LIVRE lY. GflAPlTAB I. âl
n'était pas gardé et Napoléon passa saus^ obstacle. Dans toutes les villes du Midi les autorités, frappées de stupeur au brilit du débarquement de ^'empereur et de son approche^ ne savaient que résoudre, incapables tout à la fois de se concerter» de s'entendre et de se faire obéir ; il leur semblait aussi périlleux de mettre leurs soldats en présence de Napoléon que de les écarter de sa route. Il fut décidé cepebdant que Grenoble serait défendu, et on y iconcentra les troupes disponibles dans le Dauphiné. Un détadiement formé de diverses armes et commandé par un officier résolu, nommé Lessard, fut envoyé à quelques lieues de Grenoble pour détruire le pont de Ponthaut en avant de la Mure. Cet ordre n'était pas encore exécuté lorsque^ le 7 mars, l'avant-garde impériale, sous le général Gambronne, atteignit la Mure et s'y établit. Le commandant Lessard se replia en arrière avec son détachement, dans une forte position ; il ferma la route aux soldats de Gambronne , refusa de parlementer et menaça de faire feu. Napoléon suivait de près son avant-garde ; Napoléon il voit le péril et Comprend que l'instant décisif est venu. 11 ordonne à ses grenadiers de renverser leurs armes, s'avanee seul à pied entre les deux troupes, s'approche à portée de la voix du bataillon qui lui fait obstacle, ouvre sa redingote et dit : « Soldats, c'est moi , reconnaisseza moi I s'il est parmi vous un soldat qui veuille tuer son « empereur^ le voici; il vient, la poitrine découverte, c( s'offrir à vos coups. » Tous reculent; l'admiration, Tenthoustasme saisissent les ccéurS^ le cri de Vive l^ empereur l mille fois répété^ se fait entendre ; les deux troupes fraternisent, arborent le même drapeau et marchent ensedible sur Grenoble. Bientôt^ près de Vizille, le colohel de La Bédoyète aeeourt avec son réglaient et se joint à Bonaparte, à qui Tinfortuné jeune homme a voué une espèce de culte. Grenoble, puis Lyon ouvrent leurs portes ; n entre dans cette dernière ville le comte d'Artois est abandonné \
à la Uure.
à Grenoble.
520 QUATBIBMB ÉPOQCB.
il la quitte avec un seul cavalier pour escorte. Partout les -soldats répondent à l'appel de leur ancien général; le
(lu^rawéchai «orps d*armée que Ney commande cède à Texemple; Nev ^^^* lui-même est entraîné; Napoléon l'embrasse et poursuit sans obtade sa marche sur Paris. Monsieur prête alors pour la première fois , en présence des Chambres assemblées, serment à la charte constitutionnelle; mais en vain le maréchal Mortier et la garnison de la Fère ont réprimé dans l*est une révolte dirigée par les généraux Lallemand et Lefebvre-Desnouettes ; en vain Marseille s'est prononcée avec énergie pour les Bourbons ; en vain le duc d'Angoulèmedans le Languedoc et Madame à Bordeaax, dans la ville qui la première a proclamé les Bourbons , ralliait quelques troupes à la cause royale ; déjà Napoléon n^est plus qu*à quelques marches des Tuileries.
Louis xviu Louis XVIII passe une revue à Paris; mais les troupes
quitte Paris , j * . * . j t^- / • r
et se retire ne rcpoudcut pomt au cri de Ytve le rot. Le monarque comprend leur silence, et , cédant à la nécesité , il quitte précipitamment son palais dans la nuit du 1 9 au 20 mars; il se rend à Lille, puis à Gand, où Talteyrand ne tarde pas à le rejoindre, et où le suivent, avec d'anciens et fidèles serviteurs, quelques hommes politiques qui reconnaissent toute la témérité de Tentreprise de Napoléon, et aux yeux desquels les destinées de la France demeurent unies à la cause des Bourbons.
Napoléon Lc 20 mars au soir Napoléon rentrait dans la capitale
le'jo m*î s ^*°* ^^^^^ ^"^ ^^ ^^^P ^® ^^^^^ ' ** marche rapide avait
»8»»- été un triomphe, et cependant jamais peut-être souverain,
en ressaisissant une couronne, ne se trouva dans une si*
tuation plus critique que l'empereur à son retour de l'Ile
d'Elbe, durant cette époque si malheureusement célèbre
DifflcDités sous le nom des Cent-Jaurs, La France était épuisée , di-
la situation, viséccu fectlous; l'immcnse majorité des Français éclairés,
satisfaits des promesses de la charte de Louis XVIII,
qu'ils espéraient voir fidèlement accomplies, se^sou venaient
UYBB lY. GHAPITBB I. 521
avec effroi do despotisme impérial ; la guerre civile menaçait le Midi ; la redoutable Vendée s'insurgeait , les La fiochejacquelein, les Saplnaud, les Autichamp soulevaient le Bocage; la classe ouvrière, à Paris, à Lyon et dans d'antres villes , faisait entendre des cris sinistres , qui rappelaient les plus sombres époques de la Révolution ; l'Europe entière était encore en armes. Napoléon avait accepté le traité de Paris et protesté de son intention sincère de maintenir la paix ; mais ses courriers furent tous arrêtés aux frontières; les souverains alliés n'ajoutèrent aucune foi à ses assurances, et, par un pouveau traité signé le 25 mars, renouvelèrent entre eux l'alliance de Ghaumont, Le congrès de Vienne déclara Napoléon Bonaparte hors du droit public et social , et un million de soldats allait de nouveau fondre sur la France ; il fallait donc, à tout prix , que Napoléon , pour régner, reçût de la victoire une nouvelle et sanglante consécration.
£n de telles circonstances une autorité à peu près sans limites eût été nécessaire au chef du gouvernement; maiSy contraint de demander sa force à l'opinion, Napoléon chercha son appui dans le parti constitutionnel , et ce parti , dont beaucoup de membres nourrissaient des sentiments républicains, n'aurait eu garde de confier À l'auteur du 18 brumaire une dictature même momentanée. Il fallut que l'empereur flattât ses chefs , prît parmi eux la plupart de ses ministres et tint le langage d'un ami des libertés nationales : faible moyen de succès dans sa- bouche; car, partout où domine l'opinion publique, elle n'est conquise que par un langage qui, s'il n'est sincère, puisse du moins être accepté comme vrai.
Les premiers décrets impériaux, datés de Lyon, étaient énergiques ; ils prononçaient 4a dissolution des Chambres de Louis XVIIi, convoquaient les collèges électoraux en assemblée extraordinaire du champ de mai pour modî-
522 QUKBIÈMS BFOQDB.
fier les constitations de Tempire dans rihtérêt dà peuple ; l'ancienne noblesse était abolie, le séquestre ordomné sur tons les biens des Boarboos. Onze têtes forent proscrites; de ce ndmbre étaient eelies de Talleyrand et de Marttiont. Bientôt, se résignant à raliianœ forcée que la nécessité lui iitiposalt, remperenr admit le célèbre conventionnel Garn6t dans son conseil comme ministre de l'intérieur; il nomma ministre de la police Fooché, duc d'Otrante , homme alors influent parmi les constitutionnels et seul capable, disait-on , de diriger la police dans des temps si difficiles (i). Il invita enfin le Acte célèbre publiciste Benjamin Constant à rédiger VAete 'aiï?™^* additionnel aux constitutions de l'empire. Cet acte Tl'eupi?"! créait d'abord deux Chambres législatives , celles des. Pairs et des Représentants; la première héréditaire , nommée par l'empereur, la seconde élective ; il reproduisait dans les articles suivants les principales disppsitions de la charte de Louis XVIII; mais, par son titre étrange, l'acte additionnel semblait placer la liberté à la suite do despotisme, et fut, pour cette cause, justement réprouvé de l'opinion. Napoléon le soumit à l'aceeptatioti du peuple : un million de Français cbnsentitebt^ quatre mille osèrent protester. L'empereur prêta Serment à cette nouchamp velle constitution dans la solehnelle assemblée do champ 1816. ' de mai, où les aigles furent distribuées aux régiments et où il pai'ut lui-même avec toute la pompe de l'empire. Élections Lès électiotls, presque toutes favorables au parti oonstitutiotlnel, étaient cônnties, et la chambre des Représentants s'assembla le 3 Juin sous de fâcheux auspices pour l'empereur. La Fayette y reparaissait sur la scène politique après vingt années d'une honorable retraite. Les voix se partagèrent pour la présidence entre lui et Lànjuinais;
(1) Outre Carnoi et Foucbé, les principaux ministres de Napoléon, durant les Gent-Jours , furent Cambacérès à la justice, Davoust à la. guerre, et Caulaiucourt, duc de Vicence , aux affaires étrangères.
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ce fut LanjQinais, Torateur le plus hostile au gouveroement impérial, qui l'obtint.
Les mesures miliUlires absorbaient les pensées de Napoléon. Le Midi semblait pacifié; Madamb, après aToir quelque temps résisté avec courage dans Bordeaux, avait été forcée parle général Glausel d'abandonner cette ville et de quitter le royaume. Le duc d*Angouléme avaitobtenu quelques succès et fait sur le Rhône une périlleuse et rapide campagne; bientôt cependant, délaissé par ses troupes^ il s'était vu enveloppé et prisonnier ; remis en liberté par Tordre de Tempereur, il était sorti de France. Mais la Vendée s'agitait encore, et, quoique contenue par le général Lamarque^ elle obligeait Napoléon à détacher vingt mille hommes pour Toccuper et pour la réduire. Déjà, en Italie, sa fortune avait subi un terrible échec; Fimprudent Murât, malgré ses conseils, avait attaqué les Autrichiens à Tolentino et perdu nauiiie sdn armée et sa couronne ; il errait maintenant en fugitif P«rdâe tandis que seâ vainqueurs ramenaient les Bourbons sur isis. le trôûë des Deux-Siciles. Ces événements prématurés et si désastreux pour la cause impériale avaient contraint Napoléon à réunir une armée sur la frontière du Sud pour arrêter ces mêmes ennemis que Murât aurait suffi pour contenir s'il n'eût, par Une folle témérité, précipité sa ruine. L'Europe s'avançait menaçante : les Anglais sous Marche Wellington, les^Prussiens sous Blucher occupaient la eonlmTes!'' Belgique; un enthousiasme frénétique poUr la liberté animait contre Bonaparte les universités allemandes ; à leur vbix toute l'Allemagne se soulevait, et derrière elle s'ébranlaient déjà les colonnes russes et les hordes de la , Tartarie,
Napoléon fait de nouveau surgir en peu de jours une opt^rationfi armée formidable du sol de la France. Il lui fallait, selon' Juin'ïà'is! son propre calcul, six cent mille hommes pour l^vaincre l'Europe; vl en avait déjà, par un prodigieux effort, armé
o24 QDATEliMB ÉPOQUl.
environ trois cent mille. Sur ce nombre cent vingt mille sont dirigés sur la Belgique. Le 1 2 juin il part lui-même pour son armée; il va combattre Wellington et Blûcher, qui réunissaient chacun quatre-vingt-dix mille hommes sous leurs drapeaux. Son espoir est de les battre séparément en se jetant à l'improviste entre leurs armées et de faire face ensuite aux Autrichiens et aux Russes. Le 16, par une marche rapide et secrète, il surprend les Prussiens isolés des Anglais, et une bataille sanglante s'eo- Rauiiik gage autour du village de Ligny, dans les plaines de ^^wés^' Fleurus, toujours glorieuses pour nos armes. Les Prusfiirus. ^^^^^ ^^^ battus par Napoléon et perdent un tiers de leur armée, environ trente mille hommes, dont dix-huit mille tués ou blessés; dix mille Français toml)ent aussi sur ce champ funèbre. Le même jour, à quelques lieues Bataille dc distancc, une autre bataille se livre à la ferme des
des
Quitre-Bras. Quatrc-Bras, sur laroute de Gharleroyà Bruxelles, entre une partie des forces anglaises et le corps d'armée sous les ordres de Ney. Cette position était fort importante pour le ralliement des différents corps de Tarmée anglaise. Ney ne put Tenlever après d'héroïques efforts qui succédèrent à des hésitations fatales, et la bataille demeura indécise (l). Néanmoins, dans cette journée du 16 juin, le principal but de Napoléon était atteint :il avait séparé les deux armées ennemies ; les Prussiens étaient battus, et les Anglais pouvaient l'être à leur tour avant quHl fût possible à leurs alliés en déroute de les secourir .
L'empereur détache sur sa droite Grouchy avec trente-
(1) Le colonel Charras, et d'autres avec lui, rejetant sar remperciir les failles imputées à ses lieulenants , ont ni(^. que Tordre eût été donné le 15, au maréchal Ney pour enlever les Quatre Bras et prendre ensuite à revers les Prussiens qu'il aurait pu détruire ; mais, après les preuves irrécusables recueillies par M. Thiers , le doute sur ce point ne semble plus possible. (Voyez Histoire du Consulat et de V Empire, t. XX, p. 47 . )
LIYRB lY. CHAPITBB I. 5'iS
cinq mille hommes , commandés sous lui pdr Gérard et Vendamme , et lui prescrit de se tenir en communication constante avec lui par sa gauche et de poursuivre vivement tes Prussiens ; il marche en personne avec le reste de ses' forces» par les Quatre-Bras, à la rencontre des Anglais, qui se retirent et occupent la position de mont Saint-Jean en avant de la forêt de Soigne; celle-ci s'étendait à plusieurs lieues et couvrait Bruxelles. Le 17 an orage affreux détrempe les routes et retarde de plusieurs heures la marche des Français ; ils ne peuvent arriver qu'à la chute du Jour et harassés de fatigue au pied du coteau de mont Saint-Jean, occupé par Tarmée de lord Wellington. Elle était en partie masquée aux Français par les plis du terrain sur le revers opposé du coteau ; mais, dans la nuit, les feux du bivouac la montrèrent tout entière en position et permirent à Napoléon d'espérer la bataille pour le lendemain avant que les Prussiens, encore éloignés et qu'il croyait contenus par Grouchy, eussent le temps et les moyens de se rapprocher des Anglais.
La grande route ou chaussée de Charleroy, traversant la forêt de Soigne, coupait par le milieu Le plateau de mont Saint-Jean et le vallon qui séparait les armées ; un peu en arrière de l'armée anglaise, et à l'entrée même de la forêt , était le village de Waterloo , qui donna son nom à la funèbre journée du lendemain. Soixante-dix mille Français étaient alors en face de soixante-quinze mille Anglais, Hollandais et Allemands. Wellington avait son quartier général à Waterloo , et Napoléon à la ferme de la Bel le- Alliance, qui dominait toute la position et d'où il dirigea l'attaque.
Elle commença par des charges impétueuses sur les Batauic; ouvrages avancés qui couvraient l'ennemi, et qui la plu- wartlrioo part, après de longs efforts, furent emportés. Exalté par Hinf^ân^ ce premier succès le maréchal Ney , à la tête des corps de ^^ ^"'"'
526 QUATBIBBIE EPOQIIB.
Reille etd'Erion, taille en pièces lesdragong anglais, écossais et Irlandais de la célèbre brigade de l'Union, et s*élanee, avant Tordre, sur le plateau de mont Saint- Jean au centre même de l'armée anglaise. Mais déjà depuis une heure, une ombre mouvante se des^inaità droite aux yeux de Napoléon sur le rideau de la forêt de Soigne et vainement avait-il espéré reconnaître en elle le corps si désiré de Grouchy. Cette masse était Tarmée prussienne qui approchait en vomissant des feux. Le corps de Lobau reçoit Tordre d'arrêter les Prussiens. Ney, cependant, redouble d'efforts au centre : il enfonce plusieurs carrés des deux premières lignes anglaises et se précipite sur la troisième où Wellington demeure ferme et inébranlable. Il faut à Ney de Tinfaoteric pour achever de vaincre, et il en demande à grands cris; mais le corps prussien de Bulow. occupe sur la droite tout ce qui reste d'infanterie à Napoléon , sauf quelques bataillons de sa garde. Napoléon déplore la fatale précipitation de Ney autant que l'absence de Grouchy ; cependant Taudace du désespoir est maintenant de la prudence ; il dirige lui-même ces héroïques bataillons, son unique réserve, sur le plateau où Ney est en pépil : un effort suprême peut enlever la victoire.
En ce moment de nouvelles colonnes prussiennes débouchent sur la droite ; Blùcher» qui a dérobé sa marche à Grouchy, les conduit en personne; son innombra- 'ble cavalerie inonde la campagne et les flancs du coteau , théâtre de cette* lutte affreuse ; elle enveloppe dos derniers bataillons , qu'elle isole les uns des autres, et rend ainsi la charge de l'empereur impossible. Wdlington prend ToffeUsive à son tour; sa troisième ligne encore intacte s'ébranle, charge et renverse sur le revers du plateau les débris des corps de Reille et d'Ërlon et de notre magnifique cavalerie , qui n'est plus qu'une masse informe et confuse. La garde seule, formée en carrés.
LIVBE IV. CBÀPITBl^ f. 527
combat encore au milieu de cette mer mouvante d'hommes , de chevaux, de canons, de débris de toute sorte; elle est écrasée soi^s une pluie de fer et de fieu; criblée de boulets et sommée de se rendre, elle serre les rangs à la bouché même des canons tournés contre elle, et Jette aux Anglais ce cri héroïque : la gourde meurt ei ne se rend pas ! Ainsi finit cette, a^reuse journée, qui fut celle des funérailles du premier empire et dans laquelle soixante mille hommes tqés ou blessés demeurèrent sur le champ de bataille. Napoléon, après avoir vainement invoqué la mort et exposé comme le dernier soldat sa poitrine aux balles et aux boulets , est entraîné dans la déroute générale. 11 indique la ville de Laou pour le ralliement des débris de Tarmée ^pvkt il se sépare, puis, revient à Paris pour annoncer lui-mérne aux deux Chambres le désastre de Waterloo et pour concerter avec elles la défense du territoire.
Déjà les sinistres nouvelles de la Journée du 19 juin Betour circulaient dans la capitale lorsque Napoléon arrivait au ' ^à pStis.^^ palais de TÉlyséê, et, tandis qu'il tient conseil avec ses frères et ses ministres , la Chambre élective ouvre la séance. L'attitude des représentants , déjà mal ^isposjés Résolution» pour Napoléon, est sombre et menaçante.' Secrètement i» chambre stimulés par Fouché, qui, ministre de Tempereur, le ^Snuntt trahissait et négociait avec Louis XVIII , dont il servait ^Trahison la cause, les représentants ^snr de f^ux avis qu'il leur donne, se persuadent que Napoléon s'apprête à les jdissoudre ; La f ayette partage cette crainte : il se lève , monte à la tribune, et développe une proposition qui tend à assurer la liberté des délibérations des Chambres et à concentrer en elles tous les pouvoirs. C^tt^s^ proposition est accueillie. La Chambre décide, à la demande de La Fayette, que toute teQtative faite pour la dissoudre sera punie comme un crime de haute trabispn , çt elle invite les ministres à se rendre dans son sein. Ses résQ-
de Fouctié.
528 QUÀTaiÈMBjÉPOQUB. ;
lotions sont adoptées par la chambre des Pairs. Voyant ensuite dans Napoléon le seul obstacle à la paix avec les puissances prêtes à fondre sur Paris^ les représentants, toujours secrètement excités par le ministre de la police, Fonché, expriment le vœu que l'empereur abdique^ et menacent, en cas de refus, de décréter sa déchéance. Napoléon voit ses amis eux-mêmes consternés; la populace des faubourgs fait seule encore retentir à son oreille le cri de Vive l'empereur f mêlé à des clameurs furieuses contre l'étranger et contre les traîtres. Il ne peut se résoudre à s*appuyer sur elle et à souiller sa gloire en la déchaînant contre les représentants de la nation ; il repousse], à son grand honneur^ les instances de ceux qui seconde Texhortcnt à tenter un autre 18 brumaire, et signe une deNa?Jiéoa. sccoudc abdicatlou en faveur de son fils. Il ne s*abose pas cependant sur la valeur de cet acte, et il comprend que la couronne qu'il n*a pu retenir sur son front puis- ' sant ne passera point à son fils, prisonnier de l^Âutriche, faible enfant qui semble n'avoir vécu que pour rendre la chute de son père plus inévitable et plus rapide , en offrant à tous un prétexte spécieux pour abandonner Tempereur sans trahir la cause de l'empire. Les Chambres acceptent l'acte d'abdication ; elles évitent néanmoins de se prononcer d'une manière absolue pour Napoléon II, et forment un gouvernement composé des ministres Carnotist Fouché, duc d'Otrante, des généraux Caulaincourt et Grenier, et de Tancien conventionnel Quinette. Fouché , qui a trahi l'empereur, est nommé président de ce gouvernement provisoire.
Napoléon s'éloigne, et de la Malmaison, où il se retire, il tourne les yeux vers l'Amérique. Derrière lui d'innombrables ennemis se précipitent sur la France ; les chemins de Paris sont ouverts; les Anglais et les Prussiens s'y engagent, laissant entre leurs colonnes un dangereux intervalle. Napoléon suit, sur la carte et dans sa
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pensée, leurs mouvements téméraires; lisait que le corps de Grouchy, égaré sur Wavre à la recherche des Prussiens dans la journée de Waterloo, est demeuré intact, qu'il revient, et que dans peu de jours cent soixante mille hommes peuvent être réunis sous sa main et fermer la retraite aux ennemis. Son génie guerrier se réveille encore une fois; il écrit au gouvernement provisoire qu*il a conçu pour les vaincre et les anéantir un projet d*une exécution infaillible; il demande à combattre comme simple général : son offre est repoussée. L'empereur alors se résigne à quitter la France et se dirige vers Rochefort, sous la garde du général Becker. Mais les croisières anglaises ferment le port, et Napoléon n'entrevoit aucune chance certaine de leur échapper. Cédant alors à une étrange illusion , 11 se flatte qu'une noble confiance de sa part triomphera des exigences absolues de la politique; il écrit au prince régent pour lui demander la liberté de s'asseoir, comme un autre Thémistode, au foyer du peuple britannique, en réclamant la protection des lois ; puis il monte avec sa suite sur le vaisseau anglais ivapoiéon le Bellérophon. Sa lettre demeure sans réponse; mais •ai\n^iAa. Tordre arrive de conduire l'illustre suppliant à Sainte- ^''sSiSu^ Hélène, et presque aussitôt il cingle, pour le repos du '■«^^ne. monde, vers ce rocher qui sera sa prison et son tombeau. Cet homme prodigieux disparait ainsi pour la dernière fois de la scène politique, laissant après lui un grand vide où vinrent se heurter des intérêts divers et inconciliables. Leur choc prolongea au loin d'effrayantes oscillations, comme on voit, après l'engloutissement d'un navire immense, les vagues agitées bouillonner à la surface du gouffre.
aSO QVATMÎUU BPOQaX.