps de Davoust, qui doit l'assurer, n'a pu effectuer le passage et que les ponts du Danube 'sont ronipus : il se voit, avec un tiers de ses forces, compromis par sa victoire même, qui l'a emporté trop loin et séparé du gros de son armée ; il s'arrête et ordonne la retraite. Les
440 QUATBIÈMB ÉPOQUE.
Autrichiens se rallient et reviennent avec des masses formidables sur les nôtres, qu'ils veulent enfermer dans un demi-cercle de feu et rejeter dans le fleuve ; mais nos communications ne sont point coupées avec rtle de Lobau : c*e8t là que Napoléon dirige la retraite. Il voit succomber autour de lui des milliers de braves ; il perd rhéroîque d'Espagne, le brave Saint-Hilaire» et Lannes, duc de Montébello, son ami, qui tombe, les deux genoux fracassés par un l)oulet, et expire dans ses bras. Cependant Masséna , ferme comme un roc , fait face à Parchiduc^le contient et couvre cette retraite périlleuse: Napoléon et tous les corps qui avaient franchi le fleuve rentrent dans la grande lie de Lobau, qui devient la place d'armes des Français.
deTaraée ^ug^^^» Commandant en chef Tarmée d'Italie, est en tou^BîSène "**^''^*^® ^^^ ®''^ P®""" rejoindre Napoléon sur le Danube. Macdonald, Grenier, Baraguay-d*Hilliers commandent sous lui, avec gloire; cette armée est victorieuse à la bataille de la Piave, aux combats de Tarwitz et de Goritz : elle chasse devant elle, dans ces diverses rencontres, quatre- vingt mille Autrichiens sous Tarchiduc Jean, dont elle empêche la jonction ayec Tarmée du prince Charles; enfin le 1 4 juin, anniversaire de Marengo et de Friedland, elle achève de les vaincre à la bataille de Raab, s'empare
di^rwrmée ^^ ^^^^ placc, ct rejoiut l'empereur dans File de Lobau.
aT^c^ue ^^'^^ victoire permet à Napoléon de reprendre l'offen-
de Napoléon. siVC.
Après quarante jours de travaux , trois grands ponts parallèles, jetés sur le Danube, unissent les lies, auxquelles l'empereur donne les noms de Lannes, d'Espagne et de Saint-Hilaire, tués à Ëssling, et ouvrent un passage à cent cinquante mille combattants et cinq cents pièces de canon. L'armée franchit le fleuve dans la nuit orageuse du 4 au 6 juillet, où les éclats de la foudre se confondent avec le tonnerre de cent bouches à feu qui proté-
MTBB III. CHAPITBB III. 441
gent le passage. Elle traverse le fleuve à Toiiest de l'Ile de Lobau ; le lendemain elle se présente en bataille sur la gauche de renneml, et emporte, en les attaquant de revers, les retranchements formidables élevés en face de nie, entre Eberssdorf, Esling et Aspern. Une vaste plaine s'étend au delà, devant l'armée française; les coteaux qui l'environnent à l'ouest et à l'est sont occupés par l'armée autrichienne» qui défend une position redoutable sur la rive gauche du Rhussbach ; Wagram est au centre de l'armée ennemie. L'attaque des hauteurs est inutilement tentée le premier jour par Davoust , Lamarque et Oudinot : les deux armées couchent sur le champ de bataille où le lendemain s'agiteront les destins de l'Europe. Au point du Jour trois cent mille hommes sont en présence sur une ligne de deux lieues d'étendue. Napoléon Ja parcourt au galop et indique du geste à son armée les coteaux de Wagram et la tour de Neusiedel, sur les bords satauie. escarpés du Bussbach : là est le plus grand péril , mais ^ imS!'"" là aussi sera la victoire. Davoust et Oudinot, sur la droite, ont l'ordre de les emporter; Eugène et l'armée d'Italie, Bernadotte et les Saxons sont au centre; Masséna commande la gauche vers le Danube. La droite de l'archiduc s'ébranle, précédée de soixante pièces; elle prend à revers l'armée française , qu'elle sépare du Danube : les Saxons de Bernadotte sont mis en fuite. Napoléon ordonne un changement de front à gauche, et lance contre la colonne ennemie les divisions de Masséoa, de Macdonald et la cavalerie de sa garde, sous le brave Bessières : cent pièces de caoon la foudroient ; mais rartillerie autrichienne répond à ce feu terrible , et la redoutable colonne avance toujours. Un aide de camp annonce à Napoléon que Tennemi est déjà sur les derrières de son armée ; mais lui garde le silence : son regard d'aigle s'arrête à droite^ sur les hauteurs du Bussbach ; tout à coup le feu de Davoust, en avant de la tour
44S Q0ATBliniB VPOQirS.
de Neasiedel, loi annonce le raoeès de s>on aile droite et le danger de IV nnemi. « Courez, dit^il à l'aide de eamp; dites à Masséna qo*!! attaque vivement, et que la bataille est gagnée. » Il donne Tordre aussitôt à M aedonald de se précipiter sur le centre des Autrichiens, À Oadinot d'enlever la position de Rnssbach , à DavoQSt de presser ses attaques ; l'héroique Maedonald fond comme la tempête sur le milieu de la ligne ennemie et l'enfonce, tandis que Masséna, le long du fleuve, contient la colonne autrichienne et la refoule en arrière. Sur toute leur ligne les Autrichiens sont en fuite : Davoust emporte Wagram, Maedonald se porte en avant jusqu'à Bronn , et Napoléon fait dresser ses tentes victorieuses sur le champ de bataille. Il embrasse Maedonald et le crée maréchal, ainsi qu'Oudinot et Marmont. La victoire fat chèrement disputée : vingt-cinq mille hommes des deux parts avaient été tués ou mis hors de combat (i).
Cette sanglante Journée décida do sort de l'Aatridie; les archiducs Jean et Ferdinand ayant échoué l'un et l'autre, le premier en Lombardie, le second en Pologne et en Gatlicie, François I^ souscrivit, pour obtenir la paix, aux sacrifiées les plus douloureux. Il céda sur les diverses frontières de ses États, à l'Italie, à la Bavière et à la Russie , plusieurs cercles et provinces avec trois millions de sujets; il promit d'acquitter une lourde contribution de guerre et adhéra au blocus continental. Ce Pat, traité, si onéreux pour l'Autriche, fut signé à Vienne le ^octSÎ?* 12 octobre 4809, et, tandis qu'on en discutait encore les conditions, Napoléon faillit être assassiné à Scbœnbrunn par un jeune fanatique , nommé Staps. Ce jeune homme fut saisi, armé d'un poignard, au moment ou il demandait à pénétrer près de Napoléon, et il préten-
(1) J*ai suivi » pour ce tableau rapide de la campagne de 1809, Texcellent ouvrage du général Pelet, qui a écrit ces grandes journées après y avoir pris lui-même une part glorieuse.
liO».
Malbevreoie
LIVBB m. CHAPITBE HT. 44%
dit. avoir reçu de Dieu une rnissioa pour délivrer l'Allemagne et pour la venger eu frappant Toppresseur de sa f»atrieetdu monde.
Les Anglais, pendant eette eampagne, avaient fait d'immenses armements, et cent Wtiments de guerre /iPtSJîSîs avaient descendu, en Hollande, près de 4â,000 hommes *" JSî"**^' dans les ties de Walcheren et de Sud Beveland : Flessingue, aprës^ une vaillante résistance, était tombée au pouvoir des Anglais , et déjà ils menaçaient Anvers. Une levée de gardes nationales du département du Nord et rapproche du corps de Bemadotte couvrirent cette place importantie, tandis que les fièvres knolssonnàient les Anglais par milliers dans les marais deTlIe 'de Walcheren, et ils furent contraints par ce fléau à évacuer la Zélande, on ja seule ville de Flessingue demeura en leur pouvoir. Napoléon apprit Tavortement de cette expédition formidable peu de Jours avant de signer la paix de Vienne : , la fortune lui demeurait fidèle, et il revint triomphant à Paris, où l'attendaient de graves démêlés avec la cour de Rome.
Le pape Pie VII n'avait pas fermé ses ports aux Anglais, et, Justement mécontent des empiétements de Napolé<in sur son territoire, il avait cru devoir refuser renvoi des bulles pontificales aux nouveaux évéques français. L'empereur, irrité , le détrôna comme souverain temporel et fut excommunié. L'effervescence de la multitude, excitée par la présence du pontife, mit à Rome les troupes françaises dans le plus grand péril. Le générai Miollis, Bniêvement gouverneur de la ville, jugea l'éloignement du pape né- **rtïp?Ji'* eessaire, et Pie VII, violemment arraché du palais pontifical, fut conduit d'abord à Savonne, puis à Fontainebleau : il y subit, avec une constance admirable et toute chrétienne, une captivité de quatre années, et l'ancienne capitale du monde fut transformée en chef- lieu de département français.
444 QUATRfèlfB éPOQrB.
gg^i^ L'insurrection espafinQole s'était réveillée plus terrible
'^d'ÊîpaSn?.^ aussitôt après le départ de l'empereur; bientôt le brait se 1809.1810. f^pi^Qi) cpie Napoléon exige de nouveau la réunion à la France de la rive gauche de i'Èbre, et ce brait^ trop fondé, redouble l'indignation et la fureur populaires : les insurgés s'organisent en guérillas et font retrouver à nos soldats une seconde Vendée en Espagne ; de toutes parts on se lève, on court aux armes, et le voeu de l'union et de l'indépendance nationale est le lien qui réunit tous les partis contre la France. En vain les lieutenants de Napoléon remportent dans la Péninsule de nombreuses victoires : Sébastiani triomphe à Giudad-Réal, Victor à Mé* delin, Soult h Oporto, où des milliers de Portugais restent sur le champ de bataille ; mais l'exemple de Palafox, défenseur de Saragosse, et l'héroïsme des habitants de cette ville, qui s'ensevelirent sous ses décombres plutôt que de se rendre au vainqueur, excitaient l'enthousiasme et le patriotisme des Espagnols : les Anglais, accueillis par eux, secondèrent avec succès leurs efforts. Le 28 juillet Joseph livra à sir Arthur Wellesiey la bataille indécise de Talaveyra, que l'Angleterre célébra comme une victoire; Sébastiani fut vainqueur, le 21 août, à Almonacid ; Mortier, avec vingt-cinq mille hommes, en écrasa cinquante mille à Ocana, le 19 novembre, et l'Andalousie fut ouverte aux Français.
L' Espagne cependant n'était point conquise, et en i 8 1 0 commence une nouvelle campagne aussi meurtrière que la précédente. Elle est dirigée , au nord, par le maréchal Suchet, qui investira les places de l'Aragon et contiendra celte province tandis que le maréchal Soult achèvera de soumettre l'Andalousie. Celui-ci occupe successivement Grenade, Séville, Malaga, et oblige la junte provisoire de Séville k se transporter à Cadix, dont les Français font le siège. Une troisième armée, sous les ordres de Masséna, prince d'Essling, était en même temps dirigée sur
LIVBB 111 GHAPITBR III. 445
le Portugal et avait a lutter contre rarmée anglo-portu- ^^^^ gaise de Wellington , trèsHsupérieure en nombre et qui ^ ^^"* cependant battit en retraite devant elle. Une grave mé- ^J^^^^^ sintelligence entre Masséna et Ney compromit le succès ««^^toe. de cette campagne. Masséna suit l'armée anglaise qui se retire vers Lisbonne. Il est battu par elie dans la sanglante journée deBusaco et arrêté par Wellington devant les lignes de Torrès-Védras, qui protègent la capitale et " SiVa'n"*" qui reçoivent, le to octobre, toute l'armée anglaise. Le J^toKS. plan de ces lignes avait été tracé par Wellington, et, ^^i^depuis plus d'une année^ des milliers d'bommes travaillaient à élever leurs formidables retranchements (l). Masséna les Jugeant inexpugnables établit son armée en observation sur le Tage, entre Albandra, Santarem et Abrantès, et attendit pour agir les ordres de l'empereur. Tandis que la Péninsule dévorait l'élite des armées françaises, Napoléon atteignait au plus haut point de ses prodigieuses destinées. Également séduit par le désir d'obtenir un héritier et par l'ambition de s'allier aux vieilles dynasties de l'Europe, il répudia Joséphine de Divorce
ni . / \ ,^ \ / . de Napoléon.
Beauharnais (2), sa première femme, et épousa, le 30 ii«popie
^^ ' r , *^ une irchldu-
mars 1810, Mane-Louise, archiduchesse d'Autriche, fille ..5*»fj?« de 1 eiïipereur François. i>io
La Hollande fut dans le cours de cette année réunie Réunion à la France; Napoléon détrôna son frère Louis, dont le |f*J*ÏJî°j;. royaume était devenu un entrepôt de marchandises an- <^^^ glaises. Le Moniteur , à cette occasion, proclama la politique de l'empereur à l'égard de ceux qu'il couronnait.
(1) Ils s'étendaient sur trois lignes, dans an espace de plasiears lieues, entre le Tage et la mer, ils étaient formés de 152 redontes qui se soutenaient les unes les autres et que défendaient 900 bouches à feu et 100,000 hommes, dont 90,000 Anglais, sous Wellington.
(2) Joséphine, dit Charles Lacretelle, avait depuis longtemps pres- S4'nti son malheur, et Tarticle du divorce, inséré avec autorité dans te Code civil par Napoléon, était pour elle un sujet de perpétuelle iaquiétndt.
446 QnATBTCMR B1»0QUB.
« Saehez, disôlt-ll aux rois ses frères, que vos ]^emiers tf devoirs sont envers moi et ta France. » Cette politique, révélée à l'Europe, contribua puissamment à la soulever contre lui. Un de ses lieutenants fut appelé ^ à la même époque, à la succession de la couronne de Suède : l'imprudent et fougueux Gustave IV avait été renversé du trône, oti, en 1809, son oncle', le due de Sndermanie, lui avait succédé sous le nom de Charles XIII ; ce prince, Bernadotte n'ayant point d'enfants, adopta poui'fils, en i8ro, Ber- *^"roy«f* nadotte, prince de Ponté-Corvo, élu par les états géoé-
de Suède ^ 7 r ^ o
1810. raux prince royal de Suède. Napoléon vit dans cette élection un événement qui achèverait de soumettre le Nord à son système; il ne devina point que son lieutenant, autrefois son ennemi, préférerait un jour l'intérêt de son peuple, à celui de sa première patrie, et il loi permit d'accepter ses royales destinées. La Suède depuis l'avènement de Charles XIII adhérait au système continental, et le blocus fut un moment observé dans toute l'Europe.
conairtéra-/ C'cst ici qu'il COU vient dc s'arrêtcr un moment pour générales cmbrasscr d'uu regard les travaux immense de NapoleoD Napoléon et mesurer sa puissance colossale, en examinant qaelques-
ei son régne* "^ ^ ^
ç unes des causes de son élévation et de sa chute. Il fut porté
au faltedes grandeurs par son génie, par ses victoires, par
■ le vœu d'un peuple qu'éblouissait le prestige d'un nom noo-
\ veau décoré d'une glorieuse auréole, et qui soupirait pour
; l'ordre et le repos après de longs orages ; il y fut porté snt-
\ tout par cette Providence cachée qui produit sur la scène
\ du monde les*hommes nécessaires lorsque leur temps est
j venu, et qui, méconnue trop souvent par eux-mêmes, les
; élève, les dirige et les soutif nt jusqu'à ce que leur œuvre
: 1 soit accomplie. La France applaudit à la haute fortune de
* Napoléon, parce qu'elle avait besoin de lui et parce qu'après
avoir assuré sa puissance au dehors et beaucoup fait pour sa
gloirt il sut encore deviner ses besoins et contribuer à m
LIVBB ni. GHAPITBB III. 447
prospérité intérieure. Noos avons raconté ses exploits, ses conquêtes, ses travaux administratifs! et législatifs ; Tespace nous manque pour exposer ceux d'un intérêt parti* culier et spécial. Sa vaste intelligence embrassait toutes choses; il passait sans efforts, avecune facilité merveil* leuse, d*un sujet à un autre, et aucun détail n'était audessous de sa vigilante sollicitude : tantôt, combinant les Traraux besoins d'une nombreuse Jeunesse avec les intérêts de son empire guerrier , il créait des écoles pour Tarmée, pour **^"***la marine, donnait une organisation militaire aux prytanées et aux lycées^ ouvrait gratuitement ces établissements aux fils des braves morts sur le champ de bataille et fondait plusieurs maisons spéciales pour leurs filles; tantôt, préoccupé des intérêts commerciaux et industriels ^JJÎ^îSg!' du pays, il créait le conseil général des fabriques et manufactures, accordait d'honorables récompenses aux auteurs des découvertes utiles, proposait des prix pour diverses inventions ou améliorations d'une haute importance, donnait cent mille francs auchimiste Proust pour sa découverte du sucre de raisin, décorait Ternaux de la Légion d'honneur pour la fabrication supérieure de ses draps, et promettait un million à Tinventeur de la machine à filer le lin. L'industrie des laines et des soieries recevait de lui d'immenses encoufagements, et la culture du coton était, essayée par ses ordres en Corse et en Italie. D'autres soins importants occupaient son attention tour à tour : c'étaient l'approvisionnement des villes et des armées^ F habillement des troupes, l'assainissement de la capitale, la destruction de la mendicité.
Outre l'intelligence des intérêts matériels du pays, Na poléon avait encore le sentiment des grandes choses, et ta France lui doit l'exécution, l'embellissement ou la pensée première d'autant de monuments impérissables que d'établissements utiles. Partout où le besoin s'en faisait sentir il ouvraitdes routes, creusait descanaax,*jetaitdes ponts,
HonuiiienU.
448 , QITATBTÈMB ÉPOQUE.
élevait des fontaines, non-seulement en France, mais dans les pays étrangers réunis à son vaste empire : l'admirable route du Simplon, le canal de Saint-Quentin, les bassins d'Anvers et de Cherbourg, attestent en ce genre ce qu'il savait entreprendre. La Bourse Ja Madeleine, lacolmine de la place Vendôme, Tare de triomphe de l'Étoile, les ponts d'Âusterlitz et dléna furent, à Paris, exécutés oq conçus sous son règne. Napoléon enrichit la Bibliothèque nationale, fit continuer les travaux du Panthéon, commanda pour décorer le pont de la Concorde les statues de ses plus grands généraux morts au champ d'honnear, et eut ridée de consacrer à Saint-Denis trois autels expiatoires pour les trois races royales qui se sont succédé sur le trône de France.
Embrassait tout ensemble la politique extérieure, Tadminist ration, les fiances, la guerre, il trouvait encore, au milieu de ses immenses travaux, du temps pour tous les détails; il se faisait rendre de tout un compte exact et demandait à ses ministres des rapports minutieux et fidèles sur l'immense personnel de leurs administrations respectives. Il possédait à un degré éminent le don de juger du caractère et de la capacité de ceux qui le servaient; c'est à cette faculté précieuse qu'il fut redevable de voir ses pensées presque toujours bien comprises et Htnistres bicu cxécutécs, ct de changer rarement de ministres, ^invm*' d'administrateurs ou de conseillers. Les hommes qui, hors des rangs de l'armée, eurent la part la plus honorable dans les plus grandes choses accomplies sous sa directioo furent : pour les affaires extérieures, Talleyrand etChampagny, duc de Cadore ; pour les finances, Gaudin, doc de Gaête, Mollien et Barbé- Marbois, dont l'intégrité^* lait les lumières ; pour l'intérieur, le comte de Montalivet, d'abord directeur général des ponts et chaussées, puis ministre^ et qui portait dans l'exercice des affidres la supériorité d'un sens droit et d'une Ame élevée; pour
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rinstnictloii publique, FonUiMS, grand maître de FUniirersîté, poète distingué» nourri dans Tandenne école des lettres et des mœurs, et prodigue envers le représentant des temps nouveaux d'hommages ingénieux et trop souvent adulateurs ; ce furent encore, dans de hautes dignités ou de grands emplois : Lebrun, duc de Plaisance ; Régnier, duc de Massa; Maret, ducdeBassano; Daru enfin, qui unissait à une merveilleuse aptitude au travail un courage à toute épreuve. Le conseil d'État, cpn«eii auquel Napoléon donna une organisation justement admirée^ s'illustra sous son règne par de grands talents ; là brillèrent les jurisconsultes Portalis etTronchet, rédacteurs du Gode civil ; Joubert, A lient, Regnaultde Saint- Jean d'Angély et l*immortel Guvter. La plupart de ces hommes ont laissé des souvenirs durables de leurs travaux. Napoléon, par la vigueur de son génie, par l'ensemble de ses facultés éminentes, savait demeurer supérieur avec tous, et c'est en s'appuyant sur leurs talents, c'esten s'entourant de toutes les illustrations de la Fxance qu'il était parvenu, en 1810, au plus haut degré d'éclat et de pouvoir qu*aucun souverain ait jamais atteint en Europe. Son empire, après les dernières réunions, comptait une population de cinquante millions, répartie dans cent trente départements.
Cependant, sous tant de grandeurs et de prospérités, causes un mal profond creusait graduellement un abime, et ce décadlnoe. mal était Tambition démesurée de l'empereur. S'il n'eût jamais séparé ses intérêts personnnels de ceux de la France, il est à croire qu'il eût fini par triompher de toutes les résistances ; mais, dans les derniers temps, ses envaliissements perpétuels, soit pour lui, soit pour sa famille, redoublèrent les alarmes et la jalousie des princes étrangers, sans autre résultat pour la France qu'un perpétuel sacrifice d'hommes et d'argent. Les haines des partis se réveillèrent alors avec plus de force à l'intérieur, a naténeor.
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et trouvèrent de Vécho dam* les elasges qui avalent aidé à l'élévation et au maintien du tréne impérial. Les ressentiments, d'ailleurs, de Taristocratie et des amis de la lil)erté ne manquait ni de prétextes ni de causes véritables : Tancienne aristocratie voyait toujours dans Napoléon un parvenu, né d^une révolution qu'elle avait en horreur» oubliant qu'il Tavait en partie étoufifée; les démocrates maudissaient en lui l'homme qui avait renié tous leurs principes après avoir puisé sa force dans l'ordre de choses qu'ils avaient fondé. La création d'uae nouvelle noblesse était également odieuse aux anciens nobles et aux patriotes; la destruction de toute liberté de la presse rendait l'irritation ^pius vive en la refoulant dans les cœurs, et, quoique Napoléon n*eùt pas encore cessé de vaincre, il n'imposait plus silence à ses ennemis par ses victoires, dont le nombre affaiblissait le prestige. Le vide affreux que faisait la guerre dans les rangs des jeunes générations s'apercevait chaque jour davantage; la consommation d'hommes était effrayante; après diaque grande bataille gagnée on se préoccupait déjà nM>ins du territoire conquis que du sang versé., et le cri désespéré des mères s'élevait au-dessus-dès acclamations triooh phales.
A ^ A l'extérieur, la puissance de Napoléon, plus apparente que réelle, ne reposait sur aucun fondement solide : ses frères mêmes , couronnés de sa main , s'indignèrent de n'être considérés par lui que comme ses lieutenants; ils comprirent qu'en leur accordant le titre de roi^ sans leur eh donner le pouvoir il avait rendu leur règne impossible : l'un d'eux abdiqua , les autres hésitèrent entre Pabdieation et la révolte. Les peuples des pays réunis étaient accablés du fardeau des conscriptions , des Impositions de guerre et du logement des troupes. En vain l'empereur comptait dans son alliance les plus grands souv^aios » ceux-ci n'oubliaient point qu'il la leur avait imposée par
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des Tîctof res , et leur honneur blessé rendait pour eux une revanche désirable ; l'Autriche et la Prusse avaient de cruels affronts à efifocer, de nombreuses provinces à reconquérir. Une grande fermentation agitait en Allemagne toutes les universités, toutes les sociétés secrètes, d'où partaient des crisd'iodépendance et de rage contre l'oppresseur de l'Europe, et déjà Napoléon, durant son séjour à Scfaœnbrunn, en 1 S09, avait failli périr, comme on Ta vu, sous le poignard d'un jeune faqatique.L'Ëspagne, dont il voulait détacher la rive gauche de l'Ëbre pour la réunir à la France, le Portugal, qu'il prétendait partager au gré de son caprice, repoussaient son joug ; ces deux États, soutenus par l'Angletenre, opposaient une résistance mvincible à Napoléon, qui s'épuisait en efforts pour y maintenir trois ar-* mées sur un pied formidable. Le funeste système continental enfin soulevait contre lui tous les intérêts commerciaux eM'aveuglaient lui-même, en donnant un prétexte apparent à ses usurpaticms continuelles. Il comprit que ce système gigantesque imposait un fardeau si lourd, une gêne si cruelle aux peuples et aux souverains qu'il ne pouvait se reposer partout que sur lui seul du soin de son exécution. Après avoir, dans ce but, réuni à la France la Hollande et les États romains, et s'être fait, du pape et du clergé, d'irréconciliables ennemis, il hasarde davantage^ et le 13 décembre 1810, négligeant comme super- sénati». flu tout avertissement préUminaire , il réunit , par un se- '^d'u. ^
. . •>* 1 '. 1 ..il / <• décembre
natns-consulte, a son empire le Valais, les villes hanséa- RjJJj'îôn tiques et les e6tes de la Baltique depuis l'Ems jusqu'à 'jl]^;;',^^';^ l'Elbe. Les circonstances, disait l'empereur, commandent ^.„„/\rti^ une telle mesure; et il promettait vaguement des indem- de&^cûtts nités aux princes dépouillés par cette usurpation nouvelle. *■ Mnqw. Avec une semblable politique il n'y avait plus eu Europe de sécurité pour aucun souverain, de gararantie pour aucun traité ; Napoléon se précipitait sur une pente fatale, : il follait ou que la France ftX vaincue par l'Europe, ou
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que l'Europe tout entière devint France. Une amMtioii sans mesure condamnait l'empereur à combattre sans cesse la ligue des dynasties, des peuples, du sacerdoce et du commerce, et, lorsqu'il crut avoir tout gagné à ses vues parce qu'il voyait tout soumis , il se trouva qa'il avait semé partout des germes d'une opposition qui devait éclater d'une manière terrible au jour des premien revers.
Entre tous les souverains de l'Europe^ c'était Alexandre qui pouvait, à cette époque, donner la plus grande inquiétude à Napoléon ; ce prince y en effet ^ était à la fois le plus puissant par ses années et le plus difficile k soumettre , à cause de la situation géographique de son empire. Depuis longtemps , pour maintenir la bonne intelligence entre lui et Napoléon , Alexandre avait eu à lutter contre les sollicitations du gouvernement anglais et de ses anciens alliés du continent, et à combattre l'aristocratie russe , qui , depuis l'adhésion du czar au système continental , ne trouvait plus de débouchés'pour les produits de ses terres. Alexandre avait obtenu la Finlande^ la Moldavie et la Valachie , si longtemps convoitées ; il aurait voulu encore que l'empereur des Français se prononçât d'une manière formelle contre toute éventualité d*un rétablissement futur du royaume de Pologne ; il se plaignait déjà du refus de Napoléon lorsque le sénatos-consulte du 13 décembre 1-810 ajouta un grief sérieux à de premiers sujets de plainte. Parmi les princes dépossédés se trouvait son oncle, le grand-duc d'Oldea- Refroidiue- bourg. Alexandre vit dans les décrets qui dépouil lalent viod'Aiexandre Icmmcut uu mcmbrc de sa famille un affront à sa per*
pour
Napoléon, souue; 11 prêta l'oreille à ceux de ses proches et de ses courtisans qui l'excitaient le plus vivement contre la France, et répondit le 31 décembre au sénatus-ccdisQlie du 13 par un ukase commercial qui fermait la Russie à un grand nombre de produits français et ouvrait ses
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ports aux produits coloniaux de l'Angleterre sons pavillons neutres. De nouvelles levées furent ordonnées dans ses États; ses armées se rapprochèreot du Niémen, et l'Europe fut dans Tattente de nouveaux et sinistres événements.
Tandis que Napoléon , sourd aux conseils de la prudence, provoquait ainsi une guerre nouvelle avec la ^e if'dSwe Russie par des envahissements successifs et téméraires , ^° ^^'^ la Péninsule, à l'autre extrémité de l'Europe, dévorait ^"'ÎSuT*' les armées et les trésors de la France. Suchet conservait l'avantage dans TAragon et dans la Catalogne; il avait pris Tortose , Tarragone allait succomber, et il assiégeait Sagonte ; mais dans l'Estramadure, en Andalousie et en Portugal , les armées de Soult et de Masséna enduraient de grandes souffrances et luttaient avec peine contre d'Immenses obstacles. Soult, après un siège long et meurtrier, avait pris Badajoz et de là s'était porté sur Cadix pour héter la reddition de cette place importante investie par Victor ; mais bientôt les Anglais assiégèrent à leur tour Badajoz et rappelèrent Soult dans l'Estramadure. Masséna» n'ayant pu forcer les redoutables lignes Retraite de .Torrès-Védras, après avoir campé plusieurs mois sur ^^^^ fa rive du Tage, en face de Tai'mée anglaise, s'était vu a!!«utol contraint de rentrer en Espagne, et il avait rétrogradé jusqu'à Salamanque , suivi dans sa retraite par Wellington. A la fin d'avril 181 1 il reçut le renfort de quelques milliers d'hommes de la garde impériale, commandés par le maréchal Bessières, duc distrie; il voulut alors reprendre l'offensive et fit un effort pour délivrer A^lméida, ville importante sur la frontière du Portugal , st qu'assiégeaient les Anglais. Il marcha au secours de :;ette place avec quarante mille vétérans^ débris héroî- |ues de plusieurs armées, et rencontra l'ennemi le 3 mai au village de Fuentès d'Onoro, à mi-chemin d*Al- JvSSm» oàéiiia et de GudadrRodrigo. Là Masséna engagea cou- ^'ilm?*
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tre WelliDgWn une terrible bataille de trois jours qai demeura indécise et qu*iieùt gagnée , selon toute apparence, si les munitions ne lai eussent fait défaut et s*il eût été mieux obéi de ses lieutenants. Les Anglais conservèrent leurs positions , et lif asséna , fort affaibli , après avoir occupé plusieurs JOURS le champ de bataille, ordonna la retraite et se replia de nouveau sur Salamanque. Napoléon lui reprocha de n*avoir pas sm vaincre et le remplaça dans son commandement par le maréchal Marmont.
L*empire était sur son déclin; la destinée cependant accorda encore à l'empereur une faveur éclatante et ar- Naimanoe demmcut désirée : il eut un fils en mars 1811, et la naisroi de nome, sauce de cet enfant ,. proclamé roi de Rome au berceau, parut, en lui assurant un successeur, avoir consolidé sa fortune. Napoléon aspirait à terminer de long différends avec la cour de Rome , et il voulut réunir à Paris un concile national, le jour où son fils y recevrait le baptême, afin de régler, de concert avec cette assemblée» les affaires ecclésiastiques de son empire.
Déoiéiéft Le souverain pontife» dépouillé de son temporel, était ^te"* encore retenu au lieu de sa première captivité , à Savone, pape^cap ^^ ^^ persistait dans son refus d'instituer les évéques français nommés par Fempereur et dpnt le nombre s'élevait alors à vingt-sept (l). Napoléon voulait que le pape acceptât , aux frais de la France , un établissement pompeux,maïs dépendant, à Rome, à Paris. ou à Avignon f3', et renonçât ainsi à la puissance temporelle; il deman-
(1) Napoléon a^aft exigé que les chapitres cooférassent la qualite de vicairea capitulaires aax évèques nommés , ce qoi penMttvt à reux-ci de gouverner leurs diocèses au moÎDS comme administiateurs. Le cardinal Maurj, nommé archeyéque de Paris, adminislrut ainsi son diocèse.
(2) A Avignon cepebdant Napoléon consentait à laisser le pape indépendant pourvu qu'il acceptât la célèbre déclaration ôe i€Sl , qaï consacrait iet libertés de FÉglise gallicaM.
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dait en oatre , «n all^^uant les besoins des diooèjeB, qae les évèques fussent canoniquement institaés, et cherchait nu moyen légal de poorvoir à leur iosUtutien dans le cas où le pape refuserait de la leur doimer.
Pie YII , en acceptant la première proposition de l'em- condie tenu pereur, aurait cru trahir son devoir et sacrifier les droits »i«du saint-siége qu'il avait juré de maintenir; il refusa noblement de souscrire à sa propre déchéahoe au prix d'un établissement magnifique. « Ce n*est pas , dit-il, le Vatican que je réclame , ce sont les catacombes : qu*on me permettre d'y retourner avec quelques vieux prêtres pour m' éclairer de leurs conseils^ et de là je continuerai ' mes fonctions pontiâcales en me soumettant à Taotorité de César commeles premiers apôtres. » Il se montra plus conciliant sur le second point , sur Tiostitution des évèques^ et parut, du moins verbalement , ne pas vouloir s'opposer à ce que les évéques nommés fussent institués^ après un délai de six mois, parle métropolitain.
Telle était la grave question que l'empereur avait pour objet de régler d'une manière définitive en convoquant à Paris, en concile national , tous les prélats français. Le concile s'ouvrit à Paris le 19 juin (l),et, voulant débuter par un acte de déférence envers l'empereur^ il nomma pour son président le cardinal Fesch, oncle de Napoléon, archevêque de Lyon et primat des Gaules. Mais bientôt s'élevèrent, dans le sein du concile, de violents débats sur sa proprecompétenceetsurson droit de décision relativement à la grande question qui lui^ était ;80umi8e. Une commis* sien nommée par l'assemblée fit un rapport contraire aux vues de Tempcrear, et la lecture de ce rapport souleva un orage ; quelques voix protestèrent avec indignation contre Fodieux traitement infligé au pape, et la bulle pontificale
(1) Le concile o*ayant pu être réoni, comme l'avait voulu Tempereur, le jour du baptême de mb fils» il ne s'ouvMt que la semaine suivante.
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qui excommoniait Napoléon fut imprudemment rappelée. A cette nouyelle si inattendue, l'empereor, n'écoutant que sa colère , prononça la dissolution du concile y fit jeter à Vincennes trois prélats, les évèques deTroyes, deTournay et de Gand, et terrifia la plupart des autres. Puis', par le conseil du cardinal Maury, il les convoqua tous séparément^ et fit aussi demander leur adhésion individuelle à la déclaration antérieurement approuvée, de vive voix, par le pape, et qui autorisait le métropoliuin à donner l'institution aux évéques nommés par i*empereur, si, après six mois révolus, ceux-ci ne Pavaient obtenue de la cour de Rome. Quatre-vingt-cinq évèqoes sur cent quinze ayant approuvé le projet, IVmperear réunit de nouveau le concile, dont il obtint alors un vote presque unanime. Le concile^ toutefois, sans réveiller la question de compétaice, exprima le vœu que le souverain pontife fût invité à approuver son décret. Une commission formée de cardinaux et d*évèqaes alla porter au pape, à Savone, le décret du concile , en le priant d'y souscrire. Le pape, craignant de susciter de plus grands périls à TEglise s*il répondait par un refus, promit d*instituer les vingt-sept évéques et accepta le idécret par un bref, mais en l'appuyant de considérations contraires aux principes reconnus dans rfiglise gallicane (l). Napoléon publia le dispositif du biref pontifical sans les considérations qui le motivaient ; il soumit celles-ci à l'examen du conseil d'État, et fit procéder en bâte aux dernières formalités nécessaires pour obtenir l'institution promise par le pape aux prélats nommés. Le concile fut ensuite dissous. D'antres soins absorbaient alors les pensées de l'empereur : il allait de nouveau saisir pour une gigantesque lutte sa redoutable épée, et il marchait avec une aveugle confiance
(1) J'ai extrait deroovrage de M. Thiers le rapide exposé qaeje donne des faits relatib aux actes du concile de 1811.
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au-devant de l'orage que son ambition insensé^ avait soulevé en Orient.
En insistant, avec une hauteur offensante , pour qu'Alexandre rapportât son ukase du 3 1 décembre , Napoléon méconnaissait le tort beaucoup plus grave qu'il s'était donné vis-à-vis du czar en réunissant à son empire le grandduché d'Oldenbourg saus accorder aucune indemnité au grand-duc. Son orgueil vit une injure pour la France et pour lui-même dans le refus d'Alexandre; il pensait que son œuvre ne serait accomplie que lorsqu'il aurait mis tous les souverains de l'Europe, même les plus grands, dans une condition dépendante de sa volonté , et pour satisfaireà d'odieuses exigences, il attira d'innombrables calamités sur la France et sur lui-même.
Avant de déclarer la guerre, néanmoins, il voulut assurer, sur tous les points, la défense de son vaste empire. Il visita la Belgique, où il avait ordonné de magnifiques B,gu„jj,n travaux, puis la Hollande, récemment réunie, où il mit pe^^lreop plusieurs places importantes en état de soutenir un long «" Belgique siège, et il fit de toutes parts des armements immenses. La ®" ho"»*»®- France souffrait alors de la rareté des grains et du ren- souffrance* chérissement excessif d'une foule d'objets de consom- "'^^me» iiiation qu'elle tirait jadis des colonies ; le commerce ma- '* "J?"^* ritime était nul, et à ces causes de désaffection se joignait ** ï'^uropc. la plus cruelle de toutes, l'impôt du sang, d'immenses sacrifices d'hommes sans limites et sans terme. Sourd à toutes les représentations. Napoléon ajouta aux maux de la disette et rendit les grains plus rares encore sur le odieuse» marché en les faisant taxer par ses préfets , et, tout entier dîî^" gîme. à ses projets belliqueux, il forma des cohortes de garde ^"p*'^*"^ nationale mobile du petit nombre d'hommes qui avaient échappé aux conscriptions des dernière années, et il fit poursuivre sans pitié, par les moyens en usage sous la Terreur, 60,000 réfractaires qui n'avaient pas rejoint leurs drapeaux. Leurs malheureuses famillesv dans toute
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la France, furent rendues responsables de leur absence ou de leur fuite et soumises dans leur intérieur à de cruelles exactions. On les força de nourrir et d'entretenir à leurs frais des soldats, objets de la haine publique, sous le nomdetestedegarnisaires.il y eut, sur plusieurs points du territoire, des révoltes sévèrement réprimées, Paris même proféra des plaintes, et Fempereurse retira à Saint-Gloud pour ne point entendre les murmures de la population sur son passage. Si de pareils maux étaient intolérables en France, ils étaient plus douloureux encore dans les nombreux pays conquis ou soumis par Napoléon, écrasés d'impôts et dévastés par le passage continuel des armées; le nom français était devenu odieux aux peuples qui subissaient avec désespoir la domination de la France ou son ascendant oppresseur. Cétait cependant sur eux et sur leurs souverains que Napoléon crut témérairement pouvoir s*appuyer dans son entreprise contre la Russie, et c'est ainsi qu'il imposa son alliance à rAutricbe à la Prusse, avec lesquelles il conclut de nouveaux traités. Il rassemblait alors son armée derrière la Yistule, et, dans le but de la grossir, il tira d'Espagne une partie des forces à peine suffisantes pour y soutenir son frère Joseph sur le trône. De tous les point de TEurope, depuis les bords de l'Océan et de la Méditerranée jusqu'à ceux de la Baltique, des troupes innombrables furent dirigées sur la Pologne^ et Tempereur voulut surveiller lui-même leurs mouvements. Il confia ses pouvoirs au prince archichancelier Gambacérès, et, sur l'invitation du coi de Saxe, il quitta Paris en mai 1812 et vint s'établir avec toute sa cour à Dresde, sous prétexte de se réunir en congrès aux autres souverains, mais en réalité pour se rapprocher de son armée et se mettre en mesure de surprendre l'ennemi par une attaque soudaine audébot Congrès de la prochaine campagne. L'empereur d'Autriche, le iMï. * roi de Prusse et nu grand nombre de souverains de l'Eu-
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rope se rendirent à Dresde auprès de Napoléon ; là, au faîte de la puissance^ il goûta encore une fois le triomphe le plus doux à Torgueil ; il vit des rois parmi ses courtisans et plusieurs têtes couronnées s'incliner devant la sienne.
Napoléon avait résolu d'attendre le mois de juin pour entrer en campagne; il lui importait jusque-là d^abuser Alexandre afm de le prévenir en franchissant le Niémen, et il lui fit transmettre, par son envoyé M. de Narbonue, des assurances constamment amicales, tandis qu'il poursuivait ses in^menses préparatifs avec la volonté intle:i^ible de lui déclarer la guerre (l). Il était enfin parvenu à réunir derrière la Vistule son immense armée, forte de quatre Rassembiccent vingt trois mille hommes, dont trois cent mille fan- deTarmée tassins, soixante-dix mille cavaliers et trente mille artil- :enV.iognc. leurs, traînant à leur suite mille bouches à feu de campagne, six équipages de pont et des vivres pour un mois. Cette armée, composée d'hommes de presque toutes les nations -de l'Europe, Français, Autrichiens, Prussiens, Wurtembergeois, Bavarois, Hollandais^ Polonais, Italiens, était divisée en huit grands corps et soutenue par deux cent mille hommes de réserve disséminés entre l'Elbe et, la Yistule. Ce rassemblement formidable avait excité ^ depuis plusieurs mois , les justes alarmes de l'empereur Alexandre ; prévoyant le péril dont il était menacé , malgré tous les efforts de Napoléon pour le maintenir dans une trompeuse sécurité, il se rapprocha de l'Angleterre, afin de résister à l'orage prêt à fondre sur ses États. H forma avec cette puissance, comme avec l'Es- ^^i^^^ pagne et le Portugal, une nouvelle coalition dans laquelle *^'^{ÎJ" il réussit à entraîner la Suède, gouvernée, sous Char- ^ {Jjf/*' les XIII, par le nouveau prince royal Bernadotte. Celui-
(1) Cêci résulte des instructions précises et connues données par Napoléon à M. de Narbonnc.
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meurtrier et abandonnée aux flammes. Les Russes se replient encore ; Napoléon les suit et se dirige sur Moscou. Les champs de Valoutina, de Gorodrezna, de Polotzk , sont le théâtre de combats acharnés où nos arm'es triomphent ; mais les Russes n'engagent aucune action décisive ; ils se dérobent après chaque défaite , ils reculent toujours; les Français avancent et s'enfoncent à leur suite au cœur de la vieille Russie.
L'armée arriveenfin, le 5 septembre , dans les champs de Rorodino, à quelques lieues de Moscou, près des bords ^e la Moskowa, et découvre en face toute l'armée russe y dont le vieux Kutusof a pris le commandement. Batauie Une bataille générale est résolue pour le surlendemain , Moskowa. et dans la matinée de ce jour mémorable, Napoléon, sortant de sa tente , dit à ses officiers : Voilà un beau soleil; c^est le soleil d'Austerlitz ! puis, dans une proclamation à ses soldats, il leur dit : a Voilà îa bataille que « vous avez tant désirée ; Conduisez-vous comme à Aus- « terlitz, à Friedland , à Witepsk, à Smolensk, et que « la postérité la plus reculée cite avec orgueil votre con- • duite dans cette journée ; que l'on dise de vous : Il « était à cette grande bataille dans les plaines de Mos- « cou I » L'action s'engage presque aussitôt , elle est terrible; Ney, Murât, Eugène, Davoust, Gérard, Poniatowski font des prodiges d'héroïsme : Auguste Caulaincourt est frappé à mort en s'emparant au galop , à la tête de ses cuirassiers , d'une redoute formidable ; les Russes fléchissent enfin après la lutte la plus acharnée. Napoléon retient sa garde et laisse échapper l'ennemi , qu'il pouvait écraser : vingt deux mille Russes sont tués ou blessés dans cette journée meurtrière; un grand nombre de nos généraux y périssent; mais la victoire nous reste, et le maréchal Ney est proclamé prince de laMoskowa sur le champ de bataille. Un nouveau combat se livre à Mojaïsk, à une demi-lieue de Moscou ; les Russes