LIVRE m. CHAPTTBE ITT
mençaient à élever la voix et à se faire écouter (i). » Les fonctionnaires d*un ordre élevé, menacés dans leur fortune, osaient retrouver quelque indépendance ; les courtisans, les vieux généraux, les plus illustres même, Ney, Marmont, Macdonald, parlaient hautement de la paix coipme indispensable et pressaient Tempereur de la conclure. Une dernière occasion s'offrit d'en Proposuions établir une très-avantageuse encore pour la France. Les j^P^ffJJJ^f^rt ministres d'Angleterre, de Russie et d'Autriche, lord i»»»- Aberdeen , Nesseirode et Metternich , réunis à Francfort , firent de concert proposer à l'empereur Napoléon, le 13 novembre , la convocation immédiate à Manheim d'un congrès où la paix serait votée sur les bases du rétablissement de la France dans ses limites naturelles, des Pyrénées , des Alpes et du Rhin , telles qu'elles lui avait été garanties en 1801 par la glorieuse paix de Lunéville.
Ces conditions étaient plus avantageuses que Napoléon , après tant de désastres , n'avait lieu de les espérer de l'Europe irritée et victorieuse; son orgueil néanmoins ne put se résoudre à fléchir et à se dompter en temps opportun. Il fitHux propositions des ministres étrangers une réponse ambiguë , et , après trois semaines de délai , lorsque , mieux éclairé sur sa détresse et les dis- Apre» positions de la France, il envoya son adhésion à Franc- "wapoîéon^
* ., ,/ , ,, ,.».. les accepte.
fort, il n était plus temps. Le en des populations Rmi- "«gf^^op trophes si longtemps opprimées s'élevait contre lui et poussait à des résolutions violentes; la Hollande s'était soulevée et avait acclamé pour son roi le chef de la maison d'Orange ; d'autre part Murât en Italie détachait sa fortune de celle de Napoléon , et d'autre part le comte Pozzodi Borgo, l'ennemi personnel le plus redoutable
(1) Thiers, Histoire du Consulat et de V Empire, t. XVII, p. 39, 40.
QUATRIEME lÊPOQUB.
Détresse
de
la France.
Noavelles
denuDdes
d'hummes
et d'argent.
comme le plus acharné de l'empereur, avait éclairé les souverains et leurs ministres sur le véritable état des es* prits et des choses, dans Tempire épuisé, et avait M prédominer Topinion que l'Europe ne retrouverait quelque repos qu'après avoir renversé Napoléon du tr6ne. L'Angleterre enfin , voyant la Hollande si facilement affranchie , conçut l'espoir d'enlever à Napoléon Anvers et la Belgique. C'est ainsi que Toccasion de signer à Manheim une paix très-honorable fut perdue, comme elle Tavait été six mois auparavant à Prague avant le désastre de Leipsick , et par les mêmes causes , par la révolte insensée d'un orgueil indomptable , et par l'ambitieuse espérance de regagner à la fois et d'un seul coup ce que tant de fautes et de revers avaient fait perdre.
Les besoins de la défense du sol étaient immenses et s'acroissaient sans mesure à proportion de l'épuisement des ressources en hommes et en argent. Le déficit s'élevait déjà à 240 millions, le crédit était nul, les bonsda trésor, émis en masse, perdaient déjà 20 0/0 de leur valeur ; les ressources de la caisse' d'amortissement étaient épuisées, et il fallait demander à la propriété déjà surchargée plusieurs centaines de millions et à une population moissonnée sur tant de champs de bataille 600,000 soldats. Napoléon, le 15 novembre, s'adressa pour les obtenir au sénat seul, qui se, montra aussi servile qu'il l'avait été jusqu'alors et accorda tout sans discussion. L'empereur n'avait osé soumettre ses demandes au corps législatif, dont la docilité cependant ne s'était pas encore démentie , mais il sentait qu'au point où |s*élevait la clameur publique, les membres d'un corps électif pourraient difficilement l'entendre avec indifférence. Il avait suspendu les élections pour la série sortante (l) et ajourné
(I) Le corps législatif, élu pour cinq ans, avait été partagé en cinq séries dont une était renouvelée chaque année.
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la convocation de l'assemblée. li négligea de se la concilier et poussa même Tarbitraire à son égard jusqu'à lui imposer un président, et à le choisir hors de son sein au mépris des convenances et des dispositions légales (l). Ce procédé violent et intempestif blessa vivement les législateurs , qui arrivaient de leurs départements douloureusement impressionnés par le spectacle de la misère publique , de Tépuisement du pays et du mécontentement univerisel; et lorsque enfin Napoléon eut reconnu la nécessité de chercher un appui dans Topinion publique, il recueillit les fruits amers de tant d'actes arbitraires et violents. Ayant réuni le sénat et le corps législatif , le 19 décembre, il demanda leur concours en leur exposant les périls et les besoins du pays. La réponse du sénat fut modérée et soumise ; mais le sonmission corps législatif résolut de faire entendre à l'empereur de RéltotaDce justes plaintes trop longtemps contenues, et , sur le rap- 1^/1% port de M. Laine, avocat de Bordeaux^ homme éloquent et probe , il vota , en réponse au discours du trône, l'impression d'un projet d'adresse dans lequel il demandait , dans un langage respectueux , mais ferme et précis , l'abandon des conquêtes et le rétablissement du régime légal (2).
Cette opposition , modérée encore, mais inattendue, fut taxée de trahison par Fempereur et provoqua son courroux; par son ordre toutes les copies du projet d'à- ^^ ^^ente dresse furent enlevées; il prorogea le corps législatif, dont coière il fit fermer les portes , et le lendemain , !•' janvier, en rempercur. recevant la députation de ce corps, il éclata devant elle en reproches et en outrages. Dès lors commencèrent les défections intérieures , et l'Europe comprit, par cet im-
(1) Ayant nommé le comte Mole ministre de la justice en remplacement de Régnier, duc de Massa, il désigna celui ci pour présider le corps législatif, dont il n'était pas membre.-
(2) Ce projet fut voté à la majorité de 223 suffrages sur 254.
474 QTTATBïèME l^^POQUE.
prudent éclat de Napoléon , que la France ne faisait plus^ d*une manière indissoluble , cause commune avec lui.
Toute la population virile de l'Est est appelée aux armes ; trente mille gardes nationaux de Paris sont mobilisés et réunis à Tarmée active ; les dernières ressources Maric-Loiiiae dc la uatiou sout employées. Napoléon déclare Marierégente! Louise régente ; il confie à la garde nationale sa femme et son fils, qu'il ne doit plus revoir, et il entre en campagne après avoir donné le commandement de la capitale à son frère Joseph.
Force Les Anglais et les Espagnols s'avancent au sud et sont coaîu?^!* déjà sur les Pyrénées , deux grandes armées de la coalition envahissent les frontières de l'Est: Tune, appelée l'armée de Bohême , sous Schwartzenberg , forte de cent soixante mille hommes, débouche en France par la Suisse et inonde la Franche-Comté, tandis que soixante mille Busses et Prussiens, formant sous Blûcher T armée de Silésie , pénètrent dans la Lorraine et dans T Alsace après avoir franchi le Bhin sur trois points , à Manheim , à Mayence et à Coblentz. La frontière du Nord est également entamée; cent mille Suédois et Allemande envahissaient déjà la Belgique sous Bernadotte. Les forces réunies de ces trois armées d'invasion , au nord et à Test, sont de trois cent vingt mille hommes , et dans quelques mois elles seront portées à six cent mille par l'adjonction de nouveaux corps allemands et russes. Campagne Le plan de campagne 4.e Schwartzenberg et de Blùcher *** Im.^^' était de réunir Içurs armées pntre Ghaumont et Langres pour se porter ensuite en masse vers Paris , au sommet de l'angle formé par la Seine et la Marne. C'est dans l'espace compris entre ces deux rivières que Napoléon espère les arrêter et les vaincre. Il confie au général Maison la défense de la frontière du Nord, celle de Lyon à Augereau, et, tandis que Soult et Suchet contiennent encore l'ennemi aux Pyrénées, il ordonne aux maréchaux
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Ney , Victor, Marmont , Macdonald et Mortier, de se replier avec les faibles débris de leurs différents corps aux environs de Châlons, où il arrive loi-méme le 25 janvier. Tous ses efforts n'ont pu réunir sous sa main que cinquante mille bommes, formés des vieux restes de tontes les armées et de conscrits inexpérimentés , contre des forces trois fois plus nombreuses.
Lorsque déjà la fortune semble Tabandonner^ il se montre supérieur à lui-même; il redouble d'audace et d'activité , et trouve encore , pour faire (ace à tant de périls, quelques-unes des plus brillantes inspirations de ce génie guerrier, cause première de ^ gloire comme aussi de ses fautes et de ses malbeurs.
Blûcher alors se rapprochait avec son armée de Schwartzenberg, et, quittant lé cours de la Marne pour celui de l'Aube, il s'était avancé sur cette rivière jusqu'à Brienne. Napoléon reconnut qu'il fallait à tout prix empêcher la ^ jonction des armées ennemies en occupant lui-même la ligne de l'Aube et en rejetant Blûcher sur la Marne. Avec trente deux-mille hommes , commandés par Marmont , Ney , Victor et Lefebvre-Desnouettes , il marche rapidement de Châlons sur Saint-Dizier ; de là il poursuit Blûcher sur l'Aube et le rencontre sous les murs de Brienne (i)^ où il livre un sanglant et glorieux combat, combat Blûcher est délogé de Brienne avec de grandes pertes et refoulé sur la Rothière , d'où il se retire jusqu'à Tranne. Informé de sa défaite et de sa situation périlleuse, Schwartzenberg se rapproche de lui ; il arrête ses colonnes déjà en marche sur Troyes et les dirige à droite pour opérer sa jonction avec Blûcher, en face et autour du plateau de la Rothière, où s'est arrêté l'empereur. Là se
(1) Blûcher avait déjà dépassé Brienne et marchait sur Arcis, lorsque instruit de la marche de Napoléon, il revint sur ses pas pour Tarréter à Brienne.
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Bataille livre^ le 1®' février, une bataille acharnée entre centr Rothiére. soixante-dix-miUe Autrichiens, Prussiens, Russes et Bavarois , et trente-deux mille Français seulement , commandés par Napoléon , et sous lui par Oudinot^Marmont, Victor et Gérard. La bataille dur» huit heures et le résultat en fut indécis : l'ennemi , malgré tous ses efforts, ne put forcer nos positions, mais il garda les siennes. Il fallut se replier devant des masses en nombre si fornàidable, et durant la nuit Napoléon opéra en bon ordre sa retraite sur Troyes.
Il y reçut de divers côtés , et surtout de Paris et des armées d'Espagne, des renforts importants qui élevaient les forces disponibles sous sa main à quatre-vingt mille hommes , mais Tennemi en avait alors trois cent vingt mille , et de toutes parts arrivaient des nouvelles désas- Févr. 1814. treuses : Murât se déclarait ouvertement contre Napose déclare léon ct sc mettait en marche pour accabler le prince Eu-
conire . , / i ^ ^ i - . -.
Napoléon, gène; la régence espagnole de Cadix refusait de reconnaître le traité de Valençay aussi longtemps que Ferdinand VII serait captif, et les armées anglo-espagnoles retenaient une grande partie de nos forces sur l'Adour et sur les Pyrénées. D'autre part, Schwartzenberg et Blûcher poursuivaient leur marche , et déjà des partis ennemis se montraient à quelques lieues de la capitale. Parias était consterné; Marie-Louise , éperdue au milieu de ses conseillers découragés , faisait dire dans toutes les églises les prières de quarante heures; Napoléon voyait autour de lui ses généraux abattus et le peuple des campagnes en proie aux plus extrêmes souffrances ; il pressentait enHn , dans le cas d'une victoire décisive des alliés , le sort qui l'attendait , et souffrait déjà les cruelles atteintes d'un aiguillon vengeur au souvenir de
Énergiooea maux qu'il avait attirés sur sa tête et sur son pays. Rien prk^ cependant ne put l'abattre : il opposa aux rigueurs de la
l'empereur, fortune uuc indomptable énergie , et les angoisses de