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LIVRE III. CHAPITRE III

Un seul corps constitaé , le Sénat , semblait alors en mesure, malgré l^immense discrédit où il était tombé , d'exprimer une volonté au nom de la nation ; mais le sénat , habitué à trembler et à fléchir sous un maître absolu, ne voyait pas encore celui-ci assez abattu, assez délaissédetous, pour oser lui-même l'abandonner. Alexandre reconnut qu'il était nécessaire de l'affermir contre l'appréhension d'un retour de la fortune en faveur de Napoléon , et ce fut dans cette intention qu'il fit publier, au nom des souverains alliés, une déclaration célèbre portant qu'ils ne traiteraient plus avec Napoléon Bonaparte ni avec 'aucun membre de sa famille, qu'ils reconnaîtraient et garantiraient la constitution que la France se donnerait, et que le Sénat étaitj invité à former un gouvernement provisoire afin de pourvoir aux besoins de l'administration et de préparer cette constitution nouvelle.

Le Sénat osa répondre alors à l'invitation qui lui était Nomination

- . ,, *^ ^ . . , . par le Sénat

faite. Il nomma un gouvernement provisoire de cmq «'un membres, qui furent : le prince de Talleyrand, le duc de. ^^^ Dalberg , le général de Beurnonville, l'abbé de Montesquiou et M. de Jaucourt. Le nouveau gouvernement forma aussitôt un miniistère ; il nomma , avec le titre de commissaires généraux, pour les finances le baron Louis, esprit vigoureux, plus propre que personne à fonder le crédit public ; pour la guerre le général Dupont , excellent officier, malheureusement célèbre par la triste capitulation de Baylen ; pour l'intérieur M. Beugnot, ancien administrateur impérial ; pour les affaires étrangères un diplomate distingué, M. de la Forêst; pour la justice M. Henrion de Pansey, magistrat intègre; pour la marine enfin l'un des membres les plus sages et les plus éclairés de l'Assemblée constituante, M. Malouet. Un ancien chef d'état-major de Moreau , le général Dessolles , fut nommé au commandement en chef de la garde nationale de Paris.

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jLe Sénat Le lepdemMo» 2 avril, le Sénat procéda à la déchéance

prononce *. ^

déch&ncc ^® Napoléon. Il avait été le servile complice de tous les Napoléon. ®<^*®^ arbitraires, violents et tyranniques qu'il rappelait t avril 181*. aujourd'hui comme autant de crimes contre Thomme dont il décrétait la chute, et, pour mieux le faire oublier, il parut ravoir oublié lui-même... Napoléon, dit-il, avait opprimé la liberté privée et publique, enfermé arbitrairement les citoyens, imposé silence à la presse, levé les hommes et les impôts en violation des formes légales, versé le sang de la France dans des guerres folles et inutiles, couvert l'Europe de cadavres , violé toutes les lois en vertu desquelles il avait été appelé à régner. Par ces motifs le Sénat déclarait Napoléon déchu du trône et déliait les Français de leur serment envers lui et envers sa famille.

Napoléon cependant avait encore de puissantes ressources; il disposait de l'armée (î'Aqgereau à Lyon, des armées de Suchet et de Soult dans le Mi4i et de celle d'Eugène en Italie. Il avait enfin soixante-dix mille hommes réunis à Fontainebleau sous sa main formidable. En voyant Paris au pouvoir de la coalition, cq apprenant sa déchéance prononcée par ce même corps dont la condescendance comme Fadulation avaient été jusique-là sans bornes, le désespoir et une sombre fureur stimulèrent son génie : il se sentait assez fort pour recouvrer le sceptre par une éclatante victoire ou pour ensevelir ses ennemis avec lui sous Paris en ruines, et il méditait une de ces résolutions suprêmes qui retentissent comme nn coup de tonnerre à travers les siècles. Un obstacle qu'il n'avait pas prévu acheva de briser s^ fortune et fit tomber de ses mains son invincible épée. .

de1?raée Daus SCS rcvers oomrpe au milieu de ses triomphes Naaef chefs poléou avait pour lui Taraour et le culte de ses soldats.

è Fontaine-

biean. Us imputaient ses disgrâces à la trahison, ils ne pouvaient comprendre qu'il pût être vaincu à leur tête , et , lorsque

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l*af»p6rev)r passait en revue les différants corps à mesure qu'ils arrivaient et prenaient position autour de Fontai* nebleau, les siipples soldats et les officiers. inférieurs saluaient sa présence par des aoelamations frénétiques, agi* tant leurs aripes et demandant à grands cris la marche sur Paris et la i)ataille. Leur enthousiasme n'était point pçirtagé par leurs chefs; oeux-ci, et les maréchaux entre tous, vieillis dans d'innombrables combats , rassasiés de gloire et d'bpnneurs, las de suivre depuis tant d'années, à travers toute rfjarope, du Tage à la Baltique, du Nil à la MqsKowa? un maître impérieux dont Tinsatiable ambitipp leur avaif tqp jours rendu impossible la jouissance des grands biens qu'il leur avait prodigués, voyaient mainte^apt ces biens leur échapper; ils craignaient de cpmprqmettre les débris de leur fortune par une résistance inutile et désespérée ; ils redoutaient jusqu'à une victflire, prélude d'une nouvelle vie d'aventures, et qu'ils ne ^remporteraient qu'au risque de yoir leurs maisons, leurs familles et leurs intérêts les plus cbers engloutis dans la capitale incendiée. Convoqués en conseil par Vem? pereur quand toute l'armée fut réunie et prête à marcher, ils p'héMtèrent point h déclarer h Napoléon que, s'il per- tes si^l;a|t 4aqs son entreprise désespérée^ il pourrait difficile- refusent ment compter sur leur concours. Il comprit leur langage, ^'«"JUJ**"' et l'illnsiop pour ses yeux clairvoyants n'était plus pos- ®®J^?'* sifele. ^e voyant seul, eptouré dp l'Europe en armes, et X'ÎpSu. sur le point d'être abandonné de ses plus illustres compagnons avee lesquels jl l'avait tant de fois vaincne, il parut fléchir; il offrit d'abdiquer la couronne en faveur de son fils, qui régnerait sous la régence de sa mère , et envoya ^ Paris , pQ^r négocier sur ces bases nouvelles (i), Cau-

(1) Soal yéritable bqt,dit M.- Thiers, étai( de gagner deqx op trojs jours et d'ipt^rrorppre ensuite ces pégpciatjons § poups de car non.

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lainconrt aVec trois maréchaux, Ney, Macdonald et Marmont(l).

Napoléon ne connaissait pas encore tout le péril de sa situation, et, tandis qu'il ne se croyait menacé q^e d'un refus de concours de la part de ses maréchaux, Tun d'eus déjà le trahissait. Infidèle au devoir et à l'honneur mili-

Trahison taire, Marmont, duc de Raguse, avait succombé aux presduc° ' santés sollicitations des émissaires de Talleyrand et à Tapagose. p^|,^^]^ pl^j^ haute fortune sous les Bourbons; il avait secrètement négocié avec Schwartzenbei^ et s'était engagé à lui livrer l'importante position qu'il occupait sur l'Ëssone et qui couvrait Fontainebleau, l'armée et l'empereur. Sans révoquer cette promesse d'une manière absolue, il en suspendit du moins l'exécution durant la mission qu'il avait acceptée en allant avec ses collègues défendre la cause de Marie-Louise et du roi de Rome auprès d'Alexandre, se réservant de conformer aux circonstances sa conduite ultérieure. Mais, tandis qu'il négocait à Paris, ses généraux devancèrent ses ordres ; ils obéirent aux instructions premières qu'il leur avait données,

Défection quittèrent leurs positions, et le sixième corps , composé du 6« corps. ^gjgQpg troupes, fut dirigé par eux sur Versailles (2). Cette défection soudaine d'un tiers de l'armée mit fin aux débats touchant l'abdication de l'empereur en faveur de son fils et là régence de Marie-Louise. Alexandre engagea sa parole à Caulaincourt ^t aux maréchaux qu'un sort

(1) Ce dernier était alors à Essone. Napoléon autorisa Ne]r et Macdonald à ie prendre avec eux, s'ils le jugeaient nécessaire.

(2) Les troupes du sixième corps reconnurent à Versailles que Tempereur était tralii ; elles s'insurgèrent contre leurs généraux et voulurent reprendre le chemin de Fontainebleau. Marmont, à la prière des souverains alliés, accourut et apaisa insurrection : la défection du sixième corps fut ainsi consommée. Par sa condaite à Versailles, dit riiistorien du Consulat et de l'Empire, Marmont consentit à assumer tout entier sur sa tète cet acte malheureux et à en porter le fardeau aux yeux de la postérité. (T. X Vil, p. 747.)

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convenable'serait liait à Napoléon et à sa famille ; ce traitement serait le prix d'une abdication pure et simple. Les négociateurs furent en (fonséquence renvoyés à Fontainebleau avec mission de la demander et de Tobtenir.

Informé de la trabison de Marmont et de la défection du sixième corps, Napoléon ne laissa rien voir des émotions poignantes de son âme de fer : Torgueil contint l'explosion de sa colère et de sa douleur. Marmont, son ancien condisciple, qu'il s'était plu à combler des plus grandes faveurs, qu'il nommait son enfant, élevé sous sa tente, était leseul homme, dit l'empereur, qu'il n'aurait pu croire capable de l'abandonner. Il ne s'abusa point sur les conséquences de cette défection ; avec les forces qui lui restaient, il pouvait sans doute, en se retirant sur la Loire, prolonger encore une lutte sanglante, mais au prix des maux les plus cruels et avec peu d'espoir de sauver sa couronne ou de rendre à la France ses frontières. Il se résigna donc et rédigea l'acte de son abdication; puis, Napoiéoa appelant autour de lui ses maréchaux impatients de Tob- abdf^ttoS. tenir, il leur adressa quelques paroles graves et tristes et leur lut l'acte qu'il venait de rédiger en ces termes : a Les m puissances alliées ayant proclamé que l'empereur Nafit poléon était le seul obstacle au rétablissement de la c( paix en Europe, l'empereur Napoléon, fidèle à ses seret ments, déclare qu'il renonce pour lui et ses héritiers (( aux trônes de France et d'Italie, parce qu'il n'est aucun (( sacrifice personnel , même celui de la vie, qu'il ne soit u prêt à faire à l'intérêt de la France. » Napoléon remit cet acte à Gaulaincourt, qui devait l'échanger à Paris contre celui qui assurerait -le sort de l'empereur et de sa famille.

Déjà le Sénat, devançant l'abdication de Napoléon, avait voté pour la France une constitution par laquelle Il rappelait librement au trône, sous le titre de roi des

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