LIVBE III. CHAPITRE III
son cœur n'obscurcirent point sa pensée, aussi présente, aussi lucide que dans ses plus beaux jours. Il pourvoit à tout avec une activité merveilleuse; prescrit à son frère Joseph de fortifier Paris , de le défendre à outrance, et de mettre en sûreté, si les circonstances Texigeaient, Marie- Louise y son fils et son trésor, derrière la Loire ; il ordonne à Suchet de retirer les troupes françaises de toutes les places qu'elles occupent encore en Catalogne et de les lui envoyer sans retard; il rappelle Eugène, lui prescrivant d'évacuer l'Italie et d'unir ses forces à celles qu*Augerean rassemblait à Lyon , pour marcher ensemble à son aide ; il fait reconduire le pape en Italie (1) et mettre en liberté Ferdinand VII, après avoir obtenu sa parole pour l'exécution du traité de Valençay ; il envoie Gaulaîncourt , duc de Viceuce, pour représenter la France et délibérer de la paix au congrès de ChÂtillon (2) , et il conçoit en même temps son admirable plan de campagne pour écraser les deux grandes armées ennemies. Sa confiance était qu'elles se sépareraient^ qu'il pourrait ainsi les battre et les détruire tour à tour et en rejeter les débris sur le Rhin.
Ces armées se séparent en effet : Blûcher porte la sienne à droite et marche sur Paris par le bassin de la Marne; Schv^atzeuberg suit le cours de la Seine. Napoléon, de son regard d'aigle, les suit et saisit pour vaincre l'instant décisif : laissant une parties de ses forces dans le bassin de la Seine, aux environs de Nogent et de Montereau, sous Victor, Oudinot et Gérard, pour
(1) Napoléon renvoya le pape en Italie pour y créer nn puissant obstacle aux prétentions de Murât.
(2) Un congrès s'était réuni àChâtillon, sur la demande de PAngleterre et de rAntriche , pour y délibérer de la paix. C'était la dernière fois que les puissances alliées consentiraient à traiter avec Napoléon; leurs prétentions n'étaient pas encore connues , et il ne lui venait de ce c6té que des bruits sinistres.
478 QUATtilEBIE EPOQUE»
observer et contenir Schwartzenberg , il se jette avec trente mille hommes, commandés sons lui par Ney, Marmont, Mortier et Lefebvre-Desnouettes, sur l'armée de Blûcber. Celle-ci, en refoulant Macdonald jasqu'à Meaux, marchait à égale distance de l'Aube et de la Marne et suivait la route qui joint Châlons à la Ferté-sous-Jouarre en passant par Ghamp-Aubert et Montmirail. Quatre Napoléon jours Suffisent à Napoléon pour atteindre et renverser les
écrase tour ^ j ^^ ' i . , . i ^^
k tour quatre corps de cette armée les uns après les autres : le 10
les quatre ^ * t
çprp« février il enlève et détruit le corps russe d'Oison vieffaa
de rarraée *^
coraSin*déè glo'*îeux combat de Champ-Aubert; le lendemain il pré- ^Févr "isi"" ^^^^^ ^^ bataille au général Sacken, à Montmirail, où il remporte une éclatante victoire, tue et enlève à l'ennemi huit mille hommes ; puis, sans s'arrêter, il marche sur Château-Thierry. Le général d'York et le prince Guillaume de Prusse défendaient les abords de cette place avec vingt mille hommes ; il culbute ceux-ci, en tue un grand non^bre, fait cinq mille prisonniers et entre vainqueur dans la ville à la poursuite de Tennemi, dont la Marne couvre la retraite. Trois des généraux de Blùcher avaient été mis ainsi en déroute avec une perte immense d*hommes, de chevaux et d'artillerie; il restait à battre Blùcher lui-même, qui s'avançait avec le reste de son armée sur la route de Montmirail. Napoléon infatigable revient sur ses pas, le rencontre à Vauchamps, et là, le 14 février, Il lui livre un sanglant combat, le renverse à son tour, le met en fuite, lui tue ou lui prend douze mille hommes, et le ramène Tépée aux reins jusqu'au delà d'£toges, à six lieues de Châlons.
L*armée de Silésie était ainsi complètement désorganisée et à moitié détraite ; elle avait perdu près de trente mille hommes et une grande partie de son artillerie. Napoléon victorieux résolut de se porter sans retard de la Marne sur la Seine, dont la grande armée de Bohème, sous Schw artzenberg, avait forcé le passage à Bray et oc-
LlVfiB ]II. CHAPITHB III. 479
capait déjà les deux rives, depuis Nogent jusqa*à Fontainebleau. Elle marchait divisée en plusieurs corps, dont deux tenaient la rive droite du fleuve, l'un sous Wittgenstein à Provins, l'autre sous dé Wrede à Nangis. Les antres corps de l'armée de Schwartzenberg occupent Montereau, Bray et Nogent. Napoléon, avec son armée victorieuse, accrue du corps de Maedonald et de nombreux renforts, arrive le 16 février à Guignes. Le 17 il prend «bat Toffensive, fond sur l'ennemi et le met en fuite, avec ^"cpSSfîl" une perte considérable, aux combats de Mormont^ de de Bohème Nangis et de Villeneuve; puis il marche rapidement sur ie« 'ordres Montereau, dont le coteau qui domine la Seine était oc- schwaruencupé par un corps nombreux sous le prince de Wurtem- Févr. isu. bcrg. Là se livre, le 18,. un combat furieux ; le coteau eSt plusieurs fois pris et repris sous un feu terrible ; enfin les généraux Gérard et Pajol réussissent à l'emporter; les Wurtembergeois sont précipités du plateau dans le fleuve, qu'ils repassent après avoir perdu sept mille hommes tués, blessés ou prisonniers. Napoléon lauee alors sa cavalerie au delà du pont de Montereau, à la recherche du corps autrichien de Colloredo, qu'il faillit enlever, mais dont l'Yonne couvrit la retraite précipitée. La grande armée de Bohème fut ainsi à son tour complètement battue, Schwartzenberg ordonna une marche rétrograde sur Troyes, qu'il ne fit que traverser, et où Napoléon rentra • vainqueur le 24 février. Quinze jours lui avaient suffi pour battre deux grandes armées, mettre hors de combat vingt mille hommes tués ou blessés, enlever vingt-cinq mille prisonniers, une immense artillerie et une multitude de drapeaux.
Les représentants des puissances au congrès de Châtillon avaient alors formulé les conditions définitives qui devaient servir de bases à un traité de paix, et le duc de Vicence les transmit aussitôt à Tempereur. Il était dit ^l^^^S que la France rentrerait dans ses limites de 1790 et ch&tiuoii.
480 QUATEIÀMB ÉPÛQUB.
qu'elle demeurerait étrangère au règlement du sort des autres États européens. C'était lui enlever les limites du Rhin et des Alpes, que lui avaient laissées les propositions de Francfort, et la faire déchoir dei^son rang de grande puissance européenne. Napoléon reçut ces propositions offensantes à Montereau, dans Tenivrement de jNapoièttn scs réccutcs victoircs ; il les repoussa avec colère et mépris, et répondit fièrement quMI signerait sa honte en signant un traité qui laisserait la France moins grande qu'il ne Pavait reçue. Peut-être aurait-il obtenu des conditions meilleures si ses récentes 'victoires ne Teussent abusé sur sa situation véritable ; il voulait encore les limites du Rhin^ offertes à Francfort, et il exigeait ce que déjà ses ennemis étaient résolus à ne plus lui accorder. C'est en vain qu'il moissonnait ses ennemis par milliers ; l'Europe courroucée et débordée vomissait de nouveaux et intarissables flots de bataillons, tandis que Napoléon s'épuisait par ses victoires mêmes. Le sanglant problème à résoudre ne présentait que deux solutipns : il fallait ou que l'épée de l'empereur fût brisée dans sa main ou que celui-ci pût frapper dans une grande bataille un coup décisif qui rejetât les armées coalisées sur le Rhin. C'est cette bataille qu'il désirait ardemment et que Schwarizenberg ne lui offrit point l'occasion de livrer.
Plan Ce prudent général aima mieux ajourner le succès que de schwîrtzen. Ic Compromettre avec un ennemi si terrible par une préci-
***'*' pitation téméraire; il recula au delà deTroyes vers Chaumont etLangres, afin de donner le temps aux armées de ' Bohême et de Silésie de combler leurs vides et de doubler leurs forces, résolu ensuite à fondre de concert sur Teanemi commun et à l'étouffer dans une dernière et invincible étreinte.
Traité Telle^ était la situation des parties belligérantes lors-
>^°^ que, sur la proposition de lord Castiereagh, les puissances cbannont. coalisées Signèrent à Chaumont un nouveau traité d'al-
LIVBB m. CHAPITRE III. 481
liaDce, par lequel chacune d'elles s'engageait à fournir un «jg^JJ^*^ contingent de cent cinquante mille hommes jusqu'à la coalisées. fin de la guerre actuelle, indépendamment de ce qui serait exigé des puissances secondaires, ce qui devait porter à huit cent mille hommes le contingent général de la coalition. L'Angleterre s'engageait à fournir le sien en troupes à sa solde, et de plus elle offrait, durant la guerre, un subside annuel de six millions sterling ( cent cinquante millions de francs ) à partager, par tiers, entre la Russie, la Prusse et l'Autriche. Elle voulait ainsi, par la grandeur de ses sacrifices et]de ses efforts, s'assurer la prépondérance dans le règlement des conditions de la paix future, et faire prévaloir la pensée fixe de la création d'un important royaume sur notre frontière du Nord, au moyen de la réunion de la Hollande et de la Belgique.
Les puissances s'engageaient en outre à entretenir^ durant vingt années après la paix conclue, chacune soixante mille homipes au service de celle d'entre elles que la France tenterait d'attaquer, si, après la paix, elle renouvelait ses agressions contre ses vpisins. Ce traité, si funeste pour nous, servit de base au fameux traité connu plus tard sous le nom de la Sainte Alliance. En ce qui touche les propositions faites au congrès de Châtillon, on fixa un délai après lequel il fut dit que les conférences seraient rompues et que les puissances ne traiteraient plus avec Napoléon. Celui-ci, en rejetant avec colère les propositions du congrès, avait néanmoins essayé d'abuser Fennemi sur ses intentions véritables, et de gagner du temps en ordonnant à Gaulaincourt de poursuivre des négociations, tandis qu'il allait encore une fois tenter le sort des armes.
Blùcher, à moitié détruit, mais rivalisant d'énergie et d'activité avec l'empereur, avait déjà, à peu près, réparé son désastre. Il s'était rapprché de Schwartzenberg et
QUÂTfilEHE BPOQUB.
Apitroeha de deux nouveaux
corps 800» Bulow
et
>Viulnge-
rood.
Marche
de fiittcher
' à leur
rencontre
ver»
Solssoni.
Napoléon poursuit Blucher
•t le cerne.
Capitulation de Soùsons.
•fonction des armées ennemies.
occupait à Méry la rive droite de la Seine, lOriï^u*!! apprend que deux Corps nombreux, formant ensemble 50,000 hommes, sous Bulow et Wltzingerood, ont été détachés de Tarraée de Bernadotte pour renforcer ta sienne, que ces corps sont en liiarche et doivent déboucher par les routes de Soissons et de Reims. Pour les rallier plus promptement Blucher s'éloigne de nouyeatt de l'armée de Bohême et se porte rapidement de la Seine sur la Marne, qu'il franchit, et il est arrêté au delà par les maréchaux Marmont et Mortier, fortement retranchés derrière le canal de l'Ourcq. Napoléon voit avec joie Blucher s'isoler de nouveau; il espère le détruire avant sa Jonction avec les corps de Witdngerood et de Bulow, et, laissant devant Troyes, pour dérober ses propres mouvements à l'ennemi^ la moitié de son armée, sous les ordres de Macdonald, d'Oudinot et de Gérard, il se jetttf avec a5,000 hommes, commandés par Ney, Victor et Drottot à la poursuite d'une proie presque assurée. Il franchit la Marne à son tour, et Blucher se voit bientôt cerné dans la situation la plus périlleuse, entre rAisoe et la Marne, ayant d'un côté comme obstacle les corps de Mortier et de Marmont et de l'autre côté Napoléon et le gros de son armée.
Le pont de Soissons sur l'Aisne est la seule issue par laquelle Blucher puisse échapper, et cette ville, soigneusement approvisionnée, est aussi le seul point où la jonction peut s'effectuer entre l'armée de Blucher et êelle de Witiiingerood et de Bulow, qui approchent et investissent la place. Napoléon se croit assuré de la victoire, quand soudain un coup de la fortune aussi imprévu que Ameste renverse toutes ses espérances : Soissons capitule et ouvre ses portes à l'ennemi. Blucher échappe, il opère sa jonction avec les corps de Wltzingerood et de Bttlow et se voit à la tête de cent mille hommes en sûreté derrière l'Aisne, qui était son obstacle et qui devint sa défense.
LlVfiE 111. GHàPITRB III. 483
Napoléon, malgré ce cruel revefs, ne renonce point encore à vaincre ; il suit Blùcher sur la droite, entre dans Soissons et atteint Tennemi fortement retranché sur le plateau de Craonne^ qui s*étend, dans un espace de plu'* sieurs lieues, entfe Soissons et taon, et que Blùcher défend avec toute avec son armée. L'armée française est de moitié inférieure en nombre; l'empereur néanmoins ordonne l'attaque, et, après les plus héroïques efforts et un de craoane. affi*eux carnage, il s'empare des hauteurs de Graonne, repousse Blùcher et s'acharne de nouveau à sa poursuite. Mais un obstacle plus redoutable se présente : Blùcher, après avoir rallié ses différents corps, occupe la contrée autour de Laon et cette ville même, située à pic sur un roc d'où l'œil domine une vaste plaine; position formidable et qu'il importe d'enlever pour fermer à l'armée ennemie la route de Paris. Là se livre, durant deux jours, Baïauie une nouvelle bataille plus sanglante encore que la précé- mÎts^Îi"*. dente ; mais en vain Ney, Drouot, Charpentier^ Mortier^ Friand rivalisent de bravoure; en vain la garde héroïque, formée en grande partie de jeunes r^orties, s'empare des faubourgs et livre sous des feux épouvantables cinq furieux assauts à la place ; une fausse manœuvre de Marmont compromet le succès ; il faut céder au nombre ; Blùcher est inexpugnable. Napoléon ordonnne la retraite, et cet homme qui aspirait à renouveler le vieil empire carlch vingien voit ainsi se briser sa fortune sous les murs de l'antique cité où expira celle du dernier descendant de Charlemagne (l). Cette retraite forcée, ap>ès deux batailles meurtrières, décide de la campagne, où Napoléon, avec 70,000 combattants, en avait longtemps contenu et battu 300,000. Il n'avait pu détruire Blùcher à Craonne et à Laon et maintenant Schwartzenberg approchait; l'empereur se voyait ^impuissant à empêcher soit la jonction
(1) Voyez 1. 1*', première époque, liv. 11, chap. II.
484 QUATRIÈME IBPOQUE.
des grandes armées, soit leur marche combinée sur Paris, et il était en péril d*étre étouffé entre ces deux bras gigantesques de la coalition. Son génie conçoit alors une combinaison nouvelle, et pour l'exécuter il indique à ses généraux pour ralliement la ville d'Arcîs, sur la rive gauche de T Aube, où il arrive le premier et où il rencontre soudain toute l'armée de Bohême en marche pour se réunir à celle de Silésie. Il n'a sous la main qu'une partie de ses forces, et, en attendant l'arrivée successive des fiauiiie ^wtres corps, il n'hésite pas à engager l'action avec 20,000
snr-ASb'c. hommcs contre 90,000. Il déploie dans cet extrême péril
Mars 181*. i^ pi^jg indomptable constance ; il étonne , arrête et contient cette immense armée par les merveilleux exploits de sa garde et de ses généraux ; il tue à l'ennemi 9,000 hommes, en perd trois mille, et constate sa victoire en conservant ses positions jusqu'à la nuit. Inutiles lauriers, stériles holocaustes de victimes humaines : tant de prodiges n'ont pas rendu sa situation moins périlleuse entre les grandes armées coalisées et bientôt réunies. Napoléon se dérobe
Nouveau avec scs 50,000 hommcs par une marche secrète et ra- ^di^ pîde sur Saint^Dizier, et poursuit ainsi l'exécution du
sa^rciîê nouveau plan qu'il a conçu. Son projet est de rallier les garnisons disséminées dans beaucoup de places de l'Alsace de la Lorraine, de couper les communications de Blùcher et de Schwartzenberg avec l'Allemagne et le Rhio, où sont leurs approvisionnements et leurs renforts, et de les laisser s'avancer sur Paris, et, tandis quils seront arrêtés devant la capitale, il se flatte de revenir fondre sur eux avec cent mille hommes et de les anéantirv.
Napoléon s'abusait; trompé par ses flatteurs, par Texercice corrupteur d'un pouvoir sans contrôle et par le silence absolu de la presse, il ne savait pas à quel point Paris et la France étaient las du despotisme , et combien il y avait peu de fond à faire sur une résistance énergique des Parisiens pour défendre un gouvernement dé-
raplde
sur
Saint-Dizier.
LITRB III. GHAFiTAE III. 485
testé. Il avait, d'autre part, lais^ expirer le délai fatai sans répondre aux propositions du congrès de Cli^tillon : le congrès maintenant était dissous; les souverains alliés avaient hautement déclaré qu'ils ne traiteraient plus avec Napoléon : ils ne faisaient pas la guerre à la France, disaient'ilS) mais à Napoléon seul, qu'ils considéraient comme un obstacle invincible au rétablissement de la ' paix européenne. Déjà ils étaient appelés à Paris par les secrètes secrètes invitations de plusieurs personnages (1), et en "^«o<2î**""' particulier de Tancien évéque d'Autun, Talleyrand, ^î"cc'îS? prince de Bénévent et dignitaire de l'Empire, et c'est à 'TiuS*.*"* Paris qu'ils résolurent de marcher sans retard pour y détrôner l'empereur.
La France était également envahie au sud, et les^aimées anglo-espagnoles, fortes de 80,000 hommes, avaient déjà franchi les Pyrénées sous Wellington; le maréchal Soult, avec des forces très-inférieures, leur livre bataille Bataïue sur le Gave de Pau à Orthez. La victoire demeura indé- ^ «lïf ' Oise; cependant Soult fut obligé d'ordonner la retraite et de se replier sur Toulouse en découvrant Bordeaux. Cette g^^^^^^ ville reçut les Anglais et se prononça le 12 mars pour les ^p^^^^^^^^^ Bourbons avec des manifestations enthousiastes. inSîSïïî*.
La consternation régnait dans Paris, qui n'avait plus pour se couvrir contre les deux grandes armées de la coalition que les faibles corps de Marmont et de Mortier, réduits ensemble à 15,060 hommes, et qui se replièrent sur la capitale après avoir éprouvé un sanglant échec à la funeste journée de la Fère Champenoise. Aucun obstacle n'arrêtait plus la marche des coalisés, et le 29 mars leurs Les armées immenses colonnes se déployèrent et prirent position au- ca^mp^ent tour de la grande capitale où ils aspiraient à venger les de'^puis. défaites et les humiliations de vingt années.
Rien n'avait été préparé pour la défense ; aucun ou*
(1) C'est le baron de TitroHes qui se chargea de les leur transmettre.
486 QUATBIÈMB ÉPOQOl.
vrage ne protégeait les abords de la ville. Les troupes régulières sous MarmoDt et Mortier, y compris les dépôts de différents corps, ne dépassaient pas 22,000 hommes. L\ garde nationale, que la politique ombrageuse de Tempereur avait réduite à 12,000 hommes, ne possédait pas plqs de 3,000 fasils^ et le peuplé des faubourgs était complètement désarmé.
La consternation régnait dans l'immense cité, et le gouvernement était lui-même dans une profonde stupeur. Le conseil de régence se réunit sous la présidence de Marie-Louise, et là le roi Joseph lut les ordres secrets de l'empereur qui prescrivaient à rimpératrice, dans le cas d'un péril extrême, de se mettre à couvert avec son fils derrière la Loire. Marie-Louise obéit et part Retraite pour Bloîs, emmenant avec elle le roi de Borne, âgé
de la régente * 70
Mari|braise dc trois aus, qui demande où on le conduit, et qui, en exhalant une douleur impuissante, semble prévoir sa triste destinée.
Bataille La fultc de Marie-Louise achève de paralyser la dé-
so^an?8J4. (ènse ; déjà cependant presque de' toutes parts Paris était investi, et le lendemain, 80 mars, l'attaque commença. Les armées coalisées comptaient 170,000 hommes; Paris n'avait à leur en opposer que 25,000 sous les maréchaux Marmont et Mortier, qui, par une résolution aussi étrange que funeste, engagèrent la bataille hors des murs de la ville, dans la situation la plus désavantageuse si l'on considère l'immense disproportion du nombre. L'attaque fut faite sur deux points principaux : d'un côté, devant la Villette, la Chapelle et Montmartre; de l'autre,
; entre Vîncennes, Gharonne et les hauteurs de Belleville;
"*■' • au centre de ces dispositions fut le théâtre de la lutte Id
^ plus acharnée et la plus sanglante.
Quelques bataillons de gardes nationaux de Paris, BOUifi le maréchal Moncey, et la vaillante Ecole polytechnique luttèrent de bravoure avec les troupes régu-
LTVRE ni. CHAPITBB llï. 487
lières ^t repoussèrent plasieisri fois les ooloanes anémies; mais que pouvaient quelques milliers d'hommes contre près de 200,000, devant une place immense ouverte de * toutes parts? L'ennemi, tout en faisant des pertes énormes, avançait toujours, et nos bataillons décimés se repliaient vers le mur d'enceinte. Joseph alors, jugeant une plus longue résistance impossible, et craignant de tomber au pouvoir des coalisés, autorisa Msprmont à capituler et partit pour Biois avec tous les ministres du gouvernement impérial. La bataille dura jusqu'au soir; lorsque enfin les barrières du mur d'enceinte eurent été assaillies et défendues avec une égale fureur, il foUut songer à arrêter l'effusion du sang et h épargner à la capitale l'horreur d'une prise d'assaut; les maréchaux capitulèrent ) ils capitaïauon obtjprent une libre retraite pour leurs troupes, et Paris q^vmjse fqt évacué durant la nuit. évacue.
Napoléon {Recourait alors, deyani^ant ses soldats , et dans cette nuit fatale du 30 au 31 mars il arriva de sa personne à Fromenteau, près d'Essone. C'est là qu'il ren-p ^^ ^^^ contre l'avant-garde de l'armée qui avait défendu la capitale et qui se retirait sur Fontainebleau. C'e^t là aussi qu'il fut comme foudroyé en apprenant tout à la fois la retraite de l'impératrice et de son gouvernement sur la Loire , la sanglante bataille dç la veille , la capitulation de Paris et la retraite de Tarmée. Toutefois il ne désespère pas encore de sa fortune : il lui reste son épée et son génie. Il combine un plan nouveau : dans trois jours rhéroique armée qu'il s^ devancée Taura rejoint, il aura 70,000 combattants sous la main; avec eux il peut foudre siir les coalisés dispersés autour de Paris et dans sa vaste enceinte; les Parisiens, pense-t-il, se soulèveront à sa voix ; il peut anéantir ses ennemis et recouvrer en une fois tout ce que cette eampagne lui a enlevé. Il fait ses dispositions en conséquence, et tandis que, pour gagner un temps nécessaire, il ordonne à Caulaiftcourt d'en-
488 QVÀTBIÈHB ÉPOQUE
tamer avec les souverains alliés des négociations quMl se
réserve de rompre par Tépée, il établit à Ëssone et sar la
àVoaSuîi- rivière de ce nom les corps qui ont évacué Paris ; il les
et^range Isiisse SOUS les ordres de Marmont, duc de Raguse , et se
denière rend lui-mémc à Fontainebleau, ou sera son quartier gé-
rEssonc. jj^j.g^| g^ ^^ jj ^i^j^^ s^jjj armée.
Paris recevait alors daus ses murs les souverains à la tête des armées étrangères (1). Alexandre se montra vain- Dis oftiuons ^"®"'' généreux ; satisfait de son triomphe, il voulait wenv^eii- plaire aux Français et conquérir leur estime. La paix d'Alexandre, était SOU but t il était vcnu , disait-il , la conquérir dans Paris en renversant l'homme avec qui toute paix durable était imposible; il désirait que la France vécût puissante et libre dans ses anciennes limites et qu'elle choisît ellemême son nouveau gouvernement. Il promettait de ratifier son choix , et il engageait sa parole au nom de ses alliés, qui, moins bien disposés pour la France, n*étaient pas en situation de faire prévaloir leurs volontés sur la sienne. Gomme gage de ces dispositions bienveillantes , Alexandre, en recevant au château de Bondy le conseil municipal de Parîs^ accéda à ses vœux en lui laissant les soins de la police dans la ville et en dispensant les habitants du logement des soldats de la coalition. Il fit le len- 8onve?aiii» ^6"*^^^ ^^ la Capitulation de Paris, le 31 mars, son endans^p^rig. **'^® ^^^^ '^ Capitale , avec le roi de Prusse , à la tête des stmarsisii. armécs coalisécs ; il parut accueillir avec faveur quelques démonstrations bruyantes pour la restauration de la maison de Bourbon, et descendit à Thôtel du prince de Talleyrand, le plus actif comme le plus puissant entre tous ceux qui aspiraient à rendre la couronne à cette antique dynastie.
(1) Ces souverains étaient l'empereur de Russie, Alexandre , et le roi de Prusse^ Frédéric -GuiUaume. La situation de Temperenr d'Aotriche eût été trop difficile dans la capitale de son gendre, et il s'éUit arrêté à Dijon.