‹ Histoire de FranceChapitre 59 sur 101 · LIVRE TH. CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE TH. CHAPITRE III

roi que de nom. Napoléoo» dans cette extrémité, n'hésita point à sacrifier la couronne de son frère, acquise au prix de tant d'injustices et de sang, et, dans Tespoir douteux (l) d'arrêter les Anglo-Espagnols aux Pyrénées, il s'engagea, par un traité signé à Valençay, où il retenait captif Ferdinand VII, à le reconnçiitre pour le roi de l'Espagne et des Indes, et à lui ouvrir les portes de sa prison aussitôt que ce traité serait accepté par la régence de Cadix et par les Cortès.

Le prince Eugène, fidèle à la ]f rance et au malheur (2), luttait encore à cette époque eh Italie et défendait héroïquement le cours de l'Âdige; mais son armée était réduite à trente-six mille hommes; cent mille Autrichiens et Allemands fondaient sur l'Italie, jet le faible Murât lui-même, pour sauver sa couronne, allait bientôt se déclarer contre Napoléon. ^

La France au nord et à l'est se voyait menacée dans ses anciennes limites, comme en 1789; mais sa population n'avait plus cet élan, cet enthousiasme qui suffirent pour affranchir son territoire, et déjà ceux qui avait applaudi ou consenti à l'élévation de l'empereur se séparaient de lui. L'historien célèbre souvent cité décrit en ces termes la situation du pays à cette époque malheureuse, a La France, dit-il, dégoûtée de la liberté par dix années de révolution, était dégoûtée maintenant du despotisme par

Traité

de

Valençay.

Belle

défense

du cours

dç l'Adige.

par le prince Eugène.

Déplorable

dtuation

de l'empire.

(0 L'Espagne et l'Angleterre, liées par des traités, ne pouyaient traiter Vune sans l'autre ; il était peu probable que le gouvernement anglais et la régence espagnole renonçassent à profiter de leurs avantages et reconnusseni pour valide le traité de Valençay, arraché à un prince captif.

(2) Eugène avait épousé une fille du roi de Bavière. Sollicité d'abandonner la cause de Napoléon par son beau-père , qui lui garantissait une principauté en Italie, il répondit noblement quMl était possible qu'il fût bientôt réduit à chercher un asile à Munich, mais qu'il était convaincu que le roi de Bavière préférerait^ y recevoir un gendre sans couronne plutôt qu'un gendre sans honneur.

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quinze années de gouvernement militaire et d'effosion de sang humain d'un bout de PEurope à l'autre. Les violences des préfets enlevant les enfants du peuple par la conscription, ceux des classes élevées par la création ;^de gardes d'honneur (1), torturant par des garnisaires les familles dont les fils ne répondaient point à Tappel, employant les colonnes mobiles contre les réfractaire qui couraient la campage, traitant souvent les provinces françaises comme des provinces conquises, convertissant en impôts obligatoires de prétendus dons volontaires proposés et consentis par leur affidés, prenant à la fois denrées, chevaux, bétail, par la voie des réquisitions; une police soupçonneuse recueillant les moindres propos, enfermant arbitrairement ceux qui étaient accusés de les tenir, et toujours supposée présente là même où elle n'était point; une misère profonde dans les ports, résultant de la clôture absolue des mers ; sur les frontières de terre, ouvertes naguère à notre industrie, des milliers de baïonnettes étrangères ne laissant pas passer un ballot de marchandises ; enfin une terreur indicible et universelle de l'invasion, ""tous ces maux , provenant d'une seule volonté non contredite, étaient une cruelle leçon qui avait infirmé celle qu'on avait reçue des malheurs de la Révolution, et qui , sans rendre la France républicaine, la ramenait à désirer une monarchie libéralement constituée. Tous les partis longtemps oubliés se montraient de nouveau, et les royalistes, partisans de la maison de Bourbon, ranimés par l'espérance, excités par les prêtres, bien plus nombreux, bien plus hardis en ce moment que les révolutionnaires, com-

(1) Les gardes d'honneur étaient des jeunes gens qui, pour la plupart, avaient déjà été rachetés de la conscription au prix de sacrifices énornoes. Napoléon les arracha violemment à leurs familles en leur promettant dans l'armée une situation à peu près analogue à celle des anciens cadets. Le plus grand nombre périt dans la première campagne.

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