‹ Histoire de FranceChapitre 56 sur 101 · LIYBE III. CHAPITRE HT · texte numérisé non relu

LIYBE III. CHAPITRE HT

sont encore vaincus^ et leur armée n'entre dans cette ancienne capitale de leur empire que pour Tabandonner. Des hauteurs du mont du Salut , qui domine Moscou, les Français aperçoivent cette ville iameuse , moitié européenne, avec ses huit cents églises, ses mille clochers, ses coupoles dorées , qui étincellent au soleil. A cette vue nos soldats sont saisis d'étonnement et d'admiration. Moscou! Moscou I s'écrient-ils, et Napoléon cède un moment à' cet enthousiasme ; un éclair de joie illumine son front ; un cri de bonheur lui échappe : Moscou I voilà le prix de tant de travaux glorieux, le terme devant de fatigues 1 On arrive enfin : les Français pénètrent dans Entrée les rues silencieuses de la ville immense et s'éton- fraSîïii? nent de la solitude qu'ils rencontrent ; ses murs sont ^ mt!^"' déserts, leurs habitants les ont évacués; Napoléon entre sans résistance dans la citadelle du Kremlin. Moscou, dans sa pensée, sera le terme des fatigues et des souffrances de son armée : il y trouve de très-grande ressources ; c'est là qu'il établira ses quartiers d'hiver^ et il jouit en espoir de sa conquête. Mais pendant la nuit un affreux incendie éclate. Rostopchin, gouverneur de la ville , s'était décidé, en l'évacuant , à un immense sacrifice pour sauver sa patrie. La Russie est perdue si les Français trouvent un refuge dans Moscou ; à un signal convenu , et sur l'ordre de Rostopchin, des forçats se répandent dans la ville , la flamme à la maia , et met- mcendie tent le feu en mille endroits. Moscou embrasé s'écroule , et n'est bientôt plus qu'un vaste monceau de cendres et de débris.

L'hiver approche , et les Français n'ont plus d'asile contre ses rigueurs. Napoléon se flatte encore de l'espérance de la paix; Alexandre prolonge à dessein les négociations pour endormir son ennemi dans les ruines de Moscou, tandis qu'il signe un traité à Bucharest, avec le suit an Mahmoud, successeur de Sélim , égorgé par

de Moscou.

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les Janissaires; ce traité rendait toutes les forces de la Reu^ite j^ussie disponlblcs contre la France. Tout est rompu en- J^Tu'ffî. ^^ ; Napoléon ordonne la retraite , et quitte la ville à la tête de cent mille combattants, après quarante jours d'inutile attente. « Votre guerre est finie, avait dit le vieux « Kutusof aux Français, et la nôtre commence. » Son armée interceptait la vieille route de Kalouga, sur laquelle se dirigeait Napoléon , et, cinq jours après l'évacuation de Moscou, le 24 octobre, elle livra aux Français à Malojaroslav^etz une bataille très-sanglante et indécise , à la suite de laquelle Tempereur faillit être enlevé par une bande de cosaques au milieu de son étatmajor (1). Une seconde bataille eût été nécessaire pour s'ouvrir le passage vers Kalouga; Napoléon inclinait à la livrer; il tint conseil, et, cédant à l'avis presque unanime de ses généraux, il diritrea la retraite sur Smolensk. L'biver arriva subitement avec une rigueur peu commune , même' au cœur de la Russie. Nos soldats , que le froid paralyse, sont poursuivis et harcelés dans leur retraite par d'innombrables ennemis, et couvrent les routes de leurs cadavres glacés.

Cependant l'armée marche en assez bon ordre jusqu'à la Bérésina, qu'elle doit traverser en présence de Kutusof, de Wittgenstein , de Tcbitchagof et de leurs trois armées, qui occupent et défendent tous les passages. Le fleuve est dégelé, il charrie; il faut construire des ponts sous le feu de l'ennemi et se battre sans relâche. Victor et Oudinot protègent le passage ; là sont encore accomplis des prodiges d'héroïsme; mais nos forces, trop inférieures, fléchissent sur la rive droite devant l'armée de Wittgenstein ; une batterie russe foudroie les ponts, et

(1) C'est après cette rencontre que , pour échapper au malheur de tomber vivant aux mains des Russes, Napoléon se Gt donner par son médecin un poison fort actif, quMl porta constamment sur lui renfermé dans une bague.

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bat en brèche un mur vivant formé d'une masse compacte de traineurs et de malheureux désarmés qui encombrent le passage. Victor fait enfin reculer cette terrible batterie; mais lui-même, enveloppé de toutes parts, est prescpe écrasé. Alors s'élancent à la tète de la cavalerie Fournier et Latour-Maubourg ; ils enfoncent le centre ennemi et dégagent Victor. Cependant les ponts sont obstrués par une innombrable multitude de soldats de toute arme et par un matériel immense; ils cèdent , et la Bérésina engloutit des milliers d'hommes dans ses flots. Enfin , après des efforts inouïs , Tannée franchit cette redoutable barrière ; mais Ténergie morale de la plupart de nos soldats est abattue comme leurs forces physiques : le froid sévit de nouveau avec fureur, et la retraite n'est plus qu'une vaste et effroyable déroute.

Paris était resté vingt et un jours sans nouvelles de conspiration l'empereur et de la grand armée, et un prisonnier politi- uattet que, le général Mallet, supposant dans cette capitale la mort de ^apoléon» avait failli par un audacieux coup de main y suspendre son gouvernement. L'empereur comprend que sa présence est indispensable à Paris pour déjouer les complots et créer de nouvelles ressources militaires. Il quitte, le 5 décembre, son armée défaillante, dont il donne le commandement au roi de Naples , et qui arrive dénuée de tout à Wilna. Ney cherche à la ranimer par son héroïque exemple ; il prodigue sa vie pour elle et se retire le dernier, faisant face à l'ennemi, tour à tour soldat et général.

Mais avec nos revers les défections commencent. Les Prussiens, qui couvraient la droit de l'armée française en péfecuon retraite, abandonnent Macdonald à Tilsitt; les Autri- pmllSens chiens, commandés par Schwartzenberg, suivent cet Antricntens. exemple et laissent notre gauche à découvert; Murât luimême, chef de l'armée, abandonne son poste et déserte.

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Eugène prend le commandement et rétablit l'ordre. La France fait un suprême effort, et, anticipant d^une année sur rage légal pour la conscription^ elle donne une nouvelle armée à Napoléon, qui marche avec elle à la rencontre d'Eugène. L'Autriche, saisie de crainte, renouvelle ses protestations de fidélité, pendant que la Prusse traite à Kalisch avec la Russie, et que l'Angleterre, promettant la Norwégeà laSuède, obtient l'active coopération de Ber- ^dlîîîff** nadotte contre la France. Napoléon, menacé de toutes AHemîifne; P^*^> rétrouvc à Lutzeu, Ic 30 avril 1813, Eugène et les ^la^S* débris de sa grande armée ; il remporte avec des conscrits, contre les vieilles troupes de l'Europe, les brillantes victoires de Lutzen, de Bautzen et de Wurschen; puis il négocie de'nouveau pour la paix. Un congrès est indiqué à Prague pour le 14 juin, et Napoléon accepte la médiation de r Autriche, qui met à prix le maintien de son alpropMittom liance et demande que Napoléon lui cède les provinces 11- **jniSr «î$ ly"®ûû^ ♦ Q**® *® duché de Varsovie soit dissous et réparti entre la Russie, l'Autriche et la Prusse; que le royaume de Prusse soit reconstruit avec une frontière tenable sur l'Elbe; que l'Allemagne recouvre son indépendance par l'abolition de la confédération du Rhin, et que les villes de de Hambourg et de Lubeck soient rétablies comme villes libres hanséatiques (l). Ces conditions sont proposées à l'empereur par M. de Metternich dans une entrevue célèbre. Ces conditions n'enlevaient presque rien à la France; Hésitations Napoléou Cependant hésite à les accepter, son orgueil s'en Napoléon. Indigne, et il laisse écouler le délai fatal. Le congrès est dutongrès. alors Subitement dissous sans résultat, et l'Autriche déclare la guerre à la France. Les alliés ont cinq cent mille hommes sous Schwartzenb'erg , Blùcher et Bernadotte, prince royal de Suède ^ Napoléon n'a que trois cent mille soldats, formant onze corps d'armée, qui obéissent à

(1) Thiers, Histoire du Consulat et de V Empire ^ L. XLIX.

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