‹ Histoire de FranceChapitre 68 sur 101 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

Dtpui» la cafdtulatioQ cle Paris et la rentrée de Louis XMU dans la capitale jusqu^à la chute du ministère Decazes.

3 juillet 1815 — 20 féTrier 1820.

L«s armées alliées outraient pour la seconde Ms la

proeiama- Ffanco aux Bourbons. Louis XYIII , dans une procla-

de matlon du sa Juin , datée de Cambra! , disait : « J*ae«

Louis XVIIL * 7 . 4 , « -,

<r eours pour ramener mes sujets égares , pour adoueir ot les maux que J'avais tohIu prévenir, pour me plaeer « une seconde ibis entre les armées alliées et les Fraih « fais, dans l'espoir que les ^ards dont Je pense être <« Tobjet tourneront à leur salut... Je promets, moi « qui n*al Jamais promis en vain , de pardonner aux « Français égarés tout ce qui s'est passé depuis le Jour ir où j*al quitté Lille, au milieu de tant de lames ^ Jus- « qu'au Jour où Je suis rentré dans Cambrai , au mi- « lieu de tant d'acclamations. Mais le sang de mes en- « fants a coulé par une trahison dont les annales dn . « monde n'offirent pas d*exemple ; les auteurs de cette < tramé horrible seront désignés par les Chambres à la 9 vengeance des lois. »

Louis XVIII cependant n^avait point encore été proclamé dans la capitale; l'armée française, forte de cent vingt mille hommes et de cinq cents pièces de canon, oampalt sous les murs de Paris, et la chambre des Représentants continuait , au bruit des armes, à discuter d'abstraites théories constitutionnelles et à établir des garanties pour les droits de la nation. Les Anglais et les Prussiens s'étaient , comme on l'a vu , témérairement avancés, laissant derrière eux une triple ligne de places

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fortes ; la victoire pouvait eiieore être disputée. Frappés toutefi^s de l'borrible destin auquel un nouveau revers livrerait la capitale de la France, les Chambres et les chefs du gouveraenaeut jugèrent plus sage de négocier que de combattre , et le 3 Juillet une capitulation on caDiiuiaUon convention militaire fut signée à Saint*Gloud par trois s juIncfisU. commissaires au nom du gouvernement provisoire et' par Wellington et Blucber^ commandants des forces anglaises et prussiennes. Par cette convention il fut dit « que Tarmée française évaoucarait Paris et se porterait derrière la Loire, que les propriétés particulières seraient respectées aussi bien que les propriétés publiques, à Tex*ception de celles qui avaient rapport à la gu«rre, et que les individus présents dans la ville à Tépoque de la capitulation ne pourraient être inquiétés ni reeherehés en rien relativement à leurs fonctions» k leur conduite et à leurs opinions politiques, s

Le 9 juillet le roi fit son entrée à Paris ; Talleyrand fut nommé président du nouveau ministère, et le régicide Fouché, qui, en trahissant Napoléon, avait activement coopéré au retour de Louis XYUI, obtint pour récompense l'entrée au conseil du roi et le portefeuille de la police (l). Deux listes de proserits fur^t aussitôt ustes dr^aées et publiées dans une ordonnance célèbre en date proscripuon. du 24 juillet. Par Tune dti:-neuf généraux ou offlders étaient traduits devant un conseil de guerre; Fautre renfermait trente*neuf noms : ceux qu'elle désignait devaient attendre, sous la surveillance de la haute police, que les Chambrei eussent statué sur leur sort.

(1) Le marécM Goovien Saiat^Oyr eot liant ot eablnet \ê portefeuille de U guerre^ M. Pasquifr eidoi d» h Juitif», avee Vlat^ai de rintérieiir; les flnaocea fureut dûanées w baroo Louis eX la marine à M. de Jaucourt. M. Decazes, qui paraissait alors pour la pramière fois sor la scène pêtittqoe, obtint te poste innporfant de la préfecture de police.

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Garnot était de ce nombre, et Fouché, son collègoe dans le ministère des Gent-Jours, signa les listes de proscription.

dttuSÏJes ^®* troupes alliées avaient précédé le roi dans la capîda!Mf?ri8. taie; leur contenance irritée donnait à entendre qu'elles croyaient y être entrées cette fois bien moins en vertu d'un traité que par le droit du vainqueur, et dès les premiers jours chacun put apprécier les maux affreux que cette seconde invasion attirait sur la France. Les Prussiens surtout regardaient d'un air farouche les monuments trophées de nos victoires; il fallut la noble résistance de Louis XYIIT pour préserver le pont d'Iéna de leur vengeance brutale; insultant au deuil et au ressentiment public, un insolent ordre du jour du général prussien Muffling» gouverneur de Paris, prescrivit aux sentinelles de faire feu sur quiconque les braverait de la parole, du geste ou du regard. M. Decazes, préfet de police, fit déchirer Tordre barbare, et cet acte de courage de- AumùiSu. ^^^* "°® ^^ causes de sa haute fortune. Au mépris de la capitulation nos musées furent dévastés; chaque État de TEurope, chaque ville réclama les tableaux et les statues dont nos triomphes les avaient dépouillés, et Paris vit avec stupeur saisir et enlever tant de chefs-d'œuvre payés de notre sang. Un jeune poète, qui s'annonçait avec éclat,, fut alors l'éloquent interprète des douleurs de la France (1).

L'héroïque armée de la Loire était pour les étrangers un objet continuel de terreur; ils exigèrent son

LiceDcie. licenciement immédiat. Elle abaissa ses aigles et dément °

dcTùî'LÔfre ^^^^ '^^ armes à la voix du maréchal Macdonald , et aucun désordre n'accompagna son retour dans ses foyers. Gouvion Saint-Cyr, ministre de la guerre, songea dès lors à créer une armée nouvelle, et l'organisation de la garde royale remonte à cette époque.

(1) Casimir Delavigne, 2^ Messénienne.

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La composition des Chambres subit d'importantes mo- J^^"j,<;{i;„ difîcations : la pairie, qui en 1814 était héréditaire ou ^btnf^rS. viagère au choix du monarque, fut rendue, en août 18 1 5, intégralement héréditaire. Plusieurs pairs de la première restauration , ayant siégé pendant les Gent-Jours, furent éliminés , et le roi en nomma quatre-vingt-^ouze nou^ veaux. Une ordonnance en date du 18 juillet désigna plusieurs articles de la Charte comme devant être soumis à la révision du pouvoir législatif, et elle convoqua les électeurs pour le 14 août suivant, à l'effet d'élire une nouvelle chambre des Députés. Les élections se firent à deux degrés, par collèges cantonaux et par collèges de département ; les anciennes listes électorales de l'empire furent complétées au choix des préfets; un grand nombre d'anciens chevaliers de Saint-Louis furent arbitrairement désignés pour électeurs, et transmirent à la Chambre Éieetions nouvelle l'esprit de réaction violent dont ils étaient eux- ^ 'tet«^*"

de 1815.

mêmes animés. La plupart des membres élus appartinrent, en effet, à l'opinion dite ultra-royaliste ^ et arrivèrent à la Chambre non-seulement avec les idées les plus hostiles à la Révolution, mais encore avec le désir de la vengeance et avec la confiance, trop souvent téméraire, que donne la victoire après une cruelle défaite.

C'est alors que se manifestèrent les difficultés inextricables au milieu desquelles le gouvernement de la Restauration se trouvait engagé. En blâmant la Chambre réactionnaire de 1 815 il ne faut pas confondre, avec la masse des hommes passionnés qui formèrent sa majorité, les esprits supérieurs qui cherchèrent , en la pénétrant, de leurs doctrines, à donner à la France une organisation puisée dans des principes élevés, mais'^ui avaient cessé d'être en harmonie avec les mœurs et les intérêts du grand nombre. Des hommes de talent et d'un noble ca- poutiqms.

" L'école

ractère, tels que MM. de Ronald, Rergasse et Montlo- JJ^ig^J,*,^ sier, figuraient à la tête de l'école royaliste, dont ils for- iy^nm.

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mulaifiQt les dootrines dans leurs écrits. Cette éeole eherchait la base de son systôtne politique moins dans les droits des peuples que dans la tradition^ dans les faits consacrés parle temps. L*éco]e libérale, au contraire, considérait la liberté comme un droit inhérent à la nature humaine et donnait pour base à ses théories la logique et la Tolonté générale. La première de ces écoles a surtout pour objet d'étendre Tinfluence de Faristocratie et du clergé; la seconde, considérée à son meilleur point de vue 9 se propose de ftdre participer le plus d'hommes possible à la Jouissance des avantages sociaux et des droits qui n'appartenaient Jadis qu'à un petit nombre de privilégiés. Il y avait donc une opposition réciproque et Invincible entre les opinions ibndamentales des royalistes et celles des libéraux, et, k une époque où les souvenirs encore si récents étaient envenimés par tant de blessures , il était fort diffîcUe qu'un ordre de choses stable se eonsolidét en France sous une dynastie liée par son passé» par ses affections » par la reconnaissance même, aux hommes dont la génération nouvelle repoussait les principes. La lutte entre les deux partis dura quinze ans ; elle commença en 1815. Chacun s'appuya de ce qui était obscur et mal défini dans la Charte, soit pour la détruire, soit pour exiger plus qu'elle ne promettait. Les royalistes eurent d'abord l'avantage; il était difficile que le ministère Talleyrand se maintint devant une Chambre telle que les ressentiments suscités par les Cent- Jours l'avalent faite, et le duc de Richelieu reçut l'ordre de former un nouveau cabinet.

Cet homme d'État, ami de l'empereur Alexandre, et dont la vie s'était*écoulée presque tout entière à l'étranger, avait acquis dans son gouvernement d'Odessa une grande réputation administrative ; il connaissait peu la France et le mode d'aotion^propre au gouvernement représentatif ; mais il suppléa souvent à ce qui lui manquait

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